FLORE DE FRILEUSE
Drame en trois actes, en prose, représenté (représentation unique) au théâtre de l'Ambigu, le 10 décembre 1883.
Cette pièce a été présentée d'abord à M. Emile Perrin qui m'a dissuadé de la lire « dans mon intérêt » ! . . .
— Puis à M. Koning, par l'éditeur Paul Ollendorft', aidé et appuyé en cette aventure par Georges Ohnet, le triomphant auteur du Maître de forges. Il convinrent tous deux de n'en pas révéler l'auteur au directeur et lui laissèrent le manuscrit comme l'oeuvre d'un jeune explorateur de la mission Savorgnan de Brazza, qui n'en faisait pas son métier. S'ils lui avaient laissé entendre qu'elle était de Savorgnan lui même, j'avais des chances. M. Koning fut d'ailleurs fort intrigué. Il aimait beaucoup le type de la vieille comtesse. Mais l'étude lui parut trop dangereuse, et il finit par rendre le rouleau à mes deux amis, ayant esquivé le lapin.
— Puis à M. Deslandes par le comédien Pierre Berton qui était venu en entendre lecture chez moi, s'en était épris fortement et l'eût créée avec joie. Lorsqu'il emporta le manuscrit pour le lire lui même à son directeur je lui demandai s'il n'allait pas com promettre le crédit que son originalité d'acteur lettré lui avait acquise.
« Jeudi.
{( Mon cher Bergorat, voici le texte du jugement rendu par Deslandes. Surtout n'ayez pas de remords, vous n'avez pas pu oompromeltre mon crédit sur lui. Je n'en avais pas. l'événement l'a prouvé. Cordiiilc ment à vous.
« Pierre Berton. »
Ce billet en contenait un autre, que voici, et (jui était adressé à Berton.
" Paris, le 28 avril 1884.
« Vous me demandez mon impression sur l'ouvrage intitulé Le Viol. La voici, très nette. Je crois la pièce injouable. L'écrivain distingué qui a voulu dramatiser celle donnée impossible s'est dépensé en eflbrls stériles. Ajoutez à cela que son inexpérience des choses du théAlre jette de la confusion et de l'obscurité dans les développements du sujet. Il a oublié d'éclairer la lanterne I Compliments afTeclueux.
«< Raimond Deslandes. »
.\L Worms, de la Comédie-Française, eut aussi connaissance de Flore de Frileuse et il me déclara (lue si M. Perrin ne s'opposait pas à la réception, il voterait pour l'œuvre des deux mains, attendu que depuis de longues années il n'en n'aA'ait pas entendu d'aussi dramatique.
Ensuite Edmond Gondinet en prit connaissance, et il me conseilla de m'appuyer de l'autorité de
M. Alexandre Dumas ûlsetje Jui soumis mon travail .
« Mon ciler Bergerat.
« J'ai donc lu votre pièce. C'est, à mon avis, rempli de talent, d'esprit et d'observation; mais à partir de la scène trois du dernier acte, ça ne va plus du tout et le public ne comprendrait plus. C'est de la psychologie quintessenciée dont le théâtre ne s'accommode pas; c'est du domaine du livre. Sans compter que le public a horreur du viol au théâtre. Barrière a fait une pièce remarquable, L'Outrage, qui n'a jamais pu réussir à cause de la donnée. La Haine de Sardou avait eu le même sort pour la même raison et je suis venu me casser le nez, dans Balsamo, contre la mèrhe difficulté. Cela ne serait rien cepen dant et vous pourriez parfaitement réussir là où d'autres ont échoué, si vous apportiez à ce fait brutal du viol une solution nouvelle.
