CHAPITRE XXV
Bach, ïlaendel , ïlaydn , Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Weher étaient des maîtres souverains de Tart, et il semhle qu'en musique aussi bien qu'en peinture ou en sculpture, le plus haut degré de perfection ait été atteint ; cela n'empêche pas cependant que les compositeurs de notre époque ne puissent être les dignes émules des génies du temps passé. Maurice Strakosch, ayanl, pour ainsi dire, vécu au milieu de ces illustrations du siècle, devait
leur consacrer quelques pages qui prouveront son respect et son admiration pour ces talents par lesquels est conservé si haut le prestige de l'art musical.
Nous commencerons ces esquisses par les compositeurs français; Maurice Strakosch estime d'ailleurs que l'école française est aujourd'hui celle qui tient la première place dans le monde des arts.
Pour justifier cette opinion de l'imprésario, il n'y a qu'à parcourir la liste déjà longue des noms qui ont illustré l'art français.
Le plus Français de tous n'est-ce pas Auher, ce compositeur plein de génie, si charmant, si gai, qui, à quatre-vingt-cinq ans, écrivait le Premier Jour de bonheur, et dont L'amour sacré de la Patrie, de la Muette de Port ici ^ n'a pas été sans influence sur les destinées de la France à ce moment.
Halévy, auquel nous devons la Juive, et tant d'autres chcfs-d'(ruvre.
Berlioz, longtemps méconnu, toujours en proie h des besoins (rargenl. à lîi lionte de son époque, qui, à ses frais, luisait exécuter ses opéras et ses symphonies, et dont les œuvres excitent maintenant l'admiration universelle.
Berlioz, critique musical incomparable, s'est vengé des artistes qui ne comprenaient pas ses œuvres en les classant ainsi :
(( Il y a, disait Berlioz, trois classes de <( chanteurs :
(( Ceux qui ont de la voix et ne savent « pas chanter,
(( Ceux qui savent chanter et qui n'ont « pas de voix ;
« Enfin ceux qui n'ont pas de voix, qui a ne savent pas chanter, et qui chantent « tout de môme. Cette dernière catégorie « est la plus nombreuse. »
Comme Wagner, Berlioz était un réformateur de l'orchestration, mais il n'a ja-
mais voulu reconnaître le talent du maître allemand qu'il déclarait fou. Meyerbeer, Rossini et Auber ont partagé l'avis de Berlioz sur Wagner, d'où il convient de conclure que dans les arts il y a toujours un progrès que n'admettent point les contemporains de celui qui les produit.
GouNOD, le maître immortel, esprit mystique, qui aurait pu se reposer après avoir composé Faust et néanmoins a écrit ensuite un nombre incalculable de chefsd'œuvre qui vivront autant que la musique.
Ambkoise Thomas, l'éminent et bienveillant directeur du Conservatoire de Paris qui a écrit Hamlet, Mignon, Françoise de Rimini (où se sont fort distinguées la fort belle chanteuse M"" Salla, qui maintenant fait les délices do l'Opéra-Comiquc, et M. Sellier qui a soutenu avec tant de vaillance, depuis plusieurs années, le poids écrasant du répertoire de TOpéra-Fran-
23i SOUVEiNIRS d'uN IMPRESARIO.
çais) et le So/if/c d'une nuit d'éto. Chéicune de ces œuvres aurait suffi pour douner au maître (jui les aurait composées une célébrité impérissable.
Victor Massé et Bizet, tous deux morts et dont le premier a laissé P^a//^/ Virginie, GalatéCy les Noces de Jeannette; le second, Carme?!, qui n'a pas eu, du vivant de son auteur, le succès qui lui était si légitimement du, et qui est, en ce moment, l'opéra le plus acclamé avec Faust.
