CHÈRE ET BIEN-AIMÉE HELMINA
Votre lettre a opéré en moi un bien grand changement. J'étais malheureux, mes idées étaient tristes, sombres, douloureuses. Eh bien |! rien de cela maintenant. Je suis heureux, mon cœur surabonde de joie ! je suis le plus fortuné des mortels ! mes nuits ne sont plus troublées par l'insomnie, mes rêves sont des rêves de bonheur! Vous avez déchiré le voile et fait briller sur mon horizon une nouvelle aurore. J'entrevois à travers mille formes de bonheur et de félicité l’aube éblouissante d’une nouveile vie, vie remplie de toutes les joies dont il soit permis de jouir ici-bas. . Assez longtemps mes larmes ont coulé ! Assez longtemps mon cœur a saigné ! Je vais jouir enfin du plus parfait bonheur ! Chère Helmina, votre amour me comble de joie. Tenez, quand je songe à ma félicité, une espèce de vertige s’empare de moi. © jours heureux, soyez éternels ! Coulez! coulez lentement ! Disparaissez, ennuyeux intervalles qui me séparez de
mon bonheur ! Faites que mon paradis sur la terre s'ouvre pour moi demain ! Méprisez un instant l’ordre immuable du temps et que mon bonheur soit aujourd’hui.
Ne tardez pas de venir. Ma mère vous attend.
Adieu !
À vous pour toujours, B. HAMELIN.
Trois jours après l’envoi de ma lettre, je vis veuir, vers les quatre heures de l’après-midi, à travers les ormes, les bouieaux et les trembles qui bornent le sentier, Helmina, modestement vêtue de noir, et ralentissant le pas au fur et à mesure qu’elle s’approchait de la maison, comme si alors une crainte subite se fut emparée de son cœur.
Je m’élançai au devant d’elle. Quel bonheur pour nous, dis-je, en portant à mes lèvres la main qu’elle me tendait, de vous recevoir dans notre humble chaumière ! Que ma mère qui connaît mon amour pour vous, va être contente de vous voir ! Venez, ma bien-aimée, animer ces lieux de votre douce présence. Entrez pour la première fois sous ce toit qui m’a vu naître et dont vous serez, quand vous voudrez, l’honorée châtélaine.
—Ma mère, qui nous avait vu arriver, vint au-devant de nous, et recueilli Helmina avec joie. Elle l’embrassa plusieurs fois, et l’ayant fait entrer, elle la conduisit de la cave au grenier, du grenier à la laiterie, puis de la laiterie au jardin.
Vous savez, mon cher Deschamps, que c’est un peu la manie des gens de campagne d’étaler ce
. qu'ils possèdent.
Retiré dans un coin, je les suivais en souriant, ne pouvant me lasser d'admirer avec quel intérêt elle semblait écouter tout ce que Jui disait ma mère, et regarder tout ce qu’elle lui montrait.
Quand ma mère eut fait voir tout le confortable de la maison et de ses alentours, elle revint s'asseoir avec Helmina sur le banc adossé à la literie. |
J’ailai prendre place au côté d’elle. Maintenant, dis-je à ma mère, si vous le permettez, je vais faire voir à mademoiselle Helmina tous les dégâts causés par la tempête.
— Allez, mes enfants, dit ma mère.
J'offris aussitôt mon bras à Helmina, et nous nous dirigeâmes vers le ruisseat.
Pendant la route, je soupirais, car une idée triste venait de traverser mon esprit. | Cette idée, cher Deschamps, c’est que la
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veille, mon beau-père m’avait annoncé que je ne pouvais passer ma vie à flâner ainsi, et qu'il serait plus avantageux pour moi de retourner à Montréal, et d’y faire des études commerciales, attendu que je ne voulais embrasser aucune profession libérale.
—Qu’avez-vous, me dit Helmina, s’apercevant de ma tristesse ? vous voilà encore triste! serais-je, par hasard, la cause involontaire de cette tristesse ? D’où vous vient ce chagrin ? Regretteriez-vous les aveux que vous m'avez faits ? Ne m’aimeriez-vous plus ?
