TRAPANI. LES ILES FAVIGNANA
SOMMAIRE
Voyage par terre juaqu*! Trapani. — Ancienne splendeur de cette ville. -^ Les colombes de Vénus Érycine ; les femmes de San-Juliano. — Départ pour les Iles Favignana. — Accueil empressé. — Structure géologi^pw des lies. — Culture et industrie. — Pèche du thon à la tonnara, — Études sur la circulation. — Indépendance des fonctions. — Perfectionnement progressif des organismes. -« Phlébentérisme. — Traranx de M. Edwards et les miens. — Vire opposition que ces Iravaux soulèvent avant d'être acceptés. — Applications. — Conséquence générale.
La pluie, le froid et le vent qui avaient accueilli à Santo- Vito la Sainte-Rosalie et son équipage continuaient. Le travail nous était presque impossible dans ces chambres dépourvues de châssis vitrés. Les explorations le long des rochers sans cesse lavés par les vagues devenaient chaque jour plus difficiles et moins fructueuses. I. 23
11 fallut songer à un nouveau déménagement. Cette fois, nous prîmes la voie de terre, et, tandis que notre embarcation, sous les ordres de Perone, luttait contre les bourrasques de Touest, nous suivîmes un sentier qui, frayé par les pieds des mulets, serpente le long de la côte, sans cesse pressé entre les derniers talus de montagnes escarpées et la mer, dont il ne s'écarte que pour franchir, à travers des landes incultes, les pointes trop avancées. Quelques heures nous sufBrent pour gagner la langue de terre sablonneuse à l'extrémité de laquelle s'élève Trapani ; mais l'allure heurtée de nos montures et la construction vicieuse de Tappareil informe qui leur tenait Heu de selle semblaient avoir allongé le trajet. Aussi, à notre arrivée, prlmes-uous possession des lits peu moelleux de VAUergo di Napoli avec un sentiment de jouissance intime, facile à comprendre pour quiconque aura, comoie nous, trotté toute la journée suf le dos d'un mulet sicilien ou dornû pendant un mois entre une planche et une cape de matelot.
Placée à Textrëme pointe occidentale de lu Sicile et possédant un assez bon port de mer, Trapani, avec sa population de trente mille âmes, jouit encore d'une certaine importance. Toute<^
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fois on voit sans peine que cette YiUe a connu des jours meilleurs. Ici, comme dans toutes les cités de Touest que nous avons visitées, se montrent les vestiges attristants d'une splendeur qu'a remplacée la misère ; de grandes et larges rues où rherbe croit en liberté ; des palais en ruine qui abritent à peine quelques mendiants. Trapaniest riche en contrastes de ce genre entre le passé et le présent. Nous avons remarqué sur-* tout le palais élevé par Guillaume de Porcelets, qui, seul de tous les nobles français, fut épargné lors des Vêpres siciliennes (128). Les murs en sont couverts de sculptures, du pavé jusqu'au blte ; partout les trophées et les statues se près-* sent autour des armoiries de cette fiëre famille, qui portait un porc en champ et un aigle en chef. Eh bien ! de cette demeure princière, la seule partie aujourd'hui habitée est le rez-de-chaussée qui sert d'étable.
Bâtie sur remplacement de Tantique Drepa^ ntim, Trapani n'a pourtant conservé aucune ruine grecque, carthaginoise ou romaine. Le temple de Vénus, qui s'élevait à une lieue de la ville, sur le sommet du mont Eryx, a été, lui aussi, successivement remplacé par une forteresse sarrasine et par le couvent de San-Juliano ; mais, si
les œuvres de rhomme ont disparu de ce coin du globe où se heurtèrent les plus puissantes nations des siècles passés, la nature est restée la même. En face du port s'élève toujours le rocher décrit par Virgile, et qui servit de buta la course de vaisseaux dans les jeux funèbres célébrés en rhonneur d'Anchise. Ce rocher est appelé Ca^ lombara, et, comme au temps de Vénus Érycine, il sert encore de rendez-vous aux palombes du voisinage, lors de leurs migrations annuelles. Ces oiseaux, que le zèle des néophytes chrétiens tenta vainement de proscrire, ont conservé leurs anciennes habitudes, et, bravant aujourd'hui le fusil des chasseurs comme ils avaient, au moyen âge, bravé les foudres de Texcommunication, ils viennent, tous les ans, nicher dans les grottes et parmi les rochers du rivage.
Au reste, on dirait qu'en dépit du saint qui a renversé ses autels, la déesse de la beauté répand encore ses faveurs sur cette terre qui lui fut consacrée. Les femmes du village de San-* Juliano, bâti sur l'ancien mont Eryx, passent pour les plus belles de la Sicile. En admettant que ce fait soit vrai, on en trouverait peut-être une explication toute naturelle dans cette transmission des caractères de race à laquelle l'homme
est soumis aussi bien que les animaux. Le temple de Vénus Érycine n'avait pour prêtresses que des jeunes filles choisies avec soin dans toute l'étendue de la Grèce, de la Sicile et de Fltalie. Ces prêtresses n'étaient pas des vestales. Pendant des siècles, les populations voisines ont dû se retremper à cette source d'élite. Il est impossible que cette circonstance soit restée sans infkience sur leur développement physique, et peut-être est-il permis de penser que la supériorité des femmes de San-Juliano atteste encore de nos jours la puissance de cette action par une empreinte gracieuse que le temps n'a pu effacer.
Un désappointement pareil à celui que nous avions éprouvé à Gastellamare nous attendait à Trapani. Un coup d*œil nous apprit que nous n'avions rien à espérer des roches acores qu'on rencontre au nord de la ville, et moins encore peut-être des immenses marais salins en pleine exploitation qui s'étendent au midi. Sans hésiter, nous résolûmes de pousser plus loin. Les anciennes îles iEgades, aujourd'hui lies Favignana, se montraient à trois lieues de nous, et grâce à la transparence de l'atmosphère, nous apercevions àTœil nu les rochers, les découpures profondes u 23.
indiquées sur nos cartes. Ce petit archipel semblait devoir noHs offrir toutes les conditions favorables à nos travaux. Une reconnaissance rapide confirma ces conjectures, et ïa Sainie^-Roêalie iiyant enfin gagné Trapani, nous partîmes pleins d'espoir pour cette nouvelle station.
Placées tout à fait en dehors des routes ordi* naires et presque entièrement dépourvues de commerce^ les Iles Favignanasont très rarement visitées par les étrangers. A peine quelque Anglais, marchand de vins, s'y montre4-il de loin en loin-, de mémoire d'homme on ne se rappelait pas d'y avoir vu un Français. On comprend dès lors la sensation qu'avaient dû produire les lettres du duc de Serra di Falco et du duc de Cacamo^ annonçant l'arrivée de trois naturalistes de cette nation et les recommandant aux autorités. Aussi, lors de la courte excursion nécessaire pour reconnaître les localités, avais-*je été accueilli avec un remarquable empressement. Il signor Gaspardo, chef de la santé^ était venu me recevoir en grande cérémonie. Son père, il signor Bartholini, un des principaux notables , m'avait libéralement hébergé* Enfin le commandant du fort Sainte- Catherine, il signor di Georgio, avait mis à la disposition des
êcienziati franeese sa maison de campagne, pla^ cée sur le bord de la mer, à une lieue environ du village.