Gewart, qui n'a pas réussi comme compositeur, selon son mérite et un peu par sa Faute en raison d'un certain manque de persévérance. Le directeur du Conservatoire de Bruxelles est le compositeur le plus érudit que Strakoscb ait jamais rencontré. M. Gewart est un puits de science musicale. Il possède la collection la plus complète des partitions d'opéra et joue de mémoire une mélodie sur quel opéra que ce soit.
Reyer, l'illustre autour de Sigurd, un Wagner français, un réformateur aussi, qui veut rompre avec le passé et nous conduire dans un monde nouveau.
Massenet. Salnt-Saens représentant la jeune école. Depuis A'/d(7 de Verdi, personne n'a composé un opéra dramatique plus complet que le Cid de Massenet, qui, sans doute, fera le tour du monde.
Saint-Saens est un savant, doublé d'un instrumentiste remarquable. Ses concertos classiques sont des chefs-d'œuvre, comme son opéra d'He/iri YIII.
Il serait injuste de ne pas donner quelques détails sur l'exécution admirable du Cid qui, dès la première représentation, a fait une si profonde impression sur le public de Paris : M'"« Adler Devriès, la charmante M™' Rosmann et les frères de Reszké luttèrent de zèle et de talent pour rendre cette première soirée mémorable.
Plus tard, quand M'"* Adler Devriès fut
230 S OU YEN lus D L\N IMrRKSAKlO.
appelée à Lisbonne par un l)rillant engagemenl, M'"*" Caron, celte excellente artiste, (louée d'un lempéramenl dramatique si prononcé, lui succéda ; comme dernière (Ihimène, nous avons eu .M™'' Hosmaam ; elle aussi a su faire valoir toutes les beautés de ce magnifique' rôle.
N'oublions pas non plus M. Duc qui, dans le rôle du Cid, a su faire ressortir des beautés qui s'adaptaient si bien à sa superbe voix.
Salvayre, dont l'opéra EgmonI a été produit avec un si grand succès à TOpéra- Comique et dans lequel M^^^ Isaac, ALM. Talazac et Tasquin se sont surpassés.
D'un autre ordre, plus léger, mais d'une élégance exquise, d'un charme infini, est le talent de M. Léo Delibes ; car Lackmc est en train de faire les délices du monde musical. Les airs de ballets de M. Léo Delibes ont une grâce inimitable.
Derrière celte phalange d'auteurs déjà
arrivés viennent encore : MM. Dubois, Paladilhe qui vient de donner, avec un succès éclatant, son opéra de Patrie^ dans lequel M"® Krauss, M. Lassalle, de Reszké et M. Duc ont remporté un véritable triomphe ; Goddard,Francis-Thomé,Widor, compositeurs auxquels la gloire ne saurait faillir.
Nous manquerions à notre devoir en ne mentionnant pas Duprez, le premier ténor de son temps, qui, en dehors de son école de chant, a composé des œuvres musicales très remarquables, et Faure, l'incomparable baryton, qui, lui aussi, a écrit une méthode de chant hors pair et des mélodies qui lui assurent une des premières places dans ce genre de musique.
Nous ne pouvons pas passer sous silence M. Henry Chabrier, M"" de Grandval, Augusta Holmes et M'"® Ferrari, dont nous aurions à l'aire de bien chaleureux éloges, si l'espace nous le permettail, et
'238 SOUVENIRS I) l' N I M I' H K S A MI O .
qui conli'ibuenl certainement à la gloire de l'art musical français.
Nous avons laissé expressément pour la fin M. Vaucohuril ([ui fui un compositeur fort distingué et en môme temps, pendant plusieurs années, directeur de TOpéra.
M. Vaucorbeil n'était pas seulement un musicien de premier ordre, il était artiste jusqu'au bout des ongles; du reste, l'homme le plus aimable du monde. Son passage à l'Opéra a fait le plus grand bien à l'art du chant qui a commencé à s'améliorer sous sa direction et |qui continue maintenant sous la direction artistique de MM. Ritt et Gailhard. M. Vaucorbeil avait épousé son élève M"° Sternberg, jadis Tidole du public de Bruxelles, et qui, maintenant, s'est vouée à l'enseignement du chant à Paris.