—Oh ! que vous êtes cruelle, Helmina, de me parler ainsi ! Venez, je vais vous ouvrir mon cœur. Mais éloignons-nous encore un peu.
Nous continuâmes à marcher pendant un quart d’heure, passant derrière la colline au pied de laquelle gisaient épars les décombres du moulin, et qui obstruaient tout le rivage, et nous allâmes nous asseoir sur le sable brillant d'une petite dune dont les ondulations empêchaient que nous fussions vus à distance.
A. nos pieds se déroulaient bleues et limpides las eaux brillantes du lac. Près du rivage se balançait ma nacelle au souffle de la brise qui commençait à rider la surface des ondes.
— Voulez-vous, Helmina, que je démare ma
chaloupe, et que nous allions faire un tour sur le lac ?
—Oh ! oui, me dit-elle, avec animation, fuyons sur les flots ; nous sommes si bien entre le ciel et l’eau !
D'un saut je fus sur la rive. Entrez, dis-je, en lui tendant la main—puis je hissai la voile — le vent l’enfla. Alors la barque wira, glissa et bondit sur les lames. Je me mis au gouvernail—elle s'assit à mes pieds.
Soudain un cri rauque et lugubre se fit entendre au-dessus de nos têtes : c'était un émérillon qui fendait rapidement les airs, à la poursuite d'un pauvre pigeon qui fuyait éperdu devant l'oiseau cruel.
—Helmina, voyez-vous cet oiseau sinistre. Si l’on voulait croire aux présages comme les citoyens de l’ancienne Rome, ne dirait-on pas qu’il nous annonce quelque malheur ?
—Oui, sans doute, ce spectacle est affreux— mais quels malheurs pouvons-nous raisonnablement redouter ?
—Que sais-je ? je suis peut-être fataliste, mais depuis quelque temps, j'éprouve un malaise que je ne puis m'expliquer. Hier soir, j'ai eu pendant mon sommeil un songe affreux. Il me semblait que j'errais dans des déserts inconnus,
que j'étais poursuivi, que mille obstacles obstruaient mon passage, et que j'allais devenir la proie du monstre qui me poursuivait, tout comme ce malheureux pigeon.
—Singulière coïncidence, dit Helmina, d’un air rêveur. Après tout, continua-t-elle, ce n’est qu’un songe, et lessonges, depuis ceux de Joseph, ne sont guère véridiques.—Banissons, je vous en prie, tout ce qui pourrait attrister cette promenade, et troubler le bonheur que nous goûtons d’être ensemble.
—Oui, chère Helmina, j’ai tort, sans doute— et je devrais me trouver satisfait de mon bonheur. Je vous aime avec une tendresse qui ne fait que s’accroïtre tous les jours. Que pourrais-je désirer de plus ? votre douce voix me console—vos regards, comme les rayons d’une lumière divine, dissipent les nuages de mon esprit et raniment mon cœur. Quand je sens ainsi votre souffle tiède et embaumé sur mon front, tous les ravissements du ciel inondent à la fois mon Âme, et pourtant, le croiriez-vous, même auprès de vous, à l’instant même, je suis ému, troublé, la tristesse me serre le cœur et j'ai envie de pleurer.
—O mon cher Hamelin, vous vous rendez malheureux vous-même. Votre esprit est comme
ces vers qui grossissent tous les objets. Votre tristesse m'aflige, vous me cachez peut-être quelque chose. Oh ! parlez, mon ami, ouvrezmoi votre cœur. Nos âmes ne doivent-elles pas n’en faire qu’une !
