AVENUE D EYLAU
Le dîner de ce soir a été très inlëressarit, et j'en note en rentrant les détails caractéristiques. Les convives, avec nous, étaient Vacquerie et Louis Blanc.
Je croyais comme tout le monde que Victor Hugo ne lisait pas les journaux : c'est une erreur. A notre entrée dans la véranda, où il nous attend, le maître me parle d'un de mes articles sur Zola. On n'aime pas beaucoup l'auteur de V Assommoir dans l'entourage, et pour cause. « Restif de la Bretonne avait dit tout cela avant lui. Rien ne survit que le style. C'est un jeune homme bien doué, mais il devrait bien lire Eschyle... »
On se met à table sans attendre Louis Blanc, qui est en retard. C'est Vacquerie qui engage le feu de la causerie. Jules Simon est sur le tapis. Numérote
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les os, mon bonhomme. Très spiriLuel cl bon onianl, Vacquerie, et beaucoup de verve. On va donner dans la politique, ^'oioi I.onis [Manc : « Ce sont ces diables d'omnibus! » Neuf heures passées.
Ma foi! Jules Simon la danse. Je ne sais pas ce qu'il a fait. Je crois qu'il s'est opposé à l'arlicle 7. Toujours esLil que son caractère clérical est unanimement désapprouvé.
« Pendant que j'étais en exil, conle Louis Blanc, M. Jules Simon, sollicité de prêter serment à l'Empire pour être député, me dépêcha l'un de ses amis, nommé, je crois, Tricoche, afin de me prier d'écrire une lettre sur le serment politique, et comme quoi un bon républicain devait refuser de le prêter. Il désirait s'abriter sous mon opinion qui, paraît-il, avait quelque autorité dans la matière. Je fais la lettre, je l'envoie, et j'apprends que M. Simon venait de prêter le serment.
— Au dîner du Congrès littéraire, repart Vacquerie, il se faisait tout petit, et se perdait, modeste (juoique ostensible, dans la foule. On le reconnaît, on le presse de prendre la parole : il s'esquive, se récuse, glisse entre les bancs. Alors on le laisse tranquille. Voyant cela, il bondit à la tribune et il roccupe cinq heures I
— Le caractère, dit gravement N'iclor Hugo, n'est point égal au talent chez cet homme d'ailleurs remarquable et que j'ai beaucoup aimé. Mais il a rendu de grands services à la bonne cause. »
Quelle chose amusante, bizarre et unique que la causerie française ! Voici maintenant qu'on reparle de Zola, puis c'est Nefl/.er qui traverse le kaléido.scope, et puis Delescluze.