« II n'y en a qu'une, celle que Barrière avait trouvée : le violeur tué par le mari au pied du lit où le crime avait été consommé et en présence de la femme, tendant Fépée au mari et lui disant : « Tue le ! )) Mais le dénouement purement fsychologique, non ! Et le mari qui reste en face d'une femme enceinte, et enceinte de qui? — d'un laquais, et qui va élever cet enfant ? Le saint Vincent de Paul des cocus ! Jamais vous ne ferez accepter tout cela. (Ici M. Alexandre Dumas se trompe, Gilberte n'est pas enceinte de Brutus dans la pièce, mais bien de son mari même, et dans le roman aussi I")
« Votre comparaison de la poire dans laquelle le goujat a mordu est tellement juste que vous ne
pouvez pins on sorlic. ( )m n'a plus sous les yeux rpiiiu aiif^e souillé j)ar un iji;noI)lc larbin et tant que je n'aurai pas écrasé ce larbin tlevanl le public, celle femme me dégoûlera el ce mari me fera rire. Si vous le failes tuer, vous recommencez la pièce de Barrière avec un peu plus de fange dans les au 1res malières qui onl participé au crime.
« Quant à du talent, il y en a énormément, dans le rôle de Flore et jusqu'au commencement du troisième acte. Je ne m'explique pas les résistances des directeurs. A partir de la scène trois, je les ai comprises et partagées. Voilà mon o|)inion bien sincère, telle que vous me la demandez el telle que je vous la dois. A vous.
« Alexandre Dumas fds. »
.le fis du Viol un roman, qui parut dans le Gil Bios, el qui obtint un gros succès de librairie chez Ollendortî. Dans une préface qui précédait ce roman, joffrais pour rien le manuscrit de ma pièce à celui ou ceux qui voudraient tenter l'aventure de sa représentation, et j'abandonnais la majeure partie de mes droits d'auteur à ce hardi imprésario imaginaire et fabuleux.
Il s'en présenta plusieurs, el, par déveine, je choisis le plus mauvais. Kmile Rochard, lui, loua l'Ambigu et les répétitions commencèrent.
Quelles répétitions, seigneur ! Xous répétions de neuf heures du malin à onze heures, dans la pou»^sière, les bruits de marteaux et les courants d'aii-, sans décor, avec un petit bec de gaz imperceptible dont s'augmentait l'obscurité. Nos pauvres artistes,
dévoués, héroïques, stoïques, ^pleins de foi et de gaieté, déployaient un zèle et une patience extraordinaires. A onze heures les machinistes nous flanquaient à la porte. Cela dura quinze jours, c'est-à-dire trente heures.
Tout à coup l'imprésario avec lequel on devait faire la tournée de province déclara qu'il ne voulait pas payer la location du théâtre à Rochard, et que ce détail me regardait. Notez que je lui avais abandonné mes droits, ainsi qu'il était écrit dans la préface du roman. Laisser ces braves gens qui s'éreintaient depuis quinze jours, sans autre espérance que de gagner leur vie par une tournée, les laisser, dis-je, le bec dans Teau et sur la fatigue gratuite de ces répétitions abominables, je ne pus y consentir. Je montai donc chez Rochard et je pris la location delà salle à ma charge.
La première était pour le lendemain.
On m'avait promis deux décors, on ne m'en donna qu'un, de telle sorte qu'avant le lever du rideau, je dus couper des indications topographiques indispensables à la clarté du drame.
Le souffleur du théâtre, celui qui nous avait aidé aux répétitions, se trouva décommandé, on ne sait par qui. Heureusement ce brave homme avait l'honneur et la fierté de sa profession; il vint tout de même et de lui-même, ne voulant pas être complice d'uu égorgement.
Je n'en finirais pas si je racontais tous les traquenards que l'hospitalité de l'Ambigu offrait à mes artistes, et j'espère que Rochard n'en a jamais rien su.
