C'est celui qui fait partie des Pièces Justificatives
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prouvé, comme on doit le penser, le genre de la punition ne prouvait pas beaucoup la sévérité si fort reprochée à l'ancien gouvernement de Venise.
Les curieux, apprenant que les deux fameuses prisons du palais ducal i Piombi et i Pozzi (les Plombs et les Puits) étaient vides et ouvertes , se portèrent en foule pour les visiter. Je voulus, comme tant d'autres, en avoir une idée. On y entrait par la salle ou chambre de ce palais dans laquelle se réunissaient les inquisiteurs d'état. La première des deux prisons, dont le nom venait de ce qu'elle était placée entre les voûtes et les plombs du toit de ce grand édifice, me sembla claire, aérée, suffisamment spacieuse, et de plus en très-belle vue. Il est possible qu'en été la chaleur y fût incommode , mais je ne trouvai pas dans sa construction , ni même dans sa situation qui l'exposait , disait-on , à la réverbération ardente du soleil, de quoi fonder suffisamment les déclamations si souvent répétées.
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Quant à l'autre prison, qui était souterraine et submarine {i Pozzi)^ elle me parut véritablement horrible. La petitesse des cachots situés pour la plupart au-dessous des canaux de la ville, leur obscurité, le défaut d*air, l'humidité, le roépbitisme qui s'en exhale, tout excitait le frémissement, à la seule idée que des innocents ou même des coupables avaient pu y être ensevelis vivants. Mais je me crois autorisé à assuré que, depuis longtemps iPozzi (les Puits) avaient cessé de servir à leur destination primitive , et que le récit des exécutions secrètes ordonnées par les inquisiteurs d'état appartient à une }iistoire déjà ancienne. Revenons à la révolution dont j'ai commencé le tableau.
Le 12, le grand conseil s'étant assemblé |)our la dernière fois, on y prononça la dissolu^ tion du gouvernement aristocratique et l'établissement du nouveau régime. La séance n'était pas encore finie, lorsque quelques coups de fusil tirés sur l'eau par les derniers Escla- ^ vons prêts à s'embarquer pour retourner àmi
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lear pays y répandireot la toreur sur le qnî voisin de la place Saiot-Marc.
De proche en prodie, rinqnîétiide se communiqua sor cette place même et dans diSëffiils quartiers. Mak c'est ici que je dois peindre et détailler des scènes étranges , étranges surtout pour Venise où la seule apparition de lliuîssiCT des inquisiteurs d'état , couvert de son bonnet rouge, avait, depuis plusieurs siècles, dissipé les rassemblements les plus considérables. Ao bruit, au mouvement qui se succèdent, plusieurs barqueschargées d'Esclavons reviennaat i tare; une vingtaine de ces soldats se trouvent i la porte du palais ducal dans le moment où les nobles en sortent, et, réunis à quelques gondoliers , ils élèvent le paviHon de Saint-Marc sur un des trois piquets plantés devant l'église de ce nom , et qui servaient, dans les jours de solennité , à arborer les étendards de la république. Les révoltés (car il faut bien les appeler , ainsi), non contents de replacer ce pavillon désormais proscrit, de danser autour de lui ea le
saluant , et de crier à tue-tèie : Ei^i^iya Sari'^ Marco y donnaient des coups de plat de sabre à ceux des spectateurs qui ne se montraient pas assez pressés d'ôter leurs chapeaux. Bientôt ils font le tour de la place en continuant à sauter et 4 exiger le salut chaque fois qu'ils vocifèrent leur : Evfi^wa San-Marco.
La foule grossit dans les rues adjacentes ; des enfaots et quelques patrouilles de bourgeois s'en mêlent ; accompagnant d'imprécations terribles contre les jacobins le nom du patron de la république qu'ils adoptent pour signe de ralliement ; cette troupe répète aussi les vœqx trèsénergiquement exprimés par les Esclavons pour la conservation del principe (du prince) c'està-dire le doge. D'abord ce n'était qu'un élan populaire dont le motif paraissait très^louable ; mais bientôt on commence à envahir les maisons de deux avocats, sous prétexte qu'ils sont désignés pour membres de la nouvelle municipalité. Le magasin de ce Zorzi dont j'ai parlé est également dévasté ; ainsi que le palais d'un
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noble des premières familles qui y depuis assez longtemps , avait adopté les principes de la révolution française. On traite de la même manière la depieure de dix à douze particuliers voués aux fureurs des insurgés , les uns par des raisons plus ou moins fondées , les autres sur de simples prétextes. Dans quelques endroits, on ne s'en tenait pas à piller les meubles et les effets des proscrits; les personnes qui avaient le malheur d'habiter leur voisinage subissaient le même sort.
Conduite par les soldats esclavons , la troupe des pillards était principalement formée de cette classe de commissionnaires (Jacchini) que la province du Frioul fournit à Venise, ainsi que l'Auvergne en envoie tous les ans à Paris ; ensuite s'y joignaient de pauvres barçaroles et quelques prostituées. — C'était au nom de Saint- Marc qu'ils violaient les propriétés , menaçaient et faisaient même craindre pour la vie de leurs victimes. Rien n'échappait à la fureur, à l'avicUVd^ces enragés; ils ne laissaient pas une vitre
aux fenètreS; pas un clou aux portes des maisons funestement signalées. Quelques-uns d'entre eux vendaient à mesure aux passants, et pour le plus vil prix, les dépouilles échappées à la destruction. Je logeais fort près de Saint-Marc^ sur la place dite San-Fantino , auprès du théâtre de la Fenice. Mon hôte, chocolatier de profession, très-bon homme , mais peu accoutumé aux révolutions, trouvait que mon titre de Français ajoutait aux motifs qu'il pouvait avoir de craindre pour lui-même et pour sa famille. En conséquence, il refusa dans le premier moment de désordre de m'ouvrir sa porte, alléguant qu'il y allait de ma sûreté , tout autant que de la sienne. Alors, pour éviter à la fois la tristesse et le danger du spectacle qui se passait sous mes yeux, je résolus de me transporter au palais qui avait été précédemment occupé par Tarnbassadeur d'Autriche ' ; il venait de mourir et il était remplacé par un simple chaîné d'affaires. Ce palais se trouvait situé au delà du .