L HOMME MODERNE
L'homme moderne ce fut Alexandre Dumas fils. Il l'incarnait absolument. Il le réalisa des pieds à la tête.
Dans les derniers temps de sa vie, lorsqu'il n'avait plus rien à attendre de la gloire ni de la fortune, je me trouvais, un matin, chez lui, avenue de Villiers. C'était au second étage de l'hôtel, dans ce bureau de travail attenant à sa chambre à coucher où il recevait en robe de chambre ses intimes et ses collaborateurs. Quoique la maison fût, et jusqu'à la cage de l'escalier, encombrée de pièces d'art de toute espèce, il n'y avait dans le cabinet d'étude qu'un seul buste, celui de Mme Pradier, la femme du célèbre statuaire, qui lui avait « posé >■ 1' « Affaire Clemenceau ».
Il était en train de me conter l'histoire de son modèle et notamment comme quoi elle avait parié de traverser, nue, la Seine à la nage, et gagné le pari, lorsque le tuyau acoustique qui le mettait en
Ils SOtVK.MRS U UN K.M-A.NT DL l'AltlS
correspondance avec l'huissier d'anlicliaiiihio iiilerrompil le rrcil du conteur.
— Ou'est-ce cjne c'est ? lul)a-l-il.
Au nom {\\ic le valet de chambre lui avail jet('' à l'oreille, Dumas s'tdait tourné vers moi en s'excusant : — Nous permettez ? C'est le septième depuis ce matin, et il n'est (]ue onze heures.
Puis reprenant l'embouchure : — De condjicn a-t-il besoin ?... Un louis seulement ?... Donnez-le lui... Non, attendez.
El sans l;\(dier le tuyau, il demeurait pensif, dans l'altitude du joueur de llùte antique. — Oui, marmolta-t-il, le pauvre diable, il habile loin el il a dû venir à pied par ce temps alïreux ! — El reprenant la communication avec son domeslique : — l*'r;inçois... Remellez-liu « les » cincj louis loid de suite., ('.a lui épargnera les quatre autres voyages.
Ce trait d'ironie débonnaire où se révèle tout riiomme est celui cpie je cite de préférence, entre cent autre.^, pour dépeindre Du ma-; fils à ceux qui ne l'ont pas connu, car il est typique. Pour le sceptici.-me dans l'humanité il fait pendant ;i la >cène de Don Juan et du Pauvre, dont la philosophie Ji'esl énigmalique ipic pour les iml)éci!es, les provinciaux et les professeurs.
La première l'ois que j'ai vu ce grand Parisien «pii mellail de l'esprit dans la bonté, ce fut aux obsèques de Théophile Gautier, cimetière Montmartre. Le discours (ju'il prononea devant les restes du poète de la Cométlie de la Mari (ju'il avail beaucoup aimé, était empreint de cette émotion niAle eldompt('e où se signe l'âme des forts, dont le fatalisme est sans larmes. Une jtoignée de main à renibar<[uement pour
ALEXANDRE DLMAS FILS 119
l'éternité en symbolise l'éloquence et tout s'achève sur le : à qui le tour ? de l'élite.
A cette époque Dumasn'avait pas encore été mordu par l'Evangile. Insoucieux de la doctrine où se réfugient les penseurs vieillissants et peu séduit par sa morale, il était plusà Épicurequ'àSénèque — comme disait Renan — et s'occupait surtout de voir vivre et de vivre lui-même. Tous les problèmes sociaux, et même politiques, l'agitaient, mais il se passionnait surtout pour celui de la femme. Il se battait avec la quadrat'ire du cercle qu'elle proposait à son esprit mathématique. Il se faisait fort d'atteindre Galatée sous les saules par une méthode rigoureuse aux mailles serrées. Il demandait à la physiologie le secret de sa psychologie et il souffrait enfin toutes les inquiétudes de l'homme moderne, malade, avisé et savant de son mal et en révolte contre sa contagion. C'est là qu'est sa figure. Elle reste extrêmement curieuse en dépit de la défaite prévue, fatale et glorieuse, dont la foi chrétienne est la classique retraite.
— Mon cher ami. me disait-il, vous avez deux fois tort, d'abord de fumer, et ensuite d'être panthéiste. Vous brûlez votre tabac aux dieux bêtes, bêtes dans les deux sens du mot. C'est du Calvaire que la lumière luit. Elle est petite, confuse, tremblante même, mais, à sa lueur, on entrevoit au moins quelque chose.
— Oui, riais-je, la Madeleine, cette Dame aux Camélias du désert 1
— Laissez donc la Dame aux Camélias, reprenaitil en haussant les épaules, c'est une œuvre de jeunesse, une chanson d'étudiant, mon « Vase Brisé » dont on m'assassine, et relisez saint Luc, saint Marc,
120 SOUVENIRS d'iN KNFAM' DE l'AHIS
saint Mathieucl saiiU .Ie;m. La IViiiim' csldansrKvangile, c'est là t(iron la trouve. Le moyeu Age ne s'y trompait pas (4 il n'y a pas à onlondre autrement son culte universel pour la vierge Marie.
Mais ce Dumas dogmatique élaitceluidesdernières années, le Dumas d'après TAcadruiie, et je regrettais l'autre.
Il m'avait été révélé, cet autre, à une visite que je lui avais faite en 187^1 pour le remercier d'avoir présenté lui-même une petite pièce de mon encre. Séparés de corps h Montigny, qui la refusa du reste.
Alexandre Dumasfils habitait alors, |)lace \\'agram, un rez-de-chaussée ouvrant sur un jartlinet triangulaire et bordé d'une grille, d'où il pouvait surveiller la construction de son hôtel. — Entrez donc, m'avaitil lancé, je fais des tours.
Le lorgnon sur le nez, s'éclairant au jour de la fenêtre et dans l'attitude plastronnante qui lui était familière, il tenait de loin une lettre dont il étudiait l'écriture, On sait ([ue 1' « Ami des femmes » se piquait de graphologie. Devant lui. un petitbonhomme grêle, chauve, les coudes rentrés, ricanait assez sottement, dans l'attente d'un arrêt de sorcellerie dont il escomptaitlaméprise. — Eh bien, moncher maître, eh bien ?... — L'écriture, malgré son énergie, fit Dumas, est d'une femme, oui, mais d'une femme mal mariée. — Vous croyez ? — J'en suis sûr. Elle est jolie, coquette, et elle s'embête. — Comment, elle s'embête ? — Je vous dis ce que vous voulez savoir. Elle se crève d'ennui dans son ménage. Tenez, ses « a » bâillent comme des « u ». — Et puis ? — Elle a été épousée sans dot par un homme riche
mais de complexion plutôt faible et... faut-il tout dire ?... et bète comme une amphore. — Ah? Et alors ?... — Et alors... il est cocu, formula le devin en lui rendant la lettre repliée, comme l'escamoteur fait passer la muscade.
Le consultant se dandinait comme un ours de foire et ne savait comment prendre l'oracle. 11 ricana : — C'est très drôle, mais on voit bien que vous ne la connaissez pas. — Qui ? — Elle, ma femme. — Je connais son mari, salua Dumas en le reconduisant à la porte, et la graphologie est une science exacte. — Et certainement Molière ne devait pas être plus boutîon quand il jouait le Médecin malgré lui et la scène du « pourquoi votre fille est muette ».