— Ecoutez, chère Helmina, je vais vous dire avec sincérité tout ce que je ressens. Vous allez savoir pourquoi la souffrance se mêle souvent à mon bonheur, et vous tâcherez de trouver quelques remèdes à mes maux :
Avant le jour où je vous ai vue, belle et radieuse, comme un météore, je ne nensais qu’à passer gaîment quelque temps à la campague et ensuite eutrer dans quelques bonnes raaisons de cuumerce de la ville. Mes jours s'écoulaient sans souci ; je ne pensais pas, je sentais à peine ; J'étais plutôt ennuyé que malheureux, et engourdi que souffrant. Vous avez paru, Helmina, et dès ce moment une révolution complète s’est opérée en moi. Votre présence a été pour moi d’abord un sujet d’étonnement rempli de charmes et presque d’angoisses et bientôt de délire. La bonté de ma cousine, la grâce prévenante de madame Helvin, tout m'encourageait, tout m’atürait : aussi je me livrais sans mesure à l’enivrement dont vous remplissiez mon âme, et qui excluait tout ce qui aurait pu troubler le bonheur
incomparable que je goûtais. Oh! que j'étais heureux !
— Pauvre ami, dit Helmina, et qui fait que vous êtes malheureux maintenant ?
—Ecoutez,chère Helmina, votre présence m’est devenue nécessaire ; tout ce qui m’en éloigne m'est un sujet de douleur! Vous comprenez peut-être maintenant pourquoi je pleure? Il faudra bientôt que je vous quitte. Je ne puis rester éternellement dans cet état d’inaction. J’ai aussi moi mon chemin à faire, et quand je serai loin de vous votre pensée s’attachera à moi le jour, la nuit, sans relâche, pour me tourmenter. Vos charmes seront toujours présents à mon esprit. Votre voix tintera continuellement à mon oreille, pour me rappeler cruellement le bonheur que j’aurai perdu. O tenez, Helmina, je ne puis songer à tout cela sans frémir !
— Oui, je comprends, cher Hamelin, ce que cette vie aura de pénible, mais pensez-vous que je serai ici, beauçoup plus heureuse que vous ?
— Non, sans doute, si votre amour est égal au mien. Mais vous, vous serez libre, vous pourrez aller où bon vous semblera, tandis que moi, il me faudra rester enfermé auprès de mes maîtres.
—Je serai libre, dites-vous, et tant mieux, car j’emploierai cette liberté pour....mais non,
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reprit-elle aussitôt, car que dirait-on d'une semblable démarche ? Le monde est si mauvais !
—Vous avez raison, chère Helmina, je dois même renoncer à tout espoir d’entrevue entre nous, et voilà ce qui met le comble à ma douleur |
Ici je laissai tomber ma tête sur ses genoux et je les arrosai de mes larmes.
— Ecoutez, me dit-elle, après un moment de réflexion. J’ai une idée, je me ferai passer pour votre sœur, et advienne que pourra, j'irai vous voir. ÆEt puis vous m'’écrirez souvent, n'est-ce pas ? |
—Oh! oui, dis-je, en portant sa main à mes lèvres, ce sera mon unique consolation, et je m’en donnerai avec prodigalité.
Cependant le soleil avait franchi plus des trois : quarts de sa course ; son disque éblouissant répandait dans toute la nature une lumière douce et tiède, et tachetait d’une couleur sanguine les nuages qui couraient sur le ciel, poussées par le vent du soir qui tombait des montagnes. Les côteaux aux crêtes couronnées de bois sombres étendaient sur les eaux pures et dormantes du lac, leurs vastes ombres ; les ruisseaux murmurants, les vents sonores, les cascades écumantes, les notes mélodieuses et lointaines des cloches
des hameaux voisins, répercutées par les mille échos des bois, la verdure des prairies, tout plongeait l’âme dans une douce réverie, compagne inséparable des premières amours.
Couchés au fond de la nacelle que le vent enflait et que la vague berçait mollement, laissant errer nos regards dans le vague indéfini de l'atmosphère, nos Âmes remplies des mêmes idées, nos cœurs brülant du même amour, nous serions demeurés ainsi une éternité qu’elle nous eut paru une seconde ! Je ne pouvais me lasser de contempler cette douce figure, cette grâce ingénue répandue sur tous ses traits! Pourquoi faut-il, Ô
Helmina, dis-je à demi voix, nous séparer si tôt.
