J'ai reçu depuis la lettre suivaute
« Monsieur le député,
« Je me rappelle parfaitement avoir remis à deux reprisse à M. Joseph Fabre des fonds qui m'avaient été adressés par le ministre de l'intérieur.
f< Veuillez agréer, etc.
« André de Trémontbls. »
i08 SOUVENIRS
ressé, ait passé par la place Beauvau, puis par rhôtel préfectoral de Rodez?
La solution de cette question importe peu à mon honorable collègue, dont Tinconteslable bonne foi sauvegarde suffisamment la dignité.
Mais ce n'est pas du député de Rodez qu'il s'agit ici, c'est de la politique électorale adoptée par le parti dont M. Gambetta fut le chef et qui, sous une autre direction, a conservé le pouvoir.
Nous ne sommes pas en face d'un fait isolé, o[ un journaliste distingué, qui a qualité pour parler ainsi, M. Henri Fouquier, s'exprimait, hier matin, en ces termes dans le XfX^ Siècle : « M. Fabre a accepté... une aide expliquée par les liens politiques et que Gambetta a donnée à bien (TaiUres, »
Combien de scrupules n'ont-ils pas laissés à tous les buissons du chemin parcouru, ces mêmes hommes dont la pudeur, après le 16 Mai, se montrait si chatouilleuse pour tout ce qui touchait à la liberté des électeurs et à la sincérité du scrutin I Huit années se sont écoulées; nous avons toujours la candidature officielle, et nous avons riiypocrisic on plus.
Je sais bien que ma sincérité n'est pas faite pour plaire, et je ne suis pas surpris que le (•lia?ur des opportunistes me poursuive d'un chant
Hé. Mais je m'étonne que M. Henri Fouquier, **oinme d'esprit que j'ai connu, ramasse contre
}i l'argument ébréché du secret professionnel. ^Comment, c'est à propos de M. Fabre que '^\ Fouquier me rappelle au devoir de discrétion ! ^y& faits que je raconte ne m ont point été connus "'us l'exercice de ma fonction, et je n'étais plus ^éfet de police quand ils se sont accomplis. •Lorsque les premières colères seront un peu -^Jmées, et qu'on me fera Thonncur de relire i^ecplus de sang-froid les pages consacrées à -les Souvenirs, on y cherchera vainement un "lui secret dont j'aie eu la garde, et l'on reconnaîtra qu'en supprimant le titre sous les auspices bquel se présentent mes feuilletons, on supprime n même temps tout prétexte aux récriminations *une critique qui retrouvera, je l'espère, avec » temps, le calme et l'impartialité.
L'affaire Eyben.
Le lecteur me fait l'honneur de ne pas supposer :ie je vais mettre sous ses yeux les rapports et
les renseignements de police relatifs à Tar tion de M"" Eyben.
La nécessité de défendre et de couvrii agents^ injustement attaqués, m'obligea, que la question fut portée devant la Chaml me servir des documents que j'avais recui
Mais je ne suis plus en état de légitime déi et aucune considération ne saurait m^amei rouvrir un dossier qui, désormais, doit i formé.
Je ferai seulement remarquer combien mal choisi le lieu où M"' Eyben avait coc (fattendre ses enfants.
Depuis longtemps le passage des Panoi était signalé à l'attention de la police des m Ao nombreuses arrestations y avaient eu surtout dans le voisinage de la rue des ramas, où se trouvait un hôtel dont larépi était fâcheuse.
On s'explique mal pourquoi iM™° Evl laquelle, h cette date, on ne connaissa d'occupations, n'allait pas chercher ses i jusqu'à la rue de Valois.
La lettre adressée au journal le Mot a avait été rédigée par un journaliste qui fait, pour Técrire, des entrailles vraimtMit nelles.
