Espèce de corne qui rappelle la cotffafé'^H^gieniie
d'un émigaé. 11
des nobles qui jusqu'ici n'ont trouvé leur subr sistance que dans les charges de l'état; mais votre justice leur assurera rindenmité de leuts pertes, et moi je me trouverai trop heureui^ d'y contribuer de ma fortune personnelle. »
Dès que le doge eut uni de parler, on mit au^ voix la proposition d'autoriser les deux séna^ teurs députés, dont j'ai fait mention plus baut^ à traiter avec le conquérant de l'Italie, fût-ce même pour un changement de constitution, ei^ cas qu'il l'exigeât* Cette proposition obtint plus de cinq cents voix contre sept contrées et quinze refus de voter. Tel fut le résultat du scrutin , seule forme de délibération consacrée dans le gouvernement et les magistratures de Venise. Dès qu'il fut connu, les nobles, jusqu'alors très-inquiets, très-agités, sortirent du palais ducal avec des visages plus sereins, et leur faranquillité se répandit assez généralement dans la ville ; c'était l'effet d'une grande question décidée, d'un parti pris.
Âlvise Mocenigo, noble d'une des plus illus-
tS SOUVENIRS
très familles, était nouvellement revenu de Vérone où, comme podestat^ il avait eu souvent, pendant Tannée qu'avaient duré ses fonctions, des relations avec Buonaparte. On jugea qu'il serait à propos de l'adjoindre à la députation. n partit donc ; mais, au bout de deux jours , il fut de retour à Venise avec ses deux collègues qui n'avaient pu atteindre le général ou obtenir une audience de lui. Le rapport qu'ils firent des dispositions qu'ils avaient trouvées sur leur route renouvela toutes les alarmes. La consulta, formée des conseillers du doge et des sages {saviiy sorte de ministres), se prononça pour renvoyer au plus tôt les trois députés chercher de nouveau Buonaparte et lui annoncer la détermination prise, le 1^"^ mai, par le grand conseil. Ils repartirent effectivement, et sur le point de débarquer à Malghera , première entrée des lagunes ' dans la partie oA la route du Frioul
1. Espèce de marais ou lac très-inégalement inondé suivant le flux et le reflux de la mer Adriatique à laquelle il aboutit, et dont il n'est séparé que par des bancs de sable.
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et du Trévisan y commeDce, ils furent bien étonnés de rencontrer le général lui-même : il était là, une lunette à la main, et semblait déjà faire ses dispositions pour attaquer Venise, entreprise impossible pourtant sans le concours des habitants; comment, en effet, surprendre une ville entourée d'eaux qui ne peuvent porter que de simples barques et dont toutes les entrées sont si faciles à garder! Buonaparte traita avec une rigueur excessive les envoyés du gouvernement; puis, consentant à entamer avec eux une négociation, il stipula un armistice de quatre jours : « J'exige préalablement , dit-il , l'arrestation et le procès des trois inquisiteurs d'état qui ont étrangement abusé de leur puissance arbitraire , despotique ' , et qui depuis longtemps nous font sourdement la guerre. Je
L'eau y est peu jNrofonde, excepté dans certains passages ou eaoaux ménagés entre deux îles qui 'forment autant de débouchés par lesquels on peut pénétrer dans la véritable mer. (Voyez aux Pièces juiHpeaiives^ une autre note sur les Lagunes.) 1. M. Valéry , qu'on pourrait appeler Viialique^ a très-
th êOfonams
teuï aassi qu'on sévisse contre le commandant d'un fort qui a coulé à fond une barque canonnière française '• Faites renvoyer dans leurs ]pays les troupes esclavonnes qui sont à Venise. Mes premières intentions remplies, venez me trouver avec carte blanche , et je voœ dirai ce que j'aurai décidé ultérieurement. »
Le 4, il y eut une nouvelle assemblée Au grand conseil où la résolution de faire droit aux demandes rapportées par les députés passa à la
bien dit dans un de ses livres, « que les inquisiteurs d^état, «tant calomniés , balançaient Texcès de la puissance aristo- « erotique : sorte de tribuns silencieux , assez analogues à « ce genre de gouvernement. »
1. Le 20 avril, celui qui commandait cette barque entrait à pleines voiles dans le port du Lido, o^est-à-dire delà paspn par où Ton parvient à avoir accès dans le port de Venise. On lui signifia que rentrée en était interdite à tout bâtiment ^Siirmé. l\ ne répondit à cet ordre qu'en tirant un coup de canon; on se disposa à le lui rendre et il tira de nouveau en continuant d'avancer. Alors un simple officier d'Escla- ▼ons, qui, en l'absence du commandant, se trouvait dans le fort, fit mettre le feu à une batterie et coula à fond la barque française. (Voyez aux Pièces Jusft/îcattve«, comment !e fait est présenté dans le manifeste de Buonaparte, daté de Palma-Nuova, 14 floréal.)
