‹ Souvenirs d'un exilé canadien [microforme]Chapitre 20 sur 24 · NET HE · texte numérisé non relu

NET HE

! 1 à: EU ai it 0 | RUE :

nur | 14 D ' | At ue Ï

Teen 7 AUS ntneet-vemalethaetemlnlS

La préoccupation des habitants de la maison éteit si grande, qu’ils ne s’aperçurent de nos préparatifs de départ qu’au moment où nous al. lions sortir.

Alors tous vinrent à nous : Et pourquoi partez-vous ? pourquoi nous quittez-vous, direntils ?

Ma mère leur raconta alors ce que nous avions appris, et ce fut un coup de foudre pour tout ce monde qui croyait prendre les Anglais tout endormis.

—Aux armes, aux armes, criait-on de toutes parts. Vite, les chevaux, les chevaux. À Ia commune, au défilé des Aulnes. C’est là qu'ils passeront, que tous tombent sous nos balles.

Cinq minutes après, tout ce monde avait disparu; et ces lieux, un instant auparavant si agités, étaient maintenant plongés dans un silence solennel.

La nuit était si noire qu’on ne voyait pas à un pied devant soi ; la pluie continuait toujours à tomber du ciel comme si les cataractes diluviennes eussent été de nouveau ouvertes.

Nous cheminions silencieux et plongés dans nos réflexions et sans savoir trop où nous allions. Ma mère récitait son chapelet.

Quant à moi, je cherchais à m’orienter au milieu d’une nuit si profonde.

Es]

Nous côtoyions une route au bord d’un rocher très-escarpé. De chaque côté de nous mugissaient les torrents grossis par les pluies de l’automne. Un faux pas de notre coursier et nous étions précipités dans le gouffre à plus de cinquante pieds au-dessous de nous.

Nous avancions le cœur gros d'inquiétude et d’angoisses.

Ma mère priait toujours ; elle semblait ne pas s’apercevoir de nos soucis tant elle était absorbée dans ses prières.

Tout-à-coup elle s'écria : une lumière ! une lumière !

Cette lumière c’était pour nous le phare du salut. Elle nous causait autant de joie qu’en

Cause l’aspect de la terre, à l’œil du naufragé

qui, après avoir longtemps souffert de la faim et de la soif, la voit soudair: surgir à l’hcrizon.

Nous nous dirigeèmes aussitôt su: cette lumière. Quand nous y fûmes arrivés, notre joie fut grande, car nous nous trouvèmes chez un de nos anciens fermiers, chez le père Livernois. Dieu nous avait conduits chez de pauvres gens, mais qui se seraicmt jetés au feu pour nous être r sr éables. |

Dès qu’on nour eût reconnus, tout :e monde s’empressa autour de nous ; les :1s descendaient

#enfants de la voiture ; les autres nous débarrassaient de nos vêtements que la pluie avait trempés ; d’autres portaient au feu des branches de sapins résineux qui jetèrent bientôt dans humble chaumière, des jets de lumière vive sur les murs blanchis à la chaux, et répandirent, avec une chaleur réparatrice et bienfaisante, d’aromatiques odeurs.

Nous étions tombés, après tant de souffrances, dans un vrai paradis terrestre.

La joie qui brillait sur toutes ces figures honnôtes et amies, nous faisait alors oublier que nous étions dans un temps de révolution.

Puis on nous servit un repas qui, bien que frugal, avait je ne sais quoi de souverainement délicieux. Des pommes de terre suites sous les cendres, du lait du soir, des gâteaux de seigle et des œufs frais.

Quand nous eûmes bien mangé et bien bu de l’eau limpide du torrent, nous nous étendimes sur des lits de camp. et nous dormîmes jusque vers les deux heures du matin.

A ce moment nous fûmes réveillés par la fusillade. Nous sortîmes à læ porte. On tirait au village.

Ma pauvre mère était fort inquiète, et très.

désireuse de savoir ce qui se passait à la maison.

ébaravait nches

dans

"e sur irent, sante,

Ances,

3 hone nous

n que ement pus les

seigle

en bu dimes jusque

la fu- \ tirait

t très.

(] aison.

Ayant appelé Louis, elle lui demanda s’il voulait prendre le cheval et aller voir ce qu’on faisait au village. Mais Louis hésitait ; il avait peur.