S un numéro suivant du même journal,
tait de sa propre prose que M. E. Lepelletier
^l^t en ces termes :
M^ La lettre si digne, si réservée, écrite par *^" pauvre femme, encore toute palpitante d'une itime émotion, n'a pas fait toute la lumière cette affaire, qui doit être capitale, non pas Faga de la préfecture, mais pour cette Emuse et épouvantable association de gens plus ■t moins avouables qui s'appelle la brigade des moeurs. »
JEt M. Lepelletier ajoutait :
« Non! M"*® Eyben n'a pas tout dit. C'est une t^ve et honnête mère de famille, veuve d'un rtoyen qui a organisé la libre-pensée à Anvers, *l qui nous était recommandée par d'honorables SStoyens, un vénérable de loge, entre autres, au ikom de la solidarité maçonnique. »
Être veuve d'un Lepelletier belge, d'un citoyen i|ui a « organisé la libre-pensée à Anvers », et kie pas s'en vanter, c'était évidemment, aux yeux du rédacteur du Mot d!Ordre^ le comble de la modestie.
Pour exploiter l'arrestation de M""*" Eyben, une sorte de syndicat se forriia aussitôt, où la « solidarité maçonnique » ne joua d'ailleurs qu'un rôle secondaire.
On présenta l'héroïne du passage des Panoramas aux personnalités les plus importantes de la Société « pour labolition de la prostitution réglementée. » Elle assista à plusieurs réunions de cette association et y fut lobjet de véritables ovations.
Enfin, on imagina de lui faire adresser au pré-j sident de la Chambre des députés une demande en autorisation de poiu-suites contre le députépréfet de police.
J'eus la curiosité de pénétrer, par un de mes agents, dans l'intérieur de M"»^Eyben, et je la fis ^ interviewer par un journaliste discrètement attaché à mon administration.
Elle demeurait alors rue Condorcet, ei elle occupait, au sixième étage, un petit logement au fond d'un couloir.
Mon journaliste se présenta comme un reporter \ , de journaux radicaux, et il résuma pour moi en ces termes l'entretien à l'honneur duquel il fut admis :
Le journaliste. — Vous êtes artiste dramatique, inadame?
Elle. — Oui, monsieur; mais je n'ai pas encore d'engagement. Je cherche.
Le journaliste. — Que ne vous adressez- vous
ri
au directeur des Fantaisies? 11 vous engagerait au *. tachet.
Elle. — Je dois le voir aujourd'hui.
Le JOURNALISTE. — Vous jouez...
Elle. — Les premiers rôles dans le drame et la comédie.
Le journal[ste. — Diable! Je doute que M. Cruet adopte ce genre; mais essayez toujours. D'ailleurs, avec votre nom, autour duquel on fait tant de bruit...
Elle. — Plus que je ne Tai voulu. Ah! si M Andrieux y avait consenti, il n'avait qu'à me dédommager et à révoquer son agent, tout se serait arrangé ; il eût ainsi fermé la bouche à ceux qui crient contre lui.
Le journaliste. — Alors, c'est un peu une question d'argent?
Elle (d'un ton indigné). — Pour moi, monsieur, certes non! Si j'avais été seule, libre, je me serais vengée moi-monio, j'aurais brùlc la cervelle à qui me déshonorait; mais j'ai des enfants, qui n'ont plus de p'ere, je dois assurer leur sort.
Le journaliste. — Vous êtes sans fortu le, madame?
Elle. — Je vis de mon travail. En portant atlcinte à ma considération, on a nui à mon II 1
avenir théâtral et à ma position future. D n'est que juste qu'on me paye ce qu'on ma fait perdre. N'êtes-vous pas de cet avis?
Le journaliste. — Certainement, madame.
D'ailleurs M. Delattre vous y aidera. Vous le connaissez ; c'est lui qui a rédigé votre demande de poursuites?
Elle. — 11 l'a rédigée sous ma dictée ; mais il m'était inconnu auparavant. C'est M. Mayer qui me Ta indiqué.
Le journaliste. — Quel Mayer?
Elle. — Le rédacteur de la Lanterne. Lui M. Rochefort, M. Secondigné, M. Crié, du Petit i Parisien, M. Lepelletier, du Mot d'Ordre se sont mis à ma disposition.