Il n'avait d'ailleurs nul besoin de recourir ni à la graphologie ni à la chiromancie qu'il pratiquait aussi en expert pour deviner un homme, le coter à son prix et le classer selon une méthode fort pessimiste qu'il avait et dont je lui reprochais souvent la dureté. Il professait cette théorie que, nés bons ou méchants, nous n'échappons jamais à nos vices ni à nos vertus originels. Il ne croyait pas aux rédemptions et s'en tenait à la doctrine du : qui a bu boira du proverbe populaire. Or, comme cette façon de penser l'inclinait lui-même à l'indulgence, il fournissait la preuve sensible du principe dans l'exercice de sa propre bonté, toute instinctive et incurable.
Selon une loi naturelle qui a peu d'exceptions, le moral se doublait en lui d'un physique concordant et le corps était le fourreau exact de l'àme. Il n'y avait pas à se tromper sur ce grand diable, superbement équilibré, qui s'avançait droit à vous, avec un balancement tranquille, sans canne, les mains
122 SOL'VENIHS D UN KNFANT r>i; l'AtdS
au tlos, et vous pkmlail daploinb dans les yeux son regard clément mais sans sourire. Les anxieux de l'Idée rieni peu. en î^énéial. si gais soienl-iis intérieuremenl. Seuls, les formistes ont les lèvres en féli*. Les joyeuselés de Dumas s'exprimaient par une sorte de crachotement sec et réitéré cpie Iraduil très hien le : « peuh peuh »... du vieux réperloii-e, mais les yeux ne cillaient poini, ils gardaient la mélancolie auguste de la vie. Même dans le lanceinenl des traits, l'archer suivait surtout le vol de la llècheet le bruissement de ses pennes.
Je me raj)pelle qu'en descendant un jour la rue du Rocher, nous vîmes venir un personnage fameux de la comédie parisienne qui cuirassait une moralité h la blanche\ir douteuse, d'une correction de tenue impeccable et imperlurbal>le. Dumas lui rendit son salut brièvement et (juand il fut passé. — C'est X... Est-il propre,, ce cochon-là !... cingla le maître, peuh, peuh!... Et il continua à m'exaller l'Evangile.
L'homme mo<lei'ne, vousdis-je, de toutes pièces et dans toutes les reriierches, sans laisser celles de l'athlétisme. 11 avait été, cl pouvait être encore, à ses loisii-s bîUniinisIe, sovatiste, pugiliste sans pair et son adiesse aux jeux forains était proverbiale. Lorsqu'il demeurait à Saint-James, il s'amusait à parcourir la fête de Neuilly et non seulement à relever tous les caleçons de luîtes, mais à tirer lous les macarons de chances sur les deux rangées de barraques. 11 en revenait toujours et infailliblement, deux paires de lapins aux poings, et les aisselles pleines de vaisselle : — Non, monsieur Dumas, non, nous aimons mieux vous les laisser choisir, prenez le lapin, nous y gagnons encore.
« ... Je nie dis quelquefois que je suis peut-être dans les injustement heureux de ce monde et que je dois quelque chose de moi à ceux qui n'ont pas eu la même chance... »
u Mon rêve a toujours été d'être tout simplement un bon homme et de pouvoir aimer les lionnes gens, en tenant en outre pour bonnes gens les gens de talent qui font tant de bien à tant d'inconnus facilement ingrats. J'ai comme ça, dans un coin de mon esprit, quelques admirations pour certains individus qui ne s'en doutent probablement pas. Quelquefois j'aurais envie de le leur dire, en y joignant un conseil (jui pourrait leur èlre utile ; mais j'ai peur d'avoir l'air d'un pédant. Je m'en tire tout de même avec la vie... »
Ces deux fragments de lettres intimes sont d'Alexandre Dumas fils.
Il me serait aisé d'en extraire d'autres, ausï-i caractéristiques, d'une correspondance charmante dont j'ai gardé les pièces. .Mais ils ne diraient rien de mieux, s'ils en disaient davantage, sur la sensibilité fièrement voilée de ce grand diable qu'ont adoré tous ses amis et qui a « en face de papa > sa statue sur la place ^lalesherbes.
Dumas l'ut extrêmement bon.
Aujourd'hui, lorsque l'on conte aux jeunes « strugg'eforlifers », comme les a appelés notre Dickens français, qu'un homme célèbre a été bon, ces hautains « combat-pour-lavisles » haussent les épaules et se récrient :
124 SOL VKMHS l> UN ENFANT I)i: l'AHIS
— lion? El pourquoi bon? Où voyez-vous rulililé (le r«''lre? A quoi bon celle bonlé lui oùl-clle servi pour arriver? Cerles, il ne fut jamais bon, puisfju'il esl célèbre. Dans la mêlée humaine, la boulé, c'est le (Jésarmomcnl. \'a-l-on au combal louL nu? L'aclion par elle-même esl méchante. Combien d'ôlres el de choses faul-il déjà tuer pour vivre ? On écrase en marchant, on empoisonne en respirant. Le meurtre esl dans le manger et le boire. Le baiser est à base de mort. A quel prix de férocité nécessaire devienton riche ou glorieux? Notre homme bon el célèbre sur combien de cadavres se couchail-il, le soir, sa journée faite? Decond)ien de ruines, le malin, sucraitil son café au lait? Bon, avez-vous dit, jamais, car c'est impossible, inconscient peul-élre, mais alors c'est sans inlérét, car il élait bêle.
Et si vous leur certifiez que, loin d'avoir été bête, il eut de l'esprit à en revendre, et que sa bonté pourtant est un fait indéniable, les jeunes avenireux secouent la tète, et, avec la tête, l'honneur de leurs précoces calvities, puis ils rient ceci :
— Vous nous lrans[)orlez rélroactivement en des temps présadamiles el quaternaires, et votre bonhomme d'espril n"a pu êlre conleuq)orain que du fabuleux ptérodaclyle el du paléonlologicjue acérothérium, car, à partir d'Adain le roux, l'homme bon nesl plus (pi'un monstre.
C'est à ce moment qu'il peut-être brave de s'aventurer à leur dire (pion a connu ce monstre, et parfois je m'y risque encore.
.J'en ai même connu plusieurs de monslres, et Dumas ne fui que le dernier en date: mais (piand c'est lui (\UG je leur nomme, je suis lapidé de sar-
casmes et l'opprobre devient mon partage. — Ohé I seigneur Caliban, vous voulez vous payer nos têtes ! — Il est certain que c'est rebrousser la légende.
Dumas ne fut pas seulement Thomme dont l'esprit notoire semble à tous incompatible avec la réelle bonté; il était l'un des deux ou trois extraordinaires arbalétriers du trait et sagittaires du mot de notre carquois national. Sa réputation sur ce chef était tellement établie que pendant près d'un demi-siècle, la satire et l'épigramme ne lancèrent point de dards, à Paris, qui ne lui fussent justement attribués ou atlribuables. Oh ! les mots de Dumas ! Jamais grande chambrière de moraliste ne fouetta d'une mèche plus cinglante, plus clic-claquante, et dans le tas, les coquins, et les imbéciles, et les lâches aussi, de la mascarade civilisée. Ça crépitait comme grêle et mitraille et comme il le disait lui-môme, quand il n'y en avait plus il y en avait encore. Eh bien oui, nul ne parut si méchant, et nul ne fut aussi bon; seulement il n'était pas complice.
