‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 3)Chapitre 9 sur 55 · L-V NUIT BERGAMASOUE · texte numérisé non relu

L-V NUIT BERGAMASOUE

ne se rêvait même pas. Or ils étaient graves. Qu'estce que le bon Gondinet avait bien pu leur dire de La Xiiit Bergamasque, que d'ailleurs il ne connaissait mie ? Je crus deviner à leurs propos qu'il avait mis en jeu quelque vaticination somnambulique. Rien de crédule comme les joueurs du théâtre et, en fait de bonté, Edmond Gondinet était capable de tout, il aurait lait tourner les tables lui-même ! — Soit donc, messieurs, et à votre service, mais le manuscrit est resté aux mains d'Emile Perrin ou plutôt de Jules Claretie, son successeur. J'irai le reprendre aujourd'hui même et vous le porter à votre cabinet. — 11 n'y a qu'à suivre la galerie Montpensier, dit Briet. — C'est l'affaii-e de quatre minutes, fit Delcroix.

Picard retrouva aisément le rouleau sur la table de Jules Clarelie, il y était demeuré grand ouvert depuis le trépas de son prédécesseur et comme s'il témoignait d'y avoir contribué. Je n'eus que la peine de le fourrer dans ma poche lorsque, à mon passage devant sa loge, le père Bret, concierge de Molière, me héla pour me tendre une lettre, reçue pour moi, depuis huit jours, et qu'il était ravi de me remettre lui-même. Elle venait du théâtre de la Renaissance et émanait de ce Fernand Samuel, l'Antoine d'avant la lettre et l'Anti-Porel du temps, dont je vous ai déjà parlé à propos de La Parisienne d'Henry Becque. Fernand Samuel très lettré, très malin et fort paresseux, avait adopté pour critérium de la valeur marchande des pièces le simple refus des dites pièces par ses confrères en direction. — Ça m'évite de les lire, disait-il, elles sont bonnes d'avance de ce fait et par ce signe. Il me réclamait La Nuit Bergamas-

que h vue (le nez, avec confiance. J'enlilai la venelle de la galeri»» Monlpensier à reliure jxMjilexe de l'Ane de Biu'idan, et m'en fus d'abord montrer la lellre à Briet et à Delcroix. Ils tablèrent sur leur dioil d'aulériorité et exigèrent le dépôt du manuscrit pouivingl-ciuatre heures au cours desquelles, pour gagner du temps, l'un lirait les vers à rimes masculines, et le second celles de l'autre sexe. Et je courus à la Renaissance m'excuser du retard de ma réponse dont le père Briet était seul responsable. F'ernand Samuel ne m'attendait plus, mais dès que je l'eus avisé de la visite de ceux de la Montansier. — Avezvous traité avec eux, interrogea-l-il? — Non, pas encore. — Alors, fit-il, c'est bien simple, et saisissant sa plume, il me signa réception de l'ouvrage.

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