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L'Int^erpeUation des députés de Paris.
Les députés de la Seine ne pouvaient s'abster de porter devant le Parlement la question ' la préfecture de police.
Ijne demande d'interpellation fut déposée en 'Ur nom sur le bureau de la Chambre. Toute- Camille
Sée et Bamberger, refusèrent de s'y joindre.
L'interpellation fut développée par M. Pascal Duprat.
Orateur élégant, semant son discours d'épigrammes plus spirituelles qu'acérées, M. Pascal Duprat employa les ressources de son beau langage à restreindre le débat à une question de personne.
Il s'apitoya sur les responsabilités imméritées du ministre de l'intérieur, qui devait se demander souvent s'il n'était pas « le subordonné, plus que le chef de son très haut et très puissant subordonné. »
Il énuméra les qualités nécessaires à un bon préfet de police : la clairvoyance, la résolution, la souplesse.
L'orateur voulut bien m'accorder la résolution, estimant même que je l'avais avec excès; mais il me contesta la clairvoyance, et ajouta que, quant à la souplesse, je protesterais si l'on m'accusait d'en avoir.
Je n'avais, suivant M. Pascal Duprat, compris de la préfecture de police que le côté militant, l'exagérant même par mon humeur belliqueuse.
La révocation du préfet de police était nécessaire pour mettre fin au conflit.
M. Constans, ministre de l'intérieur, couvrit
»on prMet, sans réticences ni réserves. On fut surpris de la netteté de son langage ; le déplaisir que lui avait parfois causé le caractère mal assoupli de son subordonné n'avait en rien altéré sa ferme revendication des droits qui appartien-
nent à TEtat.
Reprenant Thistorique des délibérations agressives du conseil municipal, il montra que chacune d'elles était un empiétement sur le domaine du pouvoir central, et que la tendance manifeste.de la municipalité parisienne était d'imposer sa volonté au gouvernement de la France.
La majorité couvrit ce langage de ses applaudissements. Il n'est pas vrai, quoi qu'on en ait dit, que les députés aient un sentiment d'hostilité contre Paris; mais ils ont la jalousie, la crainte, disons même la haine de cette assemblée municipale qui s'élève à côté de la représentation nationale et prétend se régir par ses propres lois. Ce n'est jamais en vain qu'on fait appel à ce sentiment de la Chambre.
M. Benjamin Raspail intercala ensuite, sans qu'on ait jamais su pourquoi, une harangue diffuse sur les dépotoirs et les usines insalubres.
M. Floquet revint à la question et éleva le débat à la hauteur de son talent, un peu déclamatoire, mais toujours intéressant. Pratiquant
Il 13.
Toubli des aménités désobligeantes, c'est le seol souvenir que j'aie gardé de cet éloquent discours.
Je répondis à M. Floquet.
Pour ne pas m' exposer à faire de mes paroles une analyse suspecte de partialité, je prends dans^ le journal la Convention les appréciations d M. Sigismond Lacroix, alors président du conse municipal :
La haine de Paris, c'est surtout M. Andrieux qui y a fait appel avec le plus grand cynisme, et il faut Je dire, avec le plus grand succès. Il venait de rappeler le projet d'organisation municipale, qu'il désigne ainsi : « Une espèce de constitution tendant à l'autonomie communale, » et ayant ainsi agité devant 1^- Chambre le spectre rouge, il continua en ces termes -
« Fonctionnaire de l'Etat, je devais défendre le^ droits de l'État. C'est la volonté nationale que j^ défendais dans la mesure des attributions qui m^ sont confiées, et que j'exerce sous le contrôle et te ^ ordres d'un ministère appuyé sur vos suffrages ; c'es^ la volonté nationale que je défendais quand j^ demandais le respect de la loi, qui est la seul^ expression régulière de la volonté nationale, laquelle doit prévaloir contre la volonté particulière d'u* conseil municipal, si considérable et si respectable qu'il puisse être. »
Et comme la Chambre ne paraissait pas très bien comprendre comment c'était la volonté nationale qiu> sans être consultée, avait défendu à M. Andrieux de
répondre à une interpellation de M. Dépasse siir les mltaques diurnes et nocturnes à Paris, M. Andrieus isistâ :
■c Messieurs, là est la véritable position de la qnes- 3n; ne cherchez pas dans la débat autre chose que ï qui y est : il faut savoir si le pas est à l'État ou tleat au conseil municipal. {Très bien! Très bien! — Applaudissements au centre et sur divers bancs à ttr-oite et à gauche.)