Malgré son nom et môme son origine, il faut presque ranger Meyerbeer parmi les compositeurs français. Sans rééditer toutes les anecdotes qui ont couru sur Meyerbeer,
nous pouvons dire que le fond de son caractère était le désintéressement et la bienveillance. Il est mort avant la représentation de son dernier chef-d'œuvre; et si Y Africaine a été mise en scène à l'Opéra de Paris beaucoup plus tôt que Ton ne l'espérait, Maurice Strakosch a beaucoup contribué à cet heureux événement.
M. Perrin, alors directeur de l'Opéra, était un homme qui réunissait toutes les qualités nécessaires, indispensables môme au directeur du premier théâtre lyrique du monde.
A un sentiment artistique exquis, M. Perrin joignait une entente merveilleuse des affaires: c'était un administrateur de premier ordre. Tous les théâtres qu'il a dirigés, grâce à ses facultés exceptionnelles, rOpéra-Comique,rOpéra,laComédie-Française, ont constamment été florissants.
M. Peri'in étai(, comme M. Carvalho, artiste jusqu'au bout des ongles. ÏNous
2V0 SOITVKNIIÎS n TN I M IMU«:S A l{ I O.
sommes heureux, A cette occasion, de donner à M. Carvallio un tribut de notre admiration. Il faut avoir été présent aux répétitions dirigées par ce dernier, et avoir \[\ comme il y consacre toute son intelligence et son activité dévorante; pour comprendre combien il a contribué au succès des nombreux chefs-d'œuvre qu'il a donnés sous sa direction, nous ne nommerons que Faust y Bornéo et Juliette et Mireille.
M. Pcrrin aurait bien voulu monter YAfricaiiic^ mais il n'avait pas dans sa compagnie le personnel qui lui aurait permis de donner à la représentation de ce clief-d'œuvre toute la splendeur désirable. Quatre artistes seuls lui paraissaient particulièrement désignés pour les principaux rôles : MM. Faure, Naudin, M"° Hattu et M'"' Marie Sasse. Cette dornièro appartenait à l'Opéra; mais Faure, Naudin et M"' l)allu dépendaient de M. Frederick Gye, le directeur de Covent Garden. Entre
M. Perrin et M. Frederick Gye, il y avait eu de longs pourparlers qui n'avaient pas abouti ; M. Gye était, comme son confrère de Paris, un administrateur remarquable. 11 avait besoin de ses pensionnaires pour la saison de Londres et ne voulait pas s'en séparer à moins d'une indemnité de 250000 francs,
La somme était excessive, et M. Perrin conta son embarras à Strakoscb qui >'offrit à être l'intermédiaire entre les deux directeurs de Paris et de Londres, ce qu'accepta M. Perrin avec empressement.
M. Frederick Gye était un peu bourru, mais on pouvait raisonner avec lui. Lorsque Strakoscb le vil, il élait eu (rain de boucler sa valise, car il partait le soir même pour Londres. Aux ouvertures de Strakoscb. il répondit que 250 000 francs ne payeraient pas la perte que lui ferait éprouver le départ des trois artistes et ([ue M. Perrin n'avait pas à s'imaginer que lui, Gye, élait disposé à se sacrilier en sa faveur.
242 SOUVENUES î) UN IMPRESARIO.
Lorsque hi Iciiipùle fiiL apaisée, Strnkoseh fil observera M. Frederick. Gyeque sa demande était excessive, et en fin de compte, lui proposa 100 000 francs. F/empereur tenait beaucoup h la représentation de VAfiiraine sous son règne; M. Perrin alla lui soumettre les dernières concessions que Strakosch avait pu obtenir de Gye.