-—J'’irai moi, chère mère, dis-je. Laissez Louis tranquille : c’est un peureux.

Elle voulut d'abord s’opposer à mon départ, mais voyant que ma résolution était prise, elle finit par consentir, et je partis.

Louis, honteux de sa lâcheté, me suivit.

Quand j’arrivai à la maison paternelle je la trouvai remplie de paysans armés.

À ma vueils s’approchèrent de moi et me dirent qu'il fallut que je les suivisse.

—J'e suis prêt, mes amis, dis-je, à partager vos succès et vos revers. Mais dites-moi, avez-vous, avant d'entreprendre ce que vous faites, mûrement réfléchi ?

Âvez-vous bien calculé toutes les chances de ectte entreprise ? La moindre négligence peut :.ous être fatale. Etes-vous bien armés ? Quei est votre nombre et quelles sont vos ressources ? car vous n’ignorez pas que nous aurons affaire à des troupes aguerries et armées jusqu'aux dents. J'ai lu dans l’histoire rom...

— Assez, assez, cria le capitaine. Si vous céatinuez sur ce train là, avant qu’il soit une

demi-heure, il ne nous restera plus personne. Il est lâche à vous de chercher à intimider mes gens.

—Mais, monsieur, je RE

—Pas un mot de plus, ou je vous brise la cervelle. Laissez-nous le soin de peser seul dans notre jugement ce qu’il est bon de faire. Pour vous, prenez. ce fusil et suivez.

—Au m; capitaine, dis-je, vous me per-

mettrez d’écru quelques mots à ma mère, afin de l’avertir de mon départ.

—Dicn, bien, dit-il, mais faites vite, car nous sommes déjà en retard.

J’écrivis quelques mots et les portai à Louis qui, tout tremblant d’être amené, repartit au grand galop, puis m’adressant au capitaine : où nous menez-vous, dis-je ?

— Vous le saurez en chemin. Allons, partons.

Nous nous mîmes aussitôt en route au nombre d'environ deux cents.

Nous marchêmes toute la journée dans la boue jusqu'aux genoux, eb vers le soir nous arrivâmes à Odletown.

Nous y trouvâmes trois ou quatre cents des nôtres qui faisaient sécher leurs habits devant de grands feux qu'ils avaient allamés de Canoe 0! en ets |

es

ons.

abre

Doue mes

des it de cen

EXILÉ CANADiEN. 231

A l'apparition de notre troupe, mille cris de joie firent retentir les échos.

Quand nous fûmes réunis, les chefs s’assemblèrent et tinrent conseil.

‘Après de longs détails, il fut résolu à l’unanimité des généraux, 1o. qu’on ouvrirait le feu

. vers les minuit. 20. que l’armée se partagerait en

trois corps ; que le premier corps, commandé par le général Poutré, défilerait le long d’une haute clôture de pierre, en face de l’église protestante du lieu ; quele second se masserait derrière une vieille grange au nord du village et que le troisième enfin occuperait une petite coliine à une demi portée de fusil, au sud.

Tout étant ainsi ordonné, nous recûmes l’ordre de faire l’examen de nos fusils et de nous reposer. |

Un. morne silence planait sur le village ; on n’entendait que les hurlements plaintifs des chiens qui sentaient qu’un ennemi était au proche, et le cri d’une sentinelle anglaise qui répétait d’heure en heure : Alls well,, {£ien ne bouge.

Pas une lumière ne brillait. On pouvait présumer que les habitants, saisis de terreur à l’approche du danger qui les menaçait, s’étaient cachés dans les daves, tant pour ne pas être atteints de nos.

balles que pour échapper à la vengeance des vainqueurs si le sort des armes se décidait en notre faveur.

À onze heures chacun des trois corps alla prendre, à la faveur des ténèbres, la place qui lui avait été assignée, et à minuit la fusillade commença sur tous les points, Mais personne ne répondit à notre feu.

Les anglais, sachant que nous n’avions pas d'artillerie; se tenaient cachés dans l’église et derrière des ramparts en terre qu’ils avaient élevés, Ils attendaient qu’il fit jour pour ouvrir leur feu.