•' Serviteur dévoué depuis de longues années de la ^mocratie, j'estime que je suis dans le vrai principe ï-^mocratique lorsque je défends le gouverûement du "B»ays par le pays contre ceux qui veulent le gouvera«inent du pays par les élus des quartiers de Paris. r ( ^rés bien! très bien! — Protestations.) »
Cette fois, on avait compris. La province, soulevée contre Paris par la perfide parole de M. Andrieus, se répandit en tels cris de colère que M. Casse lui-même 'aîssa échapper ces mots :
" Vous faites une mauvaise action en disant cela : *'Ous excitez à la haine... »
J'ignore pourquoi M, .\ndrieux a corrigé son dis-
t'^ours à l'Officiel, mais je suis parfaitement silr d a.voir entendu à ce moment prononcer le nom de : Commune de Paris, au lieu de « Conseil municipal », i^Onime le porte l'Officiel. M. .\ndrieuï a certoine- "Oent dit :
« II faut savoir si le pas est à l'État ou s'il est à la '^Ommmie de Paris, o Le spectre avait fait son effet. M. Ândrieux avait *^auie gagnée. Paria était condamné.
Car il ne faut s'y tromper. Si la Chambre a accoi
rdlj^l
à M. Andrieux un vote de confiance, ce n'est pas j}ar sympathie pour lui ni par admiration pour sa conduite. La majorité aime peu M. Andrieux. Oui, nais M. Andrieux est un ennemi de Paris, il estrennemide la population de Paris, ennemi de son conseil municipal, l'ennemi de sa députation : donc, M. Andrieux doit être maintenu. Il se pose en homme capable à» mater Paris. Vive donc Andrieux, par haine et p^ peur de Paris.
L'honorable M. Sigismond Lacroix me pc^' tait, pour la ville de Paris, des sentiments (J,*^ ' n'ont jamais été les miens, comme aussi il at^^^* ' sait de la fiction légale lorsqu'il affectait de co^*^ fondre Paris avec sa représentation municipal^-
D^ns la lutte que j'ai eu le regret de soute»*^ contre certains Ardéchois ou Strasbourgeois du conseil, M. Sigismond Lacroix sait bien que 3'** rencontré des sympathies ailleurs qu'à Carpentras.
Le président du conseil municipal avait raison de dire que j'avais « corrigé mon discours ^ V Officiel, »
En effet, M. Gambetta, après la séance, me fî^ prier de changer cette phrase : « Il faut savo^^ si le pas est à l'Etat ou s'il est à la Commun^ de Paris. » C'est k sa demande que j'en ai modifié les derniers termes. M. Gambetta ne voulait
pas qu'à l'approche des élections on réveillât le souvenir de la Commune.
Après une réplique de M. Brisson, qu'il faut honorablement mentionner, M. SpuUer proposa à la Chambre un ordre du jour ainsi conçu :
« La Chambre,
» Convaincue deTurgente nécessité d'apporter dans l'organisation de la préfecture de police des réformes depuis longtemps reconnues indispensables, mais désireuse avant tout de faire cesser le conflit survenu entre le conseil municipal et le préfet de police actuel,
» Invite le gouvernement à prendre les mesures nécessaires et passe à Tordre du jour. »
Cette motion, qui, sous une forme parlementaire, invitait le gouvernement à me révoquer, fut repoussée par 354 voix sur 419 votants.
Ce qui est piquant à constater, c'est que, tandis que M. Gambetta, dans toute cette affaire, n,e cessait de me prodiguer ses encouragements et ses témoignages d'approbation, ses amis et ses journaux se prononçaient hautement contre moi.
Comme Janus, l'opportunisme a deux visages.
La réunion de l'Arbresle.
Stimulés par l'exemple des députés et des conseillers municipaux, mes électeurs, à leur tour, voulurent m'interroger. Je me rendis à leur invitation, et le dimanche 24 avril j'arrivais à l'Arbresle.
La journée pluvieuse n'avait pas empêché quinze ou dix-huit cents politiciens de se réunir dans la bâtisse municipale encore inachevée.
M. Fouilloux, maire de Saint-Cyr, président du comité central de la circonscription, me donna la parole, et je commençai en ces termes, si je m'en rapporte au compte rendu du Courrier de Lyon :
Mes chers concitoyens,
Depuis que vous m'avez fait l'honneur, en 1876, de me confier le mandat de vous représenter à la Chambre des députas, je me suis fait un devoir de venir le plus souvent possible me mettre en rapport et en communion d'idées avec vous.
