‹ Souvenirs d'un enfant de Paris (volume 4)Chapitre 41 sur 50 · s soivi:Mns d l\ knkant i>f. pvius · texte numérisé non relu

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oc (!()?, terrible on eomiiiuc, «lisait iléjà toute la pirce. La salle clamait, «roulait, l>ondissail, il se ivloninail, elle était (hunptéc Ainsi Neptune fail de roiai;-e.

FrédéricU, un génie, c'est entendu, à <|ui le ditesv«)Ms? Mon Choppard f... le camp devant son Hubert Macaire. Mais le comédi«'n fran<;ais, de rrance, c(dui qu'ils n'ont pas eu en Angleterre, en Ilalie, en Allemagne, nulle part, que Paris seul pouvait produire et qu'on ne reverra plus, c'élait Monsieur Mélingue.

Je me plaisais beaucoup à le l'aire ainsi causeï- des gens et des choses d'antan, et ma mémoire a emmagasiné nombre de bonnes anecdotes (|u'il uie contait sur une époque aimée enlie toutes et (ju'encoie aujourd'hui, je tiens pour la plus artistique «pi'ait vue mon pays : le siècle de ^'iclor Hugo.

— Je n'étais pas le seid, dans ma partie, à scandaliser les ventripotei\ls du Tiers, par la truculence de mes vêtements exaspérés, mes cravates (lamboyanles, en rosaces de cathédrale, mes chapeaux mexicains et mes culottes à la chienlit. Au Boidevard du flrime, nous étions tous romanti(|ues pratitjuants, nous descendions dans la rue combattre l'ennemi glabre de celle liberté dans l'art (pii, p«)ur n«>us comédiens, te syndjolisait dans le drame. L'un de nos exercicesélailde fascinerlespassanlsqu'à leurallure, nous estimions sectateurs de Scribe, de HoufTé el du répertoire j)ru«lhoinmesque du (iymnase. Nou< marchions sur leurs talons, à pas de Mohicans, en dardant sur eux les regai'ds du boa sur l'Ane, et il fallait qu'ils se retournassent, obséilés parle maléfice, envoûtés. Là comme partout ailleurs, Monsieur Mélingue nous damait le pion en puissance visuelle. Ouand il en avait entrepris un, il arrivait par atlrac-

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lion à le l'orccr à aiarcher à reculons, et, devant le Café Anglais, un jour, il obtint ce résultat de sorcier de voir un x épicier», englué de fluide, battre l'air des bras et choir en criant au secours. II eut la gloire de le porter lui-même chez le pharmacien.

Quant à Victor Hugo, il n'a jamais su à quel degré il excitait notre fanatisme, et je n'ai pas encore osé le lui dire depuis son retour de Tîle anglaise. Rien que pour l'apercevoir, j'allais me poster place Royale, où il demeurait alors, et j'y tournais des journées entières, l'œil fixé sur la porte de son hôtel. Quand il en sortait, je le suivais de loin, comme un spadassin, sous les arcades, sautant de colonne en colonne dans l'ombre et prêt à tuer, oui, à tuer, le premier « classique >> qui lui manquerait de respect. Ah ! le bon temps, cher Monsieur I

Ce qui pimentait les évocations de ce bon temps d'une saveur philosophique pour moi extrême, c'est que Paulin-Ménier, devenu le Brummell que j'ai dit, et l'ambassadeur chilien d'Aurélien Scholl, avait, du même coup, passé dans le camp de ces classiques qu'il voulait chouriner sous les arcades. Il ne quittait plus la Comédie-Française, et, les soirs de répertoire, on ne voyait que lui dans la galerie des bustes. Il les saluait l'un après l'autre, à la façon du grand siècle, et on le prenait pour un vieux mai-quis céladonique du Faubourg (jermain. Il rêvait d'entrer dans la troupe d'état statuaire et d'y jouer le Misanthrope. Je n'invente rien, car il terminait tous ses récits par cette confidence palinodique et sénile, à laquelle je prêtais volontiers une oreille pieuse. L'amour du Misanthrope est le signe de la grande résignation dramatique. Il suit de près l'amour du

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Tatlufe, ((iii on csl le {jrodroinc, cl le bon (.lionpind polassjiit secrèUMnciil Alccslc, (ju'il savwil |»iir ciriir, soufllcui' ôli'-. C'est quand il vonlail ni'<'n diro une tirade (|uc je prenais congé et le laissais à la Muse verte, qui est la dixième, connue il a|)|terl d'un groupe (|u'on voit |)lace du Palais-Hoyal, entre le ThéAtre-I'rançais et le café de la Ht'gence.