Je voudrais pouvoir vivre des siècles dans cet état! chaque minute ainsi passée à vos genoux renferme une éternité de jouissance, de joie et de bonheur! Qui sait, hélas! si jamais nous contemplerons encore comme ce soir, le ciel, les flots, les rochers, la verdure! Voyez-vous ces montagnes ? Elles étaient il y a à peine un instant colorées de tous les feux du soleil couchant et maintenant elles se dérobent peu à peu à nos yeux, comme un acteur fatigué, derrière le rideau léger, humide et transparent des brumes qui s’élèvent. du sein des vallées. Hélas! peutêtre un jour, notre amour se sera-t-il évanoui de même. |
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À cet instant une voix se fit entendre ; c’était la vieille Marguerite qui venait me chercher pour souper. Je gagnai le rivage à regret.
-—Oh ! Helmina, m’écriai-je, ne nous quittons plus, mourons ensemble. Voyez ces étoiles qui brillent au fond de l’humide crystal des flots ! ne semblent-elles pas nous y inviter ?
—Non, me dit-elle, vivons—Dieu nous réserve encore des jours heureux !
O flots, qui fûtes alors insensibles à mon bonheur, que ne nous engloutissiez-vous pas tous deux dans vos sombres profondeurs !
Je me relevai le visage baigné de larmes.
Elle n’était pas moins émue que moi. Son souffle, tiède et parfumé comme la brise du matin encore toute pleine de l’arôme des fleurs, goulevait sa poitrine virginale. Une larme brillante comme une perle humide sillonnait.sa joue. Oh ! qu’il y avait de beauté, de douceur, de ravissements, d’extase dans ces yeux limpides qu’elle tenait languissamment fixés sur moi ! O Helmina, ma bien-aimée Helmina, m’écriai-je, que ne puis-je éternellement vous regarder ainsi ! Il y a tout un ciel de bonheur dans ce regard!
—J’avais la même pensée en vous regardant, me dit-elle ; il me semble qu’à force de nous contempler, nos corps deviennent transparents, et
que nous voyons à travers leur enveloppe, tout ce qu’il y a de passions, d’amour, et de félicité dans nos cœurs ! © cruelle destinée, pourquoi nous séparer !
—Non, non, dis-je, en l’étreignant sur mon cœur, mourons ensemble, mais ne nous séparons pas !
Pendant que je parlais, elle se tenait à demi renversée sur le bord de la nacelle, ce qui donnait à toute sa personne je ne sais quoi de doux, de tendre, de gracieux, de provoquant, de subtil, d’aërien ! J'étais ivre de mon bonheur ! La flamme qui me brulait eût consumé des milliers d’existences !
Amour éthéré qui n’avait rien de terrestre et qui, affranchissant nos âmes de la matière, les confondait dans une éternelle béatitude ! Les heures, les semaines, les mois n’étaient rien pour nous—leur durée s’évanouissait avec la rapidité d’une pulsation, devant l’éternelle extase qui nous faisait savourer dans une tierce de temps, tous les plaisirs, toutes les joies, toutes les ivresses que peuvent contenir des éternités de jouissances. (Chaque pensée de nos âmes, chaque souhait, chaque désir de nos cœurs étaient comme des jets humineux sur un ciel sans nuage ; ils étaient compris, goûtés, reçus,
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rendus à l'instant qu’ils étaient formés. La parole nous était superflu. Nos âmes s'étaient tellement accoutumées à vivre de la même vie à deux qu’elles étaient devenues diaphanes, et elles ge comprenaient par le langage tacite et mystérieux des mêmes joies, des mêmes désirs, des mêmes affections, des mêmes sentiments qui les animaient !
