HAMELIN
Trois jours après, notre maison fut soudain environnée de soldats. Ne pouvant plus supporter cette vie de tortures et d’angoisses, je me livrai. Le soir j'étais écroué à la prison de Montréal.
On m'avait jeté dans un cachot sombre et humide, une botte de paille dans un coin me servait de lit. Je m'y affaissai, l'esprit accablé de sombres réflexions.
Le lendemain, quand le guichetier vint m’apporter ma triste nourriture et une eruche d’eau, je lui demandai s’il ne pourrait pas me procurer de l'encre et une plume.
Ilme regarda avec surprise, une pitié sincère se peignit dans ses yeux. Il fut ému de mes malheurs et de ma jeunesse. Ces érnotions sont assez rares chez les guichetiers. Ce que
vous demandez là, jeune homme, me dit-il, est contre les ordres que j'ai reçus ; cependant je tâcherai de vous en procurer.
Le soir du même jour, il m’apporta le papier et l’encre que je lui avais demandés, puis s'étant assis auprès de moi,il tira de dessous sa veste une caniste en ferblanc à demi remplie de vin et un pâté de mouton, et me les donna, disant que c'était sa femme qui me les envoyait.
— Vous direz à Madame votre femme, dis-je, que je”ne sais trop comment lui prouver ma reconnaissance, car ici je ne possède pas un liard.
—Chut! chut! dit-il, ma femme fait le bien pour le bien, et non pour en avoir des récompenses. Mais, dites-moi, jeune homme, pourquoi vous a-t-on arrêté |
Alors je lui racontai fidèlement tout ce que j'avais fait. Quand j’eus fini, il secoua tristement la tête et me quitta.
Aussitôt quil fut parti, j’écrivis sur mes genoux à Helmina, les lignes suivantes :
Chère et bien aimée Helmina,
Mes pressentiments du lac se vérifient, je suis tombé comme la colombe dans les serres cruelles de l’épervier, et qui sait si jamais nous nous reverrons. Mes juges sont loin d’être tendres.
Aussi redouté-je leurs jugements.
, e8b it je
apier étant veste vin et t que
lis-Je, a relard.
> bien récomurquol
e que ement
mes
je suis ruelles ous reendres.
Oh! Helmina, je ne crains nullement la mort.
Je l’ai déjà affrontée sur le champ de bataille. Ma plus grande douleur c’est de te laisser! O fatalité! sans cette maudite révolution, nous serions encore heureux. Que ne suis-je mort à tes pieds au fond de ma barque ! Oh! que cette mort m’eût été douce! Mais que me reste-tl maintenant en perspective ? la mort ou l'exil, et l’exil sans toi, c’est encore la mort!
Chère Helmina, j'ai une grâce à te demander, c’est de dire à ma mère qu’elle tâche de me faire parvenir, mais avec toutes les précautions possibles, un peu d’argent et surtout, une petits fiole remplie d’une liqueur violette, laquelle se trouve dans le tiroir de mon secrétaire. Dis-lui que cette fiole est ma dernière planche de salut si je suis condamné, et qu’elle n’ait rien à redouter en me l’envoyant ; cette fiole est un secret que j'ai dérobé à la science et dont je veux faire l’essai sur mon guichetier. Ne m’oublie pas, car cet oubli pourrait me causer la mort. Adieu ! adieu ! Ah ! que j'ai de larmes dans le cœur en te faisant cet adieu ! Défie-toi de Moïse Roulo ; c’est un traître.
Brûle cette lettre qui serait ma perte si elle tombait entre les mains de mes ennemis. ï