L'idée que l'on se fait de la bonté d'un homme est toujours en raison directe des compromissions qu'on en espère. Mais la vraie bonté n'est qu'une compassion avec l'espèce, elle n'est pas une solidarité avec l'individu. C'est ce qui explique la philosophie iramodifiable et traditionnelle des dramaturges prêtres de la nature et ses défenseurs contre la société et ses vaines entreprises. Dumas était un dramaturge, et un dramaturge né, de la lignée dont furent Eschyle ensemble et Aristophane, excellentes gens, sûrement, et il menait comme eux le combat des grandes lois humaines contre les petits intérêts des mœurs chan-
126 SOrVEMRS 1) IN t;M \M' I)i; l'A MIS
geanle?. C'oA de celle i'aeon, celle du génie, (|u'il élail bon, el elle e!!;l lu bonne, en dêpil des « combalpoiji-lavisles » ciiauves. Mais où vais-je me [terdie?
Peul-on compreH<lie ([uun homme adore la femme cl abhorre les remmcs? Si on ne penl pas le comprendre, il est inulilede cherclicr;! se rendre compte lie la bonté (jiie jexalte et qui lut la ('oi"ce et l'attrail de mon illustr<; ami. Cette anomalie d'aimer un type et d'en mépriser les effigies n'est peul-èlrc qu'une douleur de gens heureux, mais elle vaut toutes celles dont on meurt. Probablement vous m'entendrez mieux si je vous dis que l'on peut é[)rouver à la l'ois devant un pauvre le zèle et l'horreur de la charité. Celle contradiction csl tout un martyre. Mais c'est d«; .ce martyre qu'il faut décrocher la palme pour avoir le droit de se croire un bon. On ne l'est pas pour s'être soulagé de l'angoisse par une aumône : on l'est si, l'àme tordue par le phénomène inlWme de la misère, on fustige de mots féroces les responsables de celle misère, ou si on flétrit la calamité honteuse dans une comédie dont (juinze cents peisonnes entendent le rude verbe tous les soirs, ou encore si on communique à un ami dix lignes de tristesse comme celles qui sonl en tète de ce chapitre, tout simplement.
Il me semble bien que ceux (jui les y liront ne i"ésisteronl guère à convenir qu'Alexandre Dumas fils fut un bon, et j'espère (pie les plus pieuses délicatesses ne s'oll'usqueronl point du j<-»ur violent dont je les éclaire. Quant à ce qui est d'avoir couramment j| rendu mille et un services à des passants du voyage
(Je la vie el à des pénitents blancs des calvaires artistiques, ce ne sont vraiment point des » gestes » à mesurer à si haute taille philosophique. « Qu'est-ce, — me dit- il une fois que je ïy surprenais encore — qu'est-ce que de donner sa bourse à ({ui vous demande la vie ! » Il se mit à rire en laissant tomber comme une larme, cette goutte de parisine.
Malgré le rayonnement de son immense crédit, qui, dans les théâtres, confinait à la toute-puissance et peut-être à cause de cet esprit terrible qui fut comme le cave canem de son seuil, il est fort remarquable et fort admirabJe, selon moi, que Dumas n'ait jamais eu ni cour littéraire, ni salon académique, ni grenier. Il n'avait pourtant qu'un mol à dire pour se procurer cette perte de temps et cette vanité. ^lais il ne recevait que ses chimères. Là encore s'atteste cette vertu de bonté dont l'attitude symptômalique est l'isolement. Pour demeurer bon, il faut rester seul ; pour aimer le genre humain, il ne faut pas voir d'hommes. On les imagine béatifiables à ce prix, (y est un grand signe de désespérance que de se répandre, et c'est l'heure du fatalisme celle où on laisse sa porte ouverte sur la rue. J'ai toujours remarqué que les égoïstes pratiquants, j'allais dire militants, qui sont les vrais méchants de l'idéal « combatpourlaviste >>, ont horreur de la solitude et qu'ils doivent, pour se rassurer, frotter leurs « moi » aux « moi » <les autres.
Je partirai avec une génération qui aura cru au vir bonus du poète, et qui en aura connu des modèles.
128 SOUVEMUS b IN ENFANT DK PARIS
Je m'en ii-;ii sur celle foi (|ii'oii peiil l'aire son Irou .sans le faire dans de la chair humaine et qu'il n'esl pas du loul ni^cessaire, pour être un grand homme, de se hisser sur un monceau de livaux écrasés. Il m'a élé donné de conslater de visu que la bonlé la plus évangélique n'esl poinl du loul incompalible avec l'espril le plus diabolique, el que, lorsque le cœur est large, et, s'il y a de la place, ils vivent en parfait accord cl l(nl un ménage d'amoureux. Kl s l'on me disait (pie, plus proches encore, ils sont de même sang, el comme par exemple frère el so'ur, vous ne m'en trouveriez pas aulremenl étonné. Il n'esl méchants que de sols, comme il n'est cruels que de hk'hes.
Le voilà en face de papa sur la place des Trois Dumas. Mais puisque statue il y a, j'en ai une de mon ami dans l'Ame, oîi je me la suis modelée pour mon usage. Elle représente un grand diable assis à si table en robe de chambre, la plume levée, et n'osant pas écrire à un inconnu qui l'admire et qui l'aime d' peur d'avoir l'air d'un pédant, en y joignant un cjiiseil qui pourrait lui être utile. Autour de cet icône, mes souvenirs font un square fleuri.
HT
Ainsi donc, il y a trente et un ans, plus de trente et un ans, qu'il dort, là-bas, sans se réveiller, dans sa terre normande, le bon géant aux yeux d'enfant ! Est-ce donc vrai, cela? Hélas, je viens de vérifier: 8 mai 1880 — telle est la date de sa feuille de route.
Alors c'est en rêve, qu'en écrivant son nom, j'entends son pas bruire sur le gravier de mon jardinet de l'Enclos des Ternes et que dans mon oreille hallucinée vibre la voix du grand « gueuloir ».
— Ohé, là-haut, descends un peu de ta soupente. On a à vous parler, monsieur.
Miséricorde, mais c'est Flaubert ! Et je dégringole mon échelle de meunier. — Vous, chez moi, patron ! Qu'est-ce qu'il y a?
— D'abord comment va Estelle? C'est pour elle que je viens, bien entendu, et que je te fais l'honneur!... J'espère que tu ne la trompes pas avec des filles? Tu aurais affaire à moi. Je l'ai vu naître. A présent où sont tes documents ?
— Quels documents ?
130 SOUVENIRS D UN EM- AN T I)K PAItlS
— Sur le (lue (rAiii^oiilrinc ? Il « parnil .. (|ii(' lu CM as, loi? Coiiinio il ii y en a nulle pari, vu el allen- ♦lu que le iluc J'Any^oulènie esl spécial en ceci qu'il n'a l'ien fail el que c'est par là qu'il se délache sur riiisloire, je l'ai mis dans mon roman enlreljOu\ard et Pécuchet. Il esl l'Ajax de celle Iliade des ganaches.
— Eh bien?
— Commenl : eh bien? Si le duc tPAugoulènie a fait quelque chose, et quoi que ce soit, l'Ajax f... le camp. Son entité est d'être nul, d'espiil el de corps, l'époux impuissant de « la planche de Salul » style du temps], de la monarchie. Ah ! j'en ai <lu tintouin pour ce malheureux livre!
— (Juel tintouin?