Nous vînmes prendre terre dans une petite anse creusée en face de notre future résidence, et trouvâmes un monde d'ouvriers occupés à rendre celle-ci digne de nous recevoir. On crépissait les murs, on renouvelait les couches de chaux blanche servant de tapisserie aux trois chambres dont se composait Fappar tentent* La commandante, debout au milieu de trois ou quatre servantes, jetait elle-même Teau à pleins seaux sur les briques assez mal jointes du par« quet, que ses aides frottaient à tour de bras. Notre arrivée soudaine produisit Teffet d^une pierre jetée dans une fourmilière : des cris, de» exclamations, des excuses sur ce qu'on n'était pas prêt, partirent de tous côtés. La signora s'élança sur un une, et, deux heures après, sa monture nous revint chargée de matelas, de draps, de coussins. Une batterie de cuisine complète et un diner tout préparé accompagnaient cet envoi, que nous accueillîmes avec un plaisir facile a comprendre. Dans l'intervalle nous avions commencé à débarquer instruments et bocaux, parés du rivage par un grand enclos, nous
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avions un assez long détour à faire pour arriver à notre barque. Le commandant comprit de luimême que ce pouvait être pour nous un véritable inconvénient, et fit aussitôt abattre un pan de mur pour nous ouvrir un passage direct à travers sa vigne. Ce n^était, il est vrai, qu^un mur de pierres sèches qu^on rétablissait tant bien que mal chaque soir; mais combien trouverait-on parmi nous de propriétaires disposés à agir ainsi pour épargner à un hôte la peine de faire quelques pas de plus ?
n ne faut pourtant pas croire que cette façon d'agir si large, si seigneuriale en apparence, fût complètement désintéressée. Si les Siciliens à qui nous avions affaire se mettaient à notre disposition per l'onore, ils comptaient bien un peu sur le complimento. Dans ces contrées où sont encore loin d'avoir pénétré tous les usages de la civilisation moderne, où Ton ne rencontre pas même \esposadas espagnoles, l'étranger reçoit, il est vrai, l'hospitalité antique, mais avec son échange de présents. Celui qui accueille compte sur du retour, et trouve fort mauvais que, sous ce rapport, on manque aux usages reçus. Nous eûmes occasion de reconnaître ce faite notre départ de Favignana. Croyant voya-
ger en Sicile à peu près comme en France, nous n'avions pas emporté d'objets propres à être offerts en souvenir. A la Torre, à Castellamare, nous nous étions tirés d'affaire avec de Targent, qui avait été parfaitement^ reçu du padre Antonino et de Tami d'Artese ; mais nous n'aurions pas osé traiter de la même manière les signori de Favignana. Nous les quittâmes donc après des remercîments purement verbaux, et, au moment des adieux, le commandant di Georgio ne cacha nullement la mauvaise humeur qu'il éprouvait à voir notre reconnaissance s'exprimer par de simples paroles. Il a pu reconnaître depuis que nous n'étions ni oublieux ni ingrats.
Quoi qu'il en soit, grâce à Thospitalité favignanaise, nous fûmes promptement en mesure de commencer nos recherches dans ce petit archipel des ^gades, qu'aucun zoologiste n'avait encore visité. Le champ ouvert à nos explorations se composait de quelques roches nues formant autant d'îlots, et de trois lies principales, Favignana, Levanzo et Maretimo. Nous crûmes inutile d'étendre nos excursions jusqu'à ces deux dernières. Maretimo était trop éloignée, et quant à Levanzo, entièrement formée d'un calcaire
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crayeux très dur qui s'élève en montagnes abruptes, elle est complètement dépourvue de végétation et ne peut nourrir beaucoup d'espèces terrestres. Nous connaissions d'ailleurs trop bien la roche dont je viens de parler ; elle s'était toujours montrée à nous accompagnée de Caryo* phylliea, et j'ai dit plus haut que la présence de ces Polypes annonce une grande pauvreté zoolo* gique sous tous les autres rapports. Nous laissâmes donc de côté ces îles, dont l'une est entièrement déserte, et dont l'autre n'a pour habitants que la garnison d'un petit fort et les employés de son télégraphe.
D'ailleurs, Favignana suffisait à elle seule pour employer tous nos instants. Bien plus grande que ses deux sœurs, Car elle a près de sept lieues de tour, elle présente une certaine variété dans sa constitution géologique. Sa partie centrale est entièrement occupée par un massif de montagnes semblables à celles de Levanzo, hautes de mille à douée cents pieds, et dont le point culminant est occupé par le fort Sainte- Catherine, prison d'État qui, dans les diverses révolutions de Naples, a conquis une triste célé-^ brité. Mais à l'est et à l'ouest de l'île, le calcaire crayeux est recouvert par une roche très diffé*
rente, appelée par les géologues eaUw$ iê Pahrmi. Tendre et friable, cette dernière est presque entièrement composée de fossiles d*anû maux inférieurs. L'œil nu ou armé de la loupe y reconnaît une incroyable variété de ZoophyteSi un nombre infini d'Épongés et de Polypiers d'espèces différentes. Un pied cube de cette pierre donnerait parfois à lui seul toute une collection, et, si la mer avec ses populations vivantes n'eût appelé toute notre activité, nous eussions certainement re« cueilli bien des échantillons oflVant un intérêt réel.
Au milieu de ces fossiles généralement fort petits, presque microscopiques, et appartenant tous aux derniers représentants de Tanimalité, se trouvent disséminées des têts d'Oursins ou d'Étoiles de mer, quelques coquilles d'Huttres et de Peignes, animaux a la fois plus élevés dans récbelle des êtres et présentant des dimensions beaucoup plus considérables; mais ces Rayonnes supérieurs ou ces MoUus^jucs n'entrent que pour une faible part dans la composition de la roche. Sous ce rapport, le calcaire de Favignana oilre la répétition d'un fait général et des plus remarquables. En interrogeantlcs restes ensevelis dans
les couches du globe pour retrouver les traces de son passé, on ne tarde pas à reconnaître que rimportance du rôle géologique joué à sa surface par les animaux varie, pour ainsi dire, en raison inverse de leur taille et de leur degré d'organisation. Les animaux supérieurs, ceux chez lesquels la machine animale avait acquis son plus haut degré de perfection, n'ont laissé que de faibles traces. On n'a encore trouvé que trois ou quatre débris d'ossements appartenant à des Singes ; les Mastodontes (12A), les Éléphants, les Reptiles gigantesques eux-mêmes (126) , n'ont laissé que de rares squelettes dont la science est heureuse de retrouver çà et là des fragments isolés. Au contraire, les animaux inférieurs ont contribué puissamment à former l'écorce solide que nous habitons. Les coquilles entrent quelquefois pour plus de moitié dans la structure de certaines montagnes, et des couches entières sont composées uniquement d'Infusoires, de ces infiniment petits dont les carapaces disparaissent par centaines sous la pointe d^une aiguille. On voit que l'étude de ces êtres inférieurs, si importante pour le physiologiste et le zoologiste, n'offre pas au géologue de moins graves sujets de méditation.