Notre feu cessa aussi, car il était inutile de dépenser nos munitions. Dès que le jour parut, le feu recommença et les anglais y répondirent, mais leurs balles et leurs boulets, car ils avaient une petite pièce de campagne, sifflaient au-dessus de nos têtes sans nous faire de mal, mais ils nous empêchaient d'avancer.

Il nous fallait donc à tout prix amortir le feu de cette pièce. Il y avait parmi nous un célèbre chasseur canadien nommé Martin. Le capitaine l’appela. |

—Martin, dit-il, pourriez-vous déplanter cet artilleur, et l'empêcher de mettre le feu sur cette pièce, afin de nous donner le temps FATANUNE et de nous en emparer ?

alla qui lade 6e ne

| pas se et aient uvrir

le de parut, irent, aient lessus s nous

le feu elèbre D itaine

er cet cette icer et

—Dam ! Capitaine, dit Martin, on peut tou.

jours essayer.

À ce moment l’artilleur s’avançait une mêche à la main.

—Tiens, le voilà, dit le capitaine.

—Bon, dit Martin, voyons ce que vaut notre plomb, et le couchant en joue il fit feu. L’artilleur tomba et se roula convulsivement au pied de sa pièce.

—Bravo, Martin, dit le Capitaine, puis se tournant de notre côté : que pas un, dit-il, ne tire que je ne lui en ai donné le signal. Si Martin abat cet autre qui s'approche du canon, nous partirons aussitôt au pas de charge, tout en envoyant avertir le deuxième corps de venir à notre aide.

Pendant que le Capitaine nous faisait ses recommandations, Martin tira, et un second guerrier mcrdit la poussière.

—En avant ! cria le Capitaine ; nous nous précipitèmes aussitôt et la terre trembla sous nos pas.

Alors des deux portes de l’église et de toutes les fenêtres, les anglais firent pleuvoir sur nous une pluie de balles. Cependant, fidèle à l’ordre de notre commandant, pas un ne tira.

Quand nous arrivâmes aux portes, Martin

venait d’abattre le neuvième artilleur, et lui le malheureux, tombait frappé d’une balle qui lui brisait la jambe.

Les habits rouges étaient enfin à découverts.

— Feu, dit le Capitaine ; cinquante coups partirent. Plus d’un tiers des soldats tombèrent.

—Mainterant, dit le Capitaine, que ceux qui viennent de tirer, se rangent de chaque côté des portes et rechargent leurs armes.

Puis il eria aux autres : en joue. . feu.

A cette seconde décharge qui avait fait une nouvelle trouée à travers les anglais, ceux-ci ripostèrent et six ou sept des nôtres tombèrent en poussant des cris de douleur ; les autres coururent sur les soldats et engagèrent une lutte acharnée. Nous étions beaucoup plus nombreux qu'eux, mais les anglais avaient des baïonnettes et des sabres, tandis que nous étions dépourvus d’armes blanches ct obligés de frapper à coup de crosses de fusil. Cependant nous nous élancômes sur evx comme des lions furieux, les saiïsissant à bras le corps et les terrassant.

La mêlée fut longue et terrible.

Enñn les anglais aculés au mur du chœur, ouvrirent les portes de derrière et se mirent à fuir, mais ils trouvèrent à la porte le général Poutré qui les arrêta. Pris par devant et par derrière,

oO »

u le lui

crts.

par-

‘ent.

qui des

une ci rirent | coulutte D'EUX ettes rvus 1p de élan- S sai-

, OUfuir, putré ière,

EXILÉ OANADIEN. 285

pas un seul n’échappa à la fureur des vain-

queurs.

Nous n’avions perdu que trente hommes. Ainsi se termina cette première bataille.

Ce n’est pas la bravoure, cher Deschamps, qui manquait à nos Canadiens. Ah! s’ils eussent eu des armes et de l'artillerie, c’en était fait des Anglais. Mais la moitié de nos soldats se trouvaient sans armes.

Cette victoire nous fut d’autant plus précieuse qu'elle nous mettait en possession de deux cents bons fusils et de leurs baïonnettes, de bons sabres, d’un canon et d’une grande quantité de vivres et de munitions.

Après avoir enterré nos morts et les leurs, et pansé les prisonniers, nous fimes notre entrée triomphante dans Odletown.

