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société. C'est pitié comme Ton confond, comme Ton dénature tout, en fait de' désignation des familles, même les plus illustres, même les plus historiques de nos deux cent dernières années. A cet égard, les erreurs des historiens de profession sont bien autrement graves que celles des gens du monde; mais c'est au théâtre surtout, et dans les romans, dans
les romans-feuilletons, fléau de notre époque, que l'on nous fait une France soi-disant ancienne^ à laquelle je pourrais appliquer le dicton banal : ni vu , ni connu.
Je n'ai point écrit un livre : j'ai seulement fini par recueillir les bribes d'un journal de voyage. Depuis 1800, je l'avais revu de temps à autre, cherchant moins un travail qu'un amusement pour
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mes loisirs de campagne. Et puis, plusieurs amis sont venus : ils ont touIu me persuader qu'il y avait dans mes pages diverses choses assez bonnes à publier; et j'ai fini par céder, malgré rinconvénient de me mettre en scène , de jeter un nud quelque peu audacieux, à la tête de mes lecteurs. Je n'affecte nullement ici la jnretention de donner à qui que œ soit une instruction substantielle; mais tout le monde n'a pas assisté à la révolution de Venise en 1 797, à la chute de cette république qui s'en allait comme les rois s* en sont allés depuis. Bien des témoins de la plate et avilissante tyrannie boui^eoise du directoire français ont cessé d'exister.
On a peu écrit, ce me semble, sur la vie des émigrés de classes différentes, mais qui tous sont restés reconnaissants pour
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rhospitalière ville de Hambourg, où j'ai vu, pendant quatorze mois, soit résider, soit passer, tant de personnages de na* tions diverses, dont plusieurs très -remarquables comme politiques, ou comme appartenant à la vie sociale dans un ordre élevé , ou enfin comme littérateurs, jour- .nalistes, etc., etc. Encore n'ai-je consigné mes souvenirs que sur un petit nombre d'entre eux.
Il ne me restait plus contre la tentative d'abandonner mes feuilles à la presse, que l'objection du style. Celui de nos jours est si animé, si vif, si accidenté!
Quand il n'offre pas l'alternative d'une obscurité que l'on croirait quelquefois étudiée, ou d'un brillante qui étouffe le naturel, il a tant de mouvement! il déplace tant d'idées I ne doit-il pas décou-
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rager récrivain suranné, Thomme du monde qui ne sait dire que simplement les choses simples ? Quoi qu'il en soit, si mon journal quoquo modo scriptuSj plaît, ou du moins s'il intéresse, j'obtiendrai ce que Ton appelle dans la langue parlementaire, devenue, trop habituellement peut-être, la langue de nos salons, un bill d'indemnité.
Il est temps que je mette un terme à cette introduction, un peu longue, de mon opuscule. Je la finirai par une anecdote qui rentre dans mon sujet.
Je me trouvais, un matin, à Paris, vers 1812, chez Ësmenard , le chantre de la Navigation^ qui s'était créé sous l'Empire une espèce de puissance littéraire, et même, on ne sait trop pourquoi, politique. Un de ses visiteurs venait de lui