MARIAGES D'ARTISTES MARIAGES DE MADEMOISELLE ADELINA PATTI
A ne citer que les unions malheureuses, on pourrait conclure que les artistes ne devraient jamais se marier; en effet, la fidélité dans ces mariages est rendue plus difficile par les exigences de la scène.
A force de répéter devant la rampe qu'elle aime Alfredo, Violetta finira un beau soir par oublier les conventions tlién traies. Elle ressentira fatalement une passion très réelle et très violente pour
celui qui, de son côté, ne restera pas insensible aux charmes d'une femme jeune et belle, dont Fardeur amoureuse paraîtra plus vive encore quand, pour l'exprimer, Gounod ou Verdi lui |)rôteronl la puissance de leur musique.
Cantatrices, comédiennes ou même danseuses n'ont pas seulement à lutter contre les séductions que nous nommerons professionnelles ; il leur faut encore résister aux tentations qui leur viennent par delà l'autre côté du rideau et auxquelles la vertu la plus solide ne sait pas toujours résister.
Les joies du foyer domestique ne sont |)oint toujours faites pour les artistes ; la vie de famille convient rarement à ces idoles du public donl l'exislence se passe dans un monde imaginaire, el qui, quelquefois, n'ont ni le temps ni la volonté d'appi-écier le bonheur cpie donne la paix ou le calme d'un intérieur bourgeois.
La nature humaiue, uéanmoins, secom-
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posant (le coiili'aslcs, le sunimum des <l(''sirs (l'une ai'liste est et sera toujours de porter une alliance ; (pie cette alliance lui soit passée au doigt j)ar un prince on par un simple ((jnor. Après quelques années, parfois pcînibles, on rejette la bague tant souliait(3e, et la liste des st^parations, judiciaires ou amiables, s'augmente d'une infortune de plus.
Elle est longue, cette liste des séparations, à n'cnumérer que celles qui ont fait du bruit; examinez plutôt le passé comme le présent, et remarquez que l'exemple de leurs devancières n'a pas servi d'avertissement à celles dont le sort était universellement prévu. Marie Taglioni, Malibran, Bosio, Frezzolini, Grisi, Lucca, Trebelli, Marie Sasse, Marie Ileilbron et enlin Adelina Patti.
En ce qui concerne Maurice Strakoscb, le mariage de sa belle -soMir avec M. le marquis (b» ('aux marque la date de la
ruplurc (les relations suivies entre Fimpresario et son élève; rupture toute volontaire cependant, car à plusieurs reprises M. le marquis de Caux offrit à Maurice Strakosch de conserver auprès de M'"'' Patti la situation qu'il avait précédemment.
Ces offres, si avantageuses et si honorables qu'elles fussent pour celui auquel elles étaient faites, furent refusées. Ayant toujours été opposé au mariage, le beau-frère d'Adelina Patti eût été souvent vis-à-vis du marquis de Caux dans une assez fausse position.
L'histoire du premier mariage deM"^\delina Patti est connue; |toutetbis, dans un livre comme celui-ci, le lecteur serait sur- [)ris de ne pas lire quelques mots sur un l'ait dont s'est occupé le monde entiei'.
La beauté, le charme et le talent de la jeune Adeliua Patti devait hii nllirer (k^ uouibreux hommages ; elle n'avait qu'à cfioisir parmi les aspirants à sa main. Il
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n'est pas jusqu'à uii prince régnant dWlleuiai;ue, ([ui,à .May(Mi('(\ lui onvoyaul un magnifique boui^ueL (1(^ Ihuu's (Toi-anger, ne lui ail jiroposé de l'é|)Ouser morganati- ([uement, si clic voulait quiller le Ihéafre.
Ce fui sui* la scène môme que le mai*quis de Cauv a élé présenté à celle dont il devait devenir éperdument épris. Le marquis de Canx était écuycrde l'Impéra- (rice, ([ui s'intéressa beaucoup h ce mariage: il fut en outre appuyé dans ses intentions par M"" Louise Law, Hambourgeoise servant depuis longtemps de dame de compagnie à M*''' Adelina Patti.
