‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 10 sur 50 · IC. SOUVK>MltS I) UN E.MANT DE PAHIS · texte numérisé non relu

IC. SOUVK>MltS I) UN E.MANT DE PAHIS

Lyon, i\\or C(4 oiilrain conllal ([ii'il il(''|»l()yail en loulos cliosos cL siii'loul 011 SOS alToolions. A rinslaul du dépaii, sur \o (piai, il in'avnil iin|)('MMonsoiu('nl claironnô à la porlirro du wai^i^ou : ■< lîapporlo-uioi cinq ados on vers. Je les aUonds !.. >■ Do lollo sorlo que, dès l'\)nlainel)loau, j'en avais déjà rinn' la pwmiôro scène. Jo ne me réveillai qu'à Sainl-l!a|ilia«-|, où le Irain stoppa.

Sous les ou(\alyplus de la si al ion, lui i^raiid osoofi;rin"e, oniinanohé à une pipe en lorro do doux sous cl IraînanL au bout d'un fil un drôle do petit terrier au museau écrasé, déambulait. Te voyai^cur, aux guibolles d'échassior, longeait la lilo Ao^ voitures ol il y chercliail visiblement un comparlinu'ul propic(^ aux fumeurs cl indulgent aux oano|)liiles. il ne portail d'ailleurs aucune valise. Sa canne était de celles qu'on coupe soi-même, au bord de la roule, à un chAtaignior, sans pomme ni virole, pastoralemenl rusli(pio. I/accoutremont,lrès propre en ses élimoments, paraissait être composé de pièces disparates, empruntées à divers costumes de tonalités indécises, do coupes contradioloires, où dominait l'arrogance fl'un gilet fastueux, jadis brodé pcul-ôtro, que la brise gonflait sur le torse côtelé du personnage.

Assurément je le connaissais, mais où l'avais-je déjà vu, quand, et sous rpiello conjonction d'astres? Et loul à coup je me souvins : dans la loge de Cocjuelin nu-'Uio, à la première de Théo<lore do lîanvillo, la Pomme, au TlM'AIre-l'rançais. C'était .\iborl Dlatigny, avec son inséparable Cosetle.

Mais il y a de bizarres ressemblances, et peut-être me trompais-je? Ouel moyen do m'en assurer? Il m'en viid un assez amusant, basé sur le cuilo inti'an-

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sigeant que le poète rendait aux maîtres de noire art, vénérés par lui à l'égard de dieux véritables. N'avaitil pas eu un duel avec Albert Wolf pour un mol déplaisant du chroniqueur contre l'auteur des Odes funambulesques ? Je me penchai donc à la portière et j'engageai d abord, en « parler chien » où j'excelle — et (pii forme, avec le sourd-muet, tout mon bagage en fait de langues étrangères — un dialogue d'onomatopées allicianles où le terrier ne tarda pas à tenir sa partie. En deux bonds il fut dans mon compartiment et l'échassier l'y suivit. Le train avait repris sa course, de crique en crique. J'attendais un tunnel pour mon expérience. Il en vint un, et profitant de l'ombre :

— Oui, m"écriai-je, en feignant de converser avec ([uelque autre compagnon de route, oui, monsieur, la nouvelle est certaine, et je la tiens dun nommé François Ponsardqui, depuis le trépas de notre Casimir Delavigne, est l'homme le mieux rimant de France.

— Aboie, fit une voix sarcastique dans une pipe. Et le chien « onomatopa » une plainte exercée. Je repris entre les ténèbres :

— Oui, monsieur.... Mais ne fallail-ilpas s'y attendre?... Non seulement ce Victor Hugo a lâché son île, la rocheuse Guernesey, mais il s'est réconcilié avec l'Empire. On a donné aux Tuileries un bal en son honneur. L'Impératrice Ta ouvert elle-même aux bras de Théophile Gautier complètement chauve, tandis que Théodore de Banville abjurait aux mains de Prosper Mérimée l'hérésie de Ronsard et des poèmes à forme fixe. On met aussi sous presse un recueil posthume de Baudelaire, intitulé : les Fruits

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du Bien... ri vous savez tiu'Airrcd de Mussol conduit George Sand à l'aulel...

Je n'allai pas plus loin, ou ra'élranglail, et le terrier menait un hourvari de meute. C'était bien Glalipfuy et sa Coselte.

11 me conta qu'il arrivait de Corse, où il avait été, lui, fds de gendarme, la proie innocente d'une gendarmerie déchaînée. Engagé comme comédien dans une troupe en tournée qui « faisait » l'île, il marchait de ville en ville, selon son habitude, devant ou derrière la patache, en jetant des odes aux ma(|uis, des sonnets aux bartavelles et des triolets aux (illes d'auberge, enivré du parfum gingembre qu'exhale la terre napoléonienne. Or, on était au temps où la pohcc usait ses meilleurs limiers à la recherche de l'introuvable Jud, l'assassin mystérieux d'un président de justice, et qui d'ailleurs se promène encore, s'il a jamais existé, la canne à la main, dans les bosquets terrestres. Sous le Monte Rotondo, en un bourg nommé Bocognano, que les Bellacocia ont rendu célèbre, les gendarmes corses, surexcités par l'appiU de la prime, avaient cru reconnaître dans le pauvre acteur-poète le meurtrier légendaire et problématique « tel qu'on se le représente », tlu magistrat considérable. Par sa dégaine autant (jue par sa garde-robe composite — et le gilet jadis brodé sans doute — il correspondait au signalement. Les pandores l'arrêtèrent au milieu d'iine Ijallade et le colTrèrent brutalement, pour ses élrennes de 18C7.

Glatigny a narré lui-môme sa boulTonne mésaventure dans une plaquelle qui est le Mie Prigioni de ce Silvio Pellico du Parnasse. Je l'ai toujours soupçonné de l'avoir sinon inventée, du moins brodée,

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