‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 3)Chapitre 11 sur 55 · HISTOIRE D UNE INDEMNITE FORFAITAIRE · texte numérisé non relu

HISTOIRE D UNE INDEMNITE FORFAITAIRE

coilïe le fétiche. S'il y a des geysers à Panama, il sont ainsi et non autrement, pai'ole d'honneur.

Ce qui, dans cet enthousiasme du futur auteur de La Dame de chez Maxirris pour son patron, me paraissait le plus touchant, c'était cpie, préludant déjà par des essais à sa superbe carrière théâtrale, il ne parvenait pas à communiquer audit patron la foi modeste qu'il y avait dès cette époque. — Je t'aime trop, lui disait Samuel, pour te refuser ta première pièce et surtout pour te la recevoir. C'est parce que j'y crois que je ne veux même pas la lire. J'ai peur de la manquer si elle est bonne et de te la jouer si elle est mauvaise. On ne sait jamais ça d'avance. Va et reviens avec une grosse signature commerciale, je t'attendrai.

Georges Feydeau suivit le conseil du reste. Las de signer ses mille regrets par jour, sans compter les siens, il cessa de les sécréter, et un jour, sur les boulevards, où tout se rencontre, il rencontra un autre directeur de type différent, voire contraire.

Celui-ci était de l'école nihiliste de Nestor Roqueplan. Aux pièces déposées, il se bornait à donner leur numéro de dépôl, comme le conducteur appelle les voyageurs, sous la pluie, à l'omnibus, et il les montait à leur tour, sans préférence, mais non pas au hasard, comme on voit, quand son cadre d'affiche devenait libre. Champignol malgré lui dut le jour à ce système, un peu fataliste mais sûr, dont le philosophe du théâtre des Nouveautés plante aujourd'hui les choux à la campagne.

Et deux ans passèrent, comme ils passent, ailés de plomb, avec celte lenteur rapide à laquelle l'état

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d'auleur rern ajoiile le phénoincne de l'obscure clarlc signalée par riOriieille.

Napoléon I' avail le coup d'œil de l'aigle. Nulle pari ailleui-s il ne la mieux prouvé peul-élre que dans cet édil de Moscou où la (jueslion de larl dramatique en France est réglée une fois pour toutes en plus de cent articles qui, pour être tous violés, nuit el jour, n'en sont pas moins imprescriptibles. En aucun de ces articles l'hypothèse d'une pièce agréée et non représentée n'est soulevée, môme par sous-entendu, et le législateur ne semble pas avoir eu le concept d'une telle incohérence artistique et commerciale. De telle sorte que, depuis l'incendie du Kremlin, on est toujours joué à la Comédie-Franraise, bien ou mal, n'importe, quelquefois après sa mort, mais on l'est. Il suflit de vivre, comme disait Banville. Aussi l'indemnité forfaitaire est-elle inconnue de nom comme de fait dans celle École militaire. Mais dans les autres, même en cet Odéon que le tyran n'avait pas prévu ou osé prévoir, l'auteur producteur, lésé par la' rupture, arbitraire ou non, du contrat synallagmatique qui lui assurait un déboucli<'' à son produit, est dédommagé de ce tort, commercial s'entend, car l'artistique est inappréciable. Notre Mu tuelle y veille. 11 y a chez nous un tableau des indem nités forfaitaires, graduées à l'importance des œuvres, sur le nombre d'actes, auquel les tribunaux eux-mêmes en réfèrent, en cas de débat juridique. D'après mes calculs personnels, la ligne de texte, avec ou sans rime, peut rendre à un auteur moyen ses vingt-cin(j centimes, au bout de deux ans d'attente, ou d'hùpilal, réversibles d'autant sur sa veuve s'il en trépasse. C'est peu au prix du beurre, mais,

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