Le journaliste. — Vous avez bien fait d'en user.
Elle. — J'eusse préféré un arrangement à Tamiable, une réparation moins bruyante* mais c'était impossible, et pensez, monsieur que je ne sais pas encore si j'arriverai à quelque chose ! C'est bien triste. Mais dans quel journal comptez-vous publier un article sur mon iulérieur?
Le journaliste (désignant un journal au hasai'd). — Au Petit Parisien^ s'il n'y a pas abondance de matières.
Ellel — J'irai de six à sept heures ce soir. Yous y verrai-jc?
Le journaliste. — Certainement. Mais vous fréquentez donc les bureaux de journaux? Faitesvous aussi du reportage?
Elle. — Non I vous voulez rire. Mais je dois
des remerciements au Petit Pmnsien. Je veux lui
en faire, comme j'en ai fait à V Intransigeant^ à la
^Vérité, à la Lantei^e, à \ Électeur^ à tous vos
amis qui ont épousé ma cause.
« L'entretien, ajoutait le journaliste dans son rapport, eut ensuite pour objet les questions de théâtre. Nous nous quittâmes au bout d'une heure, après qu'elle m'eut prié de la présenter à Louise Michel et de parler au régisseur des Fantaisies. Je m'y suis engagé et je la re verrai. La semaine prochaine nous dînons avec Louise Michel, avec M""® Cadole et divers autres révolutionnaires. Nous ferons inviter M""" Eyben. »
Est-ce en sortant de ce dîner que Louise Michel écrivit dans la Révolution sociale :
Puisque les honnêtes femmes ne peuvent plus sortir sans risquer d'être conduites au Dépôt, je leur conseille de mettre un revolver dans leur poche, et de se défendre contre les agents qui commettent cette indigne violation du droit.
Quelle belle Internationale que celle des tyrans I
Hoiireusemcnl que celle des peuples mettra peut-être un terme à la désinvolture du crime!
La demande en autorisation de poursuites fui Tobjet d un rapport favorable.
J'intervins dans la discussion devant la Chambre, et j'appuyai les conclusions du rapport. Je demandai moi-même que le débat fût porté devant les tribunaux.
La majorité refusa son autorisation.
Cette décision, il est vrai, avait peu d'importance, car la législature touchait à sa fin, et 1 quelques semaines plus tard, rendu au droit commun, les victimes de ma tyrannie pouvaient m assigner en justice sans que je fusse protégé par aucune immunité parlementaire.
]\£mc Eyben ne crut pas devoir proliter des facilités que lui donnait l'expiration de mon mandat législatif. Ses amis avaient fait grand bruit des injustes obstacles qui s'élevaient contre le droit de la femme opprimée; mais quand les obstacles se furent abaissés et que la route fut aplanie, personne n'y voulut passer.
Ce facile abandon après ces revendications retentissantes, cette prudente retraite quand fut venue l'heure de l'attaque, disaient assez le vrai
caractère de la campagne entreprise contre le préfet de police.
Une année s'écoula, et j'attendis en vain l'huissier de M"'*' Evben. Ce fut M"' Marie Colombier qui le remplaça. La gracieuse artiste, dont le talent seul m'était connu, avait succédé à M. E. Lepelletier dans la protection de M"""" Eyben; elle patronnait un concert donné au profit de cette dame. Elle trouva original de m'envoyer un certain nombre de billets, et de m'écrire un bout de lettre, encore plus spirituel que parfumé, pour me mettre en demeure d'envoyer mon offrande à sa protégée.
Il ne me restait plus qu'à m'exécuter, et je m'efforçai de le faire de bonne grâce.
Quelques mois plus tard, M"° Eyben vint elle-même m'en remercier. Avec l'expression de sa gratitude, elle m'apportait encore quelques billets pour un nouveau concert qu'elle allait donner.