Napoléon llï ordonna immédiatement de compter les 100 000 francs que Strakosch porta sans délai à Frederick Gye. La négociation n'avait pas duré plus de vingtquatre heures; et le soir même du jour où elle fut terminée, au foyer de l'Opéra était affichée la première répétition de V Africaine. Il est inutile de rappeler le triomphe de Faure dans le rôle de Nélusko, — ce rôle repris ensuite avec une puissance égale par M. Lassalle — et de M""" Marie Sasse dans celui de Sélika.
M"® Marie Battu et M. Naudin ])artagèrent le triomphe avec ces deux grands artistes.
En Italie, Verdi est le digne successeur de Rossini, de Bellini et de Donizetti; ses commencements ne furent pas heureux.
Oberto, conte dï San Bonifacio, obtint seulement un succès relatif. En conséquence, il advint que les directeurs n'étaient pas disposés à faire jouer Xabucco, pour la représentation duquel un des amis de Verdi fut obligé de payer le montant des frais.
Ce fut pour la Frezzolini que Verdi composa I Lomhardi et Jeanne cfArc. Le talent de la cantatrice ne contribua pas peu à assurer le succès du musicien.
Guillaume Teii à Paris, le Barbier à Rome, Xoruia à la Scala, avaient été plus que froidement accueillis par le public ; à Venise, en 1853, la Traciata éprouva un sort identique : les interprètes étaient M"'^ Donatelli. MM. (iraziani et Varesi.
La DoiKitclli était une des causes de cet insuccès relatif: sa cor|)ulence ne pouvait donner aucune illusion, les spectateurs ne
poiiviiicnl pas s'iina«;inei" (juc^llo putnioiirir <le la poitrine. Ce fui M'"" Strepponi, si notre mémoire nous sert bien, qui reprit rœuvrc de Verdi, et le maître linit par épouser celle (pii avait si bien su traduire et taire compi'endre le i^énie de ce ebef lie l'école moderne italienne.
11 serait impossible de nier la [)art j)rise par la musique de Verdi sur les destinées de son pays; elle a très certainement hâté cette unité italienne et, par une coïncidence assez étrange, les lettres composant le mot Verdi sont les premières de la formule servant à saluer le roi d'Italie :
Vittorio Emmanuele Re D'Italia.
PoNCHiELLi, une des gloires de l'Italie, est malheureusement mort récemment.
Ses opéras Giocomla et Promessl Sposi, comme aussi / IJthuani sont acceptés comme des œuvres de premier ordre.
HoïTO, après avoir composé Mefistof(dc', sujet qu'il était liaidi d'aborder
après GoLinod et qui a été représenté avec un immense succès partout en Italie comme aussi dans les principales capitales d'Europe et d'Amérique, s'est obstiné à refuser à tous les directeurs son nouvel opéra Néronc, dont la valeur musicale est égale, dit-on, à celle de Mefi^tofele.
Il a cependant écrit le livret ^Othello, cet opéra de Verdi attendu avec tant d'impatience.
Maxclxelli représente l'avenir de l'école italienne. Son Isolda di Provença, qui a été joué à Naples et à Bologne, indique un talent sérieux.
Le prince Po.matowski, descendant des rois de Pologne, était non seulement compositeur, mais encore ténor. Au reste, tous les membres de la i'amille Poniatowski étaient des artistes, et, sans le secours d'étrangers, ils auraient pu clianter entre eux tous les opéras.
Après avoir liérité de millions , aj)rès
2*6 SOUVEMI{S D UxN IMPRESARIO.
avoir élé créé sénateur, le prince l^onialowski, qui ne savait pas compter, était ruiné h la chute du second Empire. 11 fut contraint, par les événements politiques, de se réfugier à Londres où il est mort. Il gagnait sa vie en donnant des leçons de chant, mais les revers de fortune n'avaient en rien altéré ni sa gaîté ni son amahilité devenues proverbiales.
