‹ Souvenirs d'un naturalisteChapitre 25 sur 32 · M0TE · texte numérisé non relu

M0TE

gloire? Oh! s'il en était ainsi, reçois-moi dans ta clémence et dans ta miséricorde, et accorde-moi cette grâce, que Tœuvre que je viens d'achever soit k jamais impuissante à faire le mal, mais qu'elle contribue à ta gloire et au salut des âmes ! »

N'» Ul (p. 63). — Newton , né à Woolstrop en 1662, mort à Londres en 1727, est un de ces génies dont l'humanité entière a le droit d'être flère. On assure que, dès \\\ge de vingt-quatre ans, il avait fait la plupart des découvertes qui ont immortalisé son nom. Il a laissé plusieurs traités de mathématiques, de physique et d'astronomie, parmi lesquels les plus remarquables sont V Optique, et le livre des Principes mathématiques de philosophie natureUe. Ce dernier est son principal titre de gloire. Il y déve* loppe d'une manière que tous les astronomes déclarent être vraiment admirable, la doctrine de \ attraction universelle^ doctrine qui a donné la clef d'une foule de phénomènes, et sur laquelle repose toute l'astronomie moderne. Sans entrer dans des détails qui s'écarteraient beaucoup trop du plan de cet ouvrage, nous résumerons en quelques mots les principes posés par Newton :

V Toutes les particules de matière répandues dans l'univers s'attirent mutuellement en raison directe de leur masse et en raison inverse du carré de la distance.

2« Cette force est indépendante du temps ; elle

agit à travers toutes les substances, quels que soient leur nature et leur état de repos ou de mouvement.

3° Quand deux corps sphériques s'attirent, l'attraction s'exerce précisément comme si la masse entière était réunie au centre de chaque sphère, et par conséquent, comme si chacun d'eux n'était formé que d'une seule particule.

W Deux corps sphériques obéissant à l'action de l'attraction se meuvent de façon que chacun d'eux décrit autour de l'autre considéré comme fixe, et que tous deux décrivent autour de leur centre commun de gravité, des courbes concaves appartenant aux sections coniques. jCes courbes seront des ellipses, des paraboles ou des hyperboles, selon les cas particuliers.

5*" Dans chaque cas, la vitesse angulaire avec laquelle se meut la ligne qui joint les centres sera en raison inverse du caiTé de leur distance mutuelle, et les aires décrites par/ cette ligne seront égales en temps égaux.

Depuis longtemps l'expérience a prouvé que ces lois gouvernent notre système solaire, et les découvertes récentes sur les mouvements des étoiles doubles ont prouvé qu'elles règlent également la marche des astres les plus éloignés.

Les travaux de Newton lui attirèrent d'assez bonne heure les honneurs et les richesses. Toutes

les Académies voulurent le compter au nombre de leurs membres, et à Tàgede cinquante-quatre ans, il fut fait garde et puis maître des monnaies, position lucrative qui lui permit de laisser à sa mort une fortune d'environ 700,000 francs. Peut-être fut-ce là un malheur pour la science. Tout entier aux devoirs de sa charge, Newton ne s'engagea plus dans aucune grande entreprise scientifique. Peut* être aussi avait-il dit son dernier mot. Que pou« vait faire de plus celui qui avait trouvé et démon-» tré l'attraction universelle?

Gompie Kepler, Newton était très religieux et enclin aux idées mystiques. Au milieu de ses travaux , il s'occupa de conomenter V Apocalypse. Après avoir joui toute sa vie d'une santé parfaite, il mourut de la pierre, après vingt jours de souf-* frances cruelles qui faisaient quelquefois couler la sueur de son front sans jamais lui arracher une plainte ou altérer sa sérénité.

N*» 48 (p. 64). — Linné, né à Rœshult en 1707, mort à Upsal en 1778, fut un de ces génies rares d'où date une ère scientifique nouvelle. Comme tous les hommes doués d'une vocation vraie, et qui n'entrent pas d'emblée dans la voie qui leur convient, les commencements de sa vie furent pénibles. Son père, pauvre ministre protestant, le destinait à lui succéder et l'avait mis à l'école dès l'âge de dix ans; mais, au lieu de se

rendre en classe et d'apprendre le latin, Tenfant courait la campagne et cueillait des fleurs. Punitions du mattre, menaces du père, rien ne put vaincre ce penchant instinctif, et, déclaré incorrigible, le petit Linné fiit enfin mis en apprentissage chez un cordonnier. Là il eut le bonheur d'être remarqué par un médecin nommé Rothman, qui lui prêta les ouvrages de Tournefort, et le recommanda à Stobœus, professeur de botanique, qui remploya comme copiste. Celui-ci, frappé àson tour des étranges dispositions de cet enfant, l'envoya à ses frais à l'université d'Upsal. Mais la pension faite à Linné n'était rien moins que magnifique. Pour y suppléer, il donna quelques leçons et utilisa parfois ce qu'il avait appris dans son apprentissage en raccommodant pour son compte les chaussures usées par ses camarades. Heureusement il ne tarda pas à se faire distinguer. Son professeur de botanique lui remit la direction du jardin, se fit bientôt suppléer par lui, et quelque temps après, la ville d'Upsal lui confia , pour la Laponie, une mission scientifique, dans laquelle il montra autant de courage que d'ardeur pour la science.

Accueilli à son retour par les déboires que les jalousies de petite ville réservent d'ordinaire à qui sort de la foule, Linné se fût peut-être découragé si quelqu'un n'eût su être ambitieux pour lui. Une jeune fille qu'il aimait, et dont il était aimé, exigea

Page 1