Les habitants, saisis d'épouvante, n’ssaient sortir de leurs maisons.

Quand nous fûmes arrivés aux casernes, nos troupes défilèrent dans les vastes cours qui l’entourent, et le commandant les remercia en ces termes :

‘6 Canadiens, vous avez aujourd’hui reçu votre baptême de sang. Votre brave conduite cst audelà de tout éloge. Cette victoire nous a été doublement avantageuse, puisqu’elle nous donne

des armes dont nous manquions, et une place forte. Mais il ne faut pas compter sur ce premier triomphe, et négliger les moyens de défense qu’elle nous offre contre nos ennemis. Il faut donc que nous nous mettions à l’œuvre ; que nous barricadions les rues ; que nous coupions le chemin par un fossé profond. Allons, braves amis, et prouvons aux Anglais que nous n’avons pas dégénéré de la vertu de nos ancêtres.”

Ses dernières paroles furent accueillies de mille bravos frénétiques.

Le soir nous nous trouvions assez bien retranchés et nous pûmes dormir sans crainte d’être pris à l’improviste.

Le lendemain, nos espions accoururent nous dire qu’une grosse cavalerie s'avançait sur le village.

Aussitôt nous courûmes prendre nos armes.

Une demie heure après, nous aperçûmes reluire au soleil les casques brillants des hussards.

— Ventre à terre, dit notre commandant, et ne faites feu que quand je vous en donnerai le signal.

Déjà nous entendions le souffle de leurs chevaux. Le silence était solennel des deux côtés.

Quand ils furent à une portée de pistolet de

EXILË CANADIEN. 237

nous : feu, dit le commandant. Trois cents coups de fusils retentirent. Une vingtaine de chevaux tombèrent. La cavalerie s’avança alors sur nous au galop. Canonier, dit le capitaine, tirez ; le coup partit ; la mitraille fit une large trouée, Soudain la cavalerie rebroussa chemin et en retraitant reçut un salut de trois cents nouveaux coups de fusils. Le sol était jonché de chevaux et de cadavres.

Les hussards se retirèrent derrière un petit bois d'érable, hors de la portée de nos projectiles.

Le reste de la journée se passa sans autre accident. Mais le lendemain de bon matin nous les vîmes revenir à la charge, ils étaient accompagnés cette fois d'infanterie et d’artillerie.

—La partie va être chaude, dit notre comman-

dant. Ils ont du canon.

Sur les £ heures du soir cinq grosses pièces de campagnes se mirent à tonner sur nous, et cinq ou six bombes incendièrent le village.

—]Inutile, mes amis, dit le commandant, de demeurer plus longtemps dans l’inaction. I! faut faire une sortie et tâcher de gagner les buis, car avant qu’il soit une heure, nous serons enveloppés et massacrés par leur mitraille sans qu’il nous soit possible de leur faire aucun mal.

—C'est bien, menez-nous au feu. Si nous mourons, au moins nous ne MOourrons pas SANS nous être vengés.

Nous sortîmes du côté de la rivière, et nous pûmes, à la faveur du village qui nous dérobait aux yeux de l’ennemi, nous avancer jusqu’à u' pointe de bois dans laquelle nous entrâmes et nous cachâmes chacun derrière un arbre. Cet éndroit eut.été magnifique si nous eussions eu le temps d’abattre des arbres tout alentour. Mais la cavalerie, qui nous avait aperçus, arrivait à fond de train sur nous. L’'infanterie et l’artillerie la gsuivaient au pas de charge. Nous fûmes bientôt investis de tous côtés.

À ce raoment le soleil n’avait pas plus qu’ur demi-heure à paraître.

L'armée s’était arrêtée à ane portée de pistolet et faisait pleuvoir un orage de balles sur les arbres du bocage. En un instant le sol fut Jonché d'arbres et de rameaux.

Nous entretenions de notre côté, un feu roulant très-vif qui leur faisait éprouver de grandes pertes. À chaque tentative que faisait la cavalerie pour pénétrer jusqu’à nous, elle se voyait forcée de rebrousser chemin et de semer sa route de morts et de blessés. Notre petite pièce que aous bourrions de chaînes de fer, faisait admirablement son devoir.

