Le Iraitetuottt do disponibilité est de 6,000 ffanca
cision des magistrats et j'ajournai ma question.
Or, il se trouva que le ministre de Tintérieur n'avait échappé au débat devant la Chambre qu'en donnant aux représentants du pays les renseignements les moins exacts.
La justice n'était pas saisie ; les jours s'écoulèrent sans que M. Démangeât reçût, sous aucune forme, aucune nouvelle de M. André de Trémontels.
Il y avait un concussionnaire ou un calomniateur. Le silence du préfet disponible ne permettait plus d'hésiter sur la solution du dilemme.
Je revins â la tribune. Le ministre avoua que la justice n'était pas encore saisie ; mais il affirma qu'elle le serait bientôt.
Le passé, ayec le temps, était devenu le futur.
Ma curiosité était patiente; j'attendis encore.
Aujourd'hui, M. André de Trémontels a laissé s'écouler les «délais de la prescription. Il a pris conseil des hommes les plus éclairés ; tous lui ont dit que dans le doute le sage doit s'abstenir, et le préfet disponible a voulu êtrQ sage.
Comment M. Waldeck-Rousseau a-t-ilpris cet acte de désobéissance à son autorité? On a dit que M. André d« Trémontels, depuis l'expiration des délais de prescription, ne reçoit plus son traitement.
Je ne suis pas éloigné de croire qu'en effet M. le ministre de l'intérieur, par un acte de tardive répression, a voulu se soustraire aux conséquences d'une trop longue faiblesse.
La Chambre pensera-t-elle que l'incident est clos? L'occasion se présentera sans doute de le lui demander et de provoquer enfin sur les graves accusations de M. Démangeât ces explications nécessaires auxquelles le ministre et son protégé ont pu se soustraire jusqu'à ce jour.
En attendant, ne quittons pas M. André de Trémontels sans emprunter à ses souvenirs ime anecdote qui peint l'homme et le fonctionnaire.
M. André de Trémontels possédait un vieux buste de la République, type officiel avec l'étoile et les épis.
Ce buste l'avait suivi de sous-préfectures en préfectures depuis le commencement de sa carijière administrative, et faisait encore Tornement de son cabinet à l'hôtel préfectoral de Rodez.
Quand Fusure du temps et la fumée des becs de gaz l'eurent suffisamment déprécié, le préfet de rAveyroa eut l'ingénieuse idée de se défaire de ee l'ossîgnol symbolique au préjudice de l'Etat.
A cet effet, il passa un contrat avec lui-même. Il fut à la fois vendeur et acheteur.
A en juger par les apparences, ce fut en la
première qualité qu'il fit un marché avanlageux.
En eiïet M. André de Trémontels, simple particulier, vendit à M. André de TrémonleU, préfet de l'Aveyron, au prix de 126 francs, pour le mobilier de la préfecture, le buste ci-dessus décrit.
. Mais le crédit pour le mobilier était épuisé. Cette vulgaire considération n'arrêta pas l'ingénieux préfet.
Il fit faire un mandat de 126 francs au nom du .tapissier de la préfecture sur le crédit accordé pour les illuminations du 14 Juillet; et ce fournisseur, qui était dans la confidence, rapporta fidèlement au préfet le montant de son mandat.
Si nous demandions à M, Waldeck-Rousseau
[ueUe est la morale de ce récit, il nous répondrait
'pana doute qu'il faut augmenter les fonds secrets.
Suppression de la poUce des mœurs. — Fausse sortie. ~ Les filles inscrites. — Les ii maisons k. de rendez-vous n.
Le service des mœurs avait été, depuis quelques années, l'occasion des attaques les plus fré-
D'US PRÉFET DE POLICE j^
qoentes elles plus violentes contre la préfecture de police.
Le mouvement d'opiuion, dont nous devions ressentir bientôt le choc à Paris, s'était manifesté d'abord eu Angleterre, et c'étaient d'honnêtes dames qui en avaient pris l'initiative en 1870.
Leur respectable association pubhait un journal hebdomadaire réclamant l' abrogation des lois spé- (ùales.
Leur zèle ne tarda pas à tourner au fanatisme, et le dénigrement de parti pris fit accueillir et propager les récils les plus erronés et les plus grossièrement invraisemblables.
L'association des dames anglaises fonda une ligue internationale pour l'abrogation des lois relatives à la prostitution.
Elle eut des missionnaires qui parcoururent l'Europe et s'arrêtèrent àParis pour associer leurs efforts à ceux de M. Yves Guyot et de ses amis.
Mais, tandis qu'en Angleterre les senlimeiits les plus respectables d'humanité, de liberté, de respect de la femme inspiraient jusque dans leurs erreurs les honorables membres de la fédération, ii n'en était pas de même à Paris, où les associés français poursuivaient avant tout une œuvre politique, sans préoccupation du bien public et avec un parfait dédain de toute bonne foi.
Dks 1878, les récils fantaisistes de certaim journaux aTaienl excité à im degré extraordi^ naire l'opimon publique contre le service des
Il faut recounaître que plusieurs erreurs commises par les agents avaient été une cause de scandale et paraissaient avoir donné raison à la presse contre la préfecture de police.
Si déplorables qu'aient été les méprises signalées par les journaux, il serait injuste d'en exagérer le nombre,
La police des mœurs était étrangère à quelques-uns des faits les plus connus et les plus souvent cités à sa charge.
On sait que l'autour de l'inqualifiable agression dont M'" Rousseil fut l'objet n'appartenait à aucun des services dç la préfecture, qu'il fut poursuivi et condamné par le tribunal correctionnel pour avoir usurpé des atlributions qui ne lui appartenaient pas.
Celte condamnation n'a pas empêché que le I cas de M"' Roussoil ne fût toujours cité en tête I des e^'rcuvs ou des abus commis par la police des j. mœurs..
' J'ai précédemment démontré que M"" Lucie
f Bornage n'a jamais été aiTèlée, ni par un agent,
ni par qui quo ce fût : néanmoins, chaque fois
qu'un Plularquc de la presse écrit l'histoiro des femmes illustres victimes des agentides mœurs, M"° Lucie Bernage arrive seconde au poteau, à peine distancée par M"° Roussoil.
Si les agents des mœurs ont commis des erreurs. heureusement très rares, ils ont cela de commun, je ne dii'ai pas avec lea journalistes, — dans la confrérie c'est comme au Vatican : nous sommes infaillibles, — mais avec les ai^ents des autres services, voire même avec les magistrats.
Quand la police recherche un voleur, un assassin, il lui arrive, trompée par des témoignages, par des apparences, d'arrêter uu honnête homme ; on n'en a pas encore conclu qu'il faille supprimer le service de la sûreté.
Mais les erreurs des magistrats sont autrement graves que celles de la police.
Les agents sont responsables de leurs actes, on ne leur pardonne pas une erreur : quaud ils se trompent, ils sont révoqués.
Les magistrats sont îrresponsohles et inamovibles ; leurs erreurs même passent pom' la vérité : Res pidicata pro veriiate habetar
L'erreur d'un agent n'engendre qu'un mal temporaire ; l'erreur d'un magistrat est irréparable, et l'autoritù de la chose jugée ferme la bouche à toute réclamalion.
.^àL.
conclu qu^^l
Et pourtant on n'en a pas encore conclu faille supprimer les tribunaux.
