Epilogue de l'affaire de la rue Duphot
Un divorce â Bruxelles.
Le garçon de café Petit t^ubissait la peine à laquelle l'avait condamné le tribunal correctionnel, et déjfi il n'était plus question de l'afTaire de la rue Duphot, lorsqu'un procès en divorce devant les tribunaux belges vint en réveiller le. souvenir,
M"" Haritoff plaidait en appel devant la cour de Bruxelles, sur ou incident de procédure soulevé à l'occasion de sa demande en divorce.
M"" Haritoff voulait produire au procès des pièces de nature k justifier ses conclusions.
Le mari, M. Eug^èno Haritoff, bien connu du Tout-Paris, s'opposait à celte producfion, et son avocat, M' Lejeune, s'exprimait en ces termes :
M"' HaritolT se trouvait k Bruxelles dans . le courant du mois de décembre 1880. M. Haritoff, étant parti pour Paris, avait laissé madame seule au demia\ë conjugal.
Il y avait là un coffret fermant à clef, dans étalent enfermés des documents de deux catégorie^'
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différentes : des papiers d'affaires et des lettres d'une nature très confldeatielle. Le coffret a été fracturé, et les pièces qull contenait se trouvent aujourd'hui aux mains de M°^* Haritoff, qui prétend s'en servir contre nous, en y ajoutant deux lettres que M. Haritoff aurait écrites à une femme qui exercerait, dit-on, à Paris, la profession de proxénète.
Madame refuse de dire comment les lettres se trouvent en sa possession. Nous disons quelles ont* été détournées, qu'on ne les possède pas d'une façon licite, et nous demandons qu'elles nous soient restituées.
Quant aux autres lettres, écrites par M, Haritoff à une femme Leroy, de Paris, on a paru expliquer leur possession en insinuant qu'elles auraient pu faire partie des pièces saisies chez cette femme, rue Duphotf lors d'une perquisition judiciaire qui y fut pratiquée. On n'en justifie pas non plus la possession licite. Nous demandons qu'il soit interdit à M"*® Haritoff de les produire dans le procès.
M* Janson, avocat de M°"* Haritoff, répondit :
M. Haritoff laissait traîner des procès- verbaux de saisie, des reçus de 400,000 francs, que lui renvoyaient ■ des gens à qui il s'était adressé pour emprunter de- > l'argent, des lettres dans lesquelles il sollicitait un . peu d^ argent de la femme Leroy...
On dit que ces papiers étaient enfermés dans une cassette que nous avons fracturée en décembre 1880. Or, parmi ces papiers, il y a un commandement d'huissier qui n'a été signifié qu'en janvier 1881,
^m D'CN PRÉFET LE POLICE
Quant à la correspondanee avec la femme Leroy, I elle est peut-être scandaleuse, maÎ8 elle n'a rien de ] conâdeotiel. H. Haritofflui écrivait pour lui emprunter de l'argent destiné à acheter les faveurs d'une 1 jcuae fille, M"" X,.., actrice d'un tliéâtre de Paris, laquelle il allait, quelques jours après, commettre un adultère à Nice.
IVous n'avons pas à vous dire comment nous avons , «I lettres. Nous les avons, cela suffit.
... Nous avons pour nouB l'autorité de M. Démo- ] lombe, qui dit qu'en matière de séparation un époux I peut se servir contre l'autre d"uu écrit même confidentiel, quand il y a intérêt. Il ajoute que si l'écrit j iiie peut être produit, on peut en démontrer l'existence, même par témoins.
Eh bienl faites citer comme témoin la femme Leroy; je ne suppose pas qu'il y ait pour elle un «cret professionnel. {Hilarité.) Les documents, dJtes- Tous, sont confidentiels; mais en matière d'adultère tout est confidentiel, clandestin. Le mari n'est-il pas admis à prouver l'adultère de ea femme en produilant des lettres soit de l'amant, soit d'elle-même? La femme doit avoir les mêmes droits.
La cour décida que M"" Haritoff avait le droit ! se servir, à l'appui de sa demande, des lettres â étaient en sa possession, notamment de Celles écrites à la femme Leroy, et ce fut sur la |iroduction de ces pièces, sans enquête, que le ^vorce fut prononcé.
Comment M"*° Haritoff avait- elle en sa possession les lettres adressées à la proxénète? Ces pièces avaient-elles été comprises dans la saisie faite par M. ***? Qu'y avait-il de vrai dans les insinuations des parties?
Je repousse énergiquement la pensée que rhonorable juge d'instruction se soit dessaisi volontairement d une pièce qui ne lui appartenait pas, pour en faire profiter Tune des parties engagées dans une instance en divorce.
Le souvenir que j'ai gardé, c'est que, peu de temps après la saisie, alors que l'affaire dite de la rue Duphot n'avait pas encore été réglée par le renvoi du nommé Petit en police correctionnelle, la femme Leroy s'adressa à la fois au procureur général et au préfet de police pour obtenir la restitution de deux lettres et d'un reçu, saisis par M. *** et qui lui avaient été, disaitelle, plusieurs fois réclamés par l'homme d'affaires de M. Haritoff.