Le soleil se coucha enfin et remplit nos cœurs

ne” d'un nouveau courage. Car bientôt viendrait la | 7e nuit qui promettait d'être ténébreuse, car d’épais Rent | nuages montaient lentement à l’horizon, et nous ul A espérions trouver notre salut dans les ténèbres. fi obait Les anglais prévirent bien que s’ils ne pou- MEL sd vaient nous vaincre avant la nuit, nous ferions des Du age efforts pour nous échapper, c’est pourquoi ils ré- in Cet golurent de tenter un dernier effort. Ils s’avan- dl ds Le cèrent donc tous ensemble sur nous. Mais notre ! ais la feu fut si bien nourri que force leur fut d’aller | f ond reprendre leur première position. Enfin les | da 1 ténèbres vinrent mettre fin à cette journée de } 1entot courage et d’héroïsme. Huit cents canadiens pus f avaient résisté à cinq mille royalistes. Ni RU De grands feux furent allumés tout autour de ut Diva nous, et à moins que la divine Providence ne vint FL à notre secours, nous étions perdus. Mais le

{ | ciel se déclara pour nous, car vers les onze ‘ heures il tomba une pluie torrentielle accom- ou pagné d’un fort coup de vent. Les feux s’étei- 4 gnirent. | F| + ji — Allons, dit notre commandant, voici le temps ii l | de fuir. Marchez vingt de front, fusils et baïonnettes en avant. L’ouragan est si fort que nous | arriverons sur eux sans qu'ils nous entendent. : D'abord, écoutez bien. Vingt tentes couvrent no

l’infanterie. Or vingt hommes déterminés s’avanceront silencieusement et en rampant jusqu'aux tentes, là chacun tâchera de tuer sa sentinelle sans la faire crier. Quant à nous, nous vous suivrons de près et au moindre cri ou coup de fusil rous tomberons sur eux comme la foudre. Aiïnsi, tout est bien compris, prions Dieu et marchons,

Trois arpents au plus nous séparaient des Goddams comme nous les appelions quelquefois. Cette distance fut donc bientôt franchie et nous nous arrétâmes. Alors vingt hommes sortirent des rangs on rampant à la manière du chacal qui veut saisir sa proie. Nous nous mîmes à genoux tant pour nous éclipser que pour nous mettre sous la protection de celui qui tient nos destinées entre $es mains.

À ce moment nos cœurs battaient bien fort.

Le moment était solennel. Les minutes avaient pour nous la longueur des heures. Enfin nos hommes reparurent. C’est fait, dirent-ils tout bas.

Alors nous nous avançâÂmes et passâmes près des tentes le plus heureusement du monde.

N’eût été la cavalerie que nous redoutions, quel carnage nous eussions pu faire au milieu de tous ces soldats endormis.

s 8’aj jusa sennous | COUP oudre.

ieu et

1t des uefois.

t nous tirent cal qui genoux mettre os des-

en fort.

avaient fin nos ils tout

nes près le.

outions, nilieu de

* Quand nous les eûmes dépassés un peu et que nous fûmes assez loin pour n'être plus entendus ni vus, le commandant nous ayant ralliés, nous dit :

—Mes amis, nous voilà sauvés, mais tout n’est pas fini. Il faut faire nos dieux à ces Goddams. Quand j’aurai crié feu et que vous aurez tiré, vous fuirez, avec ce vent violent qui vous pousse, jusqu’à la Cédrière.

Nous mîmes aussitôt nos fusils à l'épaule, et au mot feu, huit cents coups partirent et éveillèrent les échos de la nuit.

Nous entendîmes en fuyant les mille clameurs s’élevant du camp des royalistes.

À trois heures du matin nous étions tous réunis sous la Cédrière où nous trouvâmes le repos dont nous avions si grand besoin.

A huit heures, tout le monde étant debout, il nous arriva un renfort de mille hommes dont deux cents à cheval, et deux pièces de campagne, ce qui portait notre armée à dix-huit cents.

Avec ces forces nous résolûmes d’aller attaquer l’armée ennemie réduite à 3,500 hommes.

Le combat eut lieu à deux heures de l’après midi, dans les plaines des Trentes.