Les agents des mœurs seuls, ces pauvres employés à 1,400 francs par an, n'ont pas le droit de se tromper. On ne tient aucun compte des ser- '. vices qu'ils rendent à la sauté publique, à la décence des rues, pas pins qu'on ne tient compte des appareQces qui, le plus souvent, expliquent et excusent leur erreur.
Dans la séance du mardi 28 décembre 1880 le conseil municipal de Paris adopta une proposition ainsi rédigée :
« La brigade des mœurs sera supprimée à partir du l" janvier 1882 ; M. le préfet est invité à étudier et à proposer d'ici à cette époque une organisatiou conforme aux indications contenues dans le rapport de la commission du budget. »
J'avais combattu celte proposition pour l'honneur des principes, car, au point où j'en étais, je ne me faisais plus l'illusion de croire que l'échéance du 1" janvier me trouverait encore sur la brèche.
J'eus cependant bientôt l'occasion de donner au conseil municipal une apparente satisfaction.
M. Macé avait une tendance à réclamer pour le service de la sûreté tous les agents et toutes les attributions de la police municipale ; il don-
nait d'ailleurs, pour juslifier sa prétention, d'esi lentes raisons, dont je savais apprécier la valeuffl
Pour la police des mœurs, notamment, il faisait juslement remarquer que les auteurs des vols en dissipent le plus souvent le produit dans les malsons de tolérance, el que la surveillance de ces maisons, conûée au chef de la sûreté, faciliterait ses recherches en matière criminelle.
J'hésitais néanmoins à donner à M. Macé la satisfacliou qu'il paraissait désirer, lorsque l'enquête que je poursuivais depuis quelque temps me démontra la nécessité de hrlser les anci cadres de la police des mœurs.
M. Lerouge, officier de paix, et M. Remise, Bon inspecteur principal, avaient laissé s'introduire de graves abus dans le service.
J'en saisis la preuve, et je pris en conséquence l'arrêté suivant, à la date du 9 mars 1881
Considérant que la fusion du service des mœurs avec celui de la sûreté, dont il fait naturellement partie, aura pour effet de faciliter les recherches des crimes et des délits en même temps que celles des infractions aux règlements sur la prostitution ;
Considérant que cette mesure, en ne laissant plus â des agents spéciaux la surveillance des mœurs, répondra autant qu'il est possible aux vœux émis par le conseil municipal de la ville de Paris ;
dCL
Vu l'arrêté du 12 messidor an VIII ;
Vu la délibération du conseil municipal de la ville de Paris, en date du 28 décembre 1880 ;
A décidé :
Article 1". — La brigade des mœurs est supprimée.
Art. 2. — Les brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs de ladite brigade sont versés dans la brigade de sûreté.
Art. 3. — M. Lerouge (Auguste-François-Hyacinthe), officier de paix, chargé du service des mœurs, est admis^^ Jl" faire valoir ses droits à la retraite, pour cause dé suppression d'emploi.
Art. 4. — M. Remise (Durand), inspecteur principal, est Admis à faire v^oir 8e& droits à la retraite.
Art. 5. — Les attributions du* service des mœurs sont confiées aux chefs, inspecteiar$ principaux, brigadiers, sous-brigadiers et inspecteurs du service de la sûreté.
Ze député t préfet de police
Andrieux.
Quelques journaux se laissèrent prendre al^ texte de mon arrêté, et le Clairon me consacra un article intitulé « Le trottoir libre dans l'État libre. »
La vérité, c'est que, tout en supprimant la dénomination impopulaire de la brigade des mœurs, j'espérais renforcer à la fois les deux services, désormais réunis et disposant d'un
personnel de 320 hommes, aous la direction d'un cbef intelligent autant qu'expérimenté. Les agents des mœurs n'allaient faire qu'une fausse sortie.
Eu prenant possession de son nouveau service M. Mact^ trouva dans les bureaux de M. Lerouge une ipuvre d'art digne d'être citée ; c'était un tableau du personnel, où de petits amours joufiJ us jouant avec des roses enguirlandaient les noms des agents des mœurs.
La réforme n'atteignait que le service extérieur.
Les règlements n'étaient pas changés. L'inscripliou des filles publiques était maintenue. Comme par le passé, les prostituées étaient asti'eintes à la visite, avec l'obligation delà faire constater sur la carte qu'on leur délivre, et la préfecture de police gardait sur elles un pouvoir discrétionnaire, s'exerçant notamment par des condamnations administratives à un séjour plus ou moins prolongé dans la prison Saint-Lazare.
Ce pouvoir redoutable avait été beaucoup discuté, M. Ranc, avant d'être ministériel, en avait contesté la Icgalifé, en 1872, au conseil Snunicipal.
Puisant sa force dans une ordonnance de 1684, il faut reconnaître qu'à remonter si haut
le partie da^^H
.le droit du préfet de police perdait une 6 on autorité.
Je m'étais proposé de demander h la prochaine Chambre une législation plus jeune et plus efficace, qui aurait consacré les pouvoirs discré- "tiounaires de la préfecture de police, en les entourant des garanties nécessaires contre les abus et en les fortifiant par l'adjonction de la répression judiciaire.
Il est urgent qu'une législation nouvelle donne** ■•à la préfecture de police des attributions déso> mais incontestables; il faut définir avec précision les infractions qu'il importe d'atteindre, attribuer le jugement dos unes au tribunal de police correctionnelle, réserver les autres, moins graves, à la répression administrative.
La sécurité, autant que la moralité publique, exige que les malfaiteurs vivant de la prostitution des filles puissent être livrés aux tribunaux.
Il importe que l'administration soit armée contre la prostitution clandestine, qu'elle puisse ordonner la fermeture des lieux de débauche lorsqu'elle ne croit pas devoir leur accorder la tolérance.
Aujourd'hui, la préfecture de police a perdu presque toute autorité pour la surveillance des mœurs. Elle conlinue à distribuer aux filles
^r D'UN PBÉFET DE POLICE
publiques, lors de leur inscription, une sorte de circulaire ainsi conçue :
4" DITISION — 2' BDREAU — 3= SECTION
Obliffatiom et défenses imposées aux femmes publiques.
te de
Les filles publiques en carte sont tenues de se présenter, au moins une fois tous les quinze jours, au dispensaire de salubrité, pour être visilées,
n leur est enjoint d'exhiber leur carte à toute réqnîsition des officiers et agents de police.
Il leur est défendu de provoquer à la débauche pendant le jour; elles ne pourront entrer en circulation sur la voie publique qu'une demi-heure après l'heure fixée pour le commencement de l'allumage des réverbères, et, en aucune saison, avant sept heures du soir, et y rester après onze heures.
Elles doivent avoir une mise simple et décente qui ne puisse attirer les regards, soit par la richesse ou les couleurs éclatantes des étolTes, soit par les modes exagérées.
La coiffure en cheveux leur est interdite.
Défense expresse leur est faite de parler à des hommes accompagnés de femmes ou d'enfants, et d'adresser à qui que ce soit des provocations à haute Toix ou avec insistance.
Elles ne peuvent, à quelque heure et sous quelque
prétexte que ce soit, se montrer à leurs fenêtres, qui doivent être constamment tenues fermées et garnies de rideaux.
Il leur est défendu de stationner sur la voie publique, d*y former des groupes, d'y circuler en réunion, d'^aller et venir dans un espace trop resserré, et de se faire suivre ou accompagner par des hommes.
