L'OPÉRA ITALIEN A VIENNE FERDINAND STRAKOSCH A L'APOLLO DE ROME
A Vienne , les mêmes causes ont produit les mêmes effets; comme à Paris, comme à Londres, comme à ?sew-York, rOpéra Italien n'a pu subsister; sa chute a été amenée par le chiffre des ap|)ointements (ju'il fallait donner aux arlistes. Le public a le goût des étoiles, et les étoiles, par leurs exigences, rendent toute ex[)loitation matériellement impossible; c'est là un dilemme dont il est diflicile de sortir cl
lis SOrVENIRS D VS IMPRESARIO.
(loiil li^ conséqiienco inévilahlc du moins jusqu'à présent, a éh' la rei'inclure de 10péra Italien dans toutes les capitales.
Et cela est si vrai, qu'à Vienne par exemple, après la chute de l'Opéra Italien, rOpiTa Allemand sous la dir(M'tiou de M. .laliu, un musicien admirable et un administrateur consommé, s'est maintenu, et (juil est en pleine prospérité. On y joue, en dehors des chefs-d'œuvre de l'Ecole allemande, les mêmes œuvres que l'on jouait en italien; les artistes de premier ordre n'ont jamais manqué, et la capitale de l'Autriche possède, au Théâtre Impérial , des chanteurs qui ne feraient mauvaise figure dans aucune troupe. Dans ce théâtre se sont succédé M'"" Materna Kupfer , Sucher , Bianchi , Vogel , et MM. Mierzwinski, ïheodor Wachtel, ^'iemann, Winkclmann, Heichmann, Scaria, Goëtze, et d'autres artistes de valeur.
En 1841, entre le Théâtre Allemand et
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le Théâtre Italien, il y avait une guerre acharnée , à laquelle le public prenait une part active. M"'"' Lutzer, Hasselt-Bart, MM. Wild, Erl, Schober, Pischek, Staudigel, Draxler et Formes soutenaient le parti allemand; M. Conradin Kreutzer, l'auteur à'U?ie Nuit à Grenade, dirigeait l'orchestre, fonctions remplies en ce moment par MM. Richter et Jahn, que l'on peut égaler, mais non surpasser.
M"''^Tadolini,Alboni,Viardot,Brambilla, MM. Donzelli, Moriani, Castelan, Ronconi, Coletti, Colini, Fraschini, Varesi, Mongini, Bettini, Gardoni et Guasco défendaient le drapeau de l'Opéra Italien. Donzelli avait alors soixante-quinze ans et il chantait Othello. Hors de la scène, on était obligé de l'aider à marcher; le feu de la rampe le galvanisait, et il jouait son rôle avec la vigueur d'un jeune homme.
La cour d'Autriche protégeait beaucouj) l'Opéra Italien et surtout l)onizetli,quicom-
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posait à celte époque, à Vienne, cl en même temj)s, (rois opéras. Sur Irois pupitres, dans son cabinet, il écrivait simuKanément la musique de hhida dt ('hamoHni.r, pour Vienne, ('ell(^ de Don Pasiiinilv pour TOpéra Italien de Pai^is, et jjour le (iraiid Opéra, celle de l)un Sébastipii de Partiicjal .
En 1843, Verdi vint renforcer le [)arti italien avec Nabuco , chanté par Ronconi, et dont il dirij^ea rorchestre à la première représentation. Le triomphe de l'opéra de Verdi fut complet et ou lit à Fillustre maître une ovation qui restera piolbndément gravée dans sa mémoire.
Maurice Strakoscli retourna en 1863 à Vienne avec Adelina Palli (|ui, sous la direction de Merelli, se lit entendre pour la première fois dans cette capitale, mais non plus au Théâtre Impérial dont la compagnie alleuiaiide avait la complète possession. Va\ (I(mi\ lUiMs ^hM•clli i;aiiiia plus de 100(100 fi-aiics; il est juste (l(^ r(Mnar([uer
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qu'il ne payait que 2 000 francs par soirée à Adelina Patti. Plusieurs saisons suivirent cette première organisée sur des bases nouvelles; M°^° Patti et M"*^ Nilsson s'y succédaient à tour de rôle, M. Faure y fut également acclamé; mais pour les raisons indiquées plus haut, l'Opéra Italien ne put échapper au sort qui lui semble partout réservé et son exploitation régulière cessa.
En société avec son frère Ferdinand, Strakosch Maurice, au théâtre Apollo de Rome, lit en 1884-85 la plus brillante saison que Ton ait vue dans la capitale de l'Italie depuis vingt-cinq ans.
Ferdinand Strakosch allait remplacer Jaccovacci, l'imprésario qui pendant quarante ans avait gouverné F Apollo. Ce fut sous Jaccovacci que chantèrent M""" Barilli pour laquelle Doni/.etti avait écrit le Siège (le Calais, et Salvatore Patti qui plus tard épousait sa camarade Barilli, mère d'Amalin, de Cnrlotta cl (TAdcliua Palti.
\ol SOUVRNIRS D CN I Ml» UF.S A HI 0.
.laccovacci était (rès cslimé en Italie, parce que, conlraircmeiil à l'usage, il a loujours tenu ses promesses envers les artistes dont les appointements ne cessèrent jamais (l'être exactement payés par lui.
Ce Jaccovacci était assez original ; il avait dans sa troupe un ténor qui chantait abominablement taux et il lui répugnait de donner brutalement congé à un artiste. Il proposa au ténor de lui l'aire visiter la ville sainte et les environs; et comme le chanteur s'extasiait sur la splendeur des monuments, sur la beauté du paysage :
(( Uegardez-les bien, lui dit Jaccovacci, car vous- ne les reverrez plus, — à mes frais du moins. »
A la mort de Jaccovacci, l'Apollo fut mal administré et pour relever le théâtre périclitant on appela Ferdinand Strakosch qui ne faillit pas à sa mission : avec des artistes tels (pio M""" Donadio. Turolla,
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Marie Durand, Kupfcr, Osélio, Kopka, Duvhier, MM. Barbacini, Stagno, Cotogni, Maini, Engel, Bertini , Lorraine, Vaselli, on représenta le Mefistofele de Boïto, la Gioconda de Ponchielli , LoJiengrin, de Wagner; et pour la première fois en Italie, Lackmé, de Delibes. Le chef d'orchestre était ^L Mascheroni.
Maurice Strakosch avait composé une troupe de sujets pleins de talent, mais dont les prétentions n'étaient pas de na- (ure à ruiner une entreprise. D'un bout de la saison à l'autre, le théâtre d'Apollo fut 1res couru et le soir de la clôture Ferdinand Strakosch reçut du public une vérilable ovation.