‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 36 sur 50 · QLELQUES BOULEVARDIERS FI-LICIEN H<>1»S · texte numérisé non relu

QLELQUES BOULEVARDIERS FI-LICIEN H<>1»S

La renommée de Félicien Hops djile (environ du lemp^' où Poulel-Malassis, homme d'un goùL lalfiné cl di\ inaloire, 3e mil à éditer les poêles du Divan Lcpellclicr, c'est-à-dire Théophile (iaulier (Emaux et Camces), Charles Baudelaire i^les Fleurs du Mal), Leconle de Lisle (les. Poèmes barbares], Théodore de Banville {\q& Odes funambulesques] — el glorieusemenl s'y ruina. Car il ne l'aul jamais commencer. La fortune ne rit (]u"aux reprises el c'est le second coup (jui fait l'eu. Je vois encore, dans la rue de liichelieu, au coin du passage des Princes, qui s'appelait : passage Mirés, la boutique où s'(''talaienl les premières éditions de ces livres impérissables. Elles atteignent aujourd'hui à des prix rothschildien*, mais comme on pouvait alors en accpiérir, pour trois francs, les plus beaux exemplaires, il va sans dire qu'ils restaient tous pour compte à lédilcur.

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Ainsi se Irouvail justifiée la fameuse vignette du petit poulet assis de Ira viole sur un bâtonnet, c'està-dire mal assis, qui était la marque et la devise de lexcellenl homme.

En général, dans la vitrine, ces princeps étaient ouverts sur le frontispice, et ce frontispice, alléchante allégorie à leau-forte, qui semblait sonner aux bourgeois la fanfare des gloires poétiques nouvelles, était signé : Félicien Rops. C'est ainsi que pour ma part, jeune débutant avide des choses de l'art contemporain, je connus le nom de l'artiste, et pendant de longues années je n'ensusrien davantage. (' C'est un espèce de tsigane belge qui satanise », me disait Alphonse Daudet, lequel édité lui-même, avec Léon Cladel, chez Poulet-Malassis, y avait aperçu une ou deux fois le graveur mystérieux. Je vous parle là de l'an i865, — E heu, Postiime, comme dit Horace.

Quelque quinze ans plus tard, dans les bureaux de rédaction de la TVe moderne, à l'autre bout du passage Mirés, devenu passage des Princes, Armand (louzien vint un jour m'aviser qu'il me présenterait un Mormon. — Comment, fîs-je, un Mormon? Estce que le Lac-Salé s'abonne? — Mieux encore, le Lac-Salé collabore ! — Et le lendemain, j'eus la visite d'un personnage singulier et inoubliable, remuant, vibrant, bavard et soliloquiste, dont la chevelure brune et drue, la moustache effilée, les allures souples, l'allégresse rieuse et sarcaslique, fixaient l'âge à la trentaine. Il s'était tout de suite et très simplement imposé par une autorité innée et naturelle qui est le signe de la maîtrise, et û me contait un voyage en Hongrie, doù il arrivait, avec

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Gouzien liii-inrine pour compagnon, hcsciiplioiis pillorosqucs en un Irail, anocdolcs en un mol, apei\us paradoxaux, fouelli'S d'une ellipse, observalions philosophées i!i la |)aiisienne par un sousenlendu, couleur, esprit, ali ! (piel causeur 1 Jélais sous le eliarinc. Au houl dune heure, de deux peutêtre, il partit eoinine il était entrô, rapide, après un shake-liand d'hercule, à brider les doigts. Mon «abinel en résonnait encore!...

— Est-ce ton Mornioa?demandai-jeà (Jouzien. — Sans doute. Conmient le trouves-tu? — Prodigieux cl charmant. — N'est-ce pas? Aussi esl-il ailoré d«; toutes ses femmes. — Est-ce qu'il les a amenées avec lui du Lac-Saié?... A cette question, le bon Gouzien éclata de rire. — llops ne s'est jamais ravilaillé au Lac-Salé, fit-il ; tous ses ménages sont |>aiisiens. C'est ici qu'il les aime de front, austèremenl, et qu'il pratique, selon la doctrine de Joseph Smith et de Biigham Young. Le dimanche, il les réunil, femmes et enfants, et il les mène à la campagne. H n'y a pas de meilleur père de famille. — Si tu veux le payer ma lète, rcpris-je, sache ipie je suis b(^aucoup moins scandalisé ipie surjtris de ce <|ue tu me racontes. Oui n'est pas un peu Mormon. e| plus ou moins, dans notre société incohérente? Mais tu l'as appelé Hops? Est ce (juil est le fds on le neveu du célèbre Félicien Hops, l'acpiafortisle? — .Malheureux, s'écria (îouzien, il est Félicien Hops lui-même, el il l'apportait des dessins pour ton canard.

Ce fut ainsi que ma pauvre \'ie moderne s'enrichit de la collaboration de ce puissant artiste. Il y a publié des pièt;e:5 admirables. Mais (|uede fois, .sa journée finie, à llieure du repos, ne \inl-il pas tailler

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bavelle avec los camarades dans celte salle basse, éclairée par le transparent d'un marchand de vin de Champagne, et où tout ce qui comptait dans les arts en 1879-1880 a passé, depuis Meissonier, jusqu'à Flaubert, et de Gambetta à Sarah Bernhardt. Félicien Bops les étonnait tous par sa verve diabolique et rinlransigeance enthousiaste de sa doctrine baudelairienne. I! réalisait à lui tout seul le programme de celle publication, nommée la T7e nuderne. dont le titre l'avait enchanté et conquis. Et en l'écoutant, j'étais toujours frappé de la justesse de la définition d'Alphonse Daudet : « un tzigane belge qui satanise ». Il n'y manquait que le violon ensorcelé de Racoksy.