Aujourd'hui, je viens vous trouver avec le désir
d'être interrogé et de répondre à toutes vos questions. Je ne vous apporte pas un discours préparé ; je ne suis pas de ceux qui s'imaginent avoir rendu des comptes à leurs électeurs par cela seul qu'ils leur ont parlé. Je veux répondre à toutes vos questions, sans circonscrire le débat. Comme préfet de police, tenant ma fonction non de vos suffrages, mais du gouvernement, j'aurais certainement le droit strict de me soustraire aux interrogations relatives à l'exercice de cette fonction ; mais il ne me convient pas de vous opposer de telles exceptions, je désire que tous mes actes politiques vous soient connus; je suis ici pour me prêter à vos investigations les plus complètes ; je trouverai votre curiosité légitime, même si elle s'étend à ma vie privée ; je ne me retrancherai pas derrière le fameux mur que l'honorable M. Guilloutet avait élevé sous l'empire. Au reste, il est singulièrement ébréché, le mur de ma vie privée. La presse l'a troué de ses boulets, et à travers les larges ouvertures qu'ils y ont laissées, le passant peut sans peine regarder les choses les plus intimes de mon existence. Je ne parle pas d'ailleurs des attaques de la presse pour m'en plaindre ; il m'est aujourd'hui plus facile que jamais d'être partisan de la liberté de la presse, car je n'ai plus rien à perdre à ses discussions. On a dit contre moi tout ce que pouvait inventer l'imagination la plus féconde et je crois avoir épuisé jusqu'à la lie la coupe de calomnie ; je m'en trouve bien et je m'en sens fortiflé.
Je ne vais pas reproduire ici toutes les questions qui me furent posées et toutes les réponses
236 SOUVENIRS ' ' : ' i
que j y gvvls devoir faire. Je me boroeà celles qui, se rattachant à l'exercice de ma fonction, me donnèrent l'occasion d'expliquer les motifs de quelques actes importants de mon administration :
QUESTION DE M. ANDBÉ
ÉLECTEUR A CHASSELAY
M. André interroge M. Andrieux sur le conflit qui s'est élevé entre lui et le conseil municipal de Paris.
M. FouiLLOUx fait observer qu'il s*agit des actes du fonctionnaire et que le collège électoral n'a point à s'en occuper.
M. Andrieux. — Messieurs, l'exception soulevée par notre honorable président est sans doute légitime dans la rigueur du droit, mais je tiens à ne pas m'en prévaloir ; je veux répondre à toutes vos questions et ne faire aucune réserve dans cette réunion oii tous les électeurs, amis ou adversaires ont pu trouver un libre accès. (Très bien ! très bien !)
Le conseil municipal de Paris est une grande et respectable assemblée dont je ne veux parler qu'avec toute la considération que je lui dois et que je professe bien sincèrement pour elle. Aucune parole ne sortira volontairement de ma
pOuche qui
">Uclie qui puisse ajouter à l'acuité d'un dissenîoaent sans doute fort regrettable. Mais je ne ■Manquerai pas aus égards que je dois aux Membres du conseil en rappelant que la majorité o'entre eux s'est prononcée, sur le rapport de ■M. Sigismond Lacroix, présideat actuel, pour l'autouomie de Paris, c'est-à-dire pour l'émaniCipation de cette ville vis-à-vis de l'Etat. L'honorable rapporteur allait jusqu'à demander que la Ommune de Paris fût chargée de voter Fassiette, I quotité et le mode de perception de ses Impôts. L'autonomie de la ville de Paris devrait avoir out d'abord pour conséquence la main mise sur w. préfecture de police transformée au gré du tonseil municipal.
Messieurs, la ville de Pai'is, avec ses deuid taillions d'habitants, n'est point une commune ' ïemme une autre. Si vous ajoutez qu'elle est la Capitale de la France, le siège des pouvoirs mblics et des représentants des puissances étran- |Ères, vous comprendrez que Paris est mieux [u'une ville municipale, que c'est une ville natiolale, cessant de s'appartenir elle-même pour l^partentr au pays tout f ntier.
Aussi la nation n'épargue-t-elle aucun sacriice pour placer sa capitale à la hauteur qui lui ipparticnt dans la considération du monde entier.
