LEON CLADEL
ce n'esl pas le terme exact. Dans les choses de solidarité professionnelle, Catulle Mendès nederxiandait pas de services à ses amis, il les leur prescrivait. Son ascendant, vous dis-je, était celui d'un meneur de croisades.
— Voici Cladel, m'ordonna-t-il. Il vient de publier les Va-nii-pieds, un recueil de chefs-d'œuvre. Il n'y a pas à chercher plus loin : de simples chefsd'œuvre. Le journal le Pays l'attaque parce qu'il y défend la Commune et les communards. Qu'il ait tort ou raison au point de vue politique, ça ne nous regarde pas, nous autres. Vous êtes au Bien Public, vous marchez, n'est-ce pas ?
— Sacrebleu, cher ami, mais le Bien Public est Thiersiste, Versaillais et massacrophile. Le moins qu'il puisse m'arriver, c'est qu'on me rende ma copie ininsérée. Je n'ose songer au pire.
— Vous la ferez insérable, voilà tout, c'est l'enfance de l'art. Mais Cladel a peur du parquet; il veut se sauver a Bruxelles, avec sa jeune femme et son enfant, il faut qu'on le défende, parce que c'est un grand écrivain.
Je fis de mon mieux, et le directeur du Bien Public ne me saboula pas trop, car il était brave homme, cet Henri Vrignault, et la littérature transcendante l'intimidait.
Léon Cladel me garda une fidèle gratitude de ce coup d'épaule, auquel le silence de toute la presse républicaine sui* son livre donnait quelque importance, et nous devmmes amis. Quant à Catulle, il décréta que j'avais fait mon devoir, et il me décora du Mérite Littéraire, ordre sans brevet, sans grades et sans insignes, que l'on confère d'une poignée de main.
\-2 SOUVI-MUS !) IN LNI-ANT lU: PAIilS
L*anl(Mir «les ]'(i-nii-i)ic(lx clail laîm'' de ccllo i^riirralion (\c fonnistos qui n'eu laisse rioii, soycz-cMi sùi-, l'i la pléiade i\c Ronsard et chaidera pins liaul (pTclle peul-èlre dans l'Iiisloirc des lellres l'ranraisos, lorsque le temps sera venu de la vénérahilih- pour elle. Il aul(^c(''dail de trois ans noire l'ohusle Léon l)ierx (pii esl de iS'^>S et reste le dernier debout dans la tdairière où tous les oiseaux posent sur lui. Sully-Prudhoninie ('-tait de 18^9 et aussi Albert (llatii^ny, le d.Vssouey du groupe. Ensuite venaient (^.atulle Meiidès, Villiers de l'isle Adam et Alphonse Daudet, de i8'|0 tous les trois. Puis c'étaient François Coppée et José-Maria de Hérédia, contemporains de \^\->, i-l enfin PaulVerlaine,dontle berceau .s'accroclieà iS//|.
Nul n'ignore que tous ou prcsc[ue tous se groupaient autour de Leconle de Lisle, alors dans sa cinquante-sixième année, et qui paitaii;;eail avec Théodore de lîanvillc la licutenauce de cet autre Empereur à Sainte-Hélène, (ju'on appelait le père Hui^o, et (jui en était revenu en grand-père.
Peut-être le temps m'a-t-il mis, à mon tour, aux yeux, les lunettes presbytes du vieillard d'Iloi-ace et subis-je la loi de mirage dont est l'iiit Pâlirait du passé, mais il me send)lc que rien encore n'est venu remplacer sous notre Pé))ublique allairée cet élal-uiajor des ecid joui'sdudi'barquéde I île anglaise. Je suis tie ceux (.lésormais pour (pii la lraver>ée des boulevards est mélancolique. De chers l'anlôiues souriants m'y dansent aux coins des rues que l'on crè\c et haussmannise et sur les terrasses de calés où j'attable parfois ma solitude je n'entends plus parlei' ma langue. 11 e>t bien lard pour en appreiidri; une autre-
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Les romans du bon Léon Cladel sont de ceux, assurément, où les curieux retrouveront les indices de celte joie d'écrire, comme on chante pour chanter au soleil, par la fenêtre, qui est lidiosyncrase des recrues de Catulle. Il y a dans son œuvre, et notamment dans la Fête votive de Saint -Barlholomé Porte Glaive — encore un litre de vente, n'est-ce pas? — des morceaux de facture, exécutés pour le plaisir, qui vont de pair avec les plus Jielles [)ages de Gustave Flaubert, musclés de style, râblés d'images et d'un retentissement de verbe sans pareil. Barbey d'Aurevilly ne s'y trompait pas qui, lui aussi, rompit en plein Figaro une lance de gentilhomme, que dis-je, de connétable, au los du communard cadurcien, pour le pur "amour de la belle écriture.
Et ce fut à Léon Cladel encore qu'Alphonse Daudet voulut lire avant tout autre ce premier roman : Fromont Jeune et Risler aîné, par lequel « il se jeta à la nage en pleine mer après avoir clapoté en rivière ». .J'en parle sciemment, ayant été de cette lecture, hôtel Lamoignon, rue Pavée, au Marais. Elle dura jusqu'à l'aube et nous revînmes à pied, dans les premières lueurs, exaltés d'allégresse pour le livre délicieux dont allait s'enrichir la sainte littérature bénie.
— Tu sais, me criait-il, c'est plein, ça sonne, ça va d'un bout à l'autre, ça y est î Ah le cochon!...
Bien des années après, à un déjeuner chez Sarah Bernhardl, l'hôtesse à la voix d'or me demanda si je connaissais Léon Cladel? — C'est un fou, me ditelle, il doit l'être. Il m'a apporté une pièce dont le thème est ceci : un paysan qui se tue pour sauver son garçon de la conscription, afin qu'il soit fils de
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femme veuve! — Eh 1 bien c'csl sublime, (is-je. Parions que ya se passe en Quercy. — Oui, vous l'avez lue? — Non, mais il y a chance de chefd'œuvre. Cladeleslun maîlre. — Ou'est-ce que vous voulez que je joue là-dedans ? — Je ne sais pas, le lùle de la conscripliou peul-èlre.
ALBERT GIATIGNY
Tout le monde a été plus ou moins atteint, de dixhuit à vincçt-cinq ans, du mal chanté par le poète jMillevoye et qui mène à pas lents les jeunes malades au mausolée (i). En 1867 il était encore à la mode et je l'avais. On m'envoya de vers les bords liguriens manger des pommes d'or sur larbre, les citrons étant microbicides. Inutile de vous dire que je guéris, puisquau bout de 44 ans je vous le raconte. Il faut croire, d'ailleurs, que mes amis ne considéraient pas mon cas comme grave, car je recevais d'eux des lettres sous la suscription suivante : u Monsieur Emile Bergerat, poitrinaire français, à Menton, Alpes- Maritimes. » Et de rire, ce qui est la bonne cure, et même la panacée universelle.
C'était Coquelin — qui m'avait conduit à la gare de
(!) Voir le premier volume des Souvenirs d'un enfant de Paris, chap. I"^'.