— Daudet ne croit pas si bien dire, fit-il, un jour (jue je la lui citais à lui-même. Si je suis né Belge, en etîet, ma famille est hongroise. Aujourd'hui encore, toute une branche s'étale et ramifie au pays des magnats, magnate elle aussi, et Gouzien peut te conter la réception splendide qu'elle me fil lorsque je lui rendis visito. Onaranle Rops à cheval y vinrent à ma rencontre, et je fus, là, traité huit jours comme un chef de clan. Ges «dioses consolent, vois-tu, de ne [las être dans le Larousse. On descend d'une race de Huns, puisque les Hongrois sont des Huns, et l'on a eu des ancêtres à tètes de loups, auprès d'Attila, dans les champs catahumiques. Tu peux dire ça au petit Daudet, quan 1 tu le ren^jntreras à Tarascon.

Félicien Rops occupait alors, en dehors de ses logis mormoniques, si toutefois Gouzien disait vrai, un bizarre appartement dans les combles du Crédit Lyonnais, sur les boulevards. Il y avait ses ateliers d'aquafortiste, auquel on n'accédait que par un laby-

riiillic i\o couloirs oii l'iuiissior le plus pors|(icare se fût Cigare, lui cl ses verges, jus<|u'ii ce jour du jnf^^einenl dernier, qui nCv sera pas jnécédé.lui au moins, de procédure. Non pas (|ue larlislc eiU rien à craindre de ces officiers ministériels, puisfpie, iléjà fort à l'aise, il gagnait encore tout ce (piil voulait par ses eaux-fortes ; mais il avait horreur des raseurs et prétendait ne fréquenter, des Parisiens, que l'élite. Hien de plus rare «jue ses amitiés, si ce'n'élait ses admirations. Le statuaire Auguste Rodin était lobjel d'une de ces dernières, et ayant appris que je le connaissais, il me pria de le présenter à mon tour à ce maître, alors parfaitement ignoré, et qui ne groupait autour de lui que quelques zélateurs fidèles. C'était le temps où Auguste Hodin avait dessiné, pour l'édition de luxe iVEnguerrande. deux pièces miclielangesques que les souscripteurs renvoyaient religieusement à l'éditeur, tant ils les trouvaient horribles, et ne voulant pas, disaient- ils, en déshonorer leurs exemplaires !

Un matin donc, je m'en fus prendre Hops à son labyrinthe, et je l'emmenai d'abord, sans lui dire où nous allions, chez certain mastroquet des environs du Trocadéro où je savais que Rodin déjeunait tous les jours, en blouse, comme un carrier, et même, lui expliquai-je, « comme un carriei" (|ui n'a rien de... Relieuse ». Nous y retrouvâmes Octave Mirbeau, curieux,luiaussi, non seulemeni de Rodin, maisde l'ops lui-même, puis les sculpteurs Daloii et flaudez. et quelques instants après, une barbe fluviale et mo- .sa'ique épandue sur un bourgeron de travailleur, et éloilée de deux yeux rêveurs de somnambule, s'encadra tiaus la porte du chaud de vins, ('/«'"lait Rodin, tou-

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jours hors Jii temps et des choses, et qui, par chance, n'avait pas, ce jour-là, oublié l'heure du déjeuner. Ce que fut ce déjeuner, et l'hymne du Beau qu'y chantèrent ces hommes d'élite, il faudrait un Platon pour l'écrire. Mais Félicien Rops y tint, comme on dit, le crachoir. Il flambait de verve, et il me fut donné d'ouïr, en présence de l'un de ses grands prêtres, la plus belle déclaration d'amour que jamais âme d'artiste ait faite à la nature. De pareilles journées sont à la fois trop longues et trop courtes, et nous n'aurions su comment terminer la nôtre si Auguste Rodin n'avait eu l'idée de nous emmener à son atelier. Nous l'y suivîmes, et, ayant renvoyé ses praticiens et ses modèles, il nous découvrit pour la première fois l'immense maquette de sa Porte de VEnfer, qu'à cette époque il ne dévoilait guère. Je me rappelle que, à cette apparition, une émotion profonde empoigna les visiteurs et qu'un grand silence régna. Puis Rops se détourna et, le front posé sur la muraille, lui. le railleur féroce et le critique sans pitié, il essuya deu.\ larmes. Son idéal du Beau était là, sous ses yeux, réalisé sur terre, en France.

QlELaiES BOLLEVÂRDIERS CHARLES MONSELET

U n'osl point <\o Parisjcn un peu avisé de Lcllres (^ui ne connaisse le sound fameux : « Le Cochon » <jui décida de la pi-Ioire de Charles Monselel ot lui assure l'immorlalilé anlhologique. Il va de îpa'iv avec le sonnet d'Arvcrs, auquel, jjour mon compte, je le préfère. Or, le poète, car il 1 était, a rimé beaucoup d'autres pièces charmantes el notamment lesonncl do << lAspcrge » que nous savions tous pai* cœur au Parnasse. Je vcnis le transcris de mémoire.

Oui, faisons-lui fôle.

]J'(!ume prudent, C e.-ît l;i noie lioiinéte D'un Ictlin anJenl.

J'aime que sa UHe Croiine sous la dent l'a.s trop, cependant; Knornie, elle est lnMc.

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