— D'abord Zola, (jui m'avait pris ce nom dr T.ouvard pour sa série. Il m'a l'allu le lui arracher. Il y tenait. Et moi donc !... Enfin il me le «cde. Je n'aurais pas pu tinir. Un nom, c'est tout, dans les romans, pour la gouverne. A pré-senl c'est loi, avec les documents sur le duc d'Angouléme ! Une le diable femporle si lu en as 1 Où sonl-ds? Je le les rendrai, paiolc, sur la lèle de la chère femme, je le le jure.
El je lui réponds : — .Mon cher maître >i j'en avais, nous les brûlerions à jamais ensemble. Bouvard el Pecuchel avant tout. .Mais on vous a induit en erreur, je n'en ai pas el j'ajoute que le duc d'Angouléme m'indilïï're passionnément, (piedis-je. outre mesure.
— (Jue sais-lu de lui par tradition orale? l'eut- Hve en parlail-on dans la famille? Les bourgeois, qui furent les aïeux, ont dû croire à la prise du Trocadéro ? C'est la meilleure blague de la neslauialion.
Enfin, parle? Il n'y a pas de fumée sans fou, pas plus que de feu sans fumée du reste, et le bruil court que lu caches, par respect pour Vaulabelle.des choses décisives pour la gloire du Duc d'Angoulême.
— Puisque je suis trahi, voici. Il est notoire que s'il n'a pas été le dernier des Bourbons cène fut pas sa faute.
— (Jui, mais comment?
— 11 se livrait dans l'ombre aux pratiques bibliques d'Onan ou mythologiques de Narcisse. Mes aïeux ne m'en ont pas dit davantage.
— Tu sais tout alors. Me voilà tranquille, mais j'ai eu peur. .Mon duc d"Angoulème était fait, et ce n'est pas mal. tu verras.
Et le bon géant me serre la main et s'en va. Le sable du jardinet craque sous ses pas. Il enfile l'allée sans pousser la porte, je l'entends, je le vois... Il y a trente el un ans qu'il est parti pourtant. Oh ! que les glas sonnent longtemps dans la sonorité profonde de ma mémoire I
Voici comment je connus Flaubert. Lorsqu'à la mort de son ■< daron » Georges Charpentier eut hérité delà célèbre BibUolhèquedu Ouai de l'École, son premier souci fut de l'enrichir des plus beaux écrivains de l'époque. L'auteur de Salammbô tenait le haut rang de l'élite. Or son œuvre se trouvait être disponible. Georges, sachant l'allection qu'il portait aux enfants de Théophile Gautier eut l'idée de prier sa tille cadette de lui obtenir cette œuvre pour son catalogue ; l'atïaire fut faite dès la première requête. Le bon géant était accouru de Croisset nous apporter luimôme sa répon se.
— C'est comme si ton père me le demandait,
132 SOUVENIRS D UN ENFANT DlC PAHIS
avait-il dit à Estelle en l'embrassant, rabais clie/. moi ton jeune négrier.
Tous les éditeurs étaient à ses yeux des trulii|iianls' decbair humaine. G'estia doctrine romanlique, l'auteur et l'éditeur s'enire-dévorenl. Aussi l;i surprise de Flaubert s'était-elle exaltée jusfprà la ^luneui' lorsque le négrier lui était apparu sous les espèces d'un jeune homme, écarquillé d'admiralion, (pii lui avait signé tout ce qu'il avait voulu, bouche \)rc. — C'est l'édileur des anges et l'ange des éditeurs, nous disait-il en piquant le sol de l'index, selon son geste familier. Pouivu qu'on ne nous déplume pas ce merle blanc!...
Et il était reparti travailler à ce Bouvard et Pécuchet^ qu'il ne devait pas finir, et modeler dans le néant son prodigieux Duc d'Angoulème. Je ne le revis que l'année suivante, au théAlre du Vaudeville, au cours des répétitions du Candidal.
Il y était venu assister aux dernières études de celte >< farce » qu'il croyait désopilante. Flaubert n'avait certainement aucune conscience critique de son génie. Il se croyait doué du don de boulTonneric de haute graisse et il se faisait fort de faire sauter de rire les ceintures aux bedons des badauds par des lurlupinadesde Pont Neuf. Son chef-d'œuvre était pour lui la j)antalonnade fuiibarde dénr)mmée: « Le Pas du créancier » qu'il avait apprise à < iaulier et (ju'ils dansaient ensemble à Neuilly avec des contorsions d'Aïssaouas et de derviches tourneurs.
— Ça, c'est du théûlre, s'écriait-il en s'elTondrant, ruisselant, sur les divans, et du vrai 1
Quand il vit à quelle mise en scène Carvalho vait a accommmodé son pauvre Candidat, \\ sortit
de sa stalle navré, et me rencontrant dans le couloir, il me prit le bras et m'entraîna dans la rue. Marchons un peu, fit-il, et nous fîmes cinq ou six fois le tour du théâtre, sans mot dire. 11 était écarlale, sa couperose faciale fleurissait mille pivoines. Je le décidai à s'asseoir un instant à la terrasse du Café Américain et à se rafraîchir de quelque limonade. Il ne voulait pas rentrer dans le coupe-gorge. Il retirait la pièce. Il intentait une action à Carvalho. — Une farce, jouée comme une tragédie, les misérables. Il n'y en avait qu'un, un seul qui eût compris son rôle et la pièce, c'était Delannoy, oui, celui-là, à la bonne heure, un grand artiste. Il avait en lui du Frederick de Robert INIacaire. Mais les autres !...
Ce Delannoy était un grand escogritïe, de la taille même de Flaubert, à la voix de Polichinelle, au geste de fantoche mécanique, qui rappelait beaucoup moins Frederick que Louis Monrose, de démente mémoire. Il était bonnement exécrable dans son personnage, qu'il massacra du reste à la première, au milieu de la consternation générale.
L'auteur du Pas du Créancier ne reparut plus qu'une fois aux répétitions. Il était flanqué ce jourlà d'un autre géant à la crinière argentée que Ton prit pour Cernuschi, le directeur du Siècle à qui il ressemblait comme le reflet à l'image. D'une toute petite voix de pipeau lointain sur la colline, il prophétisait à Flaubert un succès sans précédent et s'il lui écrasait les mains c'est qu'il n'osait pas les lui baiser. Ce fanatique était Ivan Tourgueneff. Ah ! le bon Slave !
Et la première vint — ii mars 1874. Les rumeurs de théâtre vaticinaient une déconvenue douloureuse.
l.Jl mjLM.MU.S I* l N LM AM Kl' l'AItlï'
Car IMaiiberl élail ainn'' plus encore (ju'îKlmiré de loiil le monde. Alphonse Daudcl et l'2dmond de(îoncouit s'elïor^aienl de l'illusionner sur le plaleau par des pronoslics favorables donl ils élaienl les tables lournanb\<. Zola ballail les couloirs comme pour luimême. Manpassanl avait amené des aleliers une légion aux rudes battoirs. Je me rappelle cpie la consigne élail de tuer Sarcey à la sortie, « s'il le l'allait », pour apaiser les dieux et plaire aux Muses. Le lideau se leva.
Le Candidat était précédé d'un j»elit acte joué par Saint-Germain qui justifiait de ma présence aux répétitions d'abord et, ce soir-là, derrière la toile. C'était ce « Séparés de Corps » que Dumas n'avait pu imposer à Montigny et qui avait trouvé asile au Vaudeville. Flaubert en écoula un instant les dernières répliques, el comme le succès se déterminait assez nettement : — De' qui est-ce, celle petite machine, me demanda-t-il, — Ma foi, moncher maître, Saint-Germain va vous l'apprendre, — et, selon rusage. le comédien me nomma au peuple.
