‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 4 sur 50 · SOUVENIRS SUR « L ARLÉSIEN^E · texte numérisé non relu

SOUVENIRS SUR « L ARLÉSIEN^E

l'eut, saignante au cœur jusqu'à sa mort. C'était cependant un homme d'infiniment d'esprit que Paul Arène, mais il était de Sisteron.

Ils me font rire ceux qui disent que la France est unifiée depuis Louis XI et que le provincialisme s'est ellacé de nos mœurs avec les délimitations féodales des duchés, des comtats et des royaumes. Ecoutez et reg-ai-dez; sous le réseau politique et administratif des départements les vieilles enclaves de races transparaissent comme à l'encre sympathique, et, cent ans après la Révolution, l'usage prévaut toujours entre ces « unifiés » de se distinguer les uns des autres par les noms d'origine, Bretons, Normands, Bourguignons, Basques, Provençaux, hier, hélas, Alsaciens, aujourd'hui Champenois et de s'en envoyer, môme les jours de vote, l'injure à la tète. La décentralisation? Mais elle est faite.

De Georges Bizet, rien à vous conter, je ne l'ai jamais vu, même à cette première de l'Arlésienne. Peut-être s'était-il enfui devant les Euménides de la déveine qui l'ont poursuivi jusqu'à la fin, stupides et sans pitié. Il avait alors trente-trois ans. Il était tenu et reconnu par tous les musiciens pour le plus doué d'entre eux, celui qui devait reprendre à Charles Gounod le sceptre de l'École française. Trois ans après il s'en allait, terrassé par l'insuccès de Carmen, oui de Carmen, la même Carmen qui, aujourd'hui, dispuste à Faust la préséance lyrique sur toutes les scènes des cinq parties du monde ! Et il en sera toujours ainsi jusqu'au jour du jugement, sans appel, celui-là, qui sera le dernier, et le bon.

Eh bien ! pour Georges Bizet, ce n'est pas fini. La gloire posthume le boude encore. Ayant à recourir

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aa Larousse pDiir la dalc tic la iiidi'I ilii cotnposilcur, que je ne savais pas exaclemenl, celLo joie in'u rlr donnée de conslaler que sa bio^raj»hic cl l'élude de son œuvre s'y développent sur dix lignes, pas davanlai^c pi'cniier sn|iplcnicnl, pay;e 878; el qu'il n'a rien été ajoulé, dans le supplcnienl deuxième, à ce document dérisoire. Messieurs, les Euménidi conlinuent, el il le faut, vous dis-je.

Alphonse Daudet a écril lui-même qu'il avait fourni à Georges nizci les motifs musicaux de leur drame lyrique. Ce sont, i)Our la j)luparl, des nuëls de ce Nicolas Saboly, palriarche des félibiTS, et qui, dès le dix-septième siècle, soit trois cents ans avant Roumauilli% Aubanel et Frédéric Mistral, avait enirepris de revivifier le provençal des Iroubadours. Il y a en Venaissin deux monuments d'arl régionaux dans le culte desquels tous ceux du Midi s'unissent el communient, <* la Vénus d'Arles » et « la Marche des Rois » de Saboly. Oue de fois, avant même que Georges Rizel Iharmonisût pour le théâtre, n'ai-je pas entendu ce noël populaire chanté en duo par Daudet et Arène, cl à lue-lèlc, non seulement dans les réunions de poètes el après les dîners de rédaction, mais encore la nuit, dans la sonorité des rues désertes, autour des Halles endormies 1 C'était comme la Marseillaise du pays, elle les montait à un degré d'exaltation inaccessible aux Parisiens et autres gens du Nord, dont j'avais la honle d'être, sans toutefois en rougir.

(Juand on en avait égrené les couplets au clair de lune, on s'attaquait à la ronde des Filles cl' Avignon, sur l'air de laciuelle Paul Arène adapta plus lard sa chanson de i-oule : « Une, deux, le Midi bouge, tout est rouge «,011 s'éleclrisaienl les recrues de Garabella

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