J'appris de sa bouche que le conseil municipal de la ville de Paris avait réparé, dans une certaine mesure, les torts du préfet de police, en accordant une bourse à l'une de M"" Eyben. Je n'ai jamais tant regretté de ne pas disposer des bureaux de tabac.
Puisse du moins la caution de M"* Marie
Colombier écarter désormais de M"" Eyben les malveillautes suppositions I
La (( Sainte-Ligue ».
Le 13 mars 1881, après vingt-six ans de règne, Tempercur Alexandre II mourut, assassiné par les nihilistes.
Cinq fois déjà il avait échappé à do criminelles tentatives; la haine du parti réformateur ne se lassait pas.
Plusieurs de ses prédécesseurs avaient péri par une mort violente; mais ils étaient tombés victimes des intrigues de cour et des révolutions de palais.
Pour la première fois, la Révolution avait frai)pé le czar. Ni les intentions libérales dont il élait animé, ni la générosité de son caractère, ni les réformes mômes qui avaient signalé son règne n'avaient désarmé ses ennemis. Il portait le poids dos fautes de ses ancêtres, et subissait les conséquences des abus qu'il n'avait pu détruire.
Sa mort excita dans toute l'Europe une vive sympathie. A Paris, les Chambres levèrent leur séance en signe de deuil.
Quatre années se sont écoulées depuis qu'Alexandre II est tombé sous les coups de ses assassins, et depuis lors, malgré les menaces qui accueillirent Tavènement du nouveau czar, les nihilistes n'ont choisi, pour victimes de leurs rancunes, que de hauts fonctionnaires trop g-ênants ou des agents subalternes trop zélés.
L'honneur, sinon d'un réel apaisement, du
moins d'une sécurité relative, revient, pour
. partie, à M. de Plévé, qui s'est acquitté, pendant
^ plus de trois ans, de la tâche difficile et péril-
leuse de directeur de la police, avec autant de
^ tact que d'énergie.
j^ La Russie, qui commençait à désespérer de la ^ police, était loin d'attendre de ce jeune Polonais tous les services qu'il a rendus à la cause de l'ordre, et la surprise qu'en éprouva la société russe explique peut-être les concours imprévus qui voulurent seconder son action.
Cette phase de la lutte entre les nihilistes et une partie de Taristocratie est restée secrète pour le public; mais la mort récente du prince Demidoff, qui y joua le principal rôle, appelle naturellement Tattcntion sur une sorte de police
voloiilaire et inlornalionale à la tête de laquelle il sY'lail placé.
Eu 1881, quelques mois aprbs la mort tragique (l'Alexandre II, quelques personnalité?, parmi les plus riches de la noblesse russe, sollicilorout de son successeur Tautorisation d'oriraniser, à leurs frais, une agence libre de police secrète, qui devait, concurremment avec la police officielle, découvrir les complots nihilistes et en livrer les auteurs aux gendarmes d'Alexandre m.
La « Sainte-Ligue », tel fut le nom de cette | succursale volontaire de la troisième section.
Dès que le prince Demidoff San-Donato et ses associés eurent obtenu du czar rautorisation de concourir h sa sûreté, ils envoyèrent des agonis sur.;, muuis de recommandations autorisées, auprès dos polices étrangères pour s'assurer leur l)ienvcillant appui.
A vrai dire, sur plusieurs points, les émissaires de la Sainte-Ligue se heurtèrent à un refus caléeoriquo. Mais, rebutés par les uns, ils furent })lus heureux auprès de quelques autres.
A Paris, ils réussirent à mettre la main surii^ ancien fonctionnaire de la préfecture de polui] roudu aux loisirs de la vie privée depuis la chiil de l'Empire et que l'appât d'un traitement élevf
détermina à prêter son concours pour Torganisatîon d'une surveillance occulte.
Dès que les délégués envoyés par les organisateurs de la Sainte-Ligue se furent assurés que Paris, Londres, Genève, ainsi que les principales villes habitées par les réfugiés russes, étaient en de bonnes mains^ ils retournèrent à Saint-Pétersbourg et y levèrent une véritable légion d'agents, dont les appointements furent proportionnés, non aux aptitudes, mais au rang social occupé par chacun.