Les pourtours et abords des églises et temples, à distance de vingt mètres au moins, les passages couverts, les boulevards de la rue Montmartre à la Madeleine, les Champs-Elysées, les jardins et abords du Palais-Royal, des Tuileries, du Luxembourg, et le Jardin des Plantes leur sont interdits. L'esplanade des Invalides, les quais, les ponts, et généralement les rues et lieux déserts et obscurs leur sont également interdits.
Il leur est expressément défendu de fréquenter les établissements publics ou maisons particulières où Ton favoriserait clandestinement la prostitution, et les tables d'hôte, de prendre domicile dans les maisons où existent des pensionnats ou externats, et d'exercer en dehors des quartiers qu'elles habitent.
Il leur est également défendu de partager leur logement avec un concubinaire ou avec une autre fille, ou de loger en garni sans autorisation. Dans le cas où elles obtiendraient cette autorisation, il leur est expressément interdit de se prostituer dans le garni.
Les filles publiques s'abstiendront, lorsqu'elles seront dans leur domicile, de tout ce qui pourrait donner lieu à des plaintes des voisins ou des passants.
Celles qui contreviendront aux dispositions qui précèdent, celles qui résisteront aux agents de rautorité.
celles qui donneront de fausses indications de demeure ou de noms, encourront des peined proportionnées à la gravité des cas.
Avis important» — Les filles inscrites peuvent obtenir d'être rayées des contrôles de la prostitution, sur leur demande, et s'il est établi par une vérification, faite d'ailleurs avec discrétion et réserve, qu'elles ont cessé de se livrer à la débauche.
Mais chacun y en se promenant à toute heure dans les rues de Paris, peut se convaincre que la plupart de ces prescriptions ne sont pas respectées.
Le nombre des insoumises s'est accru dans des proportions telles que les mesures prises contre les filles « en carte » n'ont plus qu'une apparence choquante de vexation et d'inégalité.
De même on se demande comment il se fait qu'il y ait encore des maisons de tolérance existant en vertu d'une permission administrative alors que cette permission, loin de leur attribuer comme autrefois une sorte de privilège, n'a pour effet que de les soumettre à la surveillance plus étroite de la police, à l'application des règlements et aux visites sanitaires.
Dans tous les quartiers de Paris de véritables maisons publiques se sont ouvertes qui semblent jeter un défi à la police.
Vers les derniers jours de mon administration,
j'ai le souvenir d'avoir refusé la tolérance à un établissement projeté dans un quartier voisin des Champs-Elysées.
Quelques mois plus tard, cette maison, qui s'était annexé une brasserie servie par des filles, ouvrait audacieusement ses portes, on dépit des défenses administratives ; comme un simple marchand de biberons Robert, elle promenait dan? Paris son enseigne accrochée à une voiture-réclame, et, après plusieurs années, malgré le? « descentes de police » réitérées, elle continue à narguer les arrêtés préfectoraux.
Le nombre des maisons de rendoz-vous s'accroît tous les jours.
A la différence des maisons de tolérance, elles n'ont généralement pas de pensionnaires et elles ne sont pas soumises aux règlements administratifs.
Autrefois, pour n'être pas régulièrement ^uto risées, elles n'en étaient pas moins l'objet d'une surveillance active, et quand la fermeture n'en était pas ordonnée, c'est que, d'une part, la police avait reconnu qu'elles pouvaient être tolérées, et que, d'autre part, l'adminislrafion y trouvait une source parfois utile d'informations délicates et discrètes.
À c6té des maisons de rendez-vous, il faut signaler les innombrables magasins qui, sous prétexte de vendre de la parfumerie, des livres, les tableaux, des objets de curiosité, de la lingerie ou des chapeaux, ont mis un peu partout ' la débauche à la portée du passant.
Trompées par l'enseigne et par les vitrines, d'honnêtes femmes peuvent entrer dans ces boutiques et y être exposées aux plus fâcheuses méprises, surtout depuis que les figurantes qui siègent au comptoir ne s'adressent plus exch sîvement à la clientèle masculine,
La prostitution, s'abrîtant ainsi derrière lea patentes les plus variées, est devenue une sorte de Protée qui échappe à la vigilance de la police.
Mon honorable successeur, M. Camescasse,
a fait les plus louables efforts pour mettre un
frein à la fureur de ces tlots de débauche ; mais
, -il n'a pas su arrêter les complots des parfumeuses
( et des gantières.
Les habiletés mômes auxquelles a dû recourir le préfet de police ont montré à quel point la loi le laisse désarmé.
Cherchant en vain, dans l'arsenal législatif, des armes contre la ganterie erotique, c'est aux propriétaires que se sont adressées ses remontrances comminatoires.
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Lorsqu'ils se virent exposés à des poursuites, en vertu de quelque ordonnance préhistorique, pour délit de location à des personnes qui ne rendent pas la monnaie, les propriétaires de la Chaussée-d'Antin et de quelques rues avoisinantes renoncèrent à faire concurrence à d'autres immeubles plus connus.
Le résultat le plus certain qu'ait obtenu M. Camescasse, c'est d'avoir déplacé les institutions, sans, toutefois, en avoir ébranlé la base.
Sur quelques points même, on s'est borné à pratiquer ce que les comités électorcux appellent « la politique du piétinement sur place », et tout le progrès a consisté à changer les produits exposés dans les vitrines.
Cependant, grâce aux dispositions conciliantes d'un propriétaire, la préfecture a remporté une victoire notable sur le « cynisme des Aspasies » en faisant disparaître d'un élégant magasin de parfumerie ce mot à double entente : « Laboratoire », qui portait ombrage aux chimistes du quartier.
Durant mon voyage en Belgique, et lorsque l'obligation de surveiller Hattat et Cernesson me laissait quelques loisirs, j'avais étudié le fonctionnement de la police des mœurs chez nos voisins.
M. Lenaers, commissaire en chef de police à
Bruselles, m'avait donné des renseignements-, fort intéressants.
n se plaignait de l'envahiasement de Bruxelle: par la prostilulion :
: Le goût des plaisirs frivoleSj disait l'h morable coramissaïre en chef, a pris de gramle proportions dans la capitale, surtout depuis la guerre franco-allemande, qui a fait affluer ver: Bruxelles un grand nombre de femmes galantôidont Paris se débarrassa, comme de bouchi inutiles, pendant le sifege.
Il existait de temps immémorial à Brusclie»' Hoe rue entière, la rue des Cailles, afleetée aux maisons de débauche. Ces maisons ont élu snppri-
ées il y a quelques années et depuis lors on
vu surgir et se multiplier avec une prodigieuse rapidité les maisons de prostitution clandestines, véritables foyers d'infection et de dévergondage, i Je constate chaque jour que la suppression du quartier affecté aux maisons de débauche «e répondait pas aux nécessités d'une bonne police.
; En supprimant le quartier où elle s'était téfugiée, on n'a pas supprimé la prostitution. Comme le dit Parent-Duchalalct ; « Les pros- ; tituées sont aussi inévitables dans uue agglod mératJon d'hommes, que les égouts, les voiries
la
« et les dépôts d'immondices. Lorsque la prosti- « tution ne peut avoir ses lieux désignés, avoués, « connus, elle se réfugie dans les cafés, les « cabarets, les garnis, prend toutes les formes, « tous les travestissements, s'infiltre partout et « devient insaisissable ; c'est alors la débauche « clandestine, qui se cache, se dérobe, n'en est « que plus terrible et n'en fait que plus de « ravages. »
M. Lenaers ajoutait que la prostitution, chassée de son quartier spécial, s'était établie dans les boutiques et notamment dans celles destinées à la vente du tabac.