Quelles sommes énormes les contribuables français n'ont-ils point consacrées à Tédification des palais et des théâtres de Paris, à la richesse de ses musées, aux encouragements qui y sont donnés aux représentant^ les plus distingués des arts, des sciences et des lettres ! La ville qui possède tous ces avantages doit bien, en retour, faire quelques sacrifices au repos et à la sécurité de la nation.
C'est dans cette pensée que le législateur a placé la police de Paris dans la main d'un fonctionnaire nommé par l'État et responsable seulement devant les ministres. Songez que la préfecture de police, avec ses 6.000 gardiens de la paix, ses nombreux inspecteurs, agents et employés, auxquels il faut ajouter le régiment des sapeurspompiers et la légion de la garde républicaine, représente près de 11.000 hommes.
La préfecture de police, c'est l'institution qui assure dans Paris la sécurité des personnes et des propriétés, mais c'est elle aussi qui surveille les menées des partis et qui intervient au besoin pour réprimer les tentatives des factieux. En un mot, la préfecture de police, c'est la force dans Paris. On l'a dit avec raison, celui qui tient Paris tient la France. Faudra-t-il donc que le conseil municipal de cette ville veille seul et librement
' PREFET J)E P(ILU;E 239
% la sécHrité des inslitutions et des pouvoirs pullics? Quel sera le repos de vos esprits quand vous senlirez vos représentants à la merci du bon ou du mauvais vouloir des élus des quartiers de Paris?
Je ne pouvais, messieurs, me prêter à de pareils desseins : j'ai refusé d'accepter pour mon ftdminislration un contrôle qui prétendait ne pas •e borner à vérifier l'emploi des deniers, mais çui voulait s'immiscer dans la direction même |fa personnel; j'ai refusé d'accepter pour moilême le rôle d'agent municipal; j'ai décliné Tite responsabilité devant le conseil, invoquant Ps textes les plus clairs et les plus précis de la igislation spéciale. En conséquence, prêt à Hmaer au conseil tous les éclaircissements qu'il mvait désirer sur les questions municipales,
& refusé de répondre à des interpellations,
ttyies d'ordres du jour, destinées à déplacer' krdre légal des responsabilités et à donner aux iDseillers de Paris une autorité qui n'appartient l'aux ministres de la République française, ipplaudissemenls.)
En agissant ainsi, en défendant les droits de l'Ëtftt, ce sont vos droits que j'ai voulu maintenir, iP le temps n'est plus oii un monarque pouvait i«Hre : H L'Etat c'est moi; » aujourd'hui, me»
chers concitoyens, l'État c'est vous. (Applaudissements prolongés.)
Vous savez qu'à la suite de ces faits une interpellation fut portée devant la Chambre par MM. Pascal Duprat et Floquet, au nom de la majorité des députés de la Seine; vous savez que , rhonorable ministre de l'intérieur, me couvrant , de sa haute responsabilité, a déclaré que j'étais '■ resté dans mon droit et que le conseil municipal avait excédé le sien.
A mon tour, je suis monté à la tribune, j'ai dit à mes collègues ce que je vous disais tout à rheure à vous-mêmes, j'ai fait appel à leurs sentiments démocratiques, je leur ai demandé s'ils voulaient le gouvernement du pays par le pays, ou le gouvernement du pays par la commune de Paris. (Applaudissements.) Aussi lorsqu'un ordre du jour fut déposé pour inviter le gouvernement à se séparer du préfet de police, la Chambre, qui n'est point encore disposée à abdiquer les droits qu'elle tient de vos suffrages, — s'est-elle prononcée contre cet ordre du jour par une imposante majorité de 3S4 voix contre 65.
(Applaudissements.)
Et maintenant, le conflit va-t-il se perpétuer? J'ose espérer qu'il n'en sera pas ainsi. Couvert une première fois par le décret du président de
la République, une seconde fois par le vote de la Chambre, je compte sur la sagesse et la patriotisme de la majorité du conseil municipal, qui ne voudra pas continuer contre la Chambre ellemême une lutte dans laquelle ma personnalité est effacée.