C'est ainsi que des descendants des plus nobles familles, auxquels des parents économes mesuraient les subsides d'une main parcimonieuse, mirent autant de zèle à puiser dans la caisse de Tassociation qu'à servir les plans du prince Demidoff.
Les uns furent envoyés à l'étranger pour faciliter la tâche des agents français, anglais, suisses ou belges qui, ne comprenant pas le russe, étaient fort empêchés pour se mêler aux nihilistes et surprendre leurs projets. Les autres furent repartis entre Saint-Pétersbourg, Moscou, Kielf, Odessa et les principales villes de l'empire.
Pendant les premiers mois, l'entreprise parut devoir donner les meilleurs résultats, et donna en attendant les plus complètes illusions. De ir 7.
toutes los grandes villes de Russie et des pay élranfî:ers, les rapports arrivaient, intéressant et nombreux, au prince DemidofF, qui les transmettait, triomphant, au directeur de la police de VVJaL
Ce haut fonctionnaire, au début, en éprou-va une réelle humiliation pour ses propres agents, car l'administration de la Sainte-Lîgue le mettait sur la trace de complots dont, jusque-li, il n avait pas soupçonné Texistence. Il fit procéder à un certain nombre d'arrestations, sans avoir toujours fait précéder d'une vérification attentive les mesures qu'il prenait à la suite des avis du prince Demidoff ou de ses amis; il regrettait d'ailleurs de trouver peu d'empressement en matière d'extradition de la part des gouvernements étrangers.
De son côté, le prince et ses associés, prenant au sérieux toutes les révélations qui leur venaient de Baden-Baden, où se trouvait le chef de leur police, et désappointés de ne pouvoir mettre la main sur les conspirateurs qui avaient passé la frontière, examinèrent sérieusement la question de savoir s'il ne conviendrait pas de s'en débarrasser par des moyens efficaces.
Les journaux nihilistes publiés à Londres et à Genève affirmèrent, h cette époque, que la
D'UN PRÉFET DE POLICE i23
iiSaînte-Ligue avait recruté des sicaires destinés à ^assassiner les révolutionnaires russes les plus jfconnus et les plusredoutés. Les mêmes journaux ■lallèrent jusqu a dire que les amis les plus dévoués des nihilistes, quelle que fût leur nationalité, pétaient voués à la même hécatombe, et parmi if ceux-ci ils nommaient M. Henri Rochefort. i Les renseignements de la presse nihiliste m'ont ?paru sujets à caution ; je me suis demandé s'ils --étaient dictés par une autre préoccupation que celle d'excuser les attentats du parti révolutionnaire, en imputant à ses ennemis le projet d'en commettre de semblables.
La police officielle finit par vérifier de plus près les rapports qui lui étaient transmis ; elle reconnut que le plus souvent les agents de la Sainte- Lîgue lui avaient dénoncé des personnes inofsîves, étrangères à la politique et contre lesquelles elle n'arrivait à établir aucune charge sérieuse.
Enfin, et ce fut peut-être ce qui porta le dernier coup à la société organisée par le prince Demidoff, plusieurs familles, parmi les plus anciennes et les plus aristocratiques, se plaignirent de l'embauchage dont leurs enfants étaient l'objet. Leurs plaintes s'élevèrent jusqu'à Tempereur, qui, sur l'avis du chef de la police do
ri'^tal, ordonna le licenciement de la Sainte- Ligue.
Les intentions du prince Demidoff San-Donalo élaiont sans doute patriotiques ; nous trouverions pont-être difficilement chez nous, parmi nos millionnaires les plus dévoués au maintien de nos institutions, un bailleur de fonds généreux, prodii»uant SOS richesses pour venir en aide à l'insuftisance de nos fonds secrets et pour veiller à la sécurité des représentants de l'État.