— Comment?... tu ne m'avais rien dit ?
— Mon bon maître, comme tous ceux qui vous aiment, je ne pensais qu'au Candidat et je cours à mon poste dans la .salle.
Kl c'est de ce jour-là qu'il me tutoya.
Bien avant qu'Edmond de Concourt ouvrît, à Auleuil, ce « grenier » où .se mijotait une académie, Gu-tave Flaubert eut le sien au parc Monceau, à ce cinquième étage de la rue Murillo qui fut d'abord
son pied-à-terro parisien. Ce « grenier « s'était formé de lui-même, autour de lui, par celte nécessité, pour ainsi dire professionnelle, qu'éprouvent les artistes d'un même art à se grouper autour d'un maître. Plus que tous les autres, les gens de lettres, je crois, ont celte humeur hiérarchique. Ils font volontiers salon à leur chef de file et puis, du salon naît l'École, qui souvent n'a pas d'autre origine.
Les dimanches de Flaubert semblent prouver la remarque ou plutôt la ratifier. Nul ne fut moins naturaliste, dans le sens dont Emile. Zola affubla le mot, que le styliste de Salanunhà', hugolàtre intransigeant et exécrateur de l'écriture bourgeoise. C'est de lui cependant que se réclama longtemps la poignée de réalistes turbulents qui avait à Médan-sur- Oise son Vieux de la Montagne. Ils avaient besoin dun prince, comme les poètes et les grenouilles. Madame Bovary était le chef-d'œuvre où ils pouvaient planter leur hampe; il était trois fois consacré par le public, la critique et la justice. Ce fut la <( Préface de Cromweli » de la manifestation documentaire. — S'ils ne veulent pas de moi, disait Victor Hugo, pourquoi n'arborcnt-ils pas franchement Henri Monnier ? Le père de Joseph Prudhomme est leur Shakespeare naturel.
Celte consécration à Flaubert otl'rait ceci de paradoxal qu'elle l'étonnait d'abord plus que personne, pour n'en pas dire davantage, et, ensuite, que, sauf Edmond de Concourt, tous les « dimanchieus » du grenier étaient, de bon gré ou non, des idéalistes, sans en excepter Zola, ne vous déplaise, poète mort je a ne et romantique défroqué, à qui le lyrisme repoussait sous le rasoir même. Tourguenelï, le l)on
\M SOUVEMHS D UN KNFANT DK l'AIllS
slave, ne démarrait pas de Pouchkine, el Alphonse Daudet, bon proveneal, de Mistral. Catulle. Ilérédia el Coppée, du « Salon » de Leconle de Lisle, n'apportaient rue Murillo que des bruits du Parnasse. Il n'était pas jusqu'à (Juyde Mau|)assanl, tlisciple direct de Ihùte, qui ne se réclamAt de la tiliation pip.dariijue. Il venait de débuter par un recueil intrépidement iiilituh^ : « Des ^'ers », — El allez donc ! faisait Flaubert en sabrant du bras les Philistins imaj^inaires, « Des Vers » !... Ça, c'est crAne !... — Oui, marmonnait Georges Charpentier, l'éditeur, un peu pensif. De telle sorte que ce sanctuaire du naturalisme nai.ssant était plein de prêtres du vieux culte idolâtre des muses.
Le pied-à-terre de la rue Murillo eût mérite'' le beau litre de rez-de-chaussée si l'on com|)tail les étages en venant du ciel, car il était de plain-pied avec l'espace. Il dépassait même les cimes vertes du parc Mom-eau sur le piel il prenait vue, et il était si bas de plafond «pie du balcon on j)ouvait cracher dans la gouttière. Il faut croire que Flaubert avait un faible pour les soupentes aériennes, car plus lard, faubourg Saiiit-Iionoré, l'appartement (ju'il habita était encore inscrit dans ce style des combles auquel l'architecte Mansard doit son renom culminant. Il eût été impossible au bon géant de s'y pendre el à Tourguenefl" moins encore, môme à genoux peut-être, el quand le chorégraphe du « Pas du Créancier » commençait l'une de ces gesticulations oratoires alTérenles au tonnerre de son « gueuloir », Edmond de (îoncourt lui criait : — Prenez garde ù la toiture I Nous allez desceller les ardoises !...
I)e l'un et <1<> l'autre appartement je n'ai jamais vu
que le cabinet de travail oîi le maître recevait ses visiteurs dominicaux. Le liureau, une simple tabl-e d'architecte, occupait le centre de la pièce, entre la porte et la fenêtre toujours grande ouverte, mais où l'ascète terrible du verbe ne s'accordait aucune distraction de la vue ou de l'ouïe. Il était là comme sur le préau crénelé de sa tour d'ivoire, entre le Livre et le Papier, et l'on y cherchait la tête de mort des antres cénobitiques. Point de feuilles errantes, ces jours-là du moins, sur la table ou régnait un ordie bureaucratique. — On me demande souvent pourquoi je ne me suis pas marié ? disait-il. Eh bien voici. Je ne me suis pas marié parce que ma femme aurait rangé, cVst-à-dire dérangé, mes paperasses, jeté mes vieilles plumes d'oie peut-être 1... — Et il les montrait dans leur vase, vénérables flèches de la chasse au mot, ébarbées, hérissées, culottées d'encre, tout le carquois de la semaine.
Mais la pièce d'art de l'établi c'était le presse-papier légendaire dont l'histoire formait le thème favori de ses gaudrioles bousingotes. Il ne se lassait pas de la conter et si je ne l'ai pas entendue vingtcinq fois je ne l'ai pas entendue une. Ce presse- papier, souvenir héréditaire du docteur Flaubert, son père, était un morceau de mât de navire dont l'aventure plus que scabreuse défiait jusqu'au latin même, et c'était probablement la difficulté de la conter qui l'excitait au tour de force réitéré jusqu'à l'abus.
— Un jour, à l'hôpital de Rouen, où, comme vous savez il était chirurgien, mon père, à la fin de sa consultation, avise un matelot collé dans un coin et tournant dans ses doigts boudinés son béret comme un rosaire. — Asseyez-vous, mon brave. — C'est
138 ï^OLVK.MhS I) l N EMAiM UK i'AlllS
((ue je ne peux pas, Monsieur le docleur. — ("onimeu(, qu"esl-ce qu'il y a? — Je ne sais comment vous dire, mais ça me gène 1^ où loul passe, sans compler que rien n'y passe plus, sauf le respect, el à volie service. — Depuis ccmbien de temps, cet état ? — Depuis notre retour de Terre-Neuve sur la gi ëlclli\ — Voyons ça, dit mon père, qui le fait mettre sur le ventre dans la position fondamentale el propice à l'inspection. — Oh! sacrebleu. jure le praticien en se relevant, c'est ce que j'ai vu de plus fort dans la marine, soit d'État, soit de commerce !
— Ht, saisissant ses fers d'accou'Iieni'. il extrait des reins du morutier ce que nous ajipellerons l'enfant de la goiMelte. Et le voici, eoinluail Flauljert en montrant le bout de mût d'artimon, c'était le presse-papiers de mon père... — Tn document, mar*quait Zola. — S'il en fut, contirmait Daudet. — J'espère, soulignait TourguenelV, que vous l'ave/ fait baptiser avant de vous en servir?
