‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 12 sur 44 · ADELINA PATTI EN EUROPE · texte numérisé non relu

ADELINA PATTI EN EUROPE

Après la première saison de Londres, Maurice Strakosch commença ses pérégrinations en Europe par la Belgique. M""" Adelina Patti chanta d'abord à Bruxelles.

L'accueil du public belge fut le même que celui de Londres, mais la presse de Bruxelles se moutra plus que réservée à l'égard de la jeune cantatrice.

Un critique d'un journal important de Bruxelles exhortait môme M"'" Patti à venir achever ses études musicales au Cou-

i8 SOUVEMUS I) r.N I.MIMII'.SAIIK).

sorvaluire de l]rii\ellcs. M"'' Adcliiia Patli ne se conloiMiia pasàcel avis, et après une ample moisson de hi'avos et de eoiii'onnes, elle se rendit à Kerlin, où elle reneontra peut-être la plus vive o|)position eontre lacpielle elle eut jamais à lutter.

A l^crlin régnait 1 Nadine Lucca, qui était la grande favorite du publie. L'étoile du Théâtre Royal où allait ehanter Adelina Patti avait dix-sept ans et était aussi jolie que sa rivale. La Lucca avail modestement commencé dans les chœurs; douée d'une voix extrêmement étendue et d'un timbre magnifique, elle était en outre excellente actrice et possédait un talent très souple. Toutes ces qualités n'étaient légèrement amoindries que par le nian(pie d'études sérieuses, ce qui gâtait souvent les créations de la Lucca, laquelle ne chantait pas toujours en mesure.

Le directeur du Théâtre Hoyal tenait énormément à maintenir le prestige de son

ADELINA PATTl EN EUROPE. 49

étoile par une raison fort simple et qui se passedecommentaires.Ilpayait 1000 francs par mois à la Lucca, et avait engagé M°' Patli, moyennant la même somme, mais... par soirée.

En sa qualité d'étrangère et de nouvelle venue, M""' Patti eut le bon goût d'aller, la première, rendre visite à la Lucca. Celleci occupait au quatrième étage d'une maison de modeste apparence un appartement composé de deux chambres à coucher et d'un salon très exigu.

Quand Maurice Strakosch et Adelina Patti pénétrèrent dans une des chambres, Pauline Lucca était encore couchée. Sous ses draps elle avait l'air d'une enfant et sa première parole fut la manifestation de son étonnement, en voyant Adelina Patli qui, elle aussi, était une mignonne et adorable créature : «• Quoi, répétait presque involontairementla Lucca, c'est donc vous (pii êtes la grande Patli ? » La rivalité entre les deux

50 SOUVEMHS I) IN IMPRESARIO.

canlalriccs ii'c\isLaiL(|U(' sur la scène, car liors (lu théâtre, elles restèrent dans les meilleurs termes de camaraderie. Kn dépit de la Presse^ ([ui l'ut hostile, Adeliua Patti triomphait auprès du public, et le roi Ciuillaume,quin'élaitpas encore empereur, assistait à toutes les représeulalions et allait la féliciter dans sa loge.

A Amsterdam, à la Haye, môme succès.

Le roi de Hollande, subjugué autant que ses sujets par la voix de la diva, la til inviter à venir au palais. Merelli, directeur de la compagnie italienne à la Haye, répondit au chambellan chargé de la négociation que la Patti ne pouvait chanter à moins d'un cachet de 3000 francs. Le prix parut énorme au chambellan, qui demanda à réfléchir. On assure que le cabinet hollandais s'assembla à cette occasion, et que ce ne fut qu'a])rès un conseil des ministres que le roi souscrivit aux conditions de Merelli .

Page 1