Mais, en matière de police comme en malière militaire, il faut généralement peu compter sur les milices indépendantes de la direction officielle.
M. de Plévé, avec ses agents réguliers, rendit à la cause de Tordre et à la sûreté de l'État de plus réels services que la Saînte-Liguo, malgré tout lo zèle et toutes les prodigalités du prime DemidofT et de ses amis.
Aussi n'est-ce pas sans surprise que nousavom appris que cot éminent fonctionnaire, désormais érarlé du poste qu'il avait si utilement occuih' venait d'élro appelé à seconder, dans dos fonctions moins difficiles et moins périllousos, le miiiistro de la justice.
D'UN PRÉFET DE POLICE 12u
Le grand-duc Constantin et les nihilistes.
Parmi les fables qui, de 1879 à 1881, ont trouvé créance auprès du public, celles qui ont trait au grand-duc Constantin, frère d'Alexandre II, méritent une mention spéciale.
A cette époque, la plus troublée du mouvement nihiliste, l'audace toujours croissante dos révolutionnaires russes donna lieu à la supposition qu'ils pouvaient être encouragés et soutenus moralement et matériellement par quelque personnage très Imut placé, que sa position même mettait à Tabri dos recherches de la police.
Certains actes inexpliqués du grand-duc Constant'n, sa réputation de libéral, la jalousie qu'il nourrissait, disait-on, h TégarJ de son frc*re, telles sont les données sur lesquelles se sont appuyés ceux qui l'ont représenté comme le chef secret des nihilistes.
Le 2/14 avril 1879, vers 10 heures du matin, Solowieff tira sur le czar plusieurs coups de revolver. L'attentat fut vite connu de toute la ville et les membres de la famille impériale
l'exi
sion
en fiireut îmmédiatement informés. Tandis que tous les autres grands-ducs se rendaient en toute hâte au Palais d'hiver, le grand-duc Con- .^^^ • stantin n'y arrivait que vers trois heures de W^ l'après-midi. Dès le lendemain les commen-lF" taîres les plus irrespectueux se répandirent à ll^^ Pétorsbourg. On faisait remarquer qu'un autre frère du czar, le grand-duc Michel, était accouru. mi-tête, au Palais d'hiver, tandis que le grandduc Constantin, qui habite à quelques pas du 1^ palais impérial, était resté cinq heures avant de |^ s'y présenter. De là à dire qu'il était le complice de Salowieff il n'y avait pas loin, et des personnages très graves, très haut placés, n'hésitèrent pas à répandre ce bruit. On ne se demanda pas si ce prince se trouvait chez lui quand y fut apportée la nouvelle, et, à partir de ce jour, ou crut avoir l'explication de la puissance des nihilistes.
Les correspondants des journaux étrangers se firent l'écho de ces accusations, qui acquirent encore plus de consistance après avoir passé la frontière.
Pendant ce temps, le grand- duc conservait toutes ses fonctions, sans en exclure celle de grand amiral, c'est-à-dire de chef de la marine russe. Cette circonstance a son importance pour
explication de ce qui se passa le jour de Texplo- ^on du Palais d'hiver, au mois de février i880. ^n sait que ce jour-là il y avait dîner chez Tem-
ereur à Toccasion de l'arrivée à Pétersbourg du grince de Bulgarie; on sait aussi par suite de
iielle circonstance, tout accidentelle, toute la "^unille impériale et son hôte échappèrent à une ^lort certaine.
Or, pendant que tous ses frères et neveux se ^ endaient chez Tempereur, le grand-duc Cons- antin prenait la route de Cronstadt pour passer
a revue de la flotte prise dans les glaces. Pour ^e coup, les plus incrédules se sentirent ébranlés : ^e grand amiral, disait-on, connaissait le complot et il s'était éloigné pour échapper au sort jui attendait tous les membres de sa famille.