La victoire fut longtemps indécise, mais sur les cinq heures, notre centre fut coupé et notre

armée divisée. Ce fut alors un sauve qui peut général. |

Dans cette bataille, nous eûmes 480 hommes de tués et 150 de faits prisonniers, les autres s'enfuirent à travers les bois ; j’étais de ces derniers.

Deux jours après ce désastre, j’arrivai de nuit à la maison, épuisé de fatigues et r -1rant de faim. Je n’avais rien pris depuis «8 heures.

J'avais le visage couvert de poudre et de sang, mes habits étaient en lambeaux et dégoutaient de boue. Mes pieds étaient si enflés qu’il fallut fendre mes bottes pour les en tirer.

O quelle joie! O quel bonheur! mon arrivée causait à ma pauvre mère qui me croyait mort. Elle pleurait, elle riait, elle faisait tous les temps. |

J’appris d’elle qu’un grand nombre de combats avaient eu lieu, et que partout les patriotes avaient été défaits.

Pendant plusieurs semaines, une multitude de brigands et de forcenés que la haine et l’amour du pillage avaient répandus dans toutes les campagnes promenèrent leurs torches incendiaires sur tout le pays.

. Tous les jours je voyais passer de ma fenêtre des malheureux que l'on avait faits prisonniers

peut

mmes autres g der-

le nuit nt de eures.

Sang ent de

fallut

arrivée mort.

us les

e comatriotes

ude de l’amour es CamMdiaires

fenêtre jonniers

et que l’on conduisait à Montréal. Souvent des femmes en pleurs suivaient ce triste cortège.

Bien que personne ne sût que j'étais caché à la maison, et qu'on eût répondu à ceux qui avaient demandé de mes nouvelles, qu’on croyait que je m'étais enfui aux Etats-Unis, je ne jaissais ‘pas d’être fort inquiet.

Deux mois s’écoulèrent ainsi, toujours sur mes ‘gardes et fuyant au premier bruit que j’entendais.

Cependant le calme s'était rétabli dans les campagnes et je coñmençais à espérer que l’on m'avait oublié. Hélas! combien je me trompais !

Mais je ne pouvais plus longtemps résister au désir de revoir Helmina et je me rendis au village chez Geneviève qui fut d'autant plus surprise de me voir qu’elle me croyait mort ou aux Etats- Unis.

—Eh bien! chère Geneviève, dis-je, en l’embrassant, comment se porte Helmina ?

— Elle n’est pas fort bien, mon cher Hamelin. Elle a éprouvé, hélas ! tant de chagrins et d’angoisses depuis qu’elle vous savait en danger. Oh ! vous avez été bien cruel de ne pas lui écrire.

—Hélas ! oui, chère Geneviève, je savais tout

ce que mon silence avait de cruel pour ma bienaimée, mais que voulez-vous que j’y fisse. Les évènements qui m’entraînaient me fermaient toutes voies de communication.

—Et pourquoi, cher Hamelin, avez-vous fait la folie de suivre les patriotes ?

— Ah! Geneviève, mon bonheur eût été de demeurer auprès de vous, mais en temps de guerre, on n’est pas toujours maître de ses actions.

— Oh ! je sais moi, cher Hamelin, qu'il n’y a aucune faute de votre part. Mais souvent dans ces temps de révolution, l’innocent paie pour le coupable.

—Ce que vous dites là, chère Geneviève, est malheureusement trop vrai. (Cependant, continuai-je, tout parait se tranquilliser et peut-être aurai-je la chance que l’on m'’oublie.

—Ne vous y fiez pas, Hamelin, souvent les eaux calmes et dormantes sont les plus traîtres. Tenez-vous donc sur vos gardes. Et puis, chose que vous ignorez, c’est que M. Helvin, qui est un royaliste enragé, a juré que si jamais vous remettiez le pied au pays, il serait le premier à vous dénoncer. Oh ! si vous saviez combien ces paroles cruelles ont fait saigner le cœur de cette pauvre Helmina !!!

bien- Les aient

3 fait

té de s de » ses

nya dans ur le

e, est ontiêtre

t les itres.

hose st un 8 reier à in ces cette

—Quoi! dis-je, atterré par cette nouvelle, M. Helvin a dit cela? Mais que peut-il donc me reprocher ? étais-je le maître de faire ou de ne pas faire ce que l’on exigeait de moi, et d’ailleurs en quoi suis-je coupable en tout ceci ?