Jusqu'à la fin du troisième acte, le succès fut considérable et me donna gain de cause contre tous les
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(iélraeleiHs dr mon ouvrage. Ce fut le dénouemenl qui t|:Ala lalVairi'. (> dcnoucnuMil, j<' l'avais fail pour la province et on tne le reprocha dans loule la presst\ Sur la foi du romau on s'attendait à une autre conclusion. l)ans le roman, en elTel, lagrossesse de Gilberte dissipe le cauchemar de Maxime et l'enfant emporte la souillure. Je regrette d'autant moins d'avoir modifié celte solution que si j'avais donné l'autre on m'eût d abord sifllé à outrance, car on m'attendait là; et puis, à mon gré, le dénouement nouveau est, au point de vue du théAtre, infiniment supérieur à celui du livre, qui lui est meilleur pour le livre. L'hypothèse du viol, reconnu une aberration naturelle d'un mari extrêmement épris et sujet par métier aux crises d'imagination, pose beaucoup plus puissamment au public le problème de la situation. Enfin cette hypothèse rend la pièce jouable, et partout, ee (jui est bien quelque chose.
C'est ainsi qu'un Kdgar Poe ou un Holïmann l'cus- .sent présentée, celle situation insoluble qui n'est dé nouable que par surprise, à la scène s'entend. Le ) viol est une fatalité, et comme telle relève de la tragédie. Les fatalités n'intéres.sent que parles passions qu'elles développent chez l'homme, par hi lutte qu'il soutient contre elles, et la force de caractère qu'il y dépense. Maxime est cet homm<\ \ ouloir que sa femme ait été réellement violée pour lui accorder le droit de souiïrir. c'est une puérilité de spectateui' daraphilhèàtre, qui demande (jue les choses soient « arrivées », c'est une cruauté de cirque.
J'ai pen^é el je pense encore qu'il est normal en art cl logique de répondre à un fail de hasard par un autre fait hasardeux, et qu'il m'était permis doppo-
ser une fortuite à une autre fortuite. Il m'est indifférent que Maxime soultYe encore après le rideau baissé, si j'ai exprimé de lui toute sa souffrance lorsque la toile était levée. J'échappe par mon dénouement à surprise à l'exception psychologique, je g-énéralise, et la philosophie de mon œuvre pénètre plus profondément, par l'hypothèse même, dans l'esprit de ceux qui pensent.
LA NUIT BERGAMASQUE
Dans la première nouvelle de la huitième journée du Décaméron, Boccace conte l'histoire d'un jeune et honnête Allemand nommé Gulfardo, qui, fort épris d'une dame milanaise, n'en obtient rendez-vous que moyennant finance, au prix fixé par elle de deux cents florins d'or. Réveillé de son rêve par une telle vénalité, il emprunte la somme à son mari même, riche marchand de la ville, et acquiert ainsi, en la versant à sa femme, ce qu'il ne voulait obtenir que de son seul amour. iMais à l'échéance venue de la dette, lorsque le prêteur la lui rappelle, Gulfardo feint de n'y rien comprendre. — As-tu donc oublié de leffacer de ton livre, car il y a huit jours au moins que j'ai, et ici même, rapporté tes deux cents florins. Je les ai du reste remis à ton épouse en personne. Elle est là pour te le dire : N'est-ce pas, madame ? — Prise au
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traquenard de ce bon tour, la roquette avaricieuse se voit coulrainte, par le regard soupronnewx du mari, de remettre l'argent reç-u à la caisse. Et ce fut ainsi que Gulfardo eul à l'œil donna Ambrogia, belle bourgeoise de Milan.
De ce conte, ou plutôt de la situation quil met en œuvre assez sommairement, il me semblait que l'on pouvait tirer les éléments d'une de ces comédies de répertoire, ou, si l'on veut, de tradition, dont Molière et Regnard ont emprunté les thèmes, non seulement aux conteurs italiens, mais à Boccace lui-môme. En outre, disciple Cervent et résolu des maîtres du vers romantique, qui repose sur la rime et en ajoute l'attrait sonore au comique des classiques du rire, j'étais hanté de sacrifier à cette bonne Thalie française, aussi haute que loyale en verbe, méconnue des notaires dart dramatique et à peu près bannie de nos scènes. Je m'attelai dope résolument à ce travail joyeux et. sous les auspices tutélaires des poètes dont je relève, j'écrivis La \uit Beryamam^ue.