Voici un feuillet de mon carnet sur l'une des créalions de Paulin-Ménier. L'élude est faite à la façon des critiques d'art, et comme on traite d'un tableau ou d'une statue exposés, par mode d'analyse. Le système en vaut un autre et il a l'avantage de conserver autant qu'il est possible par transposition d'art et comme le fait la gravure, les pièces curieuses de ce mus<''e dramatique que la mort du comédien abolit à jamais et dont le temps ell'ace juscju'au soun enir.

C'est un artiste rare el difficile que Paulin-Ménier. Son répertoire est peu fourni et il s'en est tenu à une dizaine de créations triées sur le volet. Il ne se prodigue pas. C'est un grand lefuseur de i-ôles. Il a du moins la réputation d'être ainsi. Mais pour ceux qu'il accepte, il a le don de les réaliser d'une manière inoubliable, el telle que personne après lui ne se risquera jamais à les reprendie. Paulin-Ménier n'a pas d'imitateurs; il n'a même pas de conlrefacleurs. Quant à des élèves, l'idée d'en f(jrnier le ferait rire.

Peut-être la maîtrise de cel artiste lui vient-elle de ce qu'il a le génie scénique d'abord, j)uis de ce qu il aime son art, el enfin de ce qu'il travaille. J'imagine aisément (ju'une création bile que celle

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de Rodin ne sort pas loul armée d'une absinthe à la suite d'une partie de dominos. Elle suppose, je dirai même elle nécessite un travail d'assimilation très profonde de l'idée de l'écrivain, une observation atlentive des phénomènes contingents de la vie réelle et des méditations assez assidues sur le geste, la plastique, le costume et la diction théâtraux. Lorsque Paulin-Ménier s'ingère de vouloir nous montrer Rodin, tel qu'Eugène Sue l'a conçu, ce n'est pas un jésuite de robe courte quelconque, un passant en soutanelle, qu'il cherche à exquisser sous nos yeux, c'est tout le jésuitisme résumé à un type, une grande synthèse pittoresque ;ear il est d'une génération oîi l'on croyait encore que l'art dramatique est un art et non pas une branche de l'industrie des belles cuisses.

Rodin est une figure terrible, une sorte de Marat du Gésu, opérant dans l'ombre, fanatique, puissant par la haine et la sordidité. Il manipule dans les ténèbres tous les serpents de l'envie, de la cupidité, de l'orgueil immense. Son idéal est ce Sixle-Quinl qui, de porcher, devint pape. Retors, louche et glissant, il monte en rampant, comme une larve froide, sans laisser derrière lui les traces d'une bave qu'il avale. Il travaille dans le noir et dans le visqueux; il a les ongles sales, élernellement, de ses besognes de taupe et de nécrophage. 11 exhale l'odeur fade du vampire, il en a la face verte, les yeux de braise incandescente, la maigreur effrayante et les gibbosités indécises. Certes ! si Eugène Sue avait su tremper une pareille conception dans les eaux vivifiantes du style, ce Rodin serait immortel, comme l'est Tartufe et comme l'est Shylock. Mais ce que n'a pas fait

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rrcrivain, c'est le coméclicn. celte fois, qui lui i-end le service de le faire.

L'habilleinenl est cara<lérisliqvie : sur des jambes grMes et (|iii semblent hypothétiques, les pantalons se concassent et font des plis de voile rpron referme. Ces deux échalas noueux et verruqueux prennent équilibie sur le sol par des souliers plats, que vont percer les o-i-jiVos Je la bf^te. Un alVreux i;ilel de ton glauque s'étai^c i^ petites rides sur le scpielettc de la poitrine rentrée et comme défoncée. Le dos se courbe sous le poids d'une vieille houppi(dande marron, huileuse, tachée, tiétrie. (pii Hotte et s'effiloche, et se rebrousse, comme le plumage d'un oiseau malade. A cette redingote est attaché un col de velours brun, qui gode derrière la tète et forme une sorte d'excroissance cartilagineuse, graissée élernelleuient par les poils d'un occiput en transpiration. Autour du cou, je ne sais quoi d'innommable s'enroule, moitié cravate, moitié corde de pendu, et l'absence de tout linge blanc chante partout un hymne fanatique à la saleté. J'allais oublier le chapeau, »^e chapeau monstrueux, ly:] n'a jamais existé (pie dans les rêves d'un brocanteur en délire ce chapeau sans forme et sans couleur, d'une hauteur vagrie, d'une coupe sans arêtes, et qui seml>le résoudre la (piadratuie du cercle sur le crAne anli-géomélriquc <le liodin.