En attendant le vote de la loi actuellement soumise aux Chambres, ne voulant pas préjuger la décision du pouvoir législatif, je déposerai sur le bureau du conseil municipal mon projet de budget pour l'exercice de 1882; je lui proposerai des demandes de crédits plus urgentes pour l'exercice courant, crédits qui intéressent la sécurité même de Paris, et je croirais manquer au respect que je dois au conseil municipal si j'admettais un instant qu'il puisse consentir, après le jugement de la Chambre, à assumer les responsabilités qui résulteraient d'un refus. (Applaudissements . )
QUESTION DE M. ARLIN
MAIRE d'ÉCULLY
M. Arlin demande si M. Andrieux à Tinlention de conserver ses fonctions de préfet de police ; il explique que les affirmations des journaux ont pu faire naître quelque inquiétude à cet égard, surtout depuis que ces attaques se sont produites dans deux articles de
la République française. Ces articles on été très Iim dans la circonscriptioa, et on s'est demandé fus n'avaient point été inspirés par M. Gambetta.
M. Andrieux. — Je remercie M. Arlin de sa bienveillante sollicitude ; il a pu juger par mes précédentes réponses que je suis fort éloigné de vouloir quitter la préfecture de police. Je me croirais indigne de la confiance que la ChaHibre m'a témoignée si, au lendemain de son vote, sans en tenir nul compte, j'abandonnais le poste de combat où elle semble m avoir ordonné de rester. Je serais fort inconséquent avec moimême si, après avoir soutenu que je n'ai aucune responsabilité devant le conseil municipal de Paris, je me retirais parce que j'aurais cessé d'avoir la confiance de ce conseil.
Non, messieurs, appuyé sur le vote de la Chambre, je resterai à la préfecture de police et j'attendrai sans jactance, mais avec fermeté, ce qui pourra se produire. Je ne crois pas aux pronostics de ceux qui offensent le conseil en prétendant qu'il adressera au gouvernement je ne sais quelle mise en demeure comminatoire; toute démarche de cette nature ne serait, en dernière analyse, qu'une sommation d'avoir à gouverner en s'appuyant sur la majorité du conseil muni-
cipal contre la majorité de la Chambre, des députés. (Rires approbatifs.)
Mais, me dit-on, pourrez-vous résister aux attaques de la presse? A celles mêmes de la République française qu'inspire Téminent président delà Chambre?
Messieurs, je ne suis point allé demander à l'honorable M. Gambetta quels étaient ses des^ seins à mon égard ; j aurais paru croire à un gou* vernement occulte ; j'ai lieu cependant de penser que les articles de la République n'ont point été inspirés par lui. Je tiens pour certain qu'on a eu tort de lui imputer, vis-à-vis du préfet de police, des intentions contre lesquelles protestent à la fois sa haute intelligence et ses qualités d'homme d'Étal (Applaudissements.)
Je sais apprécier les sentiments de bienveillance qu'a toujours paru me témoigner l'honorable M. Gambetta; j'en connais tout le prix; mais si cette bienveillance venait à me faire défaut, je ne la croirais pas indispensable pour remplir les fonctions que le gouvernement m'a fait l'honneur de me confier. (Applaudissements.)
L'article de la République française était le développement de cette idée qu' « on ne peut gouverner contre Paris » ou même « sans Paris » ,
et l'auteur, confondant Paris et le conseil muiLÎcipal, concluait au départ nécessaire du préfet de de police. La doctrine me parait plus spécieuse que solide ; dans les questions où Paris est d'accord avec la nation, oui, sans doute, il n'est pas possible de gouverner contre Paris ; mais si, comme dans le cas qui nous occupe, les élus de la France sont en dissentiment avec ceux de Paris, c'est une étrange prétention de vouloir que la volonté d'une commune domine celle de toutes les autres. Messieurs, la vraie formule, la voici: « Oïl ne gouverne pas contre la France ! » (Applaudissements.)
QUESTION DE M. DESGHAMP
ÉLECTEUR A LISSIEU
M. Deschamp prie M. Aiidrieux de s'expliquer sur les décrets.
J'emprunte la réponse au compte rendu télégraphique dujournal/<? Clairon, qui avait envoyé à TArbreslc un de ses reporters :
Ici, dit le journaliste, une émotion véritable s'empare de toute la salle ; et c'est avec une satisfaction profonde que je constate ce tressaillement. Un jour, peut-^être, pourrai-je dire ce que je sais personnelle-
ment sur les hésitations de M. Andrieux à se faire l'exécuteur des volontés de M. Ferry. Ce qu'il a affirmé à ses électeurs, c'est que, n'ayant pu faire autrement, il a dû obéir aux ordres formulés malgré ses remontrances.
