LE P.VUFUM DE L ILE
sans vie, où les marsouins et les thons sont plus tranquilles qu'au pôle.
Délaissées, ces grèves admirables, même par les pêcheurs; abandonnés, ces fiords, dont les sables flamboient comme des bassines de cuivre; inutiles, ces ports où des flottilles s'abriteraient à l'aise ! Mais le Corse habite ses montagnes ; il n'est pas homme de mer, et toujours il préférera le cheval au bateau, le fusil au filet, et la chasse à la pèche.
Les baies restent désertes et se contentent de rayonner à vide sur le miroir trompeur de la vieille Thétys atlantique.
Mais le soleil se leva et fixa les formes.
Sur les flancs écarlates des promontoires, que dominaient des cimes blanches, l'énorme graminée du maquis étageait ses velours verts laqués.
La brise sauta du nord-est à l'est, et pour la première fois je connus le parfum célèbre, ce parfum extraordinaire dont Napoléon ne pouvait parler sans émotion, qu'il reconnaissait à six lieues et que le vent lui St)ufflait encore à Sainte-Hélène.
Il n'est pas très aisé de rendre une senteur avec des mots, et le lexique y fait défaut. Mais d'un autre côté il ne suffit pas peut-être <le dire que la Corse sent bon pour que les nez sensibles se trouvent renseignés sur son arôme.
Essayons donc d'en donner au lecteur l'illusion olfactive, et que le Dieu de Rimmel vienne en aide à ma Muse !
De même que la soupe aux quatre-z-herbes a quatre herbes, le maquis, forêt vierge de poche, se compose de huit plantes : le ciste, le lentisque, l'arbousier, le myrte, la bruyère, le romarin, le genévrieret l'olivier
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sauvage. Kl c'esl loul, car In bantlil ne coinitlo pas>; il a POU parfiiiii |)ropre.
Ces liiiil j>laiile.s, lorsque le divin xdcil roniincncc à on iiMnncr los sèves, combinent leurs exhalaisons parlicnlirros en une sorte d'tHixir lorrible, à pou près assiiuilablc à colui d'une résine jjoivréo, qui esl lo musc do l'île.
Si lo Père éternel met des relents dans son mouchoir, c'est celui-là. D'autant plus que, par sa configuration sur la Méditerranée, la Corse ressemble à s'y méprendre à un flacon d'essence, dont le cap Corse serait le goulot. Le Créateur est toujours clair et explicile dans ses créations.
11 en résulte que ce qu'on appelle « prendre lo maquis » serait une opération qui consiste à se retirer d'une société mal faite et i)uaiito. pour aller vivre dans un bois odoriférant. Le Ijandil o>l poul-étre nu homme qui échappe sagement à la mauvaise odeur des lois et de ceux qui les incarnent, notamment à celle des gendarmes, dont les bottes sonores exilaient un ylang-ylang si rude de tan et daiilorité. Le banditisme serait une question d'arôme, .le suis h* premier qui l'ai compris, et jo lo révèle timidement.
Résine poivrée, c'esl à |)ou près cela en somme, ou plutôt gingombrée. mais surchargée, quand la brise évente les brandes corses, de légères émanations furtives de lavande, de thym et de citron nelle.
Vous allez rire de ma comparaison, mais les fins de gueule l'apprécieront. Dans quelques cuisines do province, vastes et aérées, certains courl.s-bouillons reposés et mitonnant à froid sous le couvercle, pi'o-