La structure lèche et peu serrée du calcaire de Palerme permet aux eaux fluviales de s'y accumuler comme dans une sorte d*éponge et de fournir à la mince couche de terre qui recouvre la roche Fhumidité nécessaire pour combattre les plus longues sécheresses. Ces eaux, arrêtées par le calcaire compacte dont les assises servent de base à toute l'Ile, se réunissent en nappes souterraines, et alimentent bon nombre de puits ou de sources intarissables; aussi toute la culture de Tlle est-elle concentrée sur les points occupés par ce calcaire bienfaisant qui seul empêche Favignana de n'être, comme Levanzo, qu'un vaste écueil inhabitable.
La capitale de Favignana est placée à peu près au centre de Vile, au bord d'un petit havre qui pénètre profondément dans les terres. Elle se compose de trois à quatre cents maisons presque toutes proprement bâties, et compte environ trois mille habitants, qui nous ont paru jouir d'une aisance générale, inconnue dans les villages de la côte. Mais, si le bien-être règne parmi cette population isolée, elle nous a paru fort en arrière sous d'autres rapports, et nous avons retrouvé chez elle quelques habitudes qui rappellent singulièrement Venfance de la civilisa* I. 24
278 souvEmn» d'un MiTURiLrsTE.
lion. Je me contenterai d'en citer un exemple* Il n'y a point d*horloge publique à Favignana^ et, pour y suppléer, on n'a rien imaginé de mieux que de charger un homme d*en remplir les fonctions. Placé dans le donjon d'une des forteresses qui défendent le village, cet employé, pour avertir ses concitoyens de la marche du temps, frappe les heures sur une clodie avec un marteau. Un sablier lui sert d'indicateur. On comprend que cette machine animée doit se déranger facilement, et nous avons pu constater en effet plus d'une fois que, sous le rapport de la régularité, Thomme^horloge de Favignana est loin de valoir un chronomètre de Bréguet.
Le chiffre de U population favignanaise est presque doublé par celui de la garnison de troif forts, par celui des employés de la douane et de (a santé, et surtout par celui des condamnés qui habitent les fossés du fort San-^îtovannî. Très profonds et creusés entièrement dans le roc, aussi bien que les logements mêmes des prison** niers, ces fossés sont un véritable bagne, d*où toute évasion est presque impossible. La plupart des malheureux qu'ils renferment expient ou des meurtres ou des vok i main armée. Leur
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nombre, pendant notre séjour, était d'environ deux mille.
La culture de Favignana est peu variée, et les produits sont loin de suffire à l'entretien de ses habitants i Les terres voisines du bourg, qui en lorment la partie la plus fertile, sont générale-* ment occupées par des jardins où croissent de magnifiques orangers, des citronniers, des gre* nadiers (126), et où l'on recolle d'excellents légumes. Dans la portion orientale de THe, on rencontre quelques champs de blé; le reste est abandonné aux vignes et à quelques plantations de coctusi qui marquent, pour ainsi dire, les limites de la végétation. En troupeaux, l'Ile ne possède que quelques botes h cornes. Aussi, pour nourrir sa population, Favignana fait^ elle venir du dehors la viande, Vhuile et les céréales, qu*elle paie avec son vin. Entièrement dépourvue d'industrie, elle emprunte à plus forte raison à l'étranger bien des objets de luxe ou de première nécessité. A en juger par lea échantillons qui nous ont passé sous les yeux, la France et l'Angleterre se par* tagent l'approvisionnement de ce petit coin du globe, et toutes deux y sont en quelque sorte caractérisées par leurs produits. Tout ce qui a
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rapport aux besoins matériels de la vie est de fabrique anglaise : les couteaux, fourchettes et vaisselles de table portent presque toujours le mot London, Tout ce qui touche à l'élégance, tout ce qui réveille une idée, y vient de France et de Paris. Nous avons retrouvé sur les cheminées nos vases de porcelaine, sur les murs nos papiers peints, et partout nos gravures de la rue Saint -Jacques, partout Napoléon,ses maréchaux et ses batailles.
Les habitants de Favignana ne possèdent point les terres qu'ils cultivent -, ils n en sont en quelque sorte que les fermiers. L'archipel entier appartient en propriété à une noble famille génoise, aux Palavicini, qui visitent rarement ce fief maritime, et le gouvernent par l'intermédiaire d'un intendant. J'ignore ce que peuvent être les rentes reposant sur l'exploitation du sol ; mais elles ne sauraient être bien considérables, et probablement la majeure partie du revenu est fournie' par la mer. Les seigneurs de Favignana ont seuls droit de pèche dans un rayon assez étendu, à plus forte raison dans les eaux mêmes de l'archipel, et ces droits ont une grande valeur dans ces parages fréquentés par des bandes de Thons. On sait que ces Poissons
se montrent chaque année en nombre immense dans le voisinage de Gibraltar, puis semblent se diviser en deux colonnes, dont Tune suivrait les rivages d'Afrique, tandis que l'autre longerait les côtes d'Europe. Leur apparition successive dans diverses localités, leur disparition inexpli^ cable à l'approche du froid, ont longtemps fait croire à de véritables migrations, semblables à celles des oiseaux. Sous ce rapport, on rapprochait les Thons des Harengs et des Maquereaux, regardés aussi de tout temps comme des Poissons voyageurs; mais M. Valenciennes , conBrmant par des observations personnelles les doutes émis déjà sur ce point par Lacépède et Noël de la Morinière, a démontré que ces prétendus voyages n'existent pas. Ni les Thons ni les Harengs n'abandonnent leur contrée natale. Seu-^ lement, pendant l'hiver, ils vont chercher un abri contre le froid i des profondeurs que le filet ne peut atteindre, et lorsque le soleil a réchauffé la surface des mers, lorsque arrive pour eux le moment de la reproduction, ils abandonnent ces abîmes et viennent le long des côtes voisines déposer leurs œufs dans des eaux chaudes et peu profondes.
Quoi qu'il en soit« le Thon est pour les pa- I. 24.
