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le tabernacle, comme la divinité du temps, marquait déjà onze heures. Si les heures de mal. heurs sont longues, hélas ! celles qui sont témoins de nos joies sont toujours bien courtes,
La danse sc ralentit peu à peu ; les instruments se turent ; la salle devint déserte.
Quand nous fûmes seuls, Geneviève s’approcha d’Helmina et lui dit quelques mots à l’oreille,
Elle fut quelque temps pensive ; puis elle répondit affirmativement.
Sur un coup d’œil significatif de Geneviève, je me levai et les suivis au jardin. La nuit était pure, fraîche et éblouissante des milliers d’étoiles qui parsemaient la voûte céleste. Une brise aromatisée caressait mollement les feuilles veloutées des fleurs qui bordaient les allées du jardin, et les exhalaisons odoriférantes impré. gnaïent fortement l’air que nous respirions. e Je marchais entre Helmina et Geneviève. Je songeais au moyen de déclarer mon amour sans me compromettre dans le cas où il ne serait pas accepté.
Nous étions arrivés au berceau où elles entrèrent et s’assirent sur le seul banc qui s’y trouvait Je me mis à leurs pieds.
—Il y a place auprès de nous, monsieur, dit
Helmina.
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—Je suis si bien ici, répondisje, que je voudrais pouvoir y passer la vie. Il me serait si doux de mourir à vos pieds !
— Méchant flatteur, me dit-elle, en me frappant sur le bras.
—Flatteur ! dis-je, oh non ! demandez plutôt à mademoiselle Geneviève.
— Pardon, dit celle-ci, il faut que je coure à la maison ; mais je reviens aussitôt.
Ce n'était là qu’un prétexte pour nous laisser
seuls un moment, et ne nous pas gêner dans nos
aveux dans le cas où les choscs en viendraient là.
— Oui, continuai-je, demandez à Geneviève, à son retour ; elle vous dira que vous êtes encore la seule qui ayez mérité mes faibles hommages. J’ai dû vous paraître bien maussade, mais c’est votre faute ; car quand je suis auprès de vous, mon esprit est si troublé, mon cœur si agité, si piein d'amour en présence de tant de charmes, de grâce et de candeur, que je ne sais plus que dire. L’abondance de sentiments que j’éprouve alors est d'autant plus difficile à exprimer que vous m’imposez par la dignité de vos procédés. Vertu, douceur, beauté, vous réunissez tout.
Oh ! que je vous aime, que je vous adore, disje, en me laissant aoir à ses pieds. Oh! que
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je suis malheureux ! je vous aime sans espérance et je ne vous demande qu’un peu de compassion pour un malheureux que l’amour fait délirer ! Je ne vous demande à défaut d'aracur qu’un peu de votre amitié pour m'aider à supporter la vie.
Oh! je vous en conjure, ne vous offensez pas de.
ma conduite ! mon amour est pur comme le charme qui l’a fait naître. Il est fondé sur la base inébranlable du mérite et des vertus. Je le sens, cet amour ne s’éteindra jamais dans mon cœur, dussé-’e vivre des siècles f
Ces paroles brûlantes, ce discours passionné troublèrent et émurent son cœur. Je sentis tomber sur mes mains la rosée embaumée de ses larmes divines. Sa tête s'était à son insu appuyée sur mon front et je les sentais couler sur ma joue.
Elle ne me disait rien, mais son silence et ses larmes remplissaient mon cœur d’espérance.
A ce moment, nous entendimes Geneviève qui revenait tranquillement et en chantant afin de nous donner le temps de reprendre nos sens.
— Geneviève, dis-je, et je me levai aussitôt.
—Demain, dit-elle, vous saurez quels sont mes sentiments pour vous. Elle n'en put dire davantage, Geneviève entrait sous le berceau.
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Quand nous quittâmes le jardin, le jour allait se lever. Nous nous éloignâmes silencieusement du berceau qui venait d’être le dépositaire de mon amour. Nous sentiors, sans nous le dire, qu’une nouvelle vie allait commencer pour nous. Quelques soupirs échangés et compris, quelques œillades où se peignaient tous nos souhaits, tous nos désirs, tout notre bonheur, étaient des interprètes fidèles, des signes non équivoques de la félicité que nous éprouvions. 0 joie ! Ô bonheur ! que ne duriez-vous toujours ! Cruelle destinée, quel abîme as-tu mis entre nous ? Jours heureux et les plus beaux de ma vie, qu’êtesvous devenus ! Sainte ivresse qui échauffait nos cœurs, quelle fatalité t’a-t-elle sitôt détruite. Fautil encore, hélas ! après tant d'années de souffrances et de tourments, que je rouvre les plaies encore salgnantes de mon cœur ? O ciel impitoyable, que ne borniez-vous ma malheureuse existence aux pures jouissances de cette première entrevue. Mais non, il me fallait vivre et boire jusqu’à satiété le calice amer de la douleur !