Je reconnais qu'il faut être un peu fou pour se payer le luxe d'une débauche littéraire telle que Ln .\uil Berfjamasqixe lorsque, père de fauiille ayant charge d'âmes, on se doit tout entier aux contingences immédiates du pain <le clia(|ue jour. Mai> ce qui était digne de la «amisole charentonesque, c'était d'en porter le manuscrit à la Comédie- Française et de charger Picard, l'huissier de poile d'Emile Perrin, de le remettre, avec ma carte, à ce directeur. Emile Perrin délestait les poètes, même les pires. Ce n'était pas sa faute, la nature l'avait créé pour ça visiblement, des pietls à la tète, (tétait le type de ceux qui croient que « la forme rimée » est une adul-
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lération et comme l'oïdium de la prose. La seule paille qu'il voyait dans le bronze de Molière c'était ces espèces d'assonances reproduites de douze en douze syllabes, qui gênaient tant la diction des « parts entières » de sa compagnie et gâtaient le Tartuffe comme Le Misanthrope. Il ne se trompait pas d'ailleurs, mais pour d'autres raisons. Le moindre risque que j'encourusse à lui soumettre la csar- <las frénétique de tympanon lyrique qu'est La Nuit Bergamasque, était qu'il m'en renvoyât le manuscrit par deux gendarmes. S'il ne le fit pas, c'est que déjà déclinant, il ne résistait plus aux agressions, mais je connuspar Cadetlecoup que je lui avais porté.
— Alon cher ami, il a été terrible. J'entre dans son cabinet et je le vois, comme pris de rage, mordant le bord de son bureau directorial et poussant de petits cris alternés de patient qu'on roue en cadence. Il te lisait. Je courus à Ini. — Monsieur Perrin, monsieur Perrin, mon cher directeur!... — Ah I c'est vous, Cadet? Il est votre ami, je le sais... Qu'est-ce que je lui ai fait? Tenez, voyez, il ne dérime pas I L'oreille en crève. C'est le supplice du chapeau chinois. J'aime mieux mourir, dites-le-lui, mourir.
— Du reste, ajoutait Cadet, tu as eu tort, c'est un vieillard, et il nous a fait gagner beaucoup d'argent par sa création des mardis. Toute la bourgeoisie a repris le chemin du théâtre, comme au temps de M. Scribe.
— Et de M. Thiers, avoue toute ta joie.
— Enfin il t'engage à t'éviter la lecture au comité, et mon frère aussi, si tu veux le savoir, tu sais pourtant s'il t'aime, Coquelin 1
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— Sa raison ?
— Eh bien, voici. Il y a dans la pièce une soubretlc, d'ailleurs 1res l'arce, mais qui est mulâtresse. L'emploi est à Jeanne Samary.
— Le rôle esl fait pour elle, il lui ira comme de cire.
— Comme de cire ; lu le dis toi-même. Voit-il, m'a fait Coquelin, noire Jeanne si jolie, si fraîclie, s'encrassant le visaf2^e au jus de réglisse, le vois-lu, voyons, dis ?
— Pas plus que notre .Mounet-Sully se culottant au jus de pipe dans Olhello. L'acteur avant tout.
— Parbleu, conclut en riant le Garât des monologues. Et puis, el puis...
— Parle.
— Ta courtisane...
— Eh bien?
— Elle en est vraiment une, de courtisane, et ça, ce n'est pas possible chez nous. Tiens, môme à rodéon, dans Le Passant , la courtisane ne l'est que d'apparence, pour la blague, mais elle aime, elle ai-aime, elle ai-ai-aime !...
— Écoule, frère, trouvai-je, tout peut s'arranger pour le comité, el j'ai l'habilude des heureuses relouches. Prie d'abord Emile Perrin d'èlre malade, au moins poiu- le jour de la lecture. Puis j'ajoute une scène où la courtisane se confesse el reçoit l'absolution, d'avance, de la noce qu'elle va faire el qui, par conséquent, n'est plus un péché, mais quelque chose comme une fatalité anli(jue mêlée à un devoir professionnel de tous les temps. Au fond on verra se dessiner un cloître dans le style de la Madeleine, plus symbolique encore, s'il esl possible, el alors...