Mais la législation belge avait donné une grande latitude aux autorités municipales pour prendre toutes les mesures nécessaires à la moralité et à la sûreté publiques.
En conséquence, un règlement fort sage avait été voté par le conseil communal le 13 août 1877.
Ce règlement contenait des dispositions efficaces contre les maisons de débauche clandestines, et le législateur français le lira avec profit quand il aura compris la nécessité de venir en aide à la police des mœurs.
En attendant, l'étranger, qui, en 188S, parcourt les rues de Paris, peut croire que l'état social entrevu par le Clairon et rêvé par M. Yves
r Guyot s'est réalisé parmi nous ; le trottoir libre I dans l'Étal libre.
Quelque répugnance que doive inspirer au j lecteur l'exameti de ces questions spéciales, il L était impossible de les passer sous silence dans I on ouvrage qui s'efforce de refléter les divers I côtés de la police parisienne.
Et puisque le sujet nous a, amené à parler des maisons de rendez-vous, le lecteur, sans doute, voudra savoir ce qu'a été l'affaire dite de la rue Duphot, à l'occasion de laquelle s'est formée une légende longtemps encouragée par le dédain du préfet de police.
Je m'en suis déjà expliqué, il y a près de quatre ans, devant mes électeurs; car les électeurs veulent tout savoir et ne donnent leur confiance qu'à bon escient.
Je vais refaire, d'une manière plus complète, et avec pièces à l'appui, pour les lecteurs de la Ligue, le récit qui parut alors intéresser mes auditeurs de la Demi-Lune.
L'affaire de la rue Duphot.
La maison de la rue DupHot était une maison de rendez-^ous semblabl# 4 beaucoup d'autres qui existaient déjà ou ont été créées depuis.
Si elle s'en distinguait, c'était par sa clientèle plus aristocratique et par l'élévation de ses tarifs.
A la tête de cet établissement de pornographie appliquée se trouvait alors une femme Eppinger^ qui exerçait la profession d'entremetteuse sous le pseudonyme plus eyphonique de Leroy.
La maison a, depuis lors, changé de titulaire : sans être devenue une maison de tolérance, dans le sens technique de ce mot, elle est aujourd'hui, comme elle l'était déjà, tolérée parla police.
Les femmes qui fréquentaient cet établissement étaient pour .la plupart des filles entretenues, cherchant à occuper lucrativement les loisirs que leur laissaient des protecteurs aveugles ou complaisants. Avec elles se rencontraient quelques étoiles de diverses grandeurs voulant briller ailleurs qu'à la scène, et enfin, il faut bien le dire, quclqucs-vpersonnes qu'on ne
pourrait Sip^èler déclassées sans leur faire offense, et devant lesquelles s'ouvrent encore les salons du monde. Les unes venaient pour répondre à des rendez-vous galants ménagés par la femme Leroy; les autres attendaient l'hôte inconnu que pouvaient amener à toute heure les défaillances de la chair qui.est faible ou les fantaisies de l'esprit qui est prompU
Cette maison était, pour la police des mœurs, ' comme la maison de verre. Les archives lui empruntaient des renseignements nombreux et parfois utiles.
• C'est un curieux et fréquent phénomène que le besoin qu'ont certains hommes de traiter en amies les procureuses, de leur livrer non seulement le secret peu intéressant de leurs dévergondages, mais encore la confidence de leurs affaires privées et même de leurs desseins politiques.
Je ne puis dissimuler que l'administration a coutume d'encourager les procureuses à violer le secret professionnel. On n'a pas encore songé à leur appliquer pour cette cause les dispositions du Code pénaL
Dans les derniers jours de Tannée 1880 un garçon de café, nommé Petite amena à la femme lieroy une fille mineure.
Celle-ci expliqua qu'elle appartenait à une famille honorable de Bruxelles ; elle avait été livrée par une femme de chambre de sa mère à un homme riche, avec lequel elle continua de se rencontrer dans un restaurant connu.
Des poursuites scandaleuses avaient eu lieu devant les tribunaux belges, à la suite desquelles la jeune fille avait été placée dans un pensionnat pour y continuer une éducation assez mal commencée.
Mais les grilles s'étaient ouvéx^tes ; l'oiseau s'était envolé de sa cage, et depuis plusieurs mois vivait, on devine comment, dans ce grand Paris où l'avaient conduit ses précoces instincts.
Ce récit exigeant quelques développements, il serait difficile de continuer indéfiniment la métaphore et de donner jusqu'au bout le nom d'oiseau à la triste héroïne de cette aventure.
Mais, quoique la publicité des débats, à Paris comme à Bruxelles, ait déjà livré son nom à tous les échos de la presse, nous ne la désignerons que par l'initiale de son prénom.
Le garçon de café était le dernier protecteur qui eût offert à M"® E... un abri passager; il prétendait même avoir partagé avec elle son modeste pécule, et il venait offrir sa jeune compagne à la femme Leroy, avec l'espoir de ren-
Irer dans ses déboursés par l'effet d'un honnéle courtage.
La femme Leroy refusa de recevoir M'" E..,, qui prit son vol vers le quartier Latin.
Plusieurs mois s'étaient écoulés, lorsque la mère de la jeune E.., se présenta rue Duphol.
Elle avait retrouvé sa fille au domicile dua étudiant, et — chose assez învTaî semblable, mais qui résulte du témoignage de cette bonne dame — elle venait remercier la femme Leroy « des bons conseils » que cette dernière avait donnés àM'"E...
Cette mère étrange prit l'entremetteuse pour confideQte de ses désirs de vengeance contre le sieur Petit; c'est ainsi, on se le rappelle, que se nommait le garçon de café,
La femme Leroy comprit qu'elle avait manqué à son devoir professionnel vis-à-vis de la préfecture en ne signalant pas, dès qu'il s'était produit, le fait d'excitation d'une mineure à la débauche, et elle chercha à réparer sa faute en adressant au 3er\'ico des mœurs une dénonciation contre le sieur Petit.
ie portai cesfaitsà la connaissance du parquet, et M. le juge d'instruction *'* en fut saisi pai' le réquisitoire du procureur de la République.
J'ai le regret de ne pouvoir me dispenser de
!ff-F— fWjM^M^I^— 1— —P
n SOUVENIRS
faire connaître le conflit qui s'éleva entre^I'honorable juge d'instruction et le préfet de police, à Toccasion de cette procédure.
Le récit des diverses circonstances qui amenèrent un fâcheux dissentiment entre le juge et le préfet est indispensable pour expliquer à quels mobiles ce dernier a obéi et pour répondre ainsi aux outrageantes imputations dont il fut l'objet.
Mais je dois dire tout d^abord que si j'ai dû blâmer les procédés d'instruction de l'honorable M. *** et refuser de le suivre dans la voie où il me paraissait s*être imprudemment engagé^ la divergence de vues qui nous a momentanément séparés ne saurait m'empêcher de rendre hommage aux qualités éminentes du magistrat, qui est justement réputé l'un des juges d'instruction les plus éclairés et les pJus clairvoyants du tribunal de la Seine.