Paolo TosTi, professeur de chant de la reine d'Angleterre et de la princesse Béatrice, est un compositeur de romances, genre charmant dans lequel il excelle. Il s'approche de Schubert.
A nommer encore : Petrella, dont l'opéra Biff/ Blas a obtenu un si grand succès, et qui a une popularité si méritée; Ciiulio Alary, compositeur de haute valeur et excellent maître de chant; Uotoli, L)enza et Lucan toni, qui suivent la voie de Tosti.
ll.i'iKlel, \)[\v ses oratorios dans lesquels
éclate la foi religieuse, n*a pas eu moins d'influence sur l'Angleterre que Wagner n'en a eu sur rAllemagne et Verdi sur l'Italie. Le royaume de la Grande-Bretagne est peut-être celui où le goût des oratorios est le plus développé et nous pouvons dire que nulle part ces œuvres ne sont mieux rendues ni mieux appréciées. Les festivals de Birmingham, de XorMich, Hereford, etc., ont une réputation universelle autant que méritée.
Sans être à la hauteur des écoles musicales françaises, italiennes ou allemandes, l'école musicale anglaise n'est pourtant pas sans une sérieuse valeur et depuis quelques années ses progrès sont même considérables.
Le compositeur anglais ayanl eu, on son temps, le plus de célébrité est Michael William Balfe, lequel, entre parenthèse, était Irlandais, puisqu'il est né à Dublin le 15 mai J808. Longtemps Italie a été .regardé comme le seul représentant de
248 SOUVENIRS 1)'UN IMPUESARIO.
Tiirt l\ri([ii(* en Aii<;le((M'i'('. Sa j)iècc la Bahhiùvmie (la Zinf/ara v\\ ilalion) lui a valu une li'ès grande j)o|)ularilé. Le Puils (Fa)noui\ les Quaire fUs' Aijnvni, et Y Etoile (le Sévi Ile onl ta il connaître Balfe en France, où jus(|u'à lui les compositeurs anglais étaient tenus en mince estime.
Halfe avait commencé par être chanteur; il débuta à Paris en 1829, sous la direction de Hossini. Il avait aux Italiens pour camarades M'^'^' Malibran et Soiitag. En 183G, il écrivit la Fiancée d'Artois pour cette pauvre Malibran qui mourait une année plus tard. Dans l'opéra de Fahtajf) re|)résenté à lier Majesty's Théâtre, les interprètes étaient: Grisi, Alberla//.i, Hubini, Tamburini et Lablache. Balfe écrivit encore le Talisman pour INilsson, dont sa veuve est restée Tintime amie.
Hien qu'Anglais ou plutôt Irlandais, Balle n'appai'lient pas réellement à l'école anglaise : ses études musicales commen-
(tèrent à Rome et se terminèrent à Milan ; en outre, jusqu'en 1864, il habita peu l'Aniileterre, où il est mort, laissant peu ou point de fortune.
Wallace fut un moment le rival de Balfe. Ses opéras de Liirline et de Maiitana jouissent d'une célébrité bien méritée.
Sir Julius Benedict n'est pas plus Anglais que sir Michaël Costa. Le premier est né à Stutt^^ard et le second à Naples, mais tous deux sont classés parmi les compositeurs anglais. Tous deux ont d'ailleurs reçu leurs lettres de nol)lesse de la main de la reine d' Angleterre.
Sir Julius Benedict, dont le Lj/s dr Killarneij est l'œuvre dramatique la plus connue, était la ])ienveillance même, et pendant toute sa vie il s'est constitué le protecteur des jeunes artistes (pii venaient en Angleterre solliciter son aj)pui.
Sir Michaël (losla, dont l'opéi-a Malek- Adel fut rcqu'ésenlé au Théâtre [talien de
250 SOrVEMUS D UN IMPRESARIO.
Piiris en 1837, avait des manières et surtout des loï'nies moins aimables que celles de sir .Iulius Benedict. Chel' d'oicliestre d'une grande supériorité, sir Costa à son pupitre était d'une extrême sévérité. Les plus brillantes étoiles aussi bien que les simples instrumentistes tremblaient devant lui.
