‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 19 sur 44 · CHRISTINE NILSSON · texte numérisé non relu

CHRISTINE NILSSON

Maurice Strakosch causait un jour à Paris dans le magasin de musique des frères Escudier, situé rue de Richelieu. 11 avait pour interlocuteur Eugenio Merelli,le lils du directeur de la Scala de Milan et du Théâtre impérial de Vienne.

E. Merelli clierchnil (h:s artistes pour rOpéra de Vienne, (jiie d'ordinaire il engageait pour un certain nombre d'années.

•Au cours de la conversation, Strakosch remarqua une jeune Mlle (|(ii s'arrêtait de-

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^all( la \iliiii(' du magasin, de laillc élevée, un peu uiaigre, siniplemenl velue; lu curicus(\ d'une IxNinh' m(M'V(MlIeuse, avail une physionomie étrange et (jue l'on ne pouvait oublier dès qu'on Tavail vue une fois.

Des cheveux d'un blond cendré adorable encadraient un visage charmant; le front plus large que haut, le nez d'une régularité parfaite, aux narines roses légèrement ouvertes, et sous des lèvres souriantes, de petites dents d'une blancheur éblouissante; mais ce qui frappait surtoul, c'étaient les yeux, de grands beaux yeux d'un bleu d'acier qui éclairaient cette figure d'enfant.

Strakosch appela l'attention de Merelli sur cette jeune lille qui se disposait à poursuivre son chemin et dont il ne pouvait détacher son regard.

— As-tu vu cette étrange beauté? dit Strakosch à Merelli.

— Mais, reprit ce dernier, est-ce que tu

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ne la connais pas? C'est Xilsson, la petite Nilsson, que j'ai engagée pour cinq ans, et pour laquelle je n'ai pas d'emploi en ce moment, quoique sa voix soit superbe. Je cherche à résilier avec elle, car je n'ose la faire débuter, puisqu'elle n'est jamais montée sur la scène.

A quelque temps de là, Merelli rencontra de nouveau Strakosch et lui apprit comme une bonne nouvelle qu'il avait enfin pu rompre son traité avec Cliristine IS'ilsson, ajoutant : « Je suis enchanté; n'étant pas millionnaire, et devant payer à ma pensionnaire l 000 francs par mois, cela me contrariait fort. » Très peu d'années après, ce môme Merelli, à qui la cour <le Russie avait imposé l'obligation d'engager Cliristine Nilsson pour la saison de Saint-Pétersbourg, payait a la cantatrice 7 000 francs par soirée.

Comme rUmann h l'égard de la Patli, E. Merelli n'avait pas soupçonné l'avenir

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résorvé à (llirisCme Nils^on. M. (^.(U'yalho eut plus d'inspiratiou (^1 il engagea pour trois ans ('liristine Nilsson qu'il fit débuter au Théâtre Lyri({ue dans la Traviata.

Maurice Strakosch avait toujours gardé le souvenir de Christine Nilsson et lorsqu'il apprit qu'elle allait chanter au Théâtre Lyrique, il ne résishv pas au désir de prier Adelina Patti de venir avec lui entendre la débutante.

Le succès de cette première soirée fut étourdissant. La Patti mêla ses applaudissements aux bravos du public; de sa loge elle jeta son bouquet à Nilsson et tint à la féliciter elle-même après la représentation. Dans cette entrevue sur le théâtre, Nilsson disait en badinant à Maurice Strakosch : (( Si jamais vous quittez la Patti (cette dernière était sur le point de se marier avec le marquis de Caux), vous devez devenir mon imprésario. » Ce qui, plus tard, se réalisa.

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Il est inutile de récapituler les triomphes (le Christine Nilsson ; ces triomphes durent encore et sont présents à la mémoire de tous ceux qui l'ont entendue soit à Londres, soit à Paris.

Sa création d'Ophélie dans Hamlet, avec Faure pour partenaire dans le chef-d'œuvre d'Ambroise Thomas, est sa plus belle palme : elle a dans ce rôle atteint la perfection de la cantatrice dramatique.

Ceux seulement qui ont été présents au triomphe de Christine Nilsson dans ce rôle d'Ophélie, qui ont entendu cette voix d'un timbre si rare et si merveilleux, qui oïd vu cette figure étrange qui semble pouvoir, seule, personnifier la création de Shakespeare, peuvent imaginer l'enthousiasme et le délire qu'elle a pu soulever.

Mais quelle représentation nuunorable, avec, dans le rôle de Hamlet, Faure, l'illustre baryton qui semblait inspiré et.

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conmic cliaiileui' cl iiciciir, attoignaif al)soluuR'iiL à la perrcclioii! xM. l*errin, l'iiioublia])lo (liroctpur de TOpéra, avait réglé les moindres détails de cette dillicile mise en scène, détail vraiment nn régal artistique que n'oni)lieront pas tous ceux qui ont eu le bonheur d'en jouir.

Avant de parler des tournées en Amérique et en Europe sous la direction de Strakoscli, nous entrerons dans quelques détails sur la vie et le caractère de celle qui tient un si haut rang dans le monde artistique.

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