A Venise (disait an voyageur français, longtemps
H SOCVBNIRS
Les théâtres, ordinairemeQt si brillants, n'offraient plus rien que de très-ordinaire. Je ne mentionnerai qu'une représentation donnée pour le début d'une troupe de société qui s'intitulait civique. Elle avait choisi Brutus^ tragédie d'Âl-^ fiéri j de ce poëte qui s'était montré si ardent révolutionnaire avant qu'il y eût eu en France ce qu'on a appelé si justement la révolution française j mais qui a bien changé d'opinion dès qu'il a pu, par. ses yeux, juger des hommes et des choses, à Paris même; il y fut, en 1789, témoin du commencement de nos troubles politiques, et chanta aussitôt la palinodie.
ÂQn de donner au spectacle civique dont il est ici question une pompe et un appareil auxquels on ne met pas ordinairement tant de prix lorsqu'on ne joue la comédie ou la tragédie que
avant l'année 1797), on ne goûte pas le plaisir, on Tavale. » Un autre de nos compatriotes , ayant séjourné dans cette ville en 1806, observait qu'elle avait perdu son éclata maïs que, dans ses infortunes toutes récentes, elle conservait encore de Tattrait, semblable à une jolie femme qui reste jolie quelques heures après sa mort.
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pour son amusement, on avait pris une des plus grandes salles de la ville parmi les six ou sept qui sont consacrées aux représentations publiques. Un noble de la famille Venier remplissait le rôle de Tarquin. Avant que le rideau fût levé pour la pièce, il avait paru sur la scène en uniforme italien, et, conservant son chapeau sur la tête pour parler en homme libre à un public libre, il avait débité un prologue analogue à l'institution de la société républicaine, qu'il venait annoncer. Du reste , je n'ai rien d'intéressant à consigner ici sur le spectacle lui-même ; je passe donc au récit de la fête du 14 juille .
Outre la commémoration d'une époque chère aux amis de notre révolution, la cérémonie avait pour objet des honneurs funèbres que la division du général Baraguey-d'Hilliers voulait rendre à ceux de ses membres qu'elle avait perdus pendant la guerre actuelle. Leurs noms étaient inscrits sur les différentes faces d'une pyramide qu'on avait élevée au milieu de la
place Saint-Marc. Elle était décorée de tombeaux figurés et de cassolettes où brûlaient des parfums. Ensuite, trois beaux péristyles {loggié)^ peints avec ce talent qu'on a en Italie pour les décorations, occupaient les trois côtés correspondants de la place. Un était destiné à l'étatmajor français, un autre à la municipalité, et le troisième au petit nombre des membres du corps diplomatique qui ne s'étaient pas éloignés avant que la crise politique de Venise fût arrivée à son terme. Je ne dois pas oublier de dire que depuis cette dernière époque Villetard avait cessé d'y jouer un rôle.
La troupe étant depuis le matin rangée en ordre de bataille , et chaque partie du cortège arrivée à la place qui lui était destinée , Baraguey-d'Hilliers adressa du haut de sa loggia un discours aux soldats accourus sans armes de leurs rangs. Ils les reprirent bientôt après , pour venir, par pelotons, faire leurs décharges successives contre la pyramide; cette longue et fastidieuse cérémonie étant terminée, on
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alla chercher des drapeaux qui , après un second discours du général , furent distribués à différents corps, pour remplacer ceux que les derniers combats avaient fait disparaître.
Rien de moins pompeux, de moins réjouissant, comme on voit; mais on avait annoncé pour l'après-dîner une régate.
On appelle ainsi une course extraordinaire de barques, spectacle très-vanté à Venise, et qu'on avait, depuis longues années, coutume de faire voir aux princes étrangers qui y séjournaient quelque temps. J'avais lu la description de celle qui avait eu lieu pendant les belles fêtes données en 1782, par la république, au comte du Nord, devenu depuis Paul V^ empereur de Russie. La régate qui , après une longue interruption, se renouvelait en l'honneur des républicains français , me parut mériter sa réputation , quoiqu'elle se ressentît beaucoup des circonstances.
Les gondoliers admis au concours, car le nombre en est borné, partent d'une petite élé-
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vation qui est située à rextrémité de la rwa degli Schiavoni^. Avant qu'il^ se n^eUeut en mouvement, certaines barques digalci j appelées bissone^ parcourent toute la bngueur du grand canal pour y mettre la police, et préparer le passage aux concurrents. ^Ules font écarter les milliers de gondoles^ péottes, etc., qui , ce jour-là , se pressent et couvrent , pour ainsi dire , le canal en totalité. Cies bissone , décQjrées d'emblèmes et d'ornement en étoiSe d'or, d'argent ou de soie, contribuent be^coup à la beauté du coup d'œil général; chacune est conduite par huit rameurs, qui sont vêtus de la manière la plus élégante.
Les barques dont on se sert pour la régate
1 . C'est le nom d'an quai aboutissant à la Piazielta di San-Marco, et qui offre la seule ou du moins la principale promenade de cette ville» qu'une Française, femme d'espirit, a si bien comparée à un vaisseau à Vancré, Venise présente surtout l'idée d'une cité inondée, et laressembianoe est encore augmentée par les gondoles , dont la couverture noire ne figure pas mal des impériales de voitures qui surnageraient^ ainsi que l'a dit quelque partie duc de Lévis, celui qui est mort en février 1830.
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sont d'une étonnante légèreté. Elles n'occupent guto plus de place sur l'eau que les canots des sauvages. Il y a quatre courses : aux deux premières, chaque barque est conduite par un seul gondolier; les dernières courses sont entreprises par deux gondoliers placés debout , ainsi qu'on les voit toute l'année sur leurs gondoles. L'un est à la poupe et l'autre à la proue; ils n'ont chacun qu'une rame et ne s'asseyent jamais. Leur adresse est extrême; on croirait voir des poissons fendre l'eau : en suivant tout le grand canal qui partage Venise en deux , ils vont à son extrémité tourner une borne {meta ) y comme faisaient autrefois les conducteurs de chars dans les cirques; et puis ib reviennent sur leurs pas au but qui est à un endroit appelé volta (retour) di canal. Les deux premiers arrivés de tous les concurrents reçoivent des drapeaux avec des prix proportionnés en argent. On donne au troisième un cochon de lait'.