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qu'avant de Tépoufier, il voyageât pendant troia ans e( eût acquis la réputation à laquelle il pouvait prétendre. Linné partit donc pour Leyde, où la réputation de Boerbaave (1) amenait une foule de disciples. Il arriva dans cette ville d&iué de toute ressource ; mais le grand médecin sut Tappréci^ et le mit en relations avec un riche amateur pas* sionné pour Thistoire naturelle. Celui-ci ouvrit au jeune Suédois ses collections, sa bibliothèque, et pour lui témoigner sa reconnaissance, Linné plaça son nom dans le titre d'un de ses premiers ou* vrages (2). Il se fit recevoir docteur en médecine, et visita l'Angleterre et la France. C'est dans un de ses deux voyages à Paris qull contracta avec Ber«nard de Jussieu une amitié dont on trouve de nombreuses preuves dans sa correspondance.
De retour en Suède, Linné ne reçut pas d'abord l'accueil qu'aurait dû lui valoir son nom déjà jus-
(1) fiotpliMve, né à Voorhont en 166a, mort en 1736, a lakié ud nom célèbre en médeolae. Sa réputation était ift grande qu'on hii éerivait de llnde on de rAmérUine avec cette lenle adreiae : À Bo«rhaaioe, m Xurope. -* Il a lacaié un grand nombre d'outrages au moini curiem à consulter encore aqjourd'hui par les efforts qu'il a faits pour concilier le vitalisme d'Hippocrate avec le cbimisme de Sylvius et le solidisme d^Hoflknann.
(2) Cet ouvrage est intitulé Hortus CUffortianus {Jardin de CUffon), Gliffort était le nom du ricbe et généreux propriétûre. '
tement célèbre. Mais enfin, grâce à de Geer (1) et au comte de Tessin (2), il fut noramé médecin du roi en 1739, et put enfin épouser la jeune fille qui avait su deviner son génie et assurer sa gloire*
En 17/il, Linné fut nommé professeur de botanique à l'université d'Upsal. La haute portée de ses leçons et des ouvrages qu'il ne tarda pas à publier attira dans cette ville une foule de disciples Tenus de tous les points du globe, et qui apprirent au monde entier le nom de Linné. Bientôt il se vit comblé d'honneurs académiques et civils. Mais, sans se laisser enivrer par la fortune, il continua ses travaux et ne chercha jamais le bonheur que dans les joies de la famille et de la science. Pen-* dant trente-deux ans il conserva toute son activité première; puis un afihiblissement marqué de la mémoire fut en quelque sorte le précurseur des
(1) De Geer, né en 1720, mort à Stockholm en 1778, appartenait à une famille baroniale de Suède. PûBséssear d'nne grande fortune, il l'employa constamment h «ervir la seienoe et à soulager l'infortune. Dès son enfonce, il s'occupa d'entomologie et s'efforça de marcher sur les traces de Réaumur. Ses Mémoires portent l'empreinte d'un esprit ingénieux» patient et doué à un haut degré du talent d'observer. 11 a publié en français un grand ouvrage intitulé, comme celui de Réaumur : Mémoires powr servir à l'histoire des. Insectes,
(2) Pour témoigner sa reconnaissance à ce protecteur qune se démentit jamais, Linné lui a dédié son Systema naturœ ^ avec une dédicace qui assure Timmortalité à son nom.
maux qui devaient rendre sa vieillesse si pénible. Deux attaques d'apoplexie le privèrent de presque toutes ses facultés, et enfin il mourut d*hydropisie à l'âge de soixante et onze ans. La Suède sut du moins comprendre la perte qu'elle avait faite : Linné fut inhumé avec la pompe consacrée pour les princes de sang royal, et le roi Gustave lil com* posa son oraison funèbre.
Linné fut de son vivant un véritable législateur scientifique ; il dirigea tout le mouvement scientifique, non seulement de son pays, mais presque de l'Europe entière. Quelques esprits, ou encore fidèles à d'anciens errements, ou déjà engagés dans des voies plus avancées , échappèrent seuls à son influence, et peut-être peut-on dire que c'est à ce double titre que Bufifon se montra constamment rebelle aux enseignements de l'illustre Suédois. Non seulement Linné travaillait par lui-même, mais encore il donnait des sujets de thèses, indi* quait les problèmes à résoudre, envoyait ses disciples explorer les contrées qui promettaient de riches récoltes aux sciences naturelles, et répandait autour de lui le zèle et l'émulation scientifique. Ses ouvrages, écrits en latin, se distinguent par un style à la fois très précis et très pittoresque, qui prend à certains moments un caractère remarquable d'élévation et d'énergie. Nous citerons en particulier l'espèce de préface placée en tôte de
S7â SOUVENIRS d'un NATURALISTE
son Sy$tema naturœ^ et la caractérisation de la classe des Reptiles dans le même ouvrage.
Les ouvrages de Linné sont essentiellement descriptifs, et aujourd'hui que la science a fait de si rapides progrès, il faut, pour comprendre la gran^ deur des services qu'il a rendus, se reporter au temps où il écrivait. Avant lui, les classifications, môme en botanique, étai^t extrêmement in^wr** faites ; elles péchaient à la fois et par les principes et par Tapplication. Les genre» ^ assez bien définis et parfois heureusement circonscrits, portaient déji un nom unique, mais chaque etpèce était désignée par une phrase descriptive, et Ton comprend que cette phrase s'allongeait forcément à mesure que le nombre des espèces augmentait. De là résultait pour la mémoire une difficulté extrême de oon« server des notions précises sur un nombre un peu considérable d'espèces, et par suite la presque impossibilité de saisir des rapports généraux. Linné créa la nomenclature binaire^ dans laquelle chaque être animal ou végétal est désigné par deux noms, l'un, substantifs qui indique le genre, l'autre, adj'ec^ tif^ qui désigne l'espèce, et qui correspondent, pour ainsi dire , à nos noms de famille et de baptême. Usant le premier du puissant instrument qu'il venait de donner à la science, il imagina des systèmes de classification simples, précis et reposant sur des bases à la fois plus étendues et plus soUdes