Dans un autre pot conforme à celui des plumed'oie, il y avait, sur la cheminée, à la disposition des fumeurs, un faisceau de pipettes en terre émaillées et festonnées de lierre dont la capacité ne dépassait pas celle d'un dé à coudre. On les appelait les pipes Flaubert, mais il était rare qu'on en usAt et je n'ai vu que Hérédia recourir à ce calumet lilliputien de fumeur d'opium. Fnfin, dans la ruelle formée par l'avancée de Tatre, s'étendait un divan à l'orientale, propre aux siestes et méditations horizontales, dénommé : '< le va<;hoir )),qui constituait toute ladécoration de la cellule.
Aux murs, tendus d'étofTe claire et tout unie, pas un tableau, peint ou gravé, et de photographies
GUSTAVE FLAUBERT ISi»
moins encore. Je n'ai souvenance que du ne reproduction d'une toile de Jolin Everetl Millais, le prérapliaëlile anglais, reléguée d'ailleurs dans l'anlichambre ; c'était un présent de sa chère nièce Caroline, aussi le laissait-il là par tendresse pour elle mais il ne l'avait certaineiuent jamais regardé. Flaubert avait l'horreur de la peinture. Peut-être l'atrectait-il plus qu'il ne l'éprouvait en réalité, et en écartait-il systématiquement la joie. — En fait de pa} sages j'opère moi-même, déclarait-il, et il ne se vantait pas, il faut en convenir.
Un jour, et si rebelle qu'il fût aux indiscrétions bêles du reportage, il s'était laissé aller à recevoir chez lui l'un de ses jeunes compatriotes jouennais, son zélateur passionné du reste, mon camarade Pierre GilTard. Or dans le compte rendu de son exploration, le journaliste, croyant plaire au maître, l'avait enrichi d'une collection de tableaux rolhschildienne où les anciens disputaient aux modernes les centimètres de ses lambris. La fureur de Flaubert, à la lecture de l'article, était montée à la cong-estion. — Des tableaux chez moi !... Il en a vu !... Oh ! le scélérat !,.. Et c'est un « pays 1 »... La haine de la littérature !... M'accuser de galerie de peinture? Que lui ai-je fait? — Et il resta longtemps convaincu que c'était un coup de la municipalité de Piouen, dont le petit Giffard était le spadassin breveté, à moins que Villemessant n'en fût l'instigateur, ce qui était encore bien possible ! . ..
Personne n'ig:nore qu'il n'existe et ne reste aucun portrait peint de Gustave Flaubert. Il s'est toujours refusé à toute pose, obstinément, en dépit des instances des êtres les plus chers et des admirateurs les
110 SOUVENIRS I) UN LNFANT I)i: PAHIS
plus sincères. Il ^.inla jusqu'il l;i lin le secret de ce relus inex|^li(|ué ({ui ne fui peuL-ùlre (ju'une coquellerie. Il avait rlé dans sa jeunesse d'une beaulr merveilleuse, et telle, me contait Gautier. (|u"à Houen I()rs(|u'il entrait au théîUre,avec sa sœur, toute la salle se levait pour les applaudir. De cette beauté il ne lui restait que les yeux, seuls indemnes du ravage d'un mal mystérieux qu'il parvint à celer aux plus intimes. L'icône unique que nous ayons de cet homme aimé des dieux est le dessin à la plume d"P]rnest de Liphart, reproduit dans les éditions posthumes de son œuvre. C'est à moi qu'on en doit l'aubaine, voici comment.
.le passais un jour, rue Drouot, devant hi boutique dim bric-à-brac, lors(ju'à la porte j'avisai une boîte à dix centimes, où, parmi maints objets de rebut, il y avait de vieilles cartes photoi^raphiiiues. Elles provenaient à peu près toutes du fonds Carjat, et. quoique la plupart fussent des portraits d'homme, diversement célèbi-es, aucune ne portait d'indication nominative. Je ne m'expliquais que par cette raison le dédain des passants et du marchand lui-même pour ces documents iconographiques, lorsque l'une des cartes m'arracha un cri de joie tempéré de stupeur. Une photographie de Gustave Flaubert !...
Ainsi donc, la légende était fausse, (Juand il se défendait de toute portraiture, il avait posé chez (Carjat. Et non seulement il avait posé chez Carjat, mais il lui avait consenti trois poses. Les tiois portraits étaient là, en trois épreuves, dans le las à deux sous. Nous pensez si je m'en enrichis sans marchander, et je ne crois pas avoir besoin de vous dire si je les ai gardées ! Elles sont uni(pies, tout simplement.
GLSTAVE FLAUBERT 141
Certes, il n'y avait pas lieu de les utiliser pour convaincre le bon géant de blague. Je suis de ceux qui tiennent pour des lois les caprices mêmes des maîtres. Sil voulait que la postérité fût privée de ses traits, c'était ne pas l'aimer que le trahir, et je l'aimais de tout mon cœur. Les trois photographies sont demeurées invisibles chez moi jusqu'à sa mort.
Il me démangeait toutefois de savoir si le veto était vraiment irréductible et j'eus recours, pour l'apprendre, à un moyen de comédie. Après avoir exécuté tant bien que mal une copie à l'huile de la plus ressemblante des trois photos et l'avoir poncée à sec pour la glacer de la patine du temps, je l'apportai un dimanche, sous le bras, au « grenier » de Flaubert.
— Voici ce que j'ai déniché, fis-jt, à 1 Hôlel Drouot, à une vente par autorité de justice, ou après décès, je ne sais plus, car le possesseur est ou était un malheureux peintre normand, et même de Rouen, si j'ai bien entendu le commissaire-priseur qui bredouillait. J'ai pensé bien faire en acquérant la toile, soit pour la supprimer, soit pour lotTrir au modèle.
— Oui, dit Edmond de Concourt, c'est de la fichue peinture, mais il n'y a pas à dire, voyez donc, Flaubert, c'est vous ?
— Pas si mauvaise, la peinture, releva Emile Zola, que j'aurais embrassé pour ce jugement, mais la ressemblance, selon moi, est plus douteuse.
— 11 y a quelque chose, équilibra Tourguenefî, comme d'un frère... mais naturel... à l'imaginer... par exemple.
Daudet avait ensourcillé son monocle et me regardait en dessous. Maupassanl m'aurait dévoré tout cru.
142 SOUVKMUS I) L'N l-Nf'AM Iii: PAPIS
— Je If l'aclirlc, iiir ciia llrrc-dia, loiijours enlliousiaslc.
Flaubert prit la eroùle, s'assit, la eonlem|ila fii silence, et, me la rendant assez nerveusement :
— ("a, c'est la gueule an père Sandeau. Tn peux la garder, si tu aimes cet auteur.
Oi". ce fut eet « agrandissement » i|\ii. six ans plus lard, lors([ue le maître s'en alla, serNit à Ernest de Lipliart pour le superbe portrait à la plume (jue je publiai dans la Vie Moderne et qui reste le graphique unique à la fois et définitif de la tête auguste du grand artiste de lettres. Quant aux trois photographies, il y a cas de reliques; je ne les montre qu'aux initiés du verbe.