282 80UVËNIR» d'un naturaliste.
rages qu^il fréquente une source de richesse. Frais, salé ou mariné, il est Vobjet d*un com*' merce qui chaque année remue des millions. Aussi rhomme lui a**tr*il fait de tout temps une guerre des plus acharnées. Artstote^ Pline, Athénée^ Oppien, nous ont transmis des détails sur les procédés de pèche employés par les an* ciens. Depuis lors, chaque siècle, chaque peuple semble avoir cherché à fournir son contingent d^inventions meurtrières. Le plus formidable moyen imaginé pour atteindre ce malheureux poisson est sans contredit la madraguû^ em*ployée, dit- on, pour la première fois, par les habitants de Martigues. Ce n^est plus ici seulement le hbourel des Bayonnais, ou le grand couple des Basques, lignes gigantesques qui portent des centaines d'appâts et que traînent des barques manœuvrées par huit ou dix hommes ; ce n'est pas non plus la courantille des Provençaux, espèce de seine de quinze cents à deux mille pieds de long, qu'on promène quelquefois sur un espace de deux ou trois lieues. La madrague est im véritable parc avec des allées de chasse aboutissant à un vaste labyrinthe composé de chambres qui s'ouvrent les unes dans les autre$^ et oonduisefit toutes è la chambre dç
moriy ou corpoUf placée à rextrémilé de la con'* strucUon. Pour enfermer cet enclos dont les murs ont quelquefois plus d'une lieue de développement, pour élever cet édifice, on emploie d'immenses filets lestés de pierres, soutenus par des 1 bouées de liége et amarrés avec des ancres, de
manière à résister pendant toute la belle saison aux plus violents coups de mer. On comprend que le matériel d'un pareil engin de pècbe doit être énorme. Aussi emploie- t-on un bateau a vapeur pour le transporter, chaque année, de Palerme à Favignana. Le bras de mer placé entre cette lie et Levanzo est très propre à rétablissement d'une (onnara, comme rappellent les Siciliens, et le droit de pèche, dans cette seule localité, est affermé 60,000 francs.
Dans les prenûers temps de notre séjour à la Torre deU'Isola, nous avions vu passer le navire chargé de la madrague de Favignana. Depuis ^ cette époque, on travaillait à rétablir ; elle ve-
I nait d'être achevée quand nous arrivâmes dans
Tile, et déjà quelques Thons avaient été vus dans les premières chambres. Nous désirions vivement assister à une de ces grandes pèches dont le tableau de Joseph Vernet peut donner une idée, et qui sont pour les habitants de ces con-
28A SOUVENIRS d'un naturaliste.
trées de véritables solennités. Les récits de nos marins, dont les yeux étincelaient au seul mot de tonnara, avaient encore accru ce désir, et le signor Bartholini se chargea de nous prévenir quand il serait temps. Nous reçûmes bientôt l'avis de nous tenir prêts. Des drapeaux avaient été arborés sur les points élevés de Tlle. C'étaient autant de signaux qui appelaient les pécheurs de la côte à se rendre à la tonnara. Pas un, je crois, ne manqua au rendez-vous. De Trapani à Mazara, toutes les barques se mirent en mouvement, et, au point du jour, la mer était couverte d'une nombreuse flottille dont les cent voiles latines, convergeant vers un même point, présentaient un coup d'œil des plus pittoresques. Bientôt la Sainte-Rosalie fut au milieu d'elles, et, grâce aux eflbrts de nos marins, dont la circonstance doublait les forces et l'activité, nous atteignîmes la madrague assez à temps pour suivre dans toutes ses péripéties le drame sanglant dont elle devait être le théâtre.
Si quelque lecteur trouve exagérées les expressions qui précèdent, qu'il vienne juger par lui-même, qu'il monte avec nous sur une de ces grandes barques dessinant au milieu de la mer une enceinte fermée, d'environ cent pieds carrés.
LES CdTKS DE SICILE. 285
— Cinq cent cinquante Thons, poussés de cham- bre en chambre par des portes qui se refer* niaient derrière eux, sont arrivés dans la der* nière, dans la chambre de mort. Celle--ci possède un plancher mobile, formé par un. filet que des cordages permettent de ramener du fond à la surface. Toute la nuit, on a travaillé à Pélever peu à peu, et maintenant chacun de ses bords repose sur un des côtés du carré formé par les barques. En face de nous se tient le propriétaire de la tonnara, entouré de son état-major et d'un groupe gracieux de dames venues de Pa* lerme pour assister au spectacle qui se prépare. A droite et i gauche, les deux barques princi-- pales portent Tarméedes pécheurs. Ces barques, entièrement vide set découvertes, attendent leur chargement. Seulement une longue poutre allant d*une extrémité à Tautre laisse entre elle et le bord une sorte de couloir étroit où se pressent deux cents marins accourus de vingt lieues à la ronde. Demi -nus, montrant leurs membres athlétiques couleur de cuivre rouge, ces hommes attendent, en frémissant d'impatience, le moment d'agir. Leurs yeux brillent sous leurs bonnets phrygiens de couleur brune ou écarlate ; leurs mains agitent les instruments
880 SOUVENIRS d'un N1TURAU8TE.
de mort, larges crochets aigus et tranchants, tantôt adaptés a de longues perches, tantôt placés au bout d'un manche court, massif^ et muni de profondes entailles pour offrir plus de prise à la main. Au milieu de Tenceinte, une petite yole toute noire, manœuvrée par deux rameurs, porte le chef de p^he. C'est lui qui commande la mameuvre, qui stimule les travailleurs et transporte des hommes d'un côté h Vautre, là ofi ii est besoin de renfort.
Cependant les cabestans placés aux extrémités du filet n'ont pas cessé de tourner, et le plancher mobile du cor|?ow s'élève d'autant. De plus en plus refoulés vers le haut, les Thons commencent à se montrer. Grâce à la transparence de Teau, On les voit parcourir en tous sens, avec une irrégularité inquiète, la vaste poche qui les enserre. Déjà quelques uns rasent la surface et s'élancent en bondissant. Malheur à ceux qui viennent à portée des barques ! Des mains de fer s'allongent aussitôt et enfoncent dans leurs flancs des griffes acérées. D'ordinaire les blessés échappent à ces premières attaques. Pleins de vie et de force, jouissant de toute la liberté de leurs mouvements dans ce bassin encore assez étendu, ils s'arrachent aux mains de leurs
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ennemis, Uiisant seiileinent au fer des crampons quelques lambeaux ensanglantés ; mais aux cris cadencés des matelots les cabestans tournent toujours, et le filet impitoyable monte de plus en plus. La yole du chef de pèche chasse les Thons vers les bords. Les blessures se multi^ plient, Déji quelque poisson, plus profondément alteintt a ralenti sa course, et de temps à autre montre s(m large ventre argenté, que raie un ruisseau de sang noirâtre. A chaque nouveau coup qu'il reçoit, sa résistance diminue. Bientôt il s'arrête un instant, et cet instant suffit : dix crampons s^enfoncent à la fois dans ses chairs, vingt brasse roidissent et le soulèvent au-dessus de Teau. En vain la peaurse déchire; le cram<# pon qui vient de lécher prise s'élève, retombe; s'enfonce de nouveau, et bientôt le malheureux animal est bissé jusque sur le bord. Aussi^ tôt deux t¥Hnmes le saisissent par ses grandes nageoires pectorales, le font glisser sur la foa* ire plaeée do^rrière eux et le laneent dans la cale«
Mais le filet mobile monte sans cesse, et U troupeau des Thons se découvre en entier. P/es<* ses les uni contre les autres, on voit ees namis» trueux poissons s'i'lancer avec désespoir eoativ
les parois flexibles du corpou^ montrer leur dos noir moucheté de larges taches jaunes, ou fendre la surface de Teau avec leurs grandes nageoires en croissant. Au milieu d^eux bondissent quelques espadons au long nez terminé en lame d^épée. Enivrés par le spectacle de la proie qui s^ offre a leurs coups, les marins frappent et plus vite et plus fort. La pèche devient alors une vraie boucherie. Dans cette foule serrée, on ne distingue plus les individus. Ce ne sont que tètes violemment agitées, que bras rougis qui s'élèvent et s'abaissent, que harpons qui se croisent et se heurtent. Tous les yeux étincelleitt , toutes les bouches poussent des cris de triomphe, des cla* meurs d'encouragement. Les eaux du corpou se teignent de sang. A chaque instant de nouveaux Thons tombent dans les cales; les morts, les mourants s'amoncellent, et les barques, bientôt insuffisantes, s'enfoncent sous leur charge demivivante.