M. *** arriva un matin rue Duphot, sans songreffier, s'étant fait seulement assister par le ■ commissaire de police du quartier.
Il fit connfiutre à la femme Eppinger, dite . Leroy, qu'il venait procéder chez elle à une perquisition et à une saisie pour rechercher, à Toccasion de l'alfaire Petit, si elle ne s'était point elle-même rendue coupable de pareils délits. Il se fit livrer les clefs des divers meubles ; il mit
^^n' D'CN PRÉFET DE POLICE ' ^^^H
en tas tous les papiers, livres, correspondances qu'il pnt trouver, et, sans dresser proccs-vorbal de cette opération sommaire, il emporta le butin de son expiîdilion dans Igs serviettes empruntées à la proxénète.
L'iionorable M. '", un peu confus de se troi «r en pareil lieu, se hâta d'en sortir, et, d; M précipitation, quelques papiers, dil-on, échaj pËrent à la saisie en s'échappant de la servieti
Rentré dans son cabinet d'instruction, l'hoi rable magisti-at procéda " à l'examen de ces dépouilles rtpimes. Il s'arrêta d'abord aux livres de la femme Leroy.
Les noms et adresses des femmes qui prêtaient leur concours à la prospérité de la maison y figuraient sans aucun déguisement.
Quant aux hommes, ceux-là seuls étaient enregistrés qui étaient débiteurs de l'établis-
J*ai connu, dans une ville de province, unma- ,t de mteuTS irréprochables, qui se chargeait
ilonliers d'instruire les affaires d'attentat k la
ideur, de viol, de détournement de mineures.
Il faisait ainsi des éludes qui ne contaient rien à sa vertu, et tandis que d'autres n'ont acquis
*aas dépens de leur dignité la science du Jlien et du mal, ce juge d'instruction possédait
une espéricnee dont il n'avait point à rougir,
H en tirait mCme vanité quand il était avec les femmes, aimant k conter, à mi-voix, à ses voisines de table, des histoires décolletées, et recueillant, dans les salons, des succès de bon aloi par nu heureux mélange d'austérité et de grivoiserie.
Ce qui manquait k son expérience, c'était d'avoir iostruit une de ces affaires scandaleuses - comme on en a dans les grandes villes, qui permettent de pénétrer dans les mystères du vice le plus aristocratique. Ah! s'il eût été juge d'instruction k Paris! Il eût été curieux de voir de près des femmes du monde qui se fussent prostituées dans ces maisons dont on a entendu parler en province.
Je n'ai pas besoin de dire que de telles naïvetés et de telles faiblesses ne furent pour rien dans la détermination que prit l'honorable M. *" d'étendre le domaine de son instruction et do commencer une enquête à domicile, interrogeant, toujours on l'absenee do sou greffier, les mères sur la moralité de leurs filles et les filles sur les écarts de leurs mères.
M. *" avait été chargé d'instruire une affaire déterminée, celle d'un sieur Petit, inculpé d'excitation d'une mineure à la débauche, délit
D'DN PRÉFET DE POLICE it-
irévu et puni par l'article 334 du Code pénal.
Mais tout est dans tout. Apprenant par le réquisitoire du procureur de la République qu'il y avait h Paris des maisons dites de passe ou de rendez-vous, il avait de lui-même étendu son mandat, et paraissait vouloir résoudre judîciaî*, rement les questions les plus délicates de lolér' rance administrative.
La police des mœurs m'appartenait, et j'entendais faire respecter mes attributions.
J'appris que le juge d'instruction, sans m'ei donner avis, venait de prendi'e des mesur bilraires de nature à troubler la sécurité des pep-> Bonnes et la paix des familles.
II avait imag'iné de requérir les inspecteurs do la police municipale et d'établir une souncière dans la maison de la rue Duphot, i l'effet de retenir à sa disposition tous ceux, hommes ou femmes, qui se présenteraient dans cette maison ide quatre heurea du soir k neuf heures du malin.
A vrai dire, plus indulgent pom' les hommes, il permettait de rendre la liberté à ceux qui jus- Ulicraientd'un domicile. C'était mettre de bravos gens, dos pferes ou des fils de famille, des dépumagistrats — oscrai-je dire des sénateurs? — dans la cruelle alternative de ne pas
i2 SOUVENIRS
rentrer chez eux, de laisser leurs familles en proie à toutes les tortures des plus terribles suppositions, ou de donner leur nom, leur adresse, aux agents, peut-être bientôt aux journalistes, avec la perspective de déposer comme témoins et de compromettre dans un scandaleux débat soit leur mandat de représentant du peuple, soit le caractère de cette magistrature que l'Europe nous envie.
Quant aux femmes — que Fétoile du ballet ou celle de Fopérette eussent été sifflées par défaut, le mal eût été réparable; — - mais, je le dis bien bas, d'honnêtes dames étaient exposées à rester dans la souricière, pauvres souris blanches qui n'auraient jamais osé revoir la lumière du jour.
Veuillez remarquer qu'il ne s'agissait pas d'arrêter les auteurs ou complices du délit commis par le garçon de café Petit, ni les auteurs ou complices de tout autre délit. C'étaient des témoins qu'il s'agissait de mettre en état d'arrestation et de retenir en un lieu de débauche, transformé en poste de police, jusqu'à ce que le juge, après son déjeuner du matin, fût venu les interroger.
Il ne faut pas qu'on m'accuse d'exagérer ou de travestir les faits. Voici les instructions de l'honorable M. ***, telles que le texte m'en fut
remis par le commissaire de police du quartier de la place Vendôme, qui ne crut pas pouvoir, sans m'en référer, obéir à de telles injonctions :
i® Un inspecteur, disait M. ***, prendra une voiture et m'amènera, à quatre heures du soir, la femme Leroy, son mari, la femme L... et E...
^ A partir de leur départ, jusqu'au lendemain, à neuf heures du matin, une surveillance sera établie dans la maison; on laissera entrer tout le monde, mais personne ne sortira, sauf les hommes justifiant d'un domicile.
Les noms et adresses des hommes, pris sur une feuille à part, ne figureront pas dans le procès- verbal.
Sous aucun prétexte les femmes et les gens de la maison ne pourront communiquer avec le dehors.
M. le commissaire de police voudra bien se transporter lui-même de cinq h sept heures du soir, et y retourner vers dix heures. Il visitera toutes les chambres.
3<* La femme Leroy, son mari, la femme L...
seront ramenés par l'inspecteur ; ils ne pourront sortir, sous aucun prétexte, jusqu'au lendemain neuf heures. Des précautions seront prises pour qu'ils ne puissent distraire aucun papier.
4* A neuf heures, M. le commissaire de police me retrouvera sur les lieux à l'effet de procéder à une nouvelle perquisition.
5* Pour toutes les opérations ci-dessus, les inspecteurs procéderont avec le plus grand secret ; ils éviteront ce qui pourrait donner l'éveil.
J'ai appartenu à la magistrature ; je sais combien elle est respectable.
Les jeunes gens qui s'y destinent passent par rÉcole de droit. Une vie d'étude et de continence les prépare à d'austères devoirs.
Mais quelle que soit la valeur morale d^un homme, dans notre État démocratique, il n'est pas possible de lui conférer à la fois l'omnipotence et l'irresponsabilité.