Le Courrier de Lyon termine ainsi son compte rendu :
M. FouiLLOux, président, après avoir constaté qu'aucun électeur ne demande plus la parole, propose à l'assemblée de voter des remerciements à M. Andrieux en sa double qualité de député et de préfet de police ; il propose en outre de prendre l'engagement d'assurer la réélection du député de la ^^ circonscription.
Ces propositions sont votées à l'unanimité, aucune main ne s'étant levée à la contre-épreuve.
Les journaux du président du conseil blâmèrent ma déclaration relative à rexécution des décrets. Ceux de M. Gambetta trouvèrent fort impertinente mon allusion au gouvernement occulte et ma prétention de pouvoir à la rigueur me passer de la bienveillance du président de la Chambre.
L'opinion de l'étrsuiger sur la préfecture
de police.
On va me reprocher de parodier le mol fameux sur « la magistrature que l'Europe nous envie ». Mais, au risque de m'exposer au ridicule de ce rapprochement, je dois dire que la préfecture de police jouissait à l'étranger d'une considération que Tesprit frondeur des Parisiens lui refusait trop souvent.
Tandis que le conseil municipal et la plupart des organes de la presse républicaine demandaient la suppression de la préfecture de police et s'efforçaient d'intéresser le sentiment libéral à la disparition de cette institution, je recevais au boulevard du Palais des témoignages non équivoques de l'estime en laquelle on la tenait à l'étranger.
J'eus, plusieurs fois, la visite de M. Vincent Howard, et le sympathique directeur de « Scotland Yard », comparant nos institutions de police à celles de l'Angleterre, ne dissimulait pas
la préférence qu'il aecordait à celles de notre pays.
Ce que j'aurais volontiers emprunté à l'Angleterre, dans l'intérêt de la sécurité publique, c'est le fameux bâton des agents anglais, devant lequel la foule, a-t-on coutume de dire, s'écarte par respect pour la loi qu'il symbolise.
J'avais fait venir de Londres quelques-uns de ces porte-respect; il suffit de les prendre dans la main pour reconnaître qu'ils ont une autre valeur que celle d'un symbole.
La Norvège nous envoya M. Christiensen, chef de division à la préfecture de Christiania, qui vint étudier nos divers services de police.
M. Baranoff, le brillant officier russe qui fut placé plus tard à la tète de la police de son pays, vint nous visiter de la part de Loris Mélikoff.
Il était accompagné de M. Yvan de Romanoff.
J'eus le plaisir de faire parcourir à ces messieurs les salles réservées aux archives, et de leur faire montrer, extérieurement du moins, les dossiers de toutes les personnes dont ils prononçaient les noms.
M. Baranoff, qui n'était que depuis deux jours à Paris, fut très surpris de trouver déjà un dossier à son nom dans les archives de la préfecture.
Les Japonais nous avaient envoyé une mission
de quatre personnages fort intelligents, duffÇta d'étudier notre préfecture de police pour en rapporter le plan dans leur pays.
Cette nation, si prompte à s'assimiler les mœurs, les modes et les institutions de TEurope, empruntant à chaque peuple ce qui lui paraît ^ digne d'imitation, avait jugé que la police française méritait d'être copiée.
Le Portugal avait fait auprès du gouvernement français une démarche des plus flatteuses.
Par l'intermédiaire de son proche parent, M. le chevalier de Faria, consul général de S. M. le roi de Portugal à Paris, le gouverneur de Lisbonne, M. Arrobas Barreiros, demandait h la France qu'un fonctionnaire de la préfecture de police fût envoyé à Lisbonne avec la mission d'y faciliter par ses avis l'organisation d'une police semblable à celle de Paris.
Je désignai au choix de M. le ministre des affaires étrangères le chef du secrétariat de la préfecture de police, M. Olivier du Taiguy»
aujourd'hui mon collaborateur au journal /^^ Ligne,
M. du Taiguy partit pour le Portugal au printemps de l'année 1881. Il y resta près de cinq mois, et en revint après avoir rempli sa difficile mission à la satisfaction du gouvernement portu-
gais, comme en témoignaient de hautes distinctions dont il avait été honoré.
Mais l'approbation qui me parut la plus significative, fut celle qui, dans les derniers mois de mon administration, me vint de la légation des Etats-Unis d'Amérique.
Je reçus, en effet, du général Noyés, ministre des États-Unis à Paris, la lettre suivante :