Après deux heures de carnage, Tépuisement commence à se faire sentir ; les Thons devien* nent rares, et leurs ennemis auraient trop à attendre. Aussitôt une barque se détache, s'écarte de chaque côté de Tenceinte, et les deux principales se trouvent plus rapprochées de moitié.
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Les cabestans se remettent à jouer, et les pêcheurs impatients leur viennent en aide. Les mains s'enfoncent dans les mailles, les crochets aident les mains. Ces efforts, d'abord désordonnés, ne produisent pas grand résultat ; mais le sifflet du chef se fait entendre. Des chants cadencés s'élèvent : sous Tinfluence du rhythme, les mouvements se coordonnent, s'harmonisent^ et à. chaque cri le filet monte de quelques lignes. Bientôt il est presque à fleur d*eau; il est temps de se remettre à l'œuvre. La yole, jusque-là simple spectatrice, prend alors une part activée Vaction. Montée par quelques pécheurs d*éUte, elle poursuit les Thons dans Tespace étroit qui leur reste, les atteint avec de longs harpons et les pousse aux crochets des barques qui les enlèvent. Je dois le dire, ce spectacle, que nous avions désiré, nous laissa tristes et mécontents : cette tuerie nous avait péniblement affectés. Peut-être l'impression eùt-elle été différente si les pécheurs avaient eu l'ombre de danger à courir, si seule^ ment les Thons avaient pu rugir en se débattant; mais ces luttes si complètement inégales, ces agonies muettes où des mouvements convulsifs accusaient seuls les angoisses des victimes, nous avaient réellement impressionnés. Quant I. 25
a90 SOUVEnmft d'un HATURALmTE.
à nos matelots, ils étaient radieux. Pécheurs, ils tie pouvaient sentir et voir qu'en hommes de leur profession, et la pêche avait été superbe. En trois heures, on avait harponné cinq cent cinquante -quatre poissons , pesant environ 80 kilogrammes en moyenne. On savait d'ailleurs que les chambres de la madrague reîifer*^ maient encore près de quatre cents prisonniers. Le propriétaire pouvait donc compter, dès le début^e la campagne, sur environ 72,000 kilogrammes de chair de Thon représentant une va* teur d'au moins 48,000 francs. On voit que le loyer de la tonnam était bien près d*étrepayé. Une petite Ile oii une culture industrieuse dispute à la roche nue le moindre pouce de terre productive n'est guère propî*e à la muUiplica^ tion des espèces animales indépendantes. Aussi Favignana possède -t- elle presque exclusive^ ment celles que Thômme a su se soumettre, qui vivent à ses dépens, ou que leur insignifiance dérobe à ses poursuites» Ici comme partout, lé chien, le chat, habitent sa demeure, où trouvent également un abri le rat et la souris. Le bœuf, le cheval et 1 ane l'aident dans ses travaux. Il n'y a guère d'autres Mammifères. Quelques Be€s-8ns, quelques petits Oiseaux mangeurs de
us CÔTES DE SiClUZ. SOI
graines, voltigent dans les champs et dans les bosqu&ts d'orangers, tandis que de magnifiques faucons, autrefois très reclierchés pour la vénerie, planent sans cesse autour de rocliers inacces* sibles. Des Lézards, des Scinques, des Couleuvres noires, représentent la classe des Reptiles et se cacbent sous les pierres du rivage. Des Insectes bourdonnent dans les haies ou rampent au pied des buissons ; mais leurs espèces sont peu nom« breuses, et M. Blanchard eut bientôt réuni dans ses boites de nombreux représentants de chacune d'elles.
Si Tair et la terre se montraient ainsi pauvres en animaux dignes d'intérêt, la mer nous offrait d'amples compensations. Sous ce rapport, Favi* gnana avait répondu à toutes nos espérances ; mais aussi jamais côtes ne furent mieux dispo-^ sées pour les zoologistes. Sur plusieurs points de rUe, les deux roches dont nous avons parlé se joignaient k quelques pouces au*dessou8 du niveau de la mer, etcelle<-ci, usant le calcaire de Palerme, mettait à nu la pierre compacte dont les inégalités formaient autant de chambres, de petits bassins qu'on eût dit creusés de main d'homme. Ailleurs, la vague, pénétrant entre deux massifs trop durs pour être entamés.
s'ouvrait un passage dans les terres et creusait des espèces de grottes, tantôt protégées par une voûte, tantôt à découvert. Plusieurs de ces cavités nous présentèrent en petit le phénomène si connu de la grotte de Capri. Lorsque notre barque placée à l'ouverture interceptait les rayons directs, ceux-ci passaient sous sa quille^ se brisaient dans le cristal liquide qui faisait l'effet d'un prisme, et teignaient du plus bel azur les rochers et l'écume des vagues.
Nous retrouvions à Favignana presque tous les animaux que nous regrettions d'avoir perdus de vue depuis notre départ de la Torre. Seulement les Méduses et genres voisins, entraînés sans doute ailleurs par les courants, étaient ici beaucoup plus rares, et nous ne rencontrâmes guère que quelques Alcinoés (127), quelques grands Béroïdes et un nombre infini de Pelasgies. En revanche, les chambres, les bassins que je viens de décrire étaient riches en espèces côtières. Les Annélides surtout présentaient de nombreuses variétés. C'est à Favignana que M. Edwards trouva sa Myriane portant un chape-^ let de six individus réunis bout à bout, de telle sorte que le dernier de tous n'avait pour nourriture que des aliments digérés déjà parla mère
et par ses cinq frères ou sœurs. Ce fut aussi dans cette station que ce naturaliste commença sur le développement des Annélides un travail dont nous parlerons plus tard. M. Blanchard continuait ses recherches sur le système nerveux des Mollusques, et découvrait chaque jour quelque complication inattendue. Pour ma part, j^avais à profusion des Némertes et des Mollusques phlébentérés. On voit que nous ne manquions pas de besogne; aussi mettions -nous le temps à profit, et du matin au soir nos travaux n'étaient guère interrompus que par les rares visites de quelque Favignanais, curieux de vérifier par lui-même Fexactitude des bruits qui couraient sur la puis* sance merveilleuse de nos instruments.