Si vous admettez qu'un juge inamovible, — qui, tout au plus, peut se voir enlever l'instruction, — prenant pour base de ses opérations un réquisitoire quelconque du procureur de la République, a le droit d'élargir indéfiniment le cercle de ses investigations, de décerner h son gré et sans contrôle dei^ mandats de perquisition ou des mandats d'amener, et de requérir les agents de la police municipale, il n'y a pas de puissance qui puisse empêcher ce magistrat de requérir au besoin les brigades centrales, d'envoyer au Dépôt le président de la Chambre et celui du Conseil, de faire enfin un Deux Décembre à toute date de l'année.
Certes, les attributions du préfet de police sont menaçantes pour la liberté ; mais du moins ce fonctionnaire est amovible; il est responsable devant le ministre de l'intérieur qui, lui-
m^mo, est responsable devant le Parlement.
Et cependant Ici est l'elfet des priîjugés et des préventions qn'on n'hésite pas à accorder au premier venu, pai'inï les juges, des pouvoirs qui paraîtraient exorbitants s'ils étaient exercés par un haut fonctionnaire de l'ordre administratif.
J'adressai mes observations au chef du parquet.
L'iionorable M. *" ne parut pas en tei compte.
Je refusai alors de mettre mes agents à la disposition de ce magistrat pour un acte que je considérais à la fois comme étranger au mandat jadiciairo qu'il avait reçu et comme contraire à l'ordre public dont j'avais la garde.
L'honorable M. *" m'écrivît à ce sujet une lettre dont la politesse un peu hautaine contient mal l'amertume.
Mais, en même temps, j'avais connaissance d'un fait qui devait me permettre de briser la (ifere obstination du juge et de faire prévaloir les droits de mon administration.
Parmi les papiers que l'honorable M. "" avait enveloppés dans les serviettes de la rue Duphol, se trouvaient pour environ 100,000 francs de billets souscrits à l'ordre de la femme Eppinger-Leroy par ses clients, auxtjuels elle avait
lar- ^^
prêté de l'argent, vendu des diamants ou fait d^s livraisons diverses.
Sur quelques-uns de ces billets figuraient des signatures honorablement connues.
Le juge d'instruction eût pu se dispenser de saisir ces valeurs; mais, les ayant en sa possession, il était fort embarrassé de sa capture.
Allait-il les joindre au dossier correctionnel et compromettre ainsi l'honneur de quelque grand nom ?
L'honorable M. *** ne le voulut point, et, considérant que l'autorité d'un juge d'instruction est « un cercle dont le centre est partout. et la. circonférence nulle part », son imagination lui*suggéra, pour faire rentrer les billets en la possession de ceux qui les avaient souscrits, un procédé tout à fait nouveau dans les annales de l'instruction criminelle.
Il jugea à propos de confier quelques-uns de * ces billets à un de ses anciens camarades de collège, devenu agent d'affaires, le chargeant d'en ' encaisser le montant, et plusieurs souscripteurs ':j^ furent avisés d'avoir à retirer leurs signatures d'une aussi fâcheuse circulation.
Je n'ai jamais douté des bonnes intentions de l'honorable M. *** ; mais l'arbitraire en est pavé.
Je commençais à trouver absolument intolé-
rable robslioalion de ce pelit juge inamovible à mettre les pieds dans le plat de l'arbitraire,
En conséquence, je rédigeai un mandat ainsi conçu :
Nous, préfet de police.
Vu les renseignements à nous parvenus, desquels il résulte que le sieur F.,., se disant avocat et domicilié à Paris, rue est détenteur de pièces saisies
au domicile du sieur Eppinger, dit Leroy, telles que lettres, billets à ordre, etc.; i
Attendu que la possession desditca pièces ne peut «expliquer que par un acte di51ictueux, et qu'il im- |Bort* d'empëchcr qu'il en soit fait un usage prëju- 'ncicdile à l'honneur des tiers ;
En vertu de l'article 10 du Code d'instruction criminelle,
Uandons et ordonnons à M. Clément, commissaire de police, de se transporter an domicile dudit F,.., S l'effet d'y rechercher et saisir Icsdits papiers, qui . seront envoyés à la préfecture de police.
fLe procès-verbal qui sera dressé de cette opérati«» ins sera transmis sans délai avec les objets saisis acés sous scellés.
Fait à Paris, le 24 février 1881.
Andrieux.
Une heure plus tard, M. Clément, ayant rempli sa mission, m'apportait les billets k ordre et
quelques lettres que Thonorable M. *** s'était cru autorisé à distraire de son dossier et à faire '^ remettre à leurs signataires, par Fintei'jttiédtaire de l'avocat « receveur de rentes ».
J'écrivis le lendemain à M. *** la lettre suivante :
Paris, 25 février 1881.
Monsieur le juge d'instruction,
J'ai rhonneur de vous adresser la commission ro-* gatoire que vous m'avez réclamée par votre lettre 3e ce matin.
J'ai fait connaître à M. le procureur de la République les motifs d'ordre public pour lesquels je n'ai pu consentir à ce que cette commission rogatoire fût exécutée par mes agents, et je l'ai prié de vouloir bien vous en entretenir.
Je joins à cette pièce un carnet saisi par vous chez la femme Leroy et que vous avez confié à M. Lerouge.
Enfin, j'adresse à M. le procureur de la République un scellé comprenant quatre lettres et deux billets à • ordre que j'ai fait saisir chez un sieur F...
Je n'ai pu admettre et je me refuse encore à croire que ces documents, intéressant l'honneur des personnes, aient pu, après avoir été précédemment saisis par vous, sortir avec votre consentement de vos dossiers pour être confiés à un agent d'affaires, dans l'intérêt d'une négociation étrangère à la recherche des faits délictueux dont vous pouvez être saisi.
^^P D'CN PflÉFET DE POLICE wn
Je vous serai très obligé si vous voulez bien, à l'avenir, vous servir de mon intermédiaire pour faire parvenir à MM. les commissaires de police vos mandats et vos commissions rogatoires.
Nous éviterons ainsi des malentendus et des difS- \ cultes dont je désire bien sincèrement éviter le retour. J
■Veuillez agréer, monsieur le juge d'instruction, etcj
Andrieux.
M. *** me répondit que M. F... n'était pa»
■pn agent d'affaires « dans le sens ordinaire da mot », et qu'il était chargé des intiTêts des plus grandes familles; il mo donna l'assurance son plus vit désir était de concilier ses devoirs de magistrat avec les nécessités admînîs- Iralives, dont il était le premier h comprendre Importance.
Je serais désolé que ce récit sincère parût iospiré par un sentiment d'hostilité contre l'honorable M. "* *.
Ce distingué magistrat a cédé à la'tendanco commune des juges d'instruction. Je rends bien volontiers hommage à la loyauté de ses intentions ; mais j'ai dû mettre en relief les abus honnêtes, les usurpations bien intentionnées
1. En rempl Disant ici par des Étoiles la nom de ce magistrat, ï'eaptro aroir EiirOsaiumeut prouvé combien je suis éloijjué de vouloir le dÉBobligor. L, A.
ué ^M
sa procédure, afin de faire conndtre les vrais, les seuls motifs de riaterventiou préfectorale.