Le soleil se plongeait dans les eaux calmes et bleues de !à mer Pacifique, quand Hamelin cessa de raconter, remettant la suite au lendemain.
Il était ému ; de grosses larmes roulaient sur ses joues bronzées.
Nous avions atteint le troisième plateau des Cordillières. Nous descendîmes de nos chevaux et leur donnâmes la liberté. Ensuite nous cherchâmes un refuge pour la nuit.
Après bien des recherches, nous trouvâmes enfin au fond d’un ravin, une excavation profonde, et nous résolûmes d’y coucher.
Nous allumämes un grand feu tant pour nous protéger contre les bêtes sauvages que pour nous réchauffer, car le froid est vif sur les Andes. Puis ayant soupé, nous nous eouchâmes, et malgré le vacarme et les hurlements des chiens sauvages qui échangeaient d’un rocher à l’autre leurs lugubles coutilènes, notre sommeil fut long et profond.
Le lendemain de grand matin, nous nous re.
mîimes en selle, et Hamelin reprit son récit où il l'avait interrompu la veille.
Quand je me fus éloigné, mon cher Deschamps, de Geneviève et d'Helmina, je fus agité de mille pensées folles. Je bâtissais mille châteaux en Espagne, je me livrais aux plus excentriques projets d’avenir. Le bonheur me faisait
délirer. Je devenais tour-à-tour, avocat, ministre,
juge, etc. Je voguais à pleines voiles dans les eaux du Pactocle. L’argent, l'or et les Giamants étincelaient dans mes coffres. J’en achetais les plus belles robes, les plus beaux cachemires, et dans les rêves de mon imagination en délire, je causais à Helmina, les surprises les plus agréables, en déposant ces riches cadeaux à ses pieds.
Le lendemain, je fus retenu au lit par une grosse fièvre qui dura cinq jours. Quand je me levai, je trouvai sur ma table une lettre que je décachetai aussitôt. Elle était d'Helmina :
CHer MonsIEUR, me disait-elle,
Oh ! je vous en conjure, n'abusez pas de la pauvre orpheline qui va vous ouvrir son cœur | Puissent les aveux que vous m'avez faits, sous le berceau du jardin, être sincères ! car seule et sans appui le malheur me tuerait. Je tremble en vous écrivant ces lignes ! je devrais peut-être me taire et tenir cachés au fond de mon cœur, les sentiments que j’éprouve pour vous ! Telle serait, je le sais, la conduite d’un grand nombre, mais jai confiance en vous ! La noblesse de votre conduite à mon égard, m’a touchée, et d’ailleurs j’ai besoin de votre amour pour vivre | Cet amour fait le charme de ma vie!
Hélas ! s’il devait jamais s’éteindre dans votre L2
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cœur, je ne pourrais, je le sens, supporter un tel revers |
Oh ! si vous saviez, cher ami, combien j'ai prié pour vous durant le temps de votre maladie, combien j'ai versé de larmes, dans la crainte que j'avais que cette maladie ne fût dangereuse, je suis sûre que vous en aimeriez davantage celle qui veut devenir ici-bas votre ange consolateur, votre amie, votre amante.
Que j’ai ressenti de bonheur quand j’ai appris que vous étiez convalescent ! Oh ! si la honte de faire une telle démarche, ne m’eût retenue, comme j'aurais volé auprès de votre lit de souffrance. Auprès de vous, mon bien aimé, qui serez maintenant ma seule joie et ma seule espérance.
La vôtre pour la vie, H£LMINA.
P. S.—$i vous m'’aimez ne montrez cette lettre à personne ; que notre amour ne soit connu que de Geneviève. La moindre indiscrétion pourrait tout perdre. Soyons donc sur nos gardes, afin que vos démarches ne donnent aucun soupçon à ceux qui ont les yeux ouverts sur nous. Hs pourraient bien ne nous être point favorables.
Je ne. pourrai aller chez vous aujourd’hui,
comme je vous l’avais promis, madame Helvin et Cécile sont à la ville et je suis gardienne. A un autre jour. Adieu !
Deux jours après la réception de sa lettre je lui écrivis la suivante :