Que s'était-il donc passé? Toutes les suppositions sont possibles, excepté celle qui incriminerait la conscience du magistrat.
Mais ayant, comme on se le rappelle, emporté pêle-mêle, sans inventaire et sans procès- verbal, tous les papiers de la rue Duphot, l'honorable M. *** se trouva fort empêché pour expliquer
Ja disparition de ces lellres, et il dutcompreadre. par la leçon des faits, mîous que par mes avertissements, que la prudence, la réserve, la scrupuleuse observation des formes judiciaires, ne SDnt pas des qualités moins appréciables que la clairvoyance chez les ma^trata chaînés de l'instniclioD.
De tous ces bits sortiront peut-être, pour le législateur, quelques enseignements utiles. La réforme du Code d'instruction criminelle est une des questions à l'ordre du jour.
Des efforts ont été faits pour donner des garanties nouvelles à la liberté individuelle ; efforts plus louables souvent pom" l'intention qui les a inspirés que pour la sagesse des dispositions législatives auxquelles ils ont abouti.
Par la suppression de l'article 10 du Code d'instruction criminelle on a voulu atteindre l'arbitraire des préfets et parliculiërement du préfet de police.
Uaîs on n'a rien fait pour garantir la liberté des citoyens contre l'arbitraire plus redoutable des juges d'instruction.
Que sont tes juges d'instruction altacbés à tOQ9 nos petits tribunaux de province? Combien n'eu est-il pas parmi eux dont les aptitudes sont modestes et le caractère présomptueux
Je snis le premier à rendre justice à quelquesuns de ces magistrats, parmi lesquels j'ai trouvé moi-même, je ne puis l'oublier, de précieux auxiliaires.
Mais les attributions de tous sont les mêmes et elles sont, pour quelques-uns, comme un instrument dangereux entre des mains imprudentes ou inhabiles.
A peine le chef du parquet a-t-il signé un réquisitoire, que l'action du juge d'instruction est en mouvement : elle ne connaît plus ni entraves ni limites ; les mandats de perquisition, les mandats de comparution, les mandats de dépôt, les mandats d'amener, les mandats d'arrêt, sont les instraments légaux mis à la disposition du juge ; la police et la force publique obéissent à ses injonctions.
Cet homme, qui se faisait, il y a trois ou quatre ans peut-être, refuser à ses examens de droit, a maintenant toutes les licences; il est notre maître à tous, et, chaque matin, quand nous nous réveillons dans notre chambre à coucher, nous devons rendre grâce au juge d'instruction : il dépendait de lui de nous faire passer la nuit dans une cellule; il ne l'a pas voulu. Que son saint nom soit béni !
D'DN PHËFET D£ POLICE
Les ezpIioatloiiB d« H. André de Trémontels.
A propos des fonds secrets, et par un endiaî- 1 nemeal d'idées un peu cherché, j'ai été amené à parler de M. André de Trémoulels daiis mes | Souvenirs.
L'ancien préfet de FAveyron et de la Corse I m'adresse aujourd'hui une lettre intéressante ; il n'est que juste de donner à la défense la même f lace qu'à l'attaque :
» Monsieur le député,
Les imputations dont vous vous êtes fait l'écho ne sont pas nouvelles. Dès qu'elles se sont produites pour la première fois, au mois de novembre 1882, je m'en suis expliqué et je n'ai pas eu de peine à me justifier devant mes chefs hiérarchiques, qui m'ont depuis lors continué leur conliance et m'ont honoré de maints témoignages d'estime jusqu'au jour où, pour des coH-
sidérations purement politiques, ils ont cru devoir me sacrifier.
» Après les dénonciations de M. Démangeât, qui m'avait succédé dansTAveyron, je fus appelé à fournir à M. Fallières, ministre de l'intérieur, les explications les plus complètes. Une enquête fut faite par les soins de M. Le Guay, directeur des affaires départementales.
» De retour à mon poste, j'y fus à diverses reprises l'objet des témoignages de la satisfaction de mes chefs, et le successeur de M. Fallières, M. Waldeck-Rousseau, m'en donna une preuve éclatante en m'élevant à la 1" classe de mon grade, à la date du 8 décembre 1883. La présence de M. Le Guay auprès de M. le ministre de l'intérieur ne permet pas de douter qu'à cette date M. Waldeck-Rousseau connaissait les accusations dont j'avais été l'objet.
» Dans cette première partie de mon administration eu Corse et juâqu'à la date à laquelle se place votre interpellation sur les affaires de ce département, j'avais strictement obéi aux instructions de M. le ministre de l'intérieur en ce qui concBmait mes relations avec les diverses fractions dû parti républicain.
