‹ Souvenirs d'un impresarioChapitre 29 sur 44 · DIRECTION DE MAURICE STRAKOSCH A PARIS · texte numérisé non relu

DIRECTION DE MAURICE STRAKOSCH A PARIS

L'Opéra llalion (Mail forino depuis rfuelquc toinps; cependant le gouvernemeni comprenait la nécessité d'un Théâtre Italien à Paris : la l^épublique ne devait supprimer ni les arts ni les élé<j;ances, et cette réouverture du Théâtre Italien s'imposait; la difficulté consistait à trouver un directeur : on pensa A Maurice Strakosch.

L' imprésario était à Paris, où il formait des élèves, lorsque M. Patbie, sénateur et ministre des Beaux-Arts, se mit en com-

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munication avec Strakosch qui vit dans la proposition du ministre une occasion de faire monter sur la scène les jeunes talents dont il s'occupait.

La mission dangereuse que désirait lui confier le gouvernement fut donc acceptée, et le danger de cette mission était augmenté du court délai qui lui avait été accordé pour composer une Iroupe qui fut au moins convenable.

Depuis la Patti el Tamberlick, les prétentions des étoiles avaient pris des proportions devant lesquelles le nouveau directeur recula. 11 se contenta de chercher un bon ensemble pou\ant aider à la résurrection de rOpéra Italien.

Observons ici que presque tous les artistes que M. Strakoscli engagea, ont justifié ses prévisions et se sont acquis une notoriété artistique.

Ainsi : M'"" Gabrielle Krauss, qui n'avail |)as réussi jusque-là à exciter l'admiration

I3C SOUVEiMRS D UN IMPRESARIO.

([u'cllc inrrilail si hioii, esl dovcnuo (lc|)iiis la favoiMte du public de J^iris.

M'" Donadio est une étoile de première {grandeur en llalic et en Espagne.

M""" Poncliielli, la l'emme du maestro l^oncliielli, l'auteur de la Gioconda^ mort très récemment, a laissé une grande réputation en quittant le théâtre.

M"' Tagliana était devenue la favorite des Opéras de Vienne et de Berlin.

M"' Heilbron, que le directeur avait rcinai'qué(î aux Vari(';tés où elle chantait l'opérette, n'a pas trompé les espérances que donnait un talent naissant et que personne ne soupçonnait.

(lette pauvre jeune femme, dont la lin a été si prématurée, avait sur elle-même et sur sa valeur artistique des idées n'ayant qu'un ra])p()i*t éloigné avec la modestie.

Avant de revenir à la scène française alors qu'elle chantait à (lovent Garden,

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Strakosch lui proposa un engagement pour la saison américaine.

Marie Heilbron, à laquelle M. Strakosch (deux: ans seulement auparavant, quand il l'a prise au théâtre des Variétés où elle gagnait 800 francs par moisi payait 2000 francs par mois, était disposée à accepter mais à la condition qu'on lui payerait 3 000 francs par soirée.

Au nombre des artistes composant la nouvelle troupe de l'Opéra Italien, lîguraient encore les deux élèves de Strakosch sur lesquelles il comptait beaucoup :

M"'' Anna de Belloca, qui avait une ma- -.iiiiique vui\de conlraltij et (|ui était d'une beauté remarquable, était Tétoile delà saison, et a chanté dans soixante soirées sur les cent représentations que donna Maurice Strakosch; enfin M"' Belval, lille de la célèbre basse, devenue la femme du maestro Vianesi.

^l. \ianesi. lun dc^ meilleurs chefs

i;{8 soavENius d un imprésario.

(rorchoslre coiilciii[)oraiiis, était au pupitre et il n'a ])as jkmi contribué par son intelligence et son talent à un succès auquel personne ne croyait.

Au jour dit, le 2 octobre 1873, la saison italienne commença h la salle Ventadour; le bénéfice net de la saison a été de 250000 francs, ce qui ne s'était jamais vu.

