‹ Souvenirs d'un médecinChapitre 2 sur 5 · AYANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AYANT-PROPOS

Je ne sais s'il est une profession qui offre à l' observateur plus de ressources, au philosophe plus de sujets d'observation, à l'ami de ses semblables plus d'objets de méditation douloureuse, que la profession de médecin. A ses yeux se déroule l'histoire secrète de l'homme. La douleur, grande révélatrice, arrache pour lui tous les voiles dont la civilisation nous décore et nous enveloppe. La voix plaintive de l'humanité souffrante ne dissimule rien ; c'est elle que le médecin écoute et interprète. Toutes nqg douleurs lui sont connues. Héroïsme secret ; prodiges de constance et de résignation; manifestations du caractère humain ; combinaisons de toutes les angoisses physiques, alliées aux peines de l'âme; scènes de la vie privée, malheurs nés de nos fautes, erreurs engendrées par nos infortunes ; rien de ce que notre destinée a d'intime n'est ignoré du médecin.

Toutes les autres professions ont donné leurs mémoires : on connaît la vie des camps et celle des palais. Aucun médecin n'a osé dire au monde une partie de ce qu'il a vu. La richesse et la profondeur de celte mine que l'on n'a pas explorée semblent effrayer ceux qui pourraient, tirer parti de ses trésors.

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