A ce litre <léjà, le poète Baoul Ponchon aurait droit à un tii-age particulier des icônes, mais il le mérite en sus pour la joie romantique dont plusieurs de ses poèmes comblaient le maître. C'était François Coppée qui les lui avait révélés. Il y avait une parodie de {'Orientale de Victor Hugo, sur laquelle Flaubert tonilruail du « gueuloir » et crevait le plafond des ailes. Elle est établie sur le thème :
En venant du golfe dOtranle
Nous étions trente. Mais en arrivant ù Cadix
Nous étions dix,
que le disciple développe ainsi pour l'allégresse des ri meurs :
V'ià quen arrivant à Melun
.Nous n'étions (|u'un.
Mais en sortant de Carrassdnne
Zut, plus personnel...
— C'est gigantesque, damait Flaubeit en lieliaul l'index en teric comme un hydroijiapjic «pii marque
remplacement d'une source. Un autre distique encore le jetait en pure pâmoison, et il en déclarait l'ellipse « l'une des merveilles de la langue française »
Je hais les (ours de Sainl-Sulpice :
Aussi, quand j'y passe, j'y pisse.
— Oh ! ces deux u j'y » !.., C'est du génie. Coppée, je vous en prie, amenez-moi cet homme-là. 11 est des
nôtres.
Il va sans dire que Raoul Ponchon a fait d'autres poèmes et que sa Muse abondante et charmante ne s'en est pas tenue à ces exercices facétieux. Mais le bon chantre des vins de France apprendra peut-être ici de quelle admiration il était l'objet pour l'auteur du Pas du créancier, au grand scandale d'ailleurs d'Ivan Tourgueneff, long- Tartai'e mélancolique, à la voix de gosse, qu'elTarouchait la gauloiserie.
Je vous ai dit la raison que Flaubert donnait de sa terreur du mariage.
— <« Elle » rangerait mes papiers ! vociférait-il. Mais il masquait de ce prétexte la vraie cause de
son célibat volontaire. Ce bûcheron fantastique de la foret du verbe qui restait des mois entiers à Croisset, sans sortir de son antre, à abattre du bois, était un aimant et un tendre. Il avait beau professer sur les choses de l'amour la philosophie décevante et déçue qu'il prête à son héros de VÉducation sentimenlale, l'amertume n'en trompait ni ses amis ni les siens.
— Vous feriez un excellent mari, lui lançait Daudet, et un père meilleur encore.
Et il ne disait pas toujours non. Voici comment
nie fui révélé lo secrol, scni|)iil('iisemoiil gardt' p;ir
tous d'ailleurs jusqu'à sa moil, do son aiisloiilioii
malrimoiiiale.
Je tenais du vieux Robeliii, l'ami de \'iclor liu^o et riiabilué fidèle de la maison de Théophile ( laulier, à Neuilly, le récit d'une « chose vue » fort sing-ulii' re.
En traversant le Pont des Arts, il avait été anvté, un soir, par un groupe de passants entourant un convulsionnaire. Il s'était approché du malheureux, qui, l'écume aux lèvres et renversé, se roulait dans le cercle des badauds, et il avait reconnu le malade.
— Je hélai un fiacre, contait le père Hobelin, et je transportai Alfred là où il demeurait, rue du Mont-Thabor. Puis, je courus prévenir sou frère.
— Oui, son frère ?
— Mais Paul de Musset.
— Que me dites-vous là ? Le poète des Xiiils tombait du haut-mal ?
— Oui, et c'est pour cela (|u"il se giisait, non pour autre chose. Mais, cette fois, il n'avait jm dissimuler, et la crise l'avait terrassé dans la rue. Heureusement que j'étais seul, sur ce pont, à le connaître. Il n'a jamais su qui l'avait ramené chez lui, celte nuit-là. il ne me l'aurait pas pardonné.
Le récit du vieil architecte romantique m'était toujours resté dans la mémoire. Il me révélait un Rolla insoupçonné, plus digne que l'autre assurément, puisqu'il expliquait par la honte d'un mal organicpie terrible l'avilissement de la fin de sa vie. Il voulait que Ton mît sur le compte de l'ivresse les i accès inopinés où l'on pouvait le surprendre.
Or, un dimanche (jue l'Enfant du Siècle était, a\ec son œuvre, sur le taj is, chez Flaubert, et que l'un
et l'autre écopaient, défendus, je dois le dire, énergiquement par Emile Zola, l'idée me vint de jeter dans le débat la confidence du père Robelin, et jamais je n'en eus de plus malencontreuse. Le silence glacial au milieu duquel on m'écoutait aurait dû m'averlir de mon impair, si les grandes gaffes n'avaient en elles-mêmes un vertige; et j'allai jusqu'au bout de la mienne, ignorant d'ailleurs où elle m'entraînait.
— Et voilà pourquoi, conclus-je en reprenant le mot de Robelin, Alfred de Musset s'absinthait au Café de la Régence, et non pour autre chose: l'infortuné était épilep...
Ace moment, lebongéant, qui, debout, étaitadossé à la cheminée dans sa robe de chambre grise à cordelière, oscilla comme un peuplier fouetté par le vent d'orage. Mais d'un geste, il se reprit :
— Ce n'est rien, la chaleur. On étoutYe ici, ne trouvez-vous pas ?
Cinq minutes après, tous les familiers du >< grenier» se retiraient sous divers prétextes, et je compris.
~ Pourquoi ne m'as-tu pas fait un signe ? reprcchai-je à Daudet dans la rue.
— Il l'aurait vu. Il ne sait pas que nous savons, mais il épie. Comme personne n'a bronché, ton histoire même aura servi à lui confirmer notre ignorance. Mais ne reparais pas dimanche. Aucun de nous ne viendra, du reste. Il est huit jours à se remettre de la crise.
J'ai toujours pensé, je pense encore, que le célibat défensif du maître s'explique par ce secret du mal caduc qui le rongeait et qui ne fut livré au public qu'après sa mort, bien inutilement peut-être, ^ar
i(i; soLvr.Nins n un kM'A>t de pahis
son plus vieil ami. In (JociiiiuMil 1... A (|iioi sert-il pour ou coiilre sa f^doire?
" Vendredi !?oir, c> fi-vrior 1880).
w Mon ciii:u ami,
«Grâce à vous, je vais devenir célèbre à Houen 1... Le Nouvelliste m'a fail pour la pi-cmière fois de sa vie une forte réclame, d'après vous, — elle Journal de Houen, mardi <loruier, a reproduit (avec une iritroduction), loiile voire préface.
« Une vieille bonne que j'ai — el qui est sourde, boiteuse et aveugle, m'a dit hier un mol sublime el qui était le résultat de ce qu'elle avait entendu dire chez l'épicier, où l'on parlait du susdit numéro du Journal de Houen : — « Il paraît » que vous êtes un grand auteur ! »Mais il fallait voir la mine el entendre la prononciation !...
.( Eh bien ! ce grand auteur est un idiol. .l'ai (ju!)lii'' de vous dire le plus beau des détails sur les pérégrinations du ms. Il eslreslé onze mois à l'Instruction publique ! c'est-à-dire c/a/js/e cabinet de Bardoux. Ledïl Bardoux s'était engagé, à peine ministre, à l'aire représenter la pièce de ses trois amis. Ne trouve/.-vous pas ça joli .* — Là, encore comme chez Noriac. j'ai été obligé à la fin d(^ reprendre mon infortuné papier.