Sir Sterndalc Bennett, élève de Mendelssohn, est, comme Georges Macfarren, bien véritablement Anglais. Sterndale Bennett n'aimait que la musique classique et n'affectionnait que les compositeurs allemands. 11 a laissé des symphonies et des concertos très remarquables.
Georges Macfarren, quoique aveugle, est resté le directeur du Royal Academy. C'est un érudit et un compositeur hors ligne, ayant une très grande réputation de bonté.
L'histoire de sir Artliur Sullivan, le compositeur le plus populaire que, probablement , l'Angleterre ait jamais produit, serait trop longue dans ses détails. Ses opérettes,
qui jouissent d'une vogue sans égale, composent sinon son plus beau bagage musical, tout au moins celui qui est le plus fructueux. Il a cependant composé plusieurs oratorios et cantates qui le mettent à un des premiers rangs parmi les musiciens contemporains. Sir Arthur Sullivan est l'ami intime des princes de Galles dont il a justifié la protection par son talent.
Après sir Arthur Sullivan , la nouvelle école anglaise peut être fière de M. Mag- KENSiE, un Ecossais qui, depuis deux ans, ])ar son opéra de Colomba et son oratorio la Rose de Sharon exécuté au festival de Norwich, a gagné la faveur du public.
M. GoRiNG Thomas fournira une belle carrière. Son dernier opéra JSadeshda est ])lein de promesses pour l'avenir. Il on est de môme de M. F. Cowen dont la cantate Slcepinr/ Beauty, la Belle au bois donnant, a été pi-oduite avec grand succès au (estival de Birmingham.
2o2 SOL'VEMUS 1)1 N I M IM{ KSA H I ().
M. IÎANDEr.(.Eiî, (|ui osl un ])aiiail ^ciill(Miiaii, m inùine lenips (junn cxcolleiil chef (rorchcstre cl inaîlic de clianl, et qui a coinposé des œuvres ravissantes de tout ^enre, est Italien et né à Trieste; mais, comme sir Julius Henedict et sir Michaël Costa, il a choisi comme patrie d'adoption le Royaume-Lni et il Tlionore.
M. CusiNS, directeur de la musique delà Reine, est un musicien hors ligne; il a une tâche assez diftîcilc h remplir, car c'est lui (jui est chargé d'organiser tous les concerts royaux. Son goût, sa science et son alTahilité sont universellement reconnus.
Ainsi qu'on peut le remarquer, l'Angleterre avance à grands pas dans la voie artistique qui a été longtemps négligée. I"]I1(> y occupera certainement et à href délai un des premiers rangs.
Le nom de Hieliard Wagner est tellement [)uissant en Allemagne qu'il écli|)se
tous les autres. A Tlieure présente, Wagner paraît être le seul des compositeurs d'opéras allemands à l'exception de Goldemark, qui a composé la Reine de Saba, qui a été produilc dans toute l'Allemagno et même en Italie avec un succès éclatant, et Nessler qui, dans ces derniers temps, jouit d'une popularité extraordinaire. Tous les autres s'effacent devant le génie de Wagner, lequel dans l'amour et l'admiration nationale a pour seul rival le vieil Em|)ereur d'Allemagne.
