‹ Souvenirs d'un enfant de ParisChapitre 7 sur 59 · CHEZ LES PEINTRES · texte numérisé non relu

CHEZ LES PEINTRES

vaincu, car il n'avait pour lui ni Alfred Lanson, ni les peintres, ni le reste des Trop Serrés. Il se sentait seul en ce conflit renouvelé des gros boutiens et des petits bouliens de Gulliver. On commençait à le mépriser, on lui envoyait, par charge, des boisseaux devitelottes. Il s'en alla, indomptable, fièrement. Il ne revit Aristide Croisy qu'à Buzenval, où, enrôles tous les deux dans le bataillon des artistes, le hasard les réunit derrière une haie que canardait comme grôle Tartillerie allemande. Et Croisy disait à Leroux :

— Tu dois être content, hein I toi qui les aimes !... Ils t'en envoient, de ces saies haricots !

— Tu veux dire de ces infectes pommes de terre ! Tu n'as qu'à te baisser pour en ramasser ! Ah ! les sauvages !

A l'heure entendue, les modèles arrivaient, seules ou par couples, et, à chacun la sienne, soit pour l'ensemble, soit pour la tête seulement ; jusqu'au déjeuner, la cité tournait au monastère. Je ne sais si le recul des temps m'illusionne, mais il me semble qu'à cette époque les « poseuses » étaient d'une plastique particulièrement heureuse et donnaient des formes de race que je ne retrouve plus que par exception dans les réalisations de l'esthétique actuelle. Peut-être me trompé-je, cependant, et ce que je prends pour un avantage n'était-il que le résultat d'une forte discipline d'école, maintenue par des maîtres tels que Gérôme, Baudry, Paul Dubois et Falguière, selon le talon de la beauté antique, et observé par leut^s élèves. Le réalisme n'est pas d'invention nouvelle, et la nature ne produit pas couramment des Vénus de Milo ou de Médicis toutes faites,

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(ju'il n'y a (ju'à copier sincèremeiil i)Our alleindre le Ik'au. 11 l'aul donc croire que le.s arlisles procédaient alors par mode d'éclectisme et poursuivaient sur les modèles un idéal de vérité dont la Renaissance leur mesurait la vie et leur imposait la tradition. Nous avions à ce sujet de longues discussions dans l'atelier de Léon Glaize, cpii était le plus fort peintre du groupe et en qui nous saluions tous l'autorité d'un praticien impeccable et d'un docte théoricien.

Le propriétaire de cette villa d'arti&tes était luimême un peintre de haut renom, Auguste Glaize, que l'on appelait Glaize le Vieux, à la faron italienne, pour le distinguer de Léon Glaize, son fils, qui l'a suivi dans la carrière.

Glaize le Vieux était un romantique. A « Hernani >', il avait combattu sous le pennon des deux Deveria, ses maîtres. En ces temps héroïques, et qui semblent préadamites, on se réclamait d'un maître et Ion a]>prenait son art comme un métier, ce qui, paraît-il, -est parfaitement inutile et encore plus ridicule. Moi, je veux bien, si ça vous amuse. Il est vrai que lorsque je me retourne pour voir et savoir quels sont ceux, dans les arts, qui, ayant vécu, durent encore, quoique trépassés, seuls les bons techniciens me semblent avoir ce privilège. Et quasi ciirsorcs !...

— Vois-tu, me disait un jour Félix lîracquemond, l'aquafortiste, en sortant d'une exposition où je l'avais rencontré, il n'y a plus que des génies. Ge qui devient rare, c'est le talent.

En i83o, Glaize le Vieux, qui avait déjà ses vingttrois ans (l'Age de la médaille d'honneur aujourd'hui)

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