—Hélas ! cher Hamelin, pour lui tout homme qui a porté les armes contre le gouvernement, c’est-à-dire contre cette clique infâme de salariés qu’il à toujours soutenus, est coupable à ses yeux. Il dit qu'il valait mieux mourir que d’obéir aux rebelles ; c’est ainsi qu’il appelle ceux qui ont voulu s’affranchir de la tyrannie de P Angleterre. |

—Eh bien oui! Geneviève, M. Helvin est un homme d’autrefois ; un homme qui croit encore aux pouvoirs établis de droit divin, que ces pouvoirs soient ou non tyranniques ; un homme qui marche dans les ténèbres que six mille ans de préjugés ont amassées autour de lui. Mais, crois-moi, les patriotes étaient guidés par de nobles sentiments. Leurs aspirations étaient grandes et généreuses. Tout ce qu’ils voulaient c’est que Canadien et Anglais, sans distinction d’origine, fussent traîtés sur un même pied d'égalité. Leurs désirs les plus ardents c’était de rétablir l’équilibre que le parti tory s’est. toujours efforcé de rompre Los vœux, de conser-

ver, avec la langue de nos pères que l’on cherche à nous arracher, les institutions qu’ils nous ont léguées au prix de leurs sueurs et de leur sang.

Il est honteux pour un Canadien, d'émettre de tels sentiments, de nourrir dans son cœur des opinions aussi ignobles. Il est bas de passer du côté de l’ennemi à l’heure du danger.

Pour moi, je me glorifie d’avoir agi comme je

l'ai fait, et l'on me trouvera toujours prêt, toutes les fois que l’occasion se présentera, à offrir mon épée à ces généreux défenseurs de nos droits méprisés ; à ces héros qui n’ont pas craint de risquer leurs vies et leur fortune pour conserver notre existence politique menacée, notre autonomie.

Oui, honte, mille fois honte à tous ces lâches qui croient qu'il est plus glorieux de sacrifier honteusement à l’Angleterre que de demeurer fidèles à leur drapeau. Honte à...

Chut ! dit Geneviève, en jetant un coup d’œil inquiet vers la porte. Ne parlez plus comme vous venez de le faire ; si vous tenez encore à la vie, ne proférez plus de semblables paroles. Dans ces temps ci on est pendu à moins. |

À peine avait-elle fini de parler que deux baillis entrèrent, et me mettant la main sur l’é-

paule: Au nom de la Reine, dirent-ils, nous vous arrêtons.

Je ne perdis pas mon sang froid, mais les regardant en riant : Cette dame, disje, me fait beaucoup d'honneur, si c’est bien à moi qu’elle s'adresse ; Allons! vous voulez rire à mes dépens.

—Pardon ! monsieur, rien n’est plus sérieux, voyez plutôt ce mandàt d’amener.

—C’est bien, messieurs, dis-je ; me permettrezvous de passer dans cette chambre. J’ai quelque chose à dire à mademoïselle relativement à ma pauvre mère.

— Allez, mais ne soyez pas trop longtemps, car nous sommes pressés.

—Je suis à vous dans la minute.

Une fois dans la chambre, je fis un clin d'œil à Geneviève. Elle comprit, ouvrit la fenêtre, et je m'élançai dehors. En trois bonds je traversai le jardin, sautai par-dessus la haie et pris le côté des bois.

Les deux baillis, furieux d’avoir été joués par plus fin qu'eux, se mirent aussitôt à ma poursuite, mais le temps qu’ils avaient mis à se remettre de leur surprise, avait mis entre nous une distance de cinq ou six arpents. Douze arpents tout au plus me séparaient de la forêt, mais les efforts

que j'avais faits en partant pour les distancer, m'avaient furt essoufflé et je sentais que je perdais du terrain. |

Les deux baillis s'avançaient d’une course égale et ménagée.

À ce moment j'étais arrivé sur le bord d’une décharge (cours-d’eau). Il n’y avait pour tout pont qu’une longue pièce de bois jetée en travers. Je la franchis avec peine, car elle tremblait et menaçait de me jeter à l’eau. Arrivé sur l’autre rive, je la soulevai et la fis rouler dans le torrent qui l’entraîna avec rapidité.