» Après les retentissants débats de l'interpellation, j'eus l'honneur d'être reçu par M. le pré-
D'UN PRÉfET DE POLICE
sident du conseil. M. Jules Ferry me parla en termes trfes vifs de certaines personnalités corses eldes incessantes difficultés qu'elles suscitaient au gouvernement, Jo crus dès lors répondre aux intentions de M. le président du conseil, en même temps qu'aux intérêts de la République, en me montrant conciliant et désireux d'amener un rapprochement entre les diverses fractions du parti républicain.
1» Celte nouvelle attitude, qui, pour être conforme aux vues élevées de M. le président du conseil, n'était pas de même appréciée au m.inisLère de l'intérieur, ne tarda pas à appeler sur moi la défaveur de mes chefs. Je pus lire dès le mois d'août dans les journaux que ma mise en disponihililé était décidée. J'interrogeai à cet égard M. le directeur de l'administration départementale, et le témoignage de ce haut fonctioniiaire m'est trop précieux pour que je ne m'en empare pas aujourd'hui. M. Le Guay m'écrivait, en effet, à la date du 3 septembre 1884 :
Mon cher préfet,
, . . Il n'a jamais éti; question de votre mise disponibilité.
Le ministre, avant son départ pour Nantes, m'av.
simplement manifesté l'intention de vous rappeler sur le continent, dans un autre poste aumoins équivalent.
Croyez, mon cher préfet, à mes meilleurs sentiments.
GiL. Le Guat.
» Quel ne fut pas mon étonnement lorsque, à la date du 8 octobre, j'appris que j'étais révoqué. Je me rendis immédiatement au ministère de rintérieur. Personne ne me parla des accusations de M. Démangeât. Personne ne songea à expliquer, par de tels motifs, la révocation dont j'étais . l'objet, et les indications qui me furent données, i^ pour justifier cette mesure, étaient d'ordre pure- • * ment politique ; elles se référaient notamment à mes relations avec certains républicains estimés' : de leur parti, mais vus avec défaveur par des personnalités influentes. Toutefois, mes protestations eurent pour conséquence de faire remplacer, à la date du 18 octobre, le décret de révocation par un décret de mise en disponibilité.
» Lorsque plus tard, monsieur le député, vous avez cru devoir interroger M. le ministre de l'intérieur, jepuis affimoer qu'à ce moment mon dossier était complètement connu de M. Waldeck-Rousseau. Mes relations avec M. le directeur des affaires départementales continuaient à être des
ciot qu'il ^H
plus amicales, comme le témoigne ce mot m'adressa la veille même de voire questi
îlfflul que je vous parle ce soir. J'attendrai au café if la Paix jusqu'à la clûture.
GiL. Le Guaî.
Il La familiarité de celte lettre, le lieu même du lendez-vous, indiquent suffisamment dans quels ilermes j'étais resté avec ce haut foncliounaire 'qui, mieux que personne, connaissait les faits, puisqu'il avait lui-même fait l'enquête.
1 n Vous savez lereste, monsieur le député. Vous [comprendrez, aprfes cet exposé des faits, que je me (ois refusé à m'adresser à la justice. Abandonné de mes chefs, frappé par eus, j'étais exposé à 5ie présenter devant les tribunaux dans une tituation de défaveur que je n'ai pas voulu subir. 'fai considéré que les témoignages antérieurs de chefs suffisaient, et que, s'ils avaient cessé ée me couvrir, chacun comprendrait qu'ils avaient léi à des préoccupations d'ordre parlementaire au souci des intérêts ministériels que pouvait Ugager le retour de questions portées à ttibune.
,aira ^M
A Veuillez agréer, monsieur le député, l'assurance de tna haute considération.
» André de Trémontels. »
Après avoir entendules explications de M. André de Trémontels, le lecteur appréciera dans quelle mesure il se sent satisfait et convaincu
Quant à moi, je n'ai pas le courage de piétiner > sur ce malheureux fonctionnaire abandonné deé * dieux et de M. Waldeck-Rousseau.
Je reconnais même qu'il est dans la tradition et dans la correction hiérarchiques, quand il invoque l'approbation de se& chefs et déclare qu'elle lui suffit. Il ne tient pas un autre 'langage que l'honorable M. ***, juge d'instruction, qui lui aussi disait, à cette même place : « Je n'eus aucune peine à justifier auprès de mes chefs hiérarchiques les mesures que j'avais ordonnées. »
Où l'ancien préfet se montre inférieur coinme dialecticien au juge d'instruction, c'est lorsqu'il néglige d'ajouter: « Il me serait également facile, avec les documents du dossier, d'éclairer l'opinion sur les faits que vous m'imputez. Mais je ne pourrais me défendre qu'en trahissant, par une coupable violation du secret professionnel^ le devoir du magistrat. Je ne le ferai sous aucun Drétexte. »
t PREFET DE l'UtlCE
avec ^^^H ne que ^^|
- A vrai dire, j'aime mieux la neltelé ■ laquelle M