Les études sur la circulation des Mollusques commencées à Favignana par M. Milne Edwards et continuées pendant tout le reste du voyage, les observations que des recherches nouvelles sur les Phlébentérés me conduisirent à faire relativement au même sujet, ont amené des dis* eussions très vives, et dont le retentissement s^est fait entendre parfois jusqu^au dehors des enceintes académiques. Les faits dont il s'agit touchaient à des questions beaucoup trop générales ; ils heurtaient trop d'idées reçues pour I. 25.
2M SOUVENIRS d'un NATURALISTE.
ètreaigément acceptés. Dans une e$pèce d'avantpropos placé en tète de l'exposé de ses recherches, M. Milne Edwards montra combien certains résultats, inexplicables au premier abord, devenaient faciles à comprendre lorsqu'on prenait pour guide le principe de la division du travail dont nous avons parlé ailleurs (128). De mon côté, je traitai dans bien des mémoires les questions qui se rattachent à cet ordre d*idées. De nombrwses recherches ne tardèrent pas à être entreprises et se poursuivent encore dans cette direction tant en France qu'à l'étranger, et les résultats n'ont pas tardé à confirmer chaque jour davantage les principes, ou, pour parler plus exactement, les tendances àe , cette école de zoologie physiologique qu'avait accueillie au début une violente opposition. Essayons de donner une idée générale de cet ensemble de faits et des conséquences qui en découlent.
On sait qu'une des principales différences qui séparent les corps bruts des êtres vivants consiste dans la nécessité où sont ces derniers de se nourrir. Une fois formé, le minéral, placé à l'abri d'actions extérieures, durera éternellement sans rien perdre, sans rien gagner. Dans le végétal, dans l'animal, une sorte de tourbillon in-
LES CÔTES BE StClLK. 2P6
cessant expulse continuellenient de l'oiganisme quelques uns des éléments qui en firent partie. Ces éléoients doivent être remplacés par d^autrès, et la nutrition n'a pas d'autre but. Quatre fonctions importantes, s'accompiîssant ellesmêmes i Taide de plusieurs fonctions secondaires, concourent à Taecomplissement de cet acte fondamental : ia digestion, qui prépare les aliinents; Vabsorptiop, qui sépare les parties inutiles, isole las principes essentiels et les fait pénétrer dans Torganisme ; ia circulation , qui transporta ceuK*ei dans tous les points ob leur . présence est nécessaire; la respiration, enfin, qm rend aux liquides nourriciers, altérés par 4eur séjour dans les organes, la puissance vivifiante qui les caractérise.
Chez Les animaux supérieurs, c'est-à-dire chez ceux où l'organisation atteint le degré le plus élevé de perCeetionnement, chacune de ces fonction^ s'accomplit à l'aide d^organcs particuliers. Les premiers naturalistes qui cherchèrent à s e rendre compte du mécanisme de la vie n'étu* diaientque ces organismes compliqués, et, vivement frappés du fait que nous venons d'indiquer, ils proclamèrent que toujours et partout la fonc iion est dépend/ante de Torgane; en d'autres
termes, que là où il n'existe pas d'instrument spécial pour raccomplissement d'une fonction, cette fonction ne peut exister. Quelque rationnel que puisse paraître ce principe, il n'en est pas moins une profonde erreur. Les faits sont là pour le démontrer. Aux derniers degrés de réchelle animale, on ne trouve plus d'organes distincts, et pourtant ces animaux se nourrissent^ c'est-à-dire qu'ils digèrent^ qu'ils absorbent^ qu'ils respirent^ et que des liquides réparateurs circulent dans tous leurs tissus.
Prenons pour exemple une de ces fTyrfr^* d'eau douce si communes aux environs de Paris, que Trembley fit le premier connaître, et auxquelles M. Laurent (129) a consacré deux années entières de travaux assidus. Cet animal ressemble à un doigt de gant dont l'orifice serait entouré de longs prolongements creux, flexibles et contractiles. Ce sont pour le Polype autant de bras qui lui servent à saisir les larves iet autres petits animaux aquatiques qui, introduits dans la cavité du corps, y sont promptement digérés. Choisissons le moment où il vient d'engloutir une de ces larves, et, agissant avec précaution, essayons de la lui arracher. Plutôt que de lâcher sa proie, le Polype se laissera retourner comme le doigt de
gant auquel nous le comparions tout àTheure Ce qui formait la peau extérieure deviendra une membrane tapissant la cavité digestive, et réci-proquement. Cependant Fanimal ne s'en portera pas plus mal ; il guettera, saisira et digérera sa proie tout comme auparavant. Allons plus loin. Coupons cette Hydre en vingt, trente morceaux : chacun de ces fragments continuera à se nourrir; il ne tardera pas à s'accroître, et, au bout de quelques jours, nous aurons vingt ou trente Hydres complètes, obtenues par ce procédé en apparence si brutal.
En présence de ces faits incontestables, il faut bien admettre que^ chez ces êtres simples, la fonction est indépendante de Torgane, c*est*àdire que chaque partie du corps est également propre à s'acquitter à la fois de tous les actes physiologiques ; mais il est évident en même temps que ces actes divers, se passant tous sur le même point, ne peuvent être exécutés avec autant de perfection que lorsque chacun d'eux résulte de l'action d'un instrument approprié. On comprend dès lors toute la valeur du principe développé, il y a plus de vingt ans, par M. Milne Edwards, et qu'on peut résumer en ces termes : le perfectionnement successif des organismes ^
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observé dans rensemble du règne animal, tient à la division de plus en pluB complète du travail fonctionnel (130).
Une étude sérieuse de la circulation, envisagée dans son ensemble, est très propre à démontrer tout ce que ce principe renferme de fécond, combien il se prête à la coordination de faits qui, au premier abord, peuvent paraître disparates,et quelquefois même opposés les uns aux autres. Cette fonction s'exécute, on le sait, chez les animaux supérieurs à Faide d'un appareil très compliqué, dont les principales parties ont reçu le nom de cœur, A'artires, de veinn, de vaweaux lymphaiiqueê et chylifires. Le coeur envoie parles artères, vers toutes les parties du corps, la sang, qui lui revient par les veines. Les vaisseaux lymphatiques amènent i ee centre circulatoire la lymphe , liquide transparent qui exsude, pour ainsi dire, de tous les organes, Les vaisseaux chylifères transportent au même endroit le chyle, produit immédiat de Tabsorption digestive. Ces liquides divers, emprisonnés dans de véritables tubes, suivent avec une admirable régularité, pendant toute la vie de ranimai, une voie invariablement déterminée. \[ n'en est pas de même chez les êtres inférieurs. Ici, comme
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rUydre vient de tiouft en montrer un etemplet la circulation est souvent confondue avec les autres fonctions de nutrition* Or^ on comprend qu^entre ces deux extrêmes il doit exister de nombreux intermédiaires*
La classe des Polypes elle-même nous offre d^ quelques perfectionnements. Ouvrons un de ces animaux qui, réunis par centaines sur une sorte de tige commune dont ils représentent les fleurs, produisent le coraiL Chez eux, la bouche est suivie d^une sorte de manchon suspendu dans la cavité du corps, et constituant un véritable estomac où pénètrent les aliments. Lorsque ceux-ci ont été suffisamment digérés, Tanimal rejette par la bouche les résidus les plus grossiers, et, ouvrant un orifice placé à l'autre extrémité du manchon, il ne laisse pénétrer dans l'intérieur que les parties propres à subvenir à son entrelien. Puis de cette cavité appartenant â chaque animal partent des canaux qui se pro* longent dans la partie commune du Polypier, communiquent avec des canaux semblables venant de tous les autres Polypes, et, grâce à cette disposition, la colonie en tière profite de la nourriture prise séparément par chaque individu.