L'empereur Napoléon \\\ aussi bien que l'impératrice Lugénie avaient pour Adelina Patti une estime et une sympatliie particulièrt^s. A[)rès le premier concert où la diva chaula aux Tuileries, TEmpereur lil appi^ler le lendemain Aîaurice Strakosch cl lui r^Muil pour sa b(Ule-sa3ur un bracelet superbe, en lui disaiil : « d'est donc vous.
monsieur Strakosch, qui nous avez amené cette petite merveille! Je vous en félicite. »
Grâce à Tlmpératrice et à Louise Law, le marquis de Caux fut agréé, malgré Topposition de Maurice Strakosch et celle non moins forte de M. Salvatore Patti, le père de la future marquise.
La cour du marquis de Caux dura six mois et la cérémonie nuptiale eut lieu en mai 1868 à l'église catholique de Clapham près de Londres; l'impératrice Eugénie avait souhaité que le mariage fut célébré avant le départ de M°* Adelina Patti pour la Russie, où l'appelait un engagement qui hii assurait 7 000 francs par représentation .
L'enfance d'Adelina Patti avait été si occupée que l'on avait complètement oublié l'accompli ssement de ses devoirs religieux. Avant son mariage, elle dut faire sa première communion et recevoir lu confirmation. Ce fut la (irisi qui l'assista dans ces deux circonstances.
60 sorvK.Nins I) r.N i.mpkksahio.
Afin (lo fèlor la nouvelle marquise, le prince de (ialles donna un dîner et un bal à sa résidence de .Mailborou^^li llouse.
Dans les contes, toutes les bonnes fées se r(Miiiiss(Mit pour promettre aux nouveaux époux un avenir heureux; on est forcé de supposer qu'une seule de ces dames n'ayant pas été invitée au mariage d'Adelina l\itti, en sa qualité de fée grognon, a usé de son pouvoir infernal pour mettre la discorde dans le ménage.
On connaît par le menu les causes qui ont amené le divorce si retentissant du marquis de Caux. Il ne nous appartient pas d'y revenir.
Entre Maurice Strakosch et sa bellesœur les rapports ne cessèrent pas complètement du jour où Ad(dina Palli avait posé sur son iront la couronne de marquise. En abandonnant auprès d'elle ses fondions d'impr^^sario , Maurice Strakosch lui remit des traités signés par les
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directeurs des grands théâtres de TEurope, et le chiffre de ces traités s'élevait à la somme de 1600000 francs pour trois années.
En 1878, Strakosciî engagea Adehna Patti et M. Nicolini pour une tournée en Italie; on visita Milan, Gênes, Florence, Home et Naples. A Milan, Aida fut représentée dix fois de suite, et tous les billets avaient été pris à l'avance. On n'imagine pas Tenthousiasme que montrèrent les Italiens à propos delà diva : cela tient plutôt de la féerie que de la réalité et l'on n'y peut comparer que celui qu'excita M"" Christine iS^ilsson pendant son dernier voyage en Suède.
Dans les villes où passait la Patti, les hôtels regorgeaient de monde ; des campagnes environnantes, on s'empressait de vi^nir pour entendre la cantatrice; on coucliail (huis les rues, sur les places publi- (jues, et ceci est littéralemenl vi'ai.
Ci S<H'VENIHS I) r.N IMPRESARIO.
Si vasles (jue soient les scènes sur lesquelles jouait la Palti, elles étaient chaque soir jonchées de ileurs; sans phicc sûre, le billet d'entrée coûtait 20 IVaiics; on ne voyait nième pas la Palli, mais du Fond d'un corridor, on l'entendait et le i)ul)li<' était ravi. Les fanteuils d'onhestre étaient cotés 50 francs et les loges ont été payées jusqu'à 2 000 francs. La moyenne des recettes a toujours dépassé 40 000 francs.
Mallieureusement pour lui, l'imprésario n'avait pas espéré un tel triomphe et il avait cédé sa tournée pour un mince bénéfice : sans quoi, avec ce seul j)rofit, il eût pu tranquillement vivre de ses rentes.
M. iXicolini, dont la voix de ténor était fort belle, partageait avec M"'^ Patti les applaudissements des spectateurs. 11 avaif laissé d'excellonls souNcnirs eu Italie, et la réception chaleureuse qui lui a été faite dans cette dernière tourn<V t«Miioiirnint qu'il n'avait pas été oublié.