Ceux qui ont remporté des prix sont considérés toute
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Me trouvant placé dans une maison en face du but 9 je vis adjuger successivement ces différents prix. Ce qui me fit plus de plaisir encore, ce fut le coup d'œil d'une multitude innombrable de barques de toute forme et de toute grandeur, restées immobiles pendant la course et reprenant tout à coup leur mouvement, c'est-à-dire se heurtant, ou s'évitant, sans que jamais il en résultât d'accidents. Elles couvraient l'eau de façon A ne la laisser qu'à peine apercevoir aux spectateurs qui étaient aux fenêtres. Du reste, si l'habillement des gondoliers non employés aux courses devait ajouter ordinairement beaucoup à l'effet de la fête, on se ressentait , cette fois , de la révolution qui venait de proscrire les Iwrées. Les nobles ou autres gens riches , accoutumés à briller dans ces occasions, n'avaient eu nulle envie de se mettre en dépense , et, si je puis m'exprimer
leur vie comme l'étaient les vainqueurs des jeux olympiques dans la Grèce.
d'un émigré. 81
ainsi, en coquetterie ; ils étaient trop mécontents du nouvel ordre de choses et avaient mis pour la plupart de l'affectation à ne faire porter par ceux qui les conduisaient que leurs plus mauvais habits on bien des habits dépareillés. Les nobles eux-mêmes, dans les régates que Ton dédiait aux souverains , se plaçaient en habits de caractère sur les bissone. Ces dernières barques étaient d'ailleurs bien plus multipliées et encore mieux décorées ; j'ajouterai ici que ce n'était pas là le seul point de comparaison qui fût au désavantage de la fête dont j'étais témoin, en juillet 1797.
J'ai déjà dit que, dans tous les spectacles et fêtes donnés depuis l'entrée des Français dans l'état vénitien, la diminution de gaieté m'avait frappé. Ici, elle était des plus remarquables pour le peuple qui , seul , anime les divertissements publics. Quoi qu'il en soit, j'emportai du coup d'œil d'une régate une idée assez favorable , et je fus surtout bien aise de pouvoir en parler d'après mei-même. Assez de livres
8i iomnimui
ou de voyageurs en ont esquissé le tableau :
on aime à ne pas toujours adopter et répéter les jugements d'autrui.
C'étaient mes adieux que je faisais à Venise et à ses habitants ; car ^ le lendemain , samedi 15 juillet, je devais me remettre en route pour revoir la France et ma famille, après cinq années et demie d'absence. Un tel espace compte dans la vie et celui-là comptera toujours dans mes souvenirs les plus agréables, quoiqu'il embrasse une époque d'exil pour moi et surtout une de souffrance désastreuse pour les êtres qui doivent m*étre les plus chers au monde. Tandis c(ue, de la fin de 1792 au milieu de 1794, mon père, ma mère et ma sœur étaient en France , en proie à tous les maux, livrés à tous les dangers du règne de la terreur, je vivais dans une ignorance presque absolue de ce qui les concernait : je passais sous un beau ciel les jours les moins troublés que j'aie eus ou sois destiné peut-être à avoir dans toute ma carrière. Depuis Tété de 1793 , je m'établissais alternativement à Venise et à
Vicence ; j'avais acquis dans ces deux Tilles des amis véritables, et, y étant traité mieux encore que la plupart des émigrés, j'attendais , avec le degré de patience qui m'était permis , la possibilité de rentrer dans ma patrie , dans mes foyers. Je parlerai toujours avec amour et reconnaissance d'un pays tranquille, beau, riche, et où tout le monde avait vécu heureux jusqu'au moment où les Français mirent le pied en Italie. J'étais heureux moi aussi , je l'étais avec les gens du pays , mais surtout avant le moment de l'entrée de Buonaparte et de son armée dans l'état neutre de Venise , car cette entrée changea tout, même pour moi. Mais, pour ne m'attacher ici qu'aux trois premières années , je dirais volontiers de Venise et de Vicence ce que mon ami La Selle disait , en 1794, de la ville de Rimini :
Chez Tamitié, là souvent j'ai goûté Calme, plaisir, douce hospitalité :
De ses beautés je savourai les charmes, Et le bon cœur y partagea mes larmes.
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A cette occasion, je ne puis me refuser à citer encore quelques vers de cet excellent ami sur Venise. C'était le lieu où je l'avais connu et où je m'étais lié avec lui dès le mois de mai 1793. Dans un petit poëme de sa façon, intitulé Voyages de V amour ^ se trouvait le morceau suivant :
Comme Vénus du sein des mers éclose, Le front eouvert et de myrte et de rose % Séjour de paix et paradis des sens^ Venise t'offre un bien plus doux encens.
Là, sur l'autel, cent aimables prêtresses Sont tour à tour victimes et déesses.
J'en connais deux*: entre elles et Cypris, Sauras-tu bien à qui donner le prix?...
Le fier lion *, terreur de l'injustice, Ouvre aux amours un asile propice, Et sous le masque et les yeux de Ck)mus ' Leur a permis d'orner encor Vénus.
Une fois que les hostilités furent entamées
1. AUusion aux armes de la ville de Venise qui sont trois couronnes de roses.