Quelque chose de semblable existe chez cer^
SOO SOUVENIRâ D^UN NAtURÀLISTE.
laines Méduses. Il en est d'autres où le travail fonctionnel commence à se caractériser davantage. Ces animaux, avons-nous dit ailleurs, ressemblent a une cloche renversée. A l'endroit qu'occuperait le battant est placée la bouche servant d'entrée à Festomac. Dans les Lesueuria, cette première cavité est suivie d'une seconde où ne pénètre jamais la partie grossière des aliments. Les liquides que reçoit celle-ci sont portés vers la circonférence par un sy3tème de canaux, et reviennent au même point par d'autres conduits spéciaux. Ce mouvement rap-* pelle un peu celui du sang chez les Mammifères ; mais ici c'est l'estomac qui remplit les fonctions du cœur, et les mêmes canaux jouent le rôle d'intestins, d'artères et de veines.
Ces conduits d'ailleurs ne charrient pas un liquide particulier méritant le nom de sang* Ce n'est pas même du chyle proprement dit. L'eau dans laquelle vit l'animal pénètre, on pourrait presque dire accidentellement, dans son intérieur. En passant, elle se charge des substances digérées par l'estomac, et les entraine avec elle dans la cavité du corps qu'elles doivent nourrir. Puis, en sortant, cette même eau remporte pêlemêle les restes de ces substances et les éléments
dont Torganisme tend à se débarrasser. Chemin faisant, elle sert à la respiration tout autant qu'à la digestion et à la circulation. On le voit : tout ici est encore confondu, et cette confusion même explique l'imperfection évidente des animaux qu'on observe.
Il y a donc un très grand progrès accompli par le fait seul de l'isolement de ces fonctions, par Tapparition d'organes spécialement destinés à chacune d'elles *, mais la nature ne procède jamais par sauts ni par bonds, et ce perfection* nement ne se fait pas d'une manière brusque. La cavité digestive se complète, il est vrai, et, à partir de ce moment, on peut dire qu'il existe chez ranimai un liquide spécialement consacré à l'entretien des organes. Dès lors aussi une absorption préalable est nécessaire pour que les matériaux fournis par la digestion aillent se mêler à cette espèce de sang ; pourtant quelque temps encore la respiration s'effectuera à l'aide d'organes déjà existants ou de l'appareil digestif lui-même. Un très grand nombre d'Annélides respirentparlapeau seulement; plusieurs Crustacés n'ont d'autres branchies que leurs pattes. Dans les larves des grands Insectes, connus sous le nom de Demoiselles ou Libellules, on observe I. 26
un phénomène encore plus curieux. Chez elles^ Tintestin présente en arrière une dilatation co&«* sidérable. L^eau pénètre dans cette cavité et en est chassée au gré de TanimaL C^est \à qu^est Fappareil respiratoire. Il est facile de s'enassurer en tenant quelque temps une de ces larves hors de Teau, puis la remettant dans Félément pour lequel elle est faite. On la voit alors aspirer et repousser le liquide avec précipitation comme le fait un Mammifère essoufflé. Seule-^ ment, tandis que celui-ci respire par la bouche, la larve de Libellule respire par Fextrémité oppo^ sée du tube alimentaire.
La circulation surtout prés^te dans son dé** veloppement successif des variations presque infinies. Très souvait on la voit manquer complètement. Chez les derniers Annelés, chez les derniers Mollusques, on n^aperçoit aucune trace de vaisseaux. Les mouvements généraux de ranimai agitent en sens divers le liquide ren* fermé entre les parois du corps et l'intestin^ quelquefois des cils vibratiles disposés en écharpe ou en groupes déterminent des courants plus on moins irréguliers ; mais il n^existe ni cœur pour donner une impulsion déterminée^ ni artères pour distribuer le fluide nourricier â la surface
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du corps, ni veines pour !e ramener au centre de Torganisme. Dans ce cas, les distinctions de Mag artériel ou veineux, de lymphe ou de chyle, ne peuvent exister, et le liquide qui remplit tous les interstices organiques reçoit immédiatement sans aucun intermédiaire les produits de la digestion.
II arrive parfois que l'appareil intestinal supplée, par une disposition très singulière, à cette absence d^organes circulatoires. C'est lui-même qui se charge de distribuer à toutes les parties du corps les principes alibiles dont la préparation lui est confiée. On le voit alors se compliquer de prolongements, d'appendices, qui atteignent les points les plus éloignés de l'organisme. Chez les Nymphons, chez les PycnogononSj espèces de Crustacés assez semblables à certaines Araignées des champs, l'intestin pénètre jusqu'à l'extrémité des pattes et des pinces. C'est à peu près comme si chez l'homme l'estomac, se prolongeant à travers le cou, les bras et les jambes, arrivait jusqu'aux mâchoires, au poignet et au cou-de-pied.
La nature est beaucoup moins économe de forces qu'on n'est généralement tenté de le croire, et souvent, lorsque deux moyens se pré-
sentent pour atteindre le même but, elle les emploie tous deux à la fois. La disposition que nous venons de rappeler se retrouve chez certains Mollusques dont au moins un certain nombre ont bien certainement un cœur. Ici les veines manquent, il est vrai, mais un appareil artériel plus ou moins complet apporte successivement dans les diverses parties du corps le liquide renfermé dans la cavité générale. Cependant Festomac envoie des prolongements dans tous les appendices, jusque dans les tentacules du front, désignés par le mot impropre de cornes chez le Colimaçon. En vertu des simples lois de la physique, il est impossible que les produits de la digestion contenus dans ces prolongements ne transsudent pas et ne se mêlent pas au liquide qui remplit le corps de l'animal. Ces prolongements jouent donc réellement le rôle des artères en portant des matériaux de nutrition là où ils doivent être employés.