Quaud nous sortîmes de la barque, le soleil s'était depuis longtemps précipité derrière les Eboulis ! Nous marchâmes quelque temps dans le sentier qui serpentait à travers les treffles fleuris de la vallée. Quand nous fûmes arrivés sur la colline nous nous arrétâmes.
J’étais retombé dans ma douleur. Oh ! que le cœur me faisait mal à cet instant ! Il fallait pourtant lui annoncer mon départ que je n’avais fait que lui faire envisager de loin. Je ne savais par où commencer ;—de quels termes me servir pour adoucir autant que possible la douleur que j'allais lui vauser. Elle vint à mon secours.
—0 ! me dit-elle, d’où vient cette tristesse subite ? Etes-vous malade ! comme vous êtes blême ! on dirait que vous allez défaillir.
—Oui, chère Helmina, dis-je, je suis bien ma-
lade. Oh ! si vous saviez comme le cœur me fait mal!!!
—Et le sujet de cette douleur ?
—Mon départ.
—Quand partez-vous donc ? dans un mois, deux moïs, dites.
— Hélas ! non, c’est demain que je pars.
—Demain, dit-elle, en poussant un grand cri, et elle s’évanouit dans mes bras.
Le coup était porté. Il ne s’agissait plus que de la faire revenir, je la déposai à terre et je courus chercher de l’eau au ruisseau ; je lui en
jetai quelques gouttes au visage et elle reprit
bientôt ses sens.
Je la baisai au front et la rougeur revint.
—Comprenez-vous maintenant pourquoi j'étais si triste. © Helmina, si j'avais à choisir entre aller à la ville et vivre, ou vivre encore quelques jours de plus avec vous et mourir, je préférerais mourir.
Elle gardait le silence, mais des larmes abondantes coulaient perle à perle sur son charmant visage. Je pleurais plus qu’elle.
Nous nous levâmes de la piérre où nous nous étions assis, et la main dans la main, les yeux fixés sur le ciel, nous nous montrâmes une étoile comme point de ralliement.
—Regardez, o Helmina, dis-je, ce phare lumineux ; qu’il soit le flambeau de notre amour, que
tous les soirs à la même heure, il unisse nos âmes par la pensée, et nous rappelle notre bonheur passé; qu’il soit le témoin de la flamme si pure qui fait battre nos cœurs à l’unisson ! que sa lumière g’éteigne à jamais du jour où notre amour sera brisé, que cette étoile soit l’âme secrète et mystériuse de notre félicité —que tous les soirs en la contemplant, sa douce lumière nous rappelle lun à l’autre, fasse palpiter nos cœurs d’un même désir et nous plonge dans une même extase !
Je me tus. Je la pressai une dernière fois sur mon cœur. Je lui criai l’adieu déchirant des amants, et je m’éloignai lentement, la tête penchée sur ma poitrine, versant des larmes amères, et jetant de temps en temps un regard douloureux de son côté.
Elle s’éloignait d’une démarche majestueuse, et toutes les fois qu’elle se tournait pcur me regarder, sa figure angélique se dessinait pure et blanche sur l’azur du ciel parsemé d’étoiles. Enfin elle disparut derrière les arbres de la colline.
Alors je m’arrêtai, tendant les bras vers. l’endroit. où elle avait disparu, comme si j’eusse voulu embrasser l'air qu’elle avait respiré, et je
m'affaissai sur le sol humide de la vallée !
Je ne sais combien de temps je demeurai dans cet état de morne insensibilité, suite inévitable des grandes douleurs, mais quand je revins à moi, je pouvais à peine me soutenir sur mes jambes. La nr* était noire et profonde. Les vents de l’automune faisaient entendre à travers toutes les gorges des collines leurs grandes voix tristes, semblable au râle de la mort dans la poitrine d’un agonisant.
J’errai quelque temps au hasard. Cette obscurité, ces vents, cette solitude me plaisaient à cause de la conformité qu'ils avaient avec mes pensées.