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presque unanimité et où ils reçurent plein pouvoir pour traiter d'une paix quelconque. Pur suite, on constitua prisonniers à l'fle San-Georgio ' les inquisiteurs d'état. Je ne» me rappéBe pas leurs noms, mais je sais que c'était trois vieillards, bien différents par leur caractère, de ceux qui, anciennement, avaient établi d'une manière si terrible la réputation de cette magistrature suprême. Leur procès fut commencé, ainsi que celui du commandant du Lido, par tels jiwgadors^; en même temps on fit sortir des prisMIbus ceux qui y étaient détenus poiÉr
opinions politiques, et ceux qui, dans les insurrections de Brescia et autres villes de terre ferme, avaient été saisis, pendant les mois pré^ cédents, portant les armes contre le gouverne^ ment auquel ils appartenaient encore. Les ordres de Buonaparte se trouvant ainsi exécutés ,
1 . Dans le beau couvent bâti par Palladio» où, eo 1799^ % été élu le pape Pie VII.
3. Les avogadon étaient, dans la constitation de Venise, comme des procureurs généraux ou tribuns du peuple , chargés de reccToir ses phintes et de le défendre.
les députés se remirent en route pour aller lui en rendre compte. Le jour où les événements que je viens de rapporter avaient lieu, le ministre français p nommé Lallement, quitta Venise avec toute sa famille , ainsi qu'il en avait reçu Tordre, y laissant toutefois le secrétaire de légation Yilletard.
Dès ce moment, le gouvernement resta composé 1^ du grand conseil qui, dans les temps ordinaires, ne s'assemblait que pour les élections au scrutin, singulièrement multipliées dans l'organisation de la république; sa condition dépendant de la signoria , c'est-à-dire du doge et de ses conseillers, il fut décidé qu'on y aurait recours aussi souvent qu'il en serait besoin en raison du nouvel état de choses ; 2^ d'une consulta permanente à qui l'administration civile était confiée, le sénat ne se réunissant plus; et le conseil des Dix, chargé ordinairement de veiller à la sûreté générale de l'état, ayant disparu avec l'autorité que l'on connaissait sous le nom de tribunal suprême ou inquisition
D*ini tmasaoL fl
détai. k cette œnsuluij OMoposée de six jager (^omS) on appela quelques-uns de leurs p^décesseurs dans le ministère, ceux qui, n'^ant plus en charge depuis quelque temps, pouraîeql encore par leurs lumières être utiles au pajs^ 3^ Des provéditeurs militaires qui conmiandaient la force armée. Quant aux magistratures intérieures, elles continuaient leurs fonctions accoutumées.
Ces détails paraîtront peut-être loi^ et minutieux; mais l'anéantissemrat d'un antique gouvernement qui, malgré sa faiblesse, semblait devoir résista à toutes les attaques, ne peut manquer d'exciter un véritable intérêt. Celui qu'il m'inspirait à moi surtout, qui, depuis quatre ans vivais sous sa protection, sera mon excuse si l'on juge que j'en aie besoin.
Lorsque l'armistice dont j'ai parlé fut sur le point d'expirer, on expédia à l'entrée des lagunes, du côté de Padoue, un des hommes les plus marquants du sénat, pour sonder , autant qu'il serait possible, les dispositions du général
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français Baraguey d'HUliers que Ton savait être campé près de Fusina. Celui-ci dit que, n'ayant pas d'ordre pour commencer les hostilités contre Venise , il whortait les chefs de Tétat et les ha-r bitants à rester tranquilles. Cependant le blociis établi depuis quelques jours continuait du côte de la terre ferme j sans empêcher toutefois les courriers et les barques publiques d'aller et veùir comme dans les temps ordinaires; la ville était aussi calme que si le tribunal des inquisiteurs, très-redoutable ou du moins très-redouté ; eût encore existé, et que s'il n'y eût eu aucune altération dans la forme du gouvernement. Rien n'annonçait extérieurement le mdindfe germe d'insurrection : la tristesse seule était (pour employer le langage de la révolution) à tordre du jour. S'il se traînait quelque projet, c'était dans les conciliabules secrets dirigés par le secrétaire de la légation de France.
