‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 3)Chapitre 36 sur 55 · UNE ÉLECTION · texte numérisé non relu

UNE ÉLECTION

II y avait une fois, à Bocognaao, un maire qui n'était pas de la même opinion que les Bellacoscia.

Je ne sais pas du tout en ce moment, quelle était l'opinion des Bellacoscia; mais s'ils étaient bonapartistes, le maire était républicain, et s'ils étaient républicains, le maire était bonapartiste.

Pauvre maire ! Quelle profession !

Le malheureux ne s'était-il pas ingéré, un jour d'élection, de vouloir que ses administrés votassent tous selon son cœur de maire et pour le candidat de son choix 1 A cet effet, il eut l'idée de distribuer à ceux de ses électeurs qui ne savaient pas lire des l)ulletins candidement numérotés, où ceux qui savaient lire pouvaient épeler le nom de ce candidat bien-aimé.

« Vous arriverez à la fde devant l'urne, leur avait-il dit, et successivement vous jetterez chacun votre papier, non un autre, dans le trou. J'ai vos numéros, et je saurai quel est celui qui aura trahi ma confiance. Je ne vous en dis pas davantage. Allez !... »

232 SOL'VEMIIS d'un KNFANT I>R l'AFtlS

Il y a dos gons qui appolloiil cela de la pression électorale !

Ils ne manqueront pas de crier (jue ce maire faussai! de la sorte le mécanisme du suffrage universel.

En quoi :'

(^oniuiont vouloir que ceux qui ne savent pas lirt^ sachent écrire? L"importnnl n'csl-il pas (pic l'on vole?

Une urne est une urne. Un maire est un maire, ou je n'y connais rien.

Mais les Bellacoscia ne furent pas de cet avis. On vint les avertir de ce qui se tramait, car ils prépondèrenl dans les élections comme dans tout le reste. Ils donnèrent donc de la trompe, et, à leur signal, tous les parents qu'ils ont, cousins, neveux, amis, protégés et bergers, escaladèrent les pentes du monte d'Oro et se trouvèrent réunis au Palais-Vert, chez le vieil Antoine.

Là, on tint un conciliabule où j'aurais bien voulu être, car, moi aussi, je trouve que les cinq codes manquent de fantaisie, et, le soir venu, tous étaient rentrés à l'ocognano. Les rouets, comme d'habitude, touriièrcnl au coin des cheminées.

Le lendemain matin, le vote s'ouvrit dans la gendarmerie, dépouillée à cet elTel de ses gendarmes. Le maire était à son poste, le ruban allégorique au ventre, souriant à lurnc, f|ui, de sa belle bouche, lui rendait son sourire !...

Dix jeunes Bocognaniens, solides gaillards de vingt à trente ans. la fleur de cyclamen aux lèvres, se présentent d'abord et marchent au jeu de tonneau républicain. Ils sont silencieux et calmes.

L'im d'eux tire de dessous sa v^ste une corde, et

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