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On n'aime pas à demi, quand on l'aime, l'art de ce puissant créateur de visions. Il vous rendrait même injuste, si l'on n'y prenait garde, pour les manifestations de la peinture intime et pour des recherches notoirement plus philosophiques que les siennes. Peu s'en faut que dans l'enivrement du plaisir on ne se laisse aller à blasphémer contre les lentes et mystérieuses possessions de Léonard et de Rembrandt. Dans cette expansion débordante, dans celte facilité quasi inconsciente, dans celle abondance du don, on s'abandonnerait aisément à reconnaître les signes de la force idéale dans l'art, la perfection rêvée et surhumaine, le type du génie enfin. Il ne suffit pas de se raisonner pour reprendre pied devant Rubens, il faut se soustraire à sa domination formidable, il faut le fuir et le mesurer à distance, comme on fait des montagnes. C'est à quoi nous nous sommes décidé. Rembrandt est un sphinx qui ne
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li\ rr la clef do .-on «Mii^mo qu'apivs vous avoir Icii- ItMiionl Ittrlur»'. Le sphinx en llubons est d'niu' autre sork' : les problèmes (jifil vous propose sont aussilôl résolus que soumis, mais ils renaissenld'euxmènie, plus clairs enrorc el plus allrayants, ils mullijdient à l'inlini leurs Halleries. Le monstre vous enveloppe d'un sourire, il vous relient d'une caresse, il vous acquiert, plulôl qu'il ne vous dompte. D'ailleurs sa langue est sans aililices ni sous-enlendus : elle vous parle l'idiohie universel, compris de tous el aimé de tous, familier à tous les hommes, même les plus vulgaires, le langage sensuel, le verbe de la chair. Il faut réellement s'échapper de ces grilles cAlines.
On peut appli(pier raiscMinablemciil ;i Pierre-Paul Rubens celle définition de « force de la nalure » dont d'ailleurs on a abusé, el qui n'est altribualde «ju'à fort peu de génies, même parmi les jdiis féconds. M. Taine a dit de lui quelque part : « Comme un Dieu indien qui esl de loisir, il soulage sa fécondité en créant des mondes. » Ce à quoi Eugène Fromentin objecte assez subtilement qu'il n'y a pas plus de soulagement pour Hubens à peindre, (|u'il n'y en a pour l'arbre à produire ses fruits. Toujours est-il «jue, tlieu indien de loisir, ou en activité, la j>uissance de production de l'arlisle reste dans l'histoire humaine un miracle inconcevable. On connaît de lui près de quinze cents toiles.
Dans son excellent ouvrage sur Hubens el. l'école d'Anvers, M. Alfred Michiels a été amené à ce calcul curieux que les toiles du maître, alignées bout à bout, couvriraient un esjiace de plus de trois lieues de long sur un mètre de large. N'oilà qui corrobore