Pour la première fois peut-être Alexandre II apprit alors, tant par les rapports du chef des gendarmes, que par les confidences de son entourage, les graves accusations qu'on avait formulées contre son frère. Il y répondit, quelques jours plus tard, le 19 février, à l'occasion de son avèneiient au trône, en adressant au grand-duc Cons- :antin une lettre autographe pour lui témoigner sa reconnaissance au sujet des services qu'il avait rendus au pays et à la marine. En même temps, il le nommait président du conseil de l'ompiro.
Celte lettre et la nomination parurent en tèle Messager du gouvernement et provoquèrent l plus grand étonnement. Néanmoins, ceux avaient leur opinion faite sur la culpabilité i grand-duc ne désarmèrent pas, et leurs pro coiilinut»rent à propager la légende qui s'élaî accrédiloe.
Nous arrivons au drame du 13 mars 1881 cL à Toccasion de ce douloureux événement, ceuî qui depuis deux ans accusaient l'hôte du Pahis de marbre crurent avoir la preuve de leur pe^ spicacité.
On sait que, depuis un mois, Alexandre II avait dû, sur les recommandations expresses d> comte Loris-Mélikoff, qui avait eu connaissanci de Texislence d'un complot, renoncer à assister à « la parade » qui se donnait tous les dimanches au manèi^e Michel. Il avait chargé l'un des fils do }»rand-(Iuc Constantin de le remplacor. Or le 13 mars, une heure environ avant le commencement d(î la « parade », le grand-duc ConstanliB vint dire au czar que son fils malade était dan rimpossibililé de présider ce jour-là aux cxir cices des officiers de la garde. Alexandre II, don'. riiilrépidité était bien connue, prit aussitôt 1' parti de se rendre au manège. On sait le reste :
Les détracteurs du grand-duc, perdant de pln^
*'' en plus leur sang-froid, ne manquèrent pas de dire qu'il y avait eu de sa part un guet-apens. Dès le lendemain, ils firent courir le bruit de ' l'arrestation du père et fils et cette fausse nou- ' ' vclle se répandit bientôt dans le monde entier. ■^ Il est vrai qu'un des premiers soins d'Alexan dre III fut de remplacer son oncle dans les fonc- * tîons de grand amiral et de président du conseil "^ de l'Empire ; mais est-il besoin de faire remar- ^ quer que cette grave mesure avait des motifs ' purement politiques? n^est-il pas évident que s'il avait voulu. frapper un complice des régicides, ' la justice de Tempereur eût été plus exemplaire? A propos de l'arrestation d'un des fils du grandduc Constantin, on a fait, depuis quelques années, une confusion regrettable. Tous ceux qui ont lu le « Roman d'une Américaine » do - Fanny Lear savent en effet, que c'est Nicolas, l'aîné des fils du grand-duc, qui en est le héros malheureux et que son arrestation qui dure loujours, est aniérieure à Tattonlat de Salowieff. C'est le seul neveu d'Alexandre II qui ait étô arrêté et je n'apprendrai rien aux lecteurs en leur disant que c'est pour des motifs tout à fait étrangers aux exploits révolutionnaires.
On a aussi fait remarquer que les journaux révolutionnaires russes ont toujours gardé le
silence sur le grand*duc Constantin; mais bien h lort qu'on a relevé cette circonstance son frère le grand-duc Michel, qu'on ne s çonnera certes pas d'être nihiliste, a, lui a toujours été ménagé par les organes du « c( exécutif » ,
La République parlementaire.
Tout entiers aux événements du Tonkin c patriotiques angoisses que faisaient naîtr dépêches de nos généraux, les lecteurs Liffîfe ont bien voulu accorder un crédit de quos jours h l'auteur des Souvem?*s.
Les circonstances au milieu desquelles prends cette publication*, la crise ministé toujours ouverte depuis huit jours, les faute Tout amenée, celles qui la prolongent, les tacles rencontrés par les hommes d'État former un cabinet, les honteuses intrigue troublent le Parlement et s'opposent à la c( tution d'une majorité, l'absence de gouv ment au moment où se fait plus que jf sentir la nécessité de l'action gouvernemei