Je n'ai pas, du reste, la prétention d'empêcher mes adversaires de raconter que le préfet de police prenait part aux orgies de la rue Duphot, qu'il s'y dissimulait sous Fingénieux pseudonyme de Mystère, et que les mobiles les moins avouables peuvent seuls expliquer sa résistance aux procédés extra-judiciaires de l'honorable M. **\
On ne remonte pas facilement le courant d'une légende que les poètes eux-mêmes ont consacrée.
Mon collègue Clovis Hugues l'a mise en petit? vers au mois de m£u*s 1881.
Sa pièce était intitulée Monsieur Mystère.
Elle était amusante, bien qu'un peu longue :
A la porte d'un monastère Un personnage sérieux, Vêtu de noir comme Andrieux, Frappait un soir avec mystère.
A la grille braquant les yeux, L'abbesse, une personne austère, Lui dit, non sans quelque mystère :
« Nous ne redoutons qu'Andrieur !»
Il répondit : « Je sais me taire.
» Au diable les gens curieux !
» Sr ne connais pas Andrieux ; » Ja m'appelle monsieur Mystère, »
L*abbe8se répliqua : « Tant mieux !
» Vous avez l'air d'un bon nolaire...
» Veuillez entrer, monsieur Mystère, » Et déûez-YOus d'Andrieux I »
Selon les rites de Cythère, On fêta divers petits dieux.
Qu'aurait dit messire Andrieux, S'il eût pincé monsieur Mystère?
Notre homme, abreuvé de vins vieux, Oublia le ciel et la terre :
« Buvons tous, dit monsieur Mystère, » A la culbute d' Andrieux ! )>
Les lecteurs de la Ligue chercheront la suite dans les œuvres complètes du poète marseillais.
C'est gai et pas méchant. La plus fine malice est dans le couplet suivant :
Dans les bureaux du ministère On n'a qu'un détail précieux :
Les gants gris perle d' Andrieux Vont très bien à monsieur Mystère.
Ne la retrouvant plus, j'ai dû prier Clovis Hugues de m'envoyer cette pièce de vers. Il y a joint deux mots d'autographe :
Mon cher collègue,
Gi-joint la mackinette promise. Avec un bonjour à « Monsieur Mystère ».
Clovis Hugues.
J'aime les gens qui ne sô t)rennent pas au sériel^. Ils ne ressemblent ni au^francs-maçonsr ni aux juges d'instruction.
Une parenthèse
L'affaire de la rue Duphot eut un épilogue ; mais, avant de le narrer, je demande à ouvrir une parenthèse.
Je veux répondre, sans plus tarder et en bloc, aux principales attaques dont mes Souvenirs sont Fobjet et le prétexte.
Qui Feût cru? disent les officieux. Un ancien préfet de police, un ancien ambassadeur, livrer ainsi les secrets de l'administration ! c'est incorrect, c'est choquant ! Le gouvernement doit mettre fin à de telles indiscrétions, et puisque les poursuites dirigées contre M. le docteur Watelet* n'ont pas été comprises comme un avertissement indirect, il faut qu'à son tour M. Andrieux
1. M. le docteur Watelet venait d'être condamné à ramende pour avoir fait connaître la maladie à laquelle avait succombé le peintre Bastien Lepage.
aille s'asseoir sur les bancs de la police correctionnelle pour violation du secret professionnel.
Espliquons-nouB d'abord avec les officieux, pour la plupart anciens révolutionnaires qui s'éprennent d'un amour tardif de la correction, et n'ont pas eu toujours les mi^mes pudeurs à la vne de ceux qui chiffonnent !a collerette empesée de l'administration.
Après avoir trouvé que tous les moj-ens étaient bons pour jeter par terre les régimes, précédents, les hommes qui sont au pouvoi prétendent s'approprier, pour consolider leu^ propre trône, toutes les traditions des monar- Bhîes qu'ils ont renversées.
Sous une monarchie, le fonctionnaire qui rentre dans !a vie privée conserve des obligations de gratitude et de fidélité envers la dynastie dont il fut et restera le serviteur.
Mais, dans le système de nos institutions, quel est l'élément permanent au nom duquel on prétendra m'imposer les mêmes oblîg'ations.
Est-ce que je dois quelque chose au cahinet ;t«el'? Est-ce qu'il n'est pas composé de mes adversaires? Est-ce qu'il n'offense pas toutes les
la
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t. Le oabÎDet orésijê par M. Jules Ferry.
idées qui me sont chères ? Est-ce qu'il né barre pas le chemin aux espérances d'un meilleur avenir ? Est-ce qu'il n'impose pas à mon pays une politique que j'abhorre?
Ce fut un député plutôt qu'un fonctionnaire qu'on appela en ma personne à la préfecture de police. Je m'efforçai, on le sait bien, d'y appliquer mes idées, non celles des gouvernements qui m'appelèrent ou me maintinrent à la tête de cette administration. J'y fus toujours l'adversaire des ministres de l'intérieur, mes prétendus chefs. J'en atteste M. Lepère.et M. Constans : ni l'un ni l'autre ne dira que je fus pour eux i.n subordonné.
Quand je servis leur politique, c'est que je ne pus faire autrement.
Je donnai ma démission à la suite d'un conflit avec le ministre de l'intérieur.
Je retrouve aujourd'hui au pouvoir la politique dont j'ai voulu me séparer. Je la combats avec mes armes ; qu'elle les brise avec ses lois, si elle le peut.
Au nom de qui, au nom de quelle idée supérieure à nos discordes me demandera-t-on le respect ? Au nom de la patrie ?
Ce sont ses intérêts que je sers, suivant mon intelligence et mon cœur. C'est à son appel que
je crois répondre dans la bataille où je suis engagé.
Je reprends, après M. Jules Ferry, mais avec d'autres vues, d'avenir, le travail des « destructions nécessaires ».
Hais il me semble que j'entends, près de la tribune rostrale, le joueur de flûte de Tanti- (piité qui m'invite à donner une note moins élevée.
Ce flûtiste serait-il mon spirituel confrère M. Albert Wolff?
L'aimable courriériste du Figaro prend contre moi la défense des francs-maçons :
« C'est, dit-il, une besogne peu éclatante de déverser le ridicule sur d'honnêtes gens. »
Que vont dire les curés, dont le Figaro disputait à Y Univers la clientèle ?
Seriez-vous franc-maçon, mon cher confrère? Ce n'est pas à vous, n'est-ce pas, qu'est arrivée l'aventure que raconte si spirituellement un député franc-comtois ?
Le profane qui demande l'entrée du temple est mis en face d'tm pistolet. Sous ses yeux, on verse la poudre dans le canon; on enfonce la balle forcée à coups de maillet ; on place la capsule sur la cheminée :
— Profane, lui dit-on, vous allez vous brûler
la cervelle pour prouver que vous êtes digne d'ouvrir les yeux à la lumière.
— Moi, me brûler la cervelle, jamais! Plutôt la mort !
— Réfléchissez, profane.
— Jamais, vous dis-je : je renoncerais plutôt à être franc-maçon.
— Eh bien! profane, nous allons vous demander un sacrifice plus douloureux encore... Brûlez la cervelle au frère que voici.
Le profane lève le bras, comme mû par un ressort; son doigt presse la détente; le coup part... on n'entend que le bruit de la capsule. Il n'est pas besoin do dire que, si noire qu'elle fût, la poudre était inoffensive.
M. Albert Wolff ne se borne pas à rompre des lances en faveur des francs-maçons : « Le préfet de police, dit-il, est un serviteur de TÉtat. »
Pas de rÉtat actuel, mon cher confrère, si vous le permettez.