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— Et alors ?
— Et alors la mulâtresse s'avance, une éponge à la main; elle se décrasse en scène, et l'on reconnaît Jeanne Samary, son visage frais, ses trente-deux dents de perle. C'est elle, disent les mardistes, et elle est sociétaire !
— Ouah, ouah, ouali, jappa Cadet, qui s'enfuit sans tourner la tète.
Ce fut pourtant lui qui ra'olïrit de porter La Nuit Bergamasqiie à Porel et qui la lui donna en effet sous le voile, que dis-je, sous la cagoule de l'anonyme. Et ici se place l'anecdote la plus amusante de mon périple de quarante ans à travers les théâtres. Comme je la tiens de Porel lui-même qui me la conta longtemps après, au Vaudeville, pendant les répétitions de Petite Mère, il n'y a pas à douter de son authenticité ni lieu de croire que je l'invente. Il avait été convenu avec Cadet que je lui confierais une copie à la machine et sans signature de la comédie boccacienne et qu'il la présenterait comme trouvée chez son concierge sans indication ni lettre d'envoi. On en arrive en France à de pareils subterfuges dans le commerce de la suprématie. Ils réussissent peu du reste et nous en fûmes, Cadet et moi, pour notre malice — et la copie. L'arrêt de Porel fut celui-ci. — Vous me voyez navré, mon cher Cadet. Pendant les bons trois quarts de cette œuvre, infiniment curieuse, je me disais avec ivresse : Enfin nous tenons le merle blanc, un grand poète comique ! Hélas, à la fin tout se gâte et s'effondre à la dernière scène. Navré, vous dis-je, et tous mes regrets. Je vous retourne le rouleau.
Un soir donc au Vaudeville, comme le dé de la
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causerie était tombé sur coite Niiil Bcrgamasque <|ui avait lancé Antoine cl son ThéAtrc Libre, Porcl me révéla le secrcl de son refus. — (7pst votre écriture, me conla-t-il,qui, depuis Le Nom mêlait familière. Je l'aurais reconnue entre mille. — Mais la copie présentée par Cadet était à la machine. — Parfaitement, sauf que, à la dernière scène, vous aviez rectifié de votre main un vers faussé parle copiste. 11 n'y avait plus à se méprendre, la rature vous démasquait. On ne saurait songer à tout, n'est-ce pas ? — Si, fis-je, mais on n'ose.
J'avais, tant la vie nous emporte, oublie mon essai de vers comique, et, Mazeppa de la copie li<^oté au cheval, je m'enfonçais dans les steppes journalisti- 4|ues, lorsque je liai connaissance avec Edmond don- (iinel, l'un des hommes les plus bienveillants cpi'il m'ait été donné de rencontrer en ce monde. Je ne sais qui l'avait mis an fait de ma nouvelle mésaventure, et peuL-étre était-ce Cadet lui-même. Toujours est-il qu'un matin, deux messieurs, l'un ^ras et l'autre maigre, se firent annoncer dans mes lambris. J'avai*^ lu sur leurs caries : Briet et Delcroix, directeurs du théâtre du Palais-Hoyal.— Vous devez-vous tromper, saluai-je, je suis l'auteur de Le Nom. — Ils me jtu'èrent qu'ils en étaient pertinemment instruits et <pi"ayant appris d'Edmond (iondinel que Caliban et moi étions le même homme, ils venaient, de sa part, me demanderunepièce<'n vers qui, seule, assuraientils, pouvait sauver leur inalheui'cu.v théâtre el le désenguignonner. — La charge était de haute fumisterie. Désenguignonner un théAlre par une pièce en vers, cela ne devait se voir que longtem[»s plus tard, à la Porte-Saint-Marlin, mais le Palais-Royal, cela