L'ensemble échappe à toute description. Imagine/ l'union épouvantable d'une niandrille avec un de ('(^> vautours d'Afrique qu'on appelle < secrétaires » : le produit qui en sortira, ce sera ce Rodin de Paulin- Ménier. La tête est à l'avenant, tête parcjieniinée, crasseuse, halée par la fumée desquimpiets, jannAtre,

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une vessie aux plis verl-de-grisés; des yeux luisent là-dedans, tout petits, et clignotent sous la paupière: ils louchent dans la colère, ces yeux, et entrechoquent leurs flammes électriques. Au repos ils fuient, ils fuient toujours, sombrent sous des nuées grises, émergent de labîme des pensées, et se dérobent encore. Sa bouche n'a pas de lèvres; elle est formée de froncements de peaux, tirés sur son orifice édenté, un trou de venin. D'une bouche ainsi contractée il ne peut sortir que le sifflement et la bave.

^'ous parlerai-je des mains, aux doigts décharnés et vêtus d'encre, aux ongles violets, aux nodosités excessives, des mains happantes, griffantes, craquantes. Comme l'artiste en a rendu les attouchements papelards el les contractions de serres ! L'étonnante réalisation 1

Tout cela n'est rien encore et Finlelligence d'un tel comédien ne se borne pas à la puissance pittoresque. Avoir trouvé ce Rodin extérieur, c'est se poser un problème plus difficile que celuidà même que l'auteur vous propose : il s'agit de faire vivre le monstre et de l'animaliser. J'avais toujours cru, et avec beaucoup d'autres, que la voix du moins était immodifiable et que le plus habile ne pouvait triompher de son timbre et de ses modulations naturelles. Je m'étais trompé, et ce prodigieux réalisateur me le démontre. La voix de Rodin est celle de Rodin et non pas d'un autre. Elle est faite d'un sifflement bas, adouci, qui, dans les moments où le type se dévoile, s'exalte en façon de miaulement de hyène. Lorsque, dans la chambre rouge, le personnage, revêtu mystérieusement d'une puissance d'espionnage sans contrôle et sans frein, exhibe à d'Aigrigny le papier par

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lo<nu'l SOS |)ouv()irs lui soiil, dôlrrôs; lorsque, «le simple et obscur jésuile de bosses-d'uvres, il se relève omnipolenl et dominaleur et diele au genlilhoninie ses ordres impéi'ieux ; lorsqu'il lui dévoile les abîmes de son orgueil, de sa haine du genre humain, de sa virginité sinistre, un frisson vous passe dans l'épine dorsale à ses cris de chacal joyeux, el tenant son cadavre dans les crocs.

Et quel lableau encore, digne (Tun Rembrandt, (jue celui où, jouant à l'ascétisme et au dédain des soucis terrestres, il s'attable devant son repas de pauvre, el, la lèle penchée, la bouche en cul de poule, il se met à peler lentement, méthodiquement, son gros radis noir. La création est i)leine de ces trouvailles expressives, L'ne observation cependant. A plusieurs reprises el dans les instants où, seul en scène, il se laisse aller au |)laisir de voir réussir ses condjinaisoiis, il croit devoir témoigner de ce plaisir en se Irotlanl les mains. Ce geste détonne un peu avec le caractère. Un Rodin ne se frotte pas les mains, ce me semble ; telle n'est pas la juste manil'eslalion physiologi(|iie d(» la joie clic/, un être de celle espèce sournoise el renfermée.

Ceux (pii sortent du Conservatoii-e s'imaginent qu'ils ont tout appris dans celte académie, et que les rôles seuls leur manquent pour égaler leurs anciens. En attendant ces rôles, ils vont et vieniuml, d'un théâtre à un autre, vaniteux de leur jeunesse, occupt'-de leurs liaisons, cherchant (jui le sociélarial, (|ui le mariage riche et Ions les gros appointements. Les uns partent pour l'étranger, où sont les riches tabatières; les autres courent le cachet dans les salons, el raonologuisenl devant des pianos consternés. On en voit

de bien doués qui échouent dans les féeries, les revues, les opérettes et même les cafés-concerts. L'été venu, ils font des tournées dans les casinos, bras dessus bras dessous, avec quatre rôles dans leurs poches. Est-ce là travailler? Est-ce là apprendre? Est-ce là même vivre? Direz-vous que les débuts ont été plus doux pour Paulin-Ménier que les vôtres, et qu'il a trouvé tout de suite des directeurs et des auteurs pour lui confiei- ses grands rôles? Frederick a débuté par le rôle de Tours dans une parade de tréteaux. Mais Frederick étudiait sans cesse. Paulin-Ménier observe sans repos : il lit, il pense, il médite, il approfondit, et lorsqu'il a un personnage à vivifier, il est comme le bon peintre ou le bon statuaire, il trouve trois cents études dans son atelier et il s'en sert. C'est le secret.

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