Cependant de larges gouttes de pluie commencèrent à tomber. La tourmente s’accrut, et mille bruits confus, stridents, prolongés, sortirent comme une musique infernale de tous les antres, de toutes les forêts, de toutes les montagnes, et se mélèrent aux tourbillons de l'ouragan. Je me plaisais au milieu de ce vacarme épouvantable des éléments. L’œil en feu, les cheveux épars, je faisais des efforts inutiles pour me soulever du sol et tourbillonner avec la tempête. Je parlais à haute voix. Je m’entretenais avec je ne sais quels fantômes de mes amours, des. pensées qui agitaient mon esprit. Je marchais toujours ; où allais-je ? Devant moi. Mais l'amour
| dans itable à moi, »s. La e l’aues les ristes, oitrine
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ommenrut, et ortirent antres, rnes, et an. Je pouvanheveux me Ssoubête. Je avec je es -penaarchais l'amour
me guidait à mon insu. Je me trouvai soudain en face d’un objet qui me barrait le passage ; je levai la tête, je reconnus la maison de Mr. Helvin à la lueur des éclairs qui sillonnaient le ciel par intervalles. Je longeai aussitôt l’aile gauche au nord, et je me trouvai un instant après vis-à-vis la chambre à coucher d'Helmina. Une faible lumière vacillait à travers les demi rideaux entrouverts.
Il y avait tout près une remise assez élevée. En montant sur le toit je pouvais voir dans l’intérieur de la chambre. Je réussis après bien des efforts à l’escalader. Je vis Helmina. Elle était agenouillée, ses yeux étaient rouges à cause des larmes qu’elle avait versées. Elle priait avec ferveur.
Rien n’inspire la piété comme l’amour chaste et désintéressé. Je tombai à genoux moi-même.
La prière est un baume salutaire qui calme l'agitation des, sens. Je ne sais combien de temps elle demeura prosternée devant l’humble crucifix de bois noir pendu à la muraille ; enfin elle se leva, ouvrit sa fenêtre, murmura quelques mots inintelligibles, emportés aussitôt par les vents, se retira dans son alcôve, éteignit sa chandelle et se coucha.
Ici je me tais, car jamais langue humaine
ne pourrait décrire ce que j’éprouvais. La plume défigure les sentiments du cœur en voulant les rendre. Elle était à deux pas de moi! Je n'avais qu’à parler et la fenêtre s’ouvrait, et j'étais reçu dans sa chambre. . . Je ne l’osai ; je craignis de profaner par ma présence le sanctuaire de la jeune vierge, idole de mon cœur.
Je descendis dans la cour, et à la faveur d’une lueur douteuse, car le ciel s’était un peu éclairci, je m’en retournai chez ma mère qui était fort inquiète de mon retard.
Quinze mois plus tard je repassai, à la même heure, par un temps orageux, sur le même toit, près de la même fenêtre! le vent mugissait comme autrefois et sifflait en sons lugubres et funèbres à travers les carreaux brisés des mansardes ! j'y ai vu comme autrefois une jeune fille tenant un enfant dans ses bras et agenouillée près du même crucifix, mais ce n'était plus elle.
Alors, cher Deschamps, mes souvenirs s’éveillèrent plus vifs que jamais et je pleurai amèrement !
Je partis, le lendemain, avec mon beau-père qui retournait à St. Martin, et qui devait me trouver en passant une place à la ville. Les nuages de la nuit s'étaient dissipés, les vents
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étaient calmés et le soleil se levait brillant audessus des bois.
Quand je traversai le pont du ruisseau, je jetai un coup d’œil avide sur la maison de M. Helvin. Je vis, à la fenêtre de l’appartement supérieur, l’objet de tous mes rêves.
Elle m'avait reconnu, ouvert sa fenêtre, et agitait son mouchoir blanc dans les airs en signe d’adieu.
Je tirai le mien de ma poche et l’agitai de manière à ce que M. Bériau pût attribuer ce mouvement à tout autre usage. Mes yeux étaient secs, mais j'avais des larmes dans le cœur.