On s'imagine que, pour constituer un Opéra Italien, il est indispensable de réunir d'énormes capitaux. Pour cette saison parisienne dont nous avons indiqué les résultats extraordinaires, Maurice Strakoscb ne risqua pas de fortes dépenses. Il déboursa 20 francs, prix de son voyage et de son déjeuner à Versailles où il alla trouver AI. Batbie.

Il s'élait adjoint, dans cette entreprise, M. Eugenio Merelli, son ami, ainsi que son frère Ferdinand.

L'abonnement ouvert au mois de seplonibre se soldait au 1'^ octobre par 350000 fr.

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de souscription, €t le 2 de ce même mois, le directeur n'avait à verser que 20 000 francs pour son loyer d'avance.

• Cet empressement du public, empressement qui n'a jamais manqué chaque fois que l'on a essayé d'ouvrir un Théâtre Italien à Paris, démontre jusqu'à l'évidence que ce ne sont pas les amateurs qui font défaut pour le succès de ce genre de speclacle; il démontre également que Paris désire rOpéra Italien, et .que, fatalement, on devra le rétablir un jour ou l'autre. Cela ne signifie pas que tous les directeurs pourront gagner 250 000 francs dans une saison, mais cela indi(|ue que l'Opéra Italien surmontera la crise fâcheuse qu'il traverse actuellement.

Sur ces entrefaites, l'opéra de la rue Lcpclletior brfdait; M. Ilalanzicr, ne pouvant trouver aucun autre théâtre qui pût satisfaire aux besoins du Grand Opéra, pioposa au directeur de la salle Ventadour daltor-

140 SOUVENIRS l) L\N I M IMî KS ARIO.

IKT li's rcprrsoiUalions IVaiiçaises avec les re|)rrs(Milatioiis ilali(Minos; c'est ainsi que dans une même salle on a pu jouer l'opéra seplfois par' semaine. M. Iïalaii/i(M' déploya, à celte occasion,, une énergie incroyable.

Maurice Strakosch n'aurait pas demandé mieux (pie de continuer son exploitation; mais le j;ouvernemenl (pii lui avait accordé une subvention annuelle de 100000 francs s'était conservé le droit d'examiner ses livres. Ce bénéfice de 250 000 francs le surprit, et sur celte idée qu'un directeur devait se contenter d'encaisser 150000 francs dans une saison, le ministère déclara que la subvention serait abolie.

Le propriétaire de la salle Venladour, qui avait été très content de louer 100 000 fr. uiK^ propriété qui. la saisoîi j)récédentc, ne lui rapporlail rien, exigeait une augmenlalion de 50 000 fi*ancs.

De leur coté, les artistes se préparaient à réclamer de plus gros appointements ; Mau-

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ricc Strakosch se résigna à passer la main.

Le gouvernement, le propriétaire, les artistes, ne se souvenaient plus de l'apologue (les sept vaches grasses et des sept vaches maigres; ils n'avaient pas réfléchi qu'une saison prospère peut précéder plusieurs saisons mauvaises.

Strakosch avait été bien avisé, car aucun de ses successeurs ne se maintint à la salle Ventadour. M. Escudier, homme très capable, ayant la science du théâtre, jouant des opéras nouveaux, interprétés par des artistes excellents, se ruina en trois saisons, perdant une somme de 1250 000 francs.

M. Léon Escudier avait ouvert le 22 avril 1876; la saison italienne et les commencements de son entreprise n'en pouvaient faire présager la Un. Editeur de la musique do Verdi, M. Escudier avait loué la salle surtout dans l'intention d'y présenter les œuvres du maître et Au/a fut la première représentée.

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Lu (lisU'ibuliuii des rôles était celle-ci :

iVuki, M""' Teresina Stol/, élève de Verdi, de la perfection de la([uelle personne n'a approché dans cet opéra.

Amneris, M^'" Maria Waldmann.

La Prétresse, M'*' Armandi.