Ces mêmes prolongements remplissent aussi les fonctions de vaisseaux chylifères. En effet, ces derniers ne versent jamais directement dans les artères le chyle puisé par eux à la surface de rintestm. Avant d'être propre à l'entretien de Vorganisme, ce liquide a besoin de subir Faction
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modificatrice de Fair dans les poumons ou les branchies, et il arrive dans ces organes nièlé au sang veineux. Or, chez les Mollusques dont nous parlons, il n'existe pas de branchies compara* blés à celles des autres animaux de la même classe. Les petites baguettes si richement colorées qui couvrent leur dos sont destinées à en tenir lieu. C'est précisément dans Tintérieur de ces baguettes qu^arrivent les prolongements de Festomac ; et par conséquent le chyle, au sortir de Fintestin, se trouvant au milieu même de Fappareil respiratoire, ne peut manquer d'éprouver tmm(f(2ta^ei?ienH'influence vivifiante dont il a besoin. Tels sont les faits qui me conduisirent à cette théorie an phlébentérismej qui, violemment attaquée par quelques naturalistes français, n'en reçut pas moins à Fétranger, et surtout en Allemagne, un accueil beaucoup plus cordial. Dans l'examen détaillé du groupe remarquable qui les présente, j'avais dû nécessairement commettre des erreurs ; mais le temps et de nouvelles recherches ont confirmé de plus en plus tout ce qu'il y avait d'essentiel et de général dans les résultats que j'ai fait connaître (131).
Au point de vue qui nous occupe, la classe des Mollusques est d^ailleurs extrêmement I. 26.
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remarquable. Sans sortir de ses limites, nous voyons la circulation s'y montrer à des degrés de complication les plus divers, et cela dans des animaux souvent très rapprochés l'un de l'autre, et dont à priori on aurait pu croire l'organisation presque identique. Toujours cependant le cercle circulatoire demeure incomplet. Entre l'appareil veineux et l'appareil artériel, il n'y a jamais continuité parfaite. Par conséquent, le sang chassé du cœur ne peut y revenir qu'après s'être épanché dans les espaces înterorganlques ou lacunes: par conséquent aussi, il remplît la cavité générale du corps. Là il baigne directement la plupart des viscères, et reçoit sans intermédiaires les principes nutritifs, élaborés par le canal alimentaire. Dès lors on comprend que, si dans les Mollusques les plus élevés on doit admettre l'existence d'un sang veineux et d'un sang artériel, on ne peut encore y distinguer ni lymphe ni'chyle.
Les Articulés se prêtent à des observations toutes pareilles. Plusieurs faits recueillis chez ces animaux étaient même depuis longtemps dans la science, et précisément parce qu'on n'avait pas saisi les relations qui les rattachent à ce qui existe dans d'autres groupes, on y
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voyait autant d'exceptions étranges et caractéristiques. Ainsi, depuis les travaux de MM. Audouin et Mllne Edwards couronnés par VInstitut en 18Î7, on regardait l'absence de veines coïnridant avec la présence d'un cœur et d'un système artériel comme exclusivement propre aux Homards, aux Crabes et aux autres animaux de la dassedes Crustacés. Le manque de tout organe circulatoire était, croyait-on, réservé aux Insectes et à une portion des Aradmides. On se rendait compte de ce fait si frappant dans son isoiement apparent par la modification que présente ici l'appareil respiratoire.
Chez les Insectes, en effet, il n'y a ni poumons ni branchies. L'air arrive par un nombre variable d'ouvertures dans un ensemble de conduits appelés trachées, dont la structure singulière ressemble presque entièrement à celle d'un élastique de bretelle. Ces trachées se ramifient par tout le corps. Par conséquent, comme l*avait dit Cuvier, cher les Insectes, Tair semble aller chercher le sang, tandis que le contraire arrive chez les autres animaux . L'explication était logique, et tout mouvement de ce liquide paraissait ici inutile, puisqu'il pouvait sans cesse être revivifié sur place* Néanmoins une observation plus attentive
a fait depuis reconnaître chez les Insectes une véritable circulation. Un long vaisseau contractile placé sur le dos joue le rôle de cœur. Le sang se meut ensuite en liberté dans Tinterstice des organes, mais chacune de ses portions n'en est pas moins promenée successivement dans tout l'organisme ; seulement la circulation est presque entièrement lacunaire. Rien n'est plus facile que de suivre sous le microscope tous ces courants dont les globules charriés par le liquide trahissent l'existence et la direction.
Ainsi, chez tous les Invertébrés dont nous venons de parler, le cercle circulatoire est incomplet, et cette circonstance n'en rend que plus remarquable Texistence d'une circulation non interrompue dans la classe des Annélides. Sans doute nous trouvons aux derniers rangs de ce groupe des animaux sans appareil de circulation, puis quelques espèces qui en offrent Tébauche encore informe *, mais le plus grand nombre possède un système de vaisseaux sanguins par« faitement clos. Jusque chez les Némertes, dont la machina animale présente un degré de simplification si remarquable, le sang parcourt sa route sans sortir des tubes contractiles qui le renferment. Chez elles pourtant, il n'y a pas de
cœur, pas plus que chez les Annélides proprement dites, et, de plus, les vaisseaux, partout d^un calibre égal, ne donnent naissance à au«- €une branche accessoire. Au point de vue de la circulation, les Ânnelés inférieurs ressemblent aux Vertébrés bien plus que les Insectes ou les premiers Mollusques, dont pourtant l'organisation est sans contredit bien supérieure à la leur (182).
Enfin les Vertébrés eux-mêmes subissent la loi commune, et chez les derniers représentants de ce type, chez les Poissons, nous trouvons encore des exemples de circulation lacunaire. Ce fait important, bien inattendu il y a peu d'années encore, a été découvert simultanément par deux anatomistes qui tous deux travaillaient à Paris, et à Vinsu Tun de Tautre. MM. Natalis Guillot (133) et Robin ont montré que, chez les Raies, il existe des portions du corps où les vaisseaux sanguins manquent tout à coup, et où le sang s'épanche librement dans des cavités dont la disposition rappelle ce qui existe chez les animaux placés aux derniers degrés de l'échelle. M. Robin, poursuivant ses premières recherches, a étendu ces résultats à diverses autres espèces de la famille des Squales. Nous
SIO S0UVBIIIB8 h^Vn ITATURAtlSTE.
sommes bien convaincu qu'on ne s'arrêtera pas lé, et que d'ici à quelques années on trouvera de» faits sinon entièrement semblables, du moins très analogues, jusque chez les Mammifères les plus élevés, jusque chez Thomme lui-même. Les résultats fournis à MM. Dujardin et Natalis Guillot par Tétude de la structure intime du foie semblent être une garantie certaine de succès pour les travaux entrepris dans cette direction.
En résumé, la circulation d'abord purement lacunaircy et par conséquent réduite à une sorte d'agitation vague, se régularise et déviait de plus en plus vasculaire à mesure qu'on s'élève davantage dans l'échelle animale. C'est là le fait général, la tendance qui domine dans le perfectionnement progressif de l'appareil circulatoire.
Eh bien ! cette même tendance se retrouve dans les organismes en voie de formation, soit qu'on examine le développement d'un germe normal, soit qu'on étudie la manière dont se constituent certains tissus accidentels. L'aire veineuse où l'embryon du poulet semble puiser les premiers éléments nécessaires à son évolution ne présente d'abord qu'une sorte de disque membraneux creusé de lacunes irrégulières. Ce