Un certain Zorzi, fabricant de liqueurs, se trouvait un soir à souper chez Villetard, qui, comme on l'a vu plus haut, remplaçait à Venise
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le ministre Lallement. C'était un jeune homme ardent, plein d'esprit, mais surtout d'esptit révolutionnaire. Le départ du ministre l'avait laissé mattre de tout entreprendre dans l'état d'abattement où étaient tombées les autorités de Venise; il pouvait donc à son gré établir dans cette ville la nouvelle organisation qu'un émissaire français (on Tapprit en ce moment) y avait préparée dé longue main. Le Corse Salicetti avait passé dans la capitale de l'état vénitien tout l'hiver qui avait précédé : il n'y était pas connu , portant alors un nom supposé , et, malgré la surveillance des inquisiteurs, il était parvenu à former une espèce de club pour disposer les esprits à un changement qu'il prévoyait bien pouvoir être appuyé plus tard par la force armée de son pays. Quoi qu'il en soit, le vénitien Zorzi, assez peu familiarisé avec la langue française, prit l'alarme sur quelques mots menaçants qu'il ne comprenait qu'à moitié dans ce que disait devant lui Yilletard. Il en demanda l'explication à ses convives, et tout en la lui
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donnant y on le chargea d'aller , dans la nuit même ^ porter au doge des propositions importantes, n n'était question de rien moins que de déterminer ce magistrat suprême à prendre y de concert avec les autres membres du gouvernement, les mesures extraordinaires qui seules, disait-on, pouvaient sauver Venise.
Ces mesures étaient indiquées dans un écrit long et détaillé , de la main de Yilletard luimême, et que Zorzi devait remettre à Âlvise Manin.
Ce ne fut pas sans peine que cet envoyé pénétra après minuit jusque dans l'intérieur du palais ducal; dès qu'il eut expliqué l'objet de son étrange visite, le chef de la république crut devoir faire éveiller sa famille , puis rassembler les membres de la consulta qui s'était dissoute deux heures auparavant. D'après l'exposé des demandes de Yilletard, il fyt convenu que dans la matinée on s'entendrait avec lui 3 ce fut ainsi que la révolution de Venise fut décidée et que l'agent français Qxa ou plutôt dicta le choix
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des membres de la municipalité qu'il voulait imposer. Il aurait bien désiré y faire entrer le doge démis, par sa propre volonté, du pouvoir qu'il avait eu jusqu'à cet instant; mais on ne put obtenir de ce respectable vieillard qu'il acceptât une autre place.
Villetard avait persuadé à ceux qui désormais allaient composer le gouvernement qu'en prévenant ainsi les ordres de Buonaparte , on se le rendrait beaucoup plus favorable. N'oublions pas que ce général avait exigé le renvoi des Esclavons, troupe entièrement dévouée à Saint- Marc^ mais très-indisciplinée, et dont, plusieurs fois, dans la terre ferme vénitienne où elle était en garnison , l'arrnée française avait éprouvé les habitudes de brigandage et la bravoure poussée jusqu'à une sorte de férocité. On en fit embarquer une grande partie dans la journée du 10. Du reste, une continuation d'amnistie venait, par une dépèche des députés, d'être annoncée au doge ainsi qu'à l'autorité prêté à abdiquer ses fonctious. Ces députés
étaient à Milan , et bien éloignés de soupçonner ce qui se préparait dans leur patrie.
On n'avait pas encore généralement connaissance, à Venise, du manifeste du général en chef daté de Palma-lSuovay 14 floréal (3 mai), dont il a été question plus baut% et où Buonaparte rapportait quinze chefs d'accusation contre le gouvernement, concluant, comme je l'ai di^, par ordonner à ses généraux de traiter en ennemis tous les Vénitiens , et de faire abattre
partout le lion de Saint-Marc.
Le 1 1 , on vit se promener sur la place principale de la ville plusieurs des anciens prisonniers détenus par ordre du conseil des Dix et des inquisiteurs d'état; ils devaient leur liberté à la secousse générale qui s'annonçait. Un d'eux, Ësclavon de naissance, avait, pendant de longues années, été enfermé pour un complot tendant à livrer la Dalmatie à la cour de Saint-Pétersbourg. Si ce complot avait été bien