‹ Souvenirs d'un préfet de police (volume 2)Chapitre 3 sur 33 · ANDRIEUX · texte numérisé non relu

ANDRIEUX

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villes voisines, et se'môlâ partout à la mue au iDaru iid Tempire. Poursuivi en juin 1870, à propos d'un discour réunion publique, pour outrage envers Tempereur, il fut à trois mois de prison. L'année précédente, il avait assist grès philosophique de la libre pensée, organisé à Naples c tion avec la réunion du concile à Rome.

Nommé procureur de la République à Lyon, au 4 Septem drieux montra beaucoup de zèle et de courage pour le n le rétablissement de Tordre dans les troubles qui agitèren ensanglantèrent la ville de Lyon pendant toute la durée d( et jusqu'à la soumission de la Commune de Paris. Le jour sinat du commandant Arnaud, il procéda résolument à Te diciaire au milieu des menaces d'une foule furieuse et égaj fut pas moins violemment attaqué par la presse réaction] ses opinions prétendues socialistes et matérialistes ; une : tion fut même adressée à ce sujet par un membre de li l'Assemblée nationale, M.Paris, au ministre de la justice, I (30 mai 1872). M. Andrieux donna sa démission avant Tavèi ministère du 24 mai 1873 et, reprenant sa place au barreai soutint une lutte ardente contre le préfet du « gouveri combat, » M. Ducros. 11 plaida contre lui dans l'affaire de nence, dans celle de Bouvier et Coco, etc. Il exposa au minis térieur, M. Buffet, dans une lettre rendue publique, le: l'arrêté sur les enterrements civils et autres mesures a tives de même nature.

Membre du Conseil municipal de Lyon et du Conseil j Rhône, il fut porté dans la quatrième circonscription de ration lyonnaise aux élections du 20 février 1876 pour la des députés, comme candidat républicain libéral et fu 10,445 voix contre 4,085 données à M. Rapet, républicain tionnel. Il prit place à gauche, dans le groupe de l'unior 3aine, et contribua à l'entente des différentes fractions du j Dlicain. £n dehors de la politique, il a signé une propositic I supprimer le résumé du président prescrit par l'artii ]ode d'instruction criminelle (février 1877).

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Ije cabinet du Préfet. — Le numéro 14207.

I«es dossiers de police.

Ces encombrants préliminaires prirent moins de temps qu'il ne m'en faut pour les rappeler, et le 5 mars, à dix heures, je quittai la rue de Rovigo pour entrer dans cette caserne de la Cité, immense, triste, mal bâtie, mal distribuée, mal éclairée, mal meublée, où le général Valentin dut se réfugier avec ses agents, après que l'incendie, allumé par les combattants de la Commune, eût dévoré les vieux bâtiments de la rue do Jérusalem.

M. Albert Gigot m'accueillit avec la plus gracieuse affabilité :

— En quittant la préfecture de police j ai, me dit-ily une consolation, c'est que je la laisse entre vos mains.

M. Albert Gigot mit beaucoup d'empressement et de courtoisie à me donner tous les renseignements dont je pouvais avoir besoin; puis, après m'avoir remis les services, il se retira discrè- Icmonl, et me laissa seul dans ce cabinet pré-

fcctoral, témoin ou confesseur de tant d'intrigues,

de crimes, de misères, gardien de tant de ^ secrets.

En face de mon bureau, ornant une cheminée, Taigle impérial étendait ses ailes sur le cadran d'une pendule.

Accrochés aux tentures de velours rouge, deux portraits, séparés par les rayons d'une bibliothèque, représentaient deux présidents de la République, M. Thiers et M. le maréchal de Mac-Mahon.

Je remarquai que l'image de M. le président Grévy était absente.

Mais je n'étais pas là pour regarder les murs.

Je reçus d'abord le chef de cabinet de mon prédécesseur, qui venait accomplir auprès de moi le dernier acte de sa fonction :

— Monsieur le préfet, me dit-il, en me remettant un volumineux dossier, je viens remplir auprès de vous un devoir que mon prédécesseur a rempli auprès du vôtre. Il est de tradition de remettre son dossier à tout préfet qui arrive.

Mon dossier portait le numéro 14207. Je l'ai fait relier et je le garde dans ma bibliothèque, avec toutes les calomnies grossières et les dénonciations haineuses qui sont d'ordinaire le fonds de ces sortes de documents.

Et cependant, tels qu'ils sont, ces dossiers sont utiles, indispensables même pour les recherches de police, mais à la condition de n'être connus ni des particuliers, ni même de la justice, et de n'être jamais ouverts que par des chefs de service expérimentés, sachant les lire et y démêler, parmi tant d'allégations inexactes et souvent contradictoires, la part de vérité qu'il contiennent.

L'administration a souvent intérêt à savoir ce qui a été dit ou écrit sur le compte de la personne qui a éveillé son attention. Le dossier répond à cet intérêt. Il n'a pas seulement pour but de faire connaître qui vous êtes, mais surtout ce qu'on a dit de vous. L'imputation la plus mensongère p3ut-être une lueur, éclairer une trace, avoir par conséquent un intérêt de police.

Aussi mettra-t-on dans votre dossier, pêle-mêle, sans distinguer entre le vrai et le faux, tout rapport dont vous aurez été l'objet, toute dénonciation vous concernant, tout article de journal, tout fait divers où vous serez nommé.

Les employés commis à cette tâche sont de simples manœuvres, chargés d'apporter des matériaux pour la construction des archives.

Jamais les dossiers ne sont communiqués ni au parquet, ni aux juges d'instruction, ni au tribunal. Quand les magistrats demandent un rapport sur

un inculpé, deB renseignements sont pris «Tec soin pour leur être transmis; le dossier peirt faciliter les recherches ; il ne saurait y suppléa.

Tous ces dossiers sont classés par ordre alphibétique, et cinq minutes après avoir demandé fej vôtre, madame, le préfet de police Taura sursos bureau.

— Eh quoi ! direz- vous, ai-je donc un dossier? La police a-t-elle eu l'indiscrétion de me cataloguer avec un numéro?

— Certainement, madame, et je ne vous ferai pas rinjure d'en douter. Tout ce qui compte dans Paris par sa beauté, son élégance, son esprit, sa naissance, ses toilettes, tout-Paris enfin a son dossier.

C'est une erreur de croire que les dossiers soient réservés aux criminels et à ces autres malfaiteurs qu'on appelle des hommes politiques.

Il est vrai que nous avons plusieurs sortes de dossiers et plusieurs catégories d'archives.

Il y a les dossiers bleus, dont nous venons de parler. Ce sont les plus nombreux et les plus variés. Ce sont les dossiers politiques ou mondains.

Il y a des dossiers jaunes, réservés à la criaiinalité.

Il V a aussi les dossiers l)lancs ou dossiers des

mœurs. Ah! la couleur de la Couverture n'a rien de symbolique.

Dans rintérêt de la morale, il faudraût pouvoir entr'ouvrir les dossiers *bla;ncs et montrer à la débauche combien elle s'abuse quand elle se croit protégée par les portes fermées et les fenêtres closes.

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