Il était temps, deux arpents tout au plus me séparaient des deux baillis.

Je repartis à la course, mais beaucoup moins vite cependant que j'avais fait en partant, car j'étais certain de pouvoir atteindre les bois, avant qu’ils eussent pu traverser le ruisseau.

Quand ils furent arrivés à l’endroit où j’avais franchi le ruisseau, ils s’arrêtèrent un moment.

Puis je vis l’un d’eux se déshabiller et s’y élancer. = Trois minutes après il était monté sur la berge et s’habillait. Quant il fut habillé, il se remit à ma poursuite sans attendre son compagnon qui l'avait rejoint.

Heureusement alors qu'il ne me restait plus que quelques pas à faire pour atteindre la forêt. Je redoublai d'efforts et j’entrai.

mn, do NN ef

fc

ncer, > per-

jOuTSe

d’une r tout avers.

lait et l’autre jorrent

lus me

moins nt, car s bois, AU.

j'avais oment.

lancer.

à berge emit à on qui

it plus a forêt.

EXILÉ CANADENE. 249

Une fois entré, je fis quelques pas seulement et je me jetai dans un buisson épais, à trois pas de la route. On ne pourra jamais s’imaginer, me dis-je, que je me sois caché si près, et l’on passera outre.

Ce que j'avais prévu arriva ; dix minutes après, mes deux baillis passèrent près de moi au pas de course, sans daigner jeter un coup d'œil seulement sur le buisson où je m'étais caché, et malgré la gravité des circonstances je ne pus m'empêcher de sourire.

Il y avait non loin de moi un pin géant, dont le sommet s'élançait comme une flèche dans l’azur du ciel ; cinq générations s'étaient abritées sous son feuillage épais.

Quand mes persécuteurs se furent éloignés, je me levai et montai dans cet arbre. Arrivé au sommet, je jetai un regard dans la direction où Je les avais vus disparaître, et je les aperçus tous deux dans une clairière, à une dizaine d’arpents de moi. Ils s'étaient arrêtés et semblaient se consulter. Ceci dura un quart d’heure après lequel ils revinrent sur leurs pas.

Je descendis aussitôt de mon arbre et je m’enfonçai dans les profondeurs de la forêt.

Dans ma jeunesse, un jour que je faisais la chasse, j'avais découvert, dans un rocher, au

pied duquel coule limpide ét profonde la petite rivière de St. André, une grotte profonde et dont l’entrée était cachée par d’épais buissons. J’y courus et y passai le reste de la journée.

Le soir arrivé, je m’en retournai à la maison par une route opposée à celle que j'avais suivie le matin; vers dix heures, j’arrivai à la faveur des ténèbres dans une des granges de la ferme ; J'y entraï, et ayant fait un trou dans le foin, j’y passai la nuit.

Je serais bien allé à la maison, mais je craignais quelques piéges, et le lendemain je fus convaincu que mes craintes avait été bien fondées, car quand Louis vint soigner les bestiaux. étant sorti de ma cachette, il m’apprit que les deux huissiers avaïent rôdé toute la nuit autour de la maison, et qu’au jour ils étaient repartis furieux de n’avoir pu m’arrêter.

— Louis, dis-je, allez me chercher à déjeuner et soyez prudent.

Il partit et revint peu après avec mon déjeuner. |

— Je ne retournai à la maison que longtemps après le coucher du soleil, et après en avoir fait visiter préalablement tous les alentours.

Plusieurs semaines s’écoulèrent ainsi sans * apporter de changement dans ma destinée.

petite de et issons,.

ée.

maison y suivie faveur ferme ;

in, j'y

je crai- je fus té bien es besprit que uit auétaient

ner et

déjeu-

gtemps roir fait

i Sans

Je passais mes journées et mes nuits à écrire des lettres à Helmina que Geneviève lui remettait tout en me rapportant les siennes que je dévorais de mes baisers et que je couvrais de mes larmes brülantes.

O mon Dieu, que ne faisiez-vous durer plus longtemps ce temps où nos cœurs pouvaient encore, bien que séparés, se communiquer réciproquement, les transports et les sentiments qui les animaient.

Mais un jour, je reçus d’elle, par un courrier qui me l’apporta tout essoufilé, la lettre suivante :

Page 1