« Je crois que les deux journaux de la localité (i)
» '1 Sulislantif employé par M. de \ illMe pour la Grèce. « La (jivro, (juc nous importe celle locnlité. ( sic. )
« Ouei e>l donc celui qui m'a fait une si belle réclame dans le Vnllaire'l El cel oi;!;eau de Char|ieiilier qui ne m'a pas envoyé un pareil article 1 Quel être ! l{aii|)elez-iui que j'ea attends toujours deux exemplaires. »
feront du bien à la Vie Moderne. Les bourgeois de ces lieux ayant foi en leiw journal. Mais les libraires me semblent stupides. Aucun jusqu'à présent ne i'a en montre. Et beaucoup même n'ont point le Chdieuii des Cœurs.
« Amitiés à Estelle et tout à vous, mon chéri.
«Votre G. Flaubert. »
Celte leLtie de Gustave Flaubert, que j'ai retrouvée en papcrassant, contient, pour ceux qui l'ont connu, tout l'homme. Il n'y en a pas de plus explicite dans cette « correspondance » dont on vient de publier le dernier volume et où s'atteste une agitation cérébrale allant, vers la fin de sa vie, jusqu'à la frénésie. En dépit des hommages tardifs que se plaisaient à lui rendre ceux qui sont devenus depuis lors les maîtres de notre littérature, le cher grand homme se croyait réellement ignoré de ses contemporains, et il est trop clair aujoui-d'hui qu'il soulTrait de cette croyance. Y a-t-il rien de plus mélancolique que cette joie ironique devant l'ébahissement de la vieille bonne sourde, boiteuse et aveugle, apprenant chez l'épicier, lequel le tient du journal de la « localité », qu'elle sert depuis vingt ans, sans le savoir, un « grand auteur » ? Et que dites-vous encore de ce journal de province qui attend la publication du Château des Cœurs dans un journal parisien pour saluer la gloire d'un tel compatriote !
Mais telle est la loi, paraît-il. 11 est écrit (par qui, ô Aza'is?) que toujours il en sera ainsi pour les vrais grands artistes et que la mésintelligence est éternelle entre l'absurde public elle génie. C'est ce qu'il ap-
polail lui-même le « panpignouflisme ». J'ai coiiim deux hommes de réUle qui oui élé les marlyrs du paupignoullisme [)en(lanl toute leur dure vie de labeur el de eliefs-d'œuvre, car la Révolution de 89 a tout donné à ce peuple excepté le goût du Beau et ses méprises littéraires sont plus désespérantes que jamais. Mais le premier de ces deux maîtres s'en était consolé avant sa mort. Moins plHloso])he peutêtre que son ami Théophile Gautier, le pauvre Flaubert n'était point encore résigné, ses lettres en font loi, quand il partit pour le repos.
Il faut avouer aussi qu'il en avait enduré d'elTroyables, et notamment au théâtre. On aurait beau regarder la colonne pendant douze mois consécutifs, et sans boire ni manger, il n'y a pas de quoi être fier d'être Français lorsqu'on songe qu'un Gustave Flaubert n'a jamais pu faire jouer à Paris une féerie signée de son nom, et qu'il a succombé à la peine !
Vn ministre même, un ministre de l'Insti'uction publicjuc (^t des Beaux-Arts, qui passait pour lettré et libéral, n'a pas trouvé, en onze mois, le temps ni le courage d'intervenir dans un j^areil scandale, de donner cette modeste satisfaction à un grand homme, à un bon homme, à un ami, à un vieillard presque ruiné, et de soulager notre conscience nationale de cette honte !
Une féerie ! Ah ! grand Dieu 1 par le l('m|)s d'exhibitions infâmes, d'une bêtise à guillotiner, (pii courait alors, qui court encore, une féerie de (îuslave Flaubert refusée par tous ces planteurs, fouailleurs de nègres quand ils ne sont pas négriers, que l'on appelle des directeurs, et rendue à l'auteur de Salammbô '< sousdes prétextes littéraires! »> Et M. Bardoux
n'a rien pu contre les marchands de bamboulas !
Hélas ! pourquoi Flaubert ne s'adressait-il pas directement à M. Francisque Sarcey, qui lui, au moins, savait lire? Sans doute il aurait fait pour le Château des Cœurs ce qu'il fit pour certaine Jeanne d'Arc, d'un professeur maniaque et platonique amant de la Pucelle. Bizarrement aidé de l'intervention toutepuissante du Grand Maître de l'Université, il en posa le lapin au malheureux directeur du Châtelet, qui ne s'en remit pas, sous couleur de littérature patriotique. Oui, Sarcey eût fait cela pour Flaubert, car il fit tout ce qu'il put, ce pape du culte théâtral, et ce n'est pas la bonne volonté qui lui manqua, hélas !
Mais le grand provincial ne connaissait rien aux choses de la ville. Il s'adpessait, en sa détresse, directement à un ministre, et, en onze mois, ce ministre était si occupé du sort des faiseurs de Jeanne d'Arc qu'il n'eut pas une minute pour prier Sarcey de le conduire chez M. Floury afin de lui placer le Château des Cœurs. La voilà bien la naïveté des hommes de génie !
J'ai gardé de Gustave Flaubert une note relative à ses déboires de théâtre. Il me l'avait donnée lorsque, ne pouvant faire mieux, je lui publiai sa féerie dans la Vie Moderne. Pouvait-il la laisser en des mains mieux désignées? Je la relis parfois, lorsqu'on des cas pareils aux siens je sens ma modestie perdre pied; elle la reflanque tout de suite en équilibre.
Voici cette note manuscrite et inédite :
« 1° jMarc Fournier refusa d'entendre le scénario du Château des Cœurs prétendant « que nous étions incapables », moi et Bouilhet, de faire une féerie.
150 SOLVE.NinS I) L'.N li.N FA-NX DI£ l'AIUS
« 2"^ Gustave Claudin nous demanda la |>iù((> jiuur M. Xoriac, directeur des Viu-iélés. Enthousiasme du dit Noriac qui voulait suiipriiucr trois rangs de l'auteuils d'orchestre, niachiner son théâtre, etc., et commencer les répétitions tout de suite. Après quoi silence absolu pendant six mois. Et le ms ne me l'ut rcDdu qu'après des instances brutales de ma part.
u 3" La pièce fut portée à Ilostein, directeur du Châtelet, et quarante-huit heures après me fui rapportée par son dome&lique, qui proféra ces mots :
« M. Hoslein m'a chargé de dire à .M. Flaubert que « ce n'est pas du tout ce (jue Monsieur désire >• [Sic).
M J'en oublie quelques-uns.
u ^1° Un directeur de la Gaîté ancien direcleui' d'une troupe italienne à Nanlesi a entendu la féerie chez moi, rue de Murillo, — et puis pas de nouvellts, auprès avoir témoigné beaucoup d'admiiation bien entendu.
« 5" Carjal demanda à liouilhet la féerie pour iJumaine et Rosevil ? directeurs de la (jaîté. Le manuscrit fut gardé trois mois et rendu à moi avec dédain par .^L Duniaine.
« G" Raphaël Félix en entendit la lecture (avec Michel Lévy) et s'apprêtait séance tenante à - faire k' traité », quand il se ravisa tout à coup, [)arce (piil voulait remonter Lucrèce Bonjia.
« 7" L'année dernière, Weinschinck, directeur de la Gaîté. garda le manuscrit huit jours. — Mémo réponse que ses confrères.
« 8" Cet hiver, au mois de décembre, Dalloz a refusé de le faire |)araître dans la lieviie Française. >■
Paupignoullisme ! Panpignoutlisnie I