En vérité, où allons-nous! Le Figaro fait-il concurrence au XIX"" Siècle? Va-t-il prendre ce sous-titre : Journal républicain conservateur? :
M. Charles Laurent, dans le Paris, n'est pas moins inîté. Il s'indigne que les fonds secrets aient été employés à subventionner \h. Révolution sociale. Il s'en prend à mon collègue
M. Laguerre, qui a invoqua ce précédent pour eritiquer rinstitulion même de la préfecture de police.
— C'est la police de M. Andrieiix qui opérait ainsi, dit M. Charles Laurcut. Mais, depuis
[ qaalre ans, nous avons changé tout cela.
— Pardon, confrère, puisque je me suis dénoncé moi-même, je demande à compléter mes aveux, en dénouçant mes complices.
J'ai agi sous les yeux de mes chefs hîérarcliiqiies. Je n'aî rien caché au ministre de l'intérieur, qui représentait alors dans le cahinet l'élément gambetliste, etl'honorahle M. Constans m'a affirmé que M. Jules Ferry, alors président du eonseil, connut par lui l'origine et le but de la Révolution sociale.
J'en ai personnellement eniretenu M. Gamhetta, qui goûtait fort ces procédés de police.
Je dois ajouter, d'ailleurs, non pas à ma décharge, dont je me soucie peu, mais à celle de MM. Constans, Gambetta et Jules Ferry, qu'eu donnant les fonds nécessaires pour fonder la Révolution sociale, je créais un moyen de surveillance et non un instrument de provocation.
Quand le Paris s'entend avec le Cri du peuple pour prétendre que l'argent donné pour le journal socialiste est responsable des condamnations
encourues par Louise Michel, Kropotkine et Emile Gauthier, ces conservateurs endurcis que seule la police a jetés àjms l'anarchie, ils abusent un peu de 1^ crédulité ]pttbfique.
Toutefois, je ne combats par leurs conclusions. Je me joins à eux pour demander l'amnistie.
Marat était le père du peuple ; je veux partager avec lui cette paternité. Les oppositions n'ont jamais intérêt à refuser l'amnistie.
Donc, je fais cause commune avec M"® Émi|e.
Gauthier, qui invoque mes révélations po^r obtenir la mise en liberté de son mari.
Où je ne puis la suivre, c'est quand elle me réclame 292 francs qu'elle dit avoir payés pour le compte de la Révolution sociale.
Ce n'est pas le citoyen Andrieux, opérant pour son compte personnel, qui subventionnait le journal de M. Emile Gauthier et de W^^ Louise Michel, c'est le préfet de police agissant pour le compte et dans l'intérêt de l'État.
N'ayant pas emporté les fonds secrets, je ne puis accepter le passif.
Je conseille à M""® Emile Gauthier de s'adresser à M. Camescasse.
D'UN PRÉFET DE POLl
H. ™, juge d'instruction, et la rue Duphot.
Ûieu et les lectcars de la Ligue me sont témoins que j'ai élé plein de ménageœenlft pour i il, "*, juge d'instruction.
Je De me suis hasardé à critiquer sa procédure dans l'affaire de la rue Duphot qu'après m'èlre livré à une consciencieuse préparaLiou de son amour-propre, en hrùlant autour de son cabinet l'encens le plus capiteux. Je n'ai pas craint de dire, au risque d'ofTenser les susceptibilités lea plus légitimes de ses collbgues, qu'il était le plus clairvoyant parmi les juges d'instruction du tribunal 3e la Seine.
Il parait que je n'avais pas suffisamment forcé ia dose de l'hyperbole, car je reçois de cet honorable magistrat lalettre sèche et rogue que voici :
« Paria, le 17 mars 1885, « Monsieur,
Au mois de mars 1881, à la suite du grave ConSit qui s'éleva entre nous, dans l'afTaire dont l'Tous venez de rappeler le souvenir, je n'eu»
aucune peine à justifier, auprès de mes chefs hiérarchiques, les mesures que j'avais ordonnées.
» Aujourd'hui, il me serait également facile, avec les documents du dossier, d'éclairer l'opinion sur les faits que vous m'imputez dans vos feuilletons, et de compléter ainsi, sur des points très importants, votre récit et des aveux utiles à retenir.
» Mais je ne pourrais me défendre qu'en trahissant, par une coupable violation du secret professionnel, le devoir du magistrat.
» Je ne le ferai sous aucun prétexte ; — vous pouvez donc, si cela vous plaît, poursuivre vos attaques, avec d'autant plus de liberté que vous êtes fixé maintenant sur l'attitude que j'entends conserver.
» Je laisserai au public le soin d'apprécier quel est, de nous deux, celui qui comprend le mieux ses devoirs.
» Vous voudrez bieninsérer dans votre prochain numéro cette simple, mais très nette protestation, que j'ai l'honneur de vous envoyer, en vertu du droit de réponse que me donne la loi.
» Veuillez agréer^ monsieur, l'assurance de ma considération la plus distinguée.
» juge d'instruction. » }
L'honorable juge d'iDstnictîon aurait pu aa' ilispenser d'invoquer la loi pour obtenir l'inserliûQ de sa lettre. La com-toisie et l'équité eussent suffi pour ouvrir les colonnes de la Ligue à ce qu'il appelle sa « simple, mais très nette pro' teslation II.
Toutefois, il me permettra de u'ètre pas d'accord avec lui sur les épithètes, sa protestation', me paraissant aussi dénuée de netteté que d«simplicité. Je dis à M. *" :
r Sortant du mandat que vous confiait le féquisiloirc du procureur de la République, greffant sur une affaire spéciale une information pli ample qui intéressait votre amour-propre ou votre curiosité, vous êtes allé, sans votre greffier, faire une perquisition et une saisie dans une maison de débauche; vous avez emporté, sans en dresser procès-verbal, dans une serviette, qui •n'étEÛtpas celle du juge d'instruction, deslivres, des coiTespondances et des billets à ordre ;
2* Vous êtes aUé, toujours sans votre greffier, jchez certaines personnes dont vous avez trouvé le» noms sur les livres saisis; vous avez, au jinépris de toutes les formes et de toutes les "garanties judiciaires, commencé une enquêtr '■ domicile ; ' ' 3* Vous avez donné des instructions à un corn-
es ^H
))seudonyme de Mystère, avec un arc à la main et des ailed dans le dos.
Pour expliquer mon intervention dans cette affaire et ne pas permettre à la mauvaise foi des partis d'en dénaturer plus longtemps les mobiles, j'ai dû faire connaître les actes auxquels j'ai refusé d'associer mes agents.
J'estime que c'était mon droit; j'en ai usé sans soulever aucun des voiles qui doivent être respectés.
Sous prétexte de protestation, la lettre de M. *** est l'aveu le plus complet de tout ce que j'avais affirmé.
Je pourrais m'en tenir à cette réponse; mais puisque Thonorable juge d'instruction, non content de l'approbation de sa conscience et de ses « chefs hiérarchiques » , sollicite encore celle du « public », auquel il laisse « le soin d'apprécier quel est, de nous deux, celui qui comprend le mieux ses devoirs », je veux compléter mon récit en faisant connaître les dernières, mais non les moins graves conséquences des procédés d'instruction auxquels avait eu recours M. ***.