On a beaucoup et souvent reproché à Wagner sa haine pour la France; sans chercher à justifier celte haine, Maurice Strakosch re\[)lique assez logiquement. Le maître allemand n'a jamais pu oublier les souffrances qu'il a endurées à Paris lorsque, pour vivre, il était obligé de réduire [)Our le piano hi |)ai'tition de la Favorite dt^ Donizetti; et de phis il lui a tallu ajouter au souvenir de ces souffrances matérielles
celui plus pénible des douloiirs morales. Le peu[)le lo plus spii'ilucl de la Icrre non seulement siflla le piemier opéra de Richard Wagner, mais il n'eut pas assez de railleries pour l'auteur d'un ouvrage qu'il ne comprenait pas et ne cherchait pas à comprendre. Les blessures d'amourpropre ne se cicatrisent jamais; celles de Wagner saignaient encore lorsqu'il écrivit son pamphlet détestable a|)rès les désastres affreux de 1870; mais le temps fera son <ruvre ; les fautes de l'homme disparaîlronl , le génie du musicien demeurera dans toute sa gloire que n'obscurcira pas l'expression ridicule d'une colère motivée, on ne saurait le nier.
En Uussie, Hubinsïein, dont nous avons parlé plus haut, Glinka, mort aujourd'Juii, ef dont l'opéra populaire, la Vie pour le t'zai\ entrelient les généreux sentiments du pays j)Our son souverain, est un mu-
LES COMPOSITEURS. Soo
sicien dont les productions ne seraient déplacées nulle part. M. Strakosch avoue que, n'ayantjamais été en Russie, il ne connaît pas les œuvres de la nouvelle école russe, que l'on dit très remarquables. Du reste, l'amour pour la musique, en ces dernières années, n'a pas produit seulement des compositeurs et des instrumentistes hors ligne, mais aussi des chanteurs et des amateurs très remarquables : ainsi, • M'" Joséphine de Ueszké, la brillante chanteuse dramatique, sœur des frères de Reszké, ces excellents artistes qui font en ce moment les délices du public de l'Opéra, et qui, à la suitci d'un très brillant mariage, a, malheureusement pour l'îirt, quitté la scène. M"" de Belocca prend place parmi les premiers contralti de l'Opéra Italien et .M'"''de iJenardaky par sa beauti'^ él)h)uissante, sa voix (it son excellente méthode, serait j)roclamée une des (hvas les phis fêtées, le jour où elle aborderait la scène.
21)6 SorVKNlIlS I) IN IMPHESAHIO.
La Scandinavie possède anssi des coniposileurs (rès éniincnts, lels que Niels (iADK, IIalstrom, Svensen et Edward CiHn':G, qui est peut-être le com})Ositeur le plus original de TKurope.
On ne peut guère parler des compositeurs sans dire (juelques mots d'hommes qui, dans un rôle modeste, rendent cependant à Tari des services importants.
Les éditeurs de musi([ue ne sont pas des négociants ordinaires, et il serait injuste de ne pas avouer que bien des auteurs ne seraient sans doute pas parvenus promptement à la renommée, s'ils n'avaient été aidés par les Brandus, les Heugel, les Choudens, les Hartman, de Paris, les Hicordi et M""" Giovannina Lucca, de Milan.
Meyerbeer traitait avec les frères Rrandus qu'il considérait comme des amis et qui ont édité tous ses ouvrages en France. Gounod a pour éditeur Choudens qui aurait
dû faire bâtir la villa Faust comme Ricordi, l'éditeur de Verdi, a fait construire en Italie la villa Trovatore.
M. Heugel, qui a fondé à Paris la maison qui porte son nom et le Ménestrel, journal musical français le plus éclairé et le plus lu, était un artiste avant d'être un commerçant ; c'était bien le plus aimable des éditeurs et le plus charmant des hommes. Son fils, M. H. Heugel;, qui lui a succédé, continue les traditions paternelles; il est l'éditeur et l'ami d'Ambroise Thomas, de Léo Delibes et de Taure ; les jeunes auteurs trouvent chez lui, comme chez M. Choudens l'éditeur de Gounod, M. Hartman l'éditeur deMassenetet M. Grus l'éditeur de Salvayre, des encouragements, un appui qui souventleurfacilile des travaux dontles commencements sont [)resque toujours liérissés d'obstacles (jui sorniiMit invincibles sans le secours de ceux au\(juels il nous a paru convenal)le de reiuh*e la justice qui leur est due.