Radaniès, M. An^elo Masini, qui partage; avec Gayarré et Tamagno la royauté de ténor en Europe et qui n'accepte pas d'engagement à moins d(; 5000 francs par soirée.

Amonastro, M. Francesco Pandolphini.

Uamphis, M. Paolo Medini.

Le Roi, M. Edouard de Ues/ké.

Pendant les deux premières représentalions, Verdi conduisait Torchestre; à la troisième, il était remplacé par M. Muz/io, musicien de valeur. La recette quotidienne dépassait 20000 francs, et les dix premières représentations produisirent 187077 francs.

M. Escudier ne recevait pas de subvention de l'Elat, il avait cru pouvoir s'en

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passer ; malheureusement les artistes comme M"°Teresina StolzetM. Masini. qui se contentaient de 1 000 francs par soirée, avaient des engagements qui ne leur permettaient pas de revenir la saison suivante à Paris.

Aida fut reprise dans de mauvaises conditions; la pièce aurait même été retirée de la scène après la première soirée, en raison de son exécution défectueuse, quand M. Escudier appela à son aide le ténor qui pouvait remplacer M. Masini dans le rôle de Radamès, M. Nicolini, qui justifia la confiance placée en lui par la direction.

Mais, sous peine d'un dédit de 100000 fr., M. Nicolini devait retournera Saint-Pétersbourg, et les représentations iVA'ida furent arrêtées.

En 1878, dans cet état de choses, c'en est fait du Théâtre llalien dont M. L. Escudier abandonne la direction.

La dernière tentative de reconstitution

i4i SOrVKNIRS I) IN I M l'IlKS A 151 O.

(lu Théâtre llalieii à Paris a été faite par N'iclor Maurel, le barvloii si connu et qui comme artiste mérite d'être classé parmi les (out premiers. Mais, nous sommes obliiiés de le redire encore, la direction d'un théâtre exige des aplitudes spéciales, c'est une profession qui veut des dons particuliers.

Victor Maurel joint à une voix magnifique, à un extérieur fort séduisant, un amour profond] de son art, et dans le caprice qui le prit de devenir im])resario, il fut encouragé par le public parisien, dont le désir de posséder un Opéra Italien était excessif.

Une société d'actionnaires à un capital important se forma : le Théâtre Lyrique, place du Chatelet, fut loué, et, pour la première saison, l'abonnement dépassa 900000 francs.

M'"' Adler Devriès, jadis si adorée (\u public de l'Opéra et qui, à l'occasion de

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son mariage avec le D' Adler, avait abandonné la scène, reprit sa carrière, à côté de -MM. Gayarré, Victor Maurelet les frères de Reszké. Les recettes atteignirent souvent le chilïVe de 25000 francs dans une seule soirée. \^ Hî'rodmde de Massenet fut montée avec un grand soin et un goût artistique très remarquable, ce qui n'empêcha pas qu'à la fin du premier exercice une partie du capital souscrit manquait à la caisse, les dépenses ayant absorbé les recettes et au delà.

Four la seconde saison, M. Victor Maurel ne recueillit plus que 250000 francs d'abonnements; M"" Marcella Sembrich, malgré son talent incontestable, ne réussit pas, ainsi que cela était espéré, à ramener les abonnés ([ui, pour une cause que nous n'avons pas à marquer, s'étaient éloignés du Théâtre de la place du Châtelet.

M. Victor Maurcl combattait bravemeiil,

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il payait de sa personne; mais son succès dans/?6Vi Hamed, (puvro 1res remarquable de M. Dubois, ne put sauver une silualion trop com|)romise par une inexj)érience qui devait amener le désastre linal.

Une fois encore, c'en était lait du Théâtre Italien, de ce théâtre qui paraît indispensable à une ville comme Paris. Ces échecs successifs ont Tinconvénient d'éloigner tous ceux qui voudrai(Mil relever une entreprise de cette nature. 11 faut pour cela un homme qui, sans négliger le côté artistique, soit un administrateur habile. 11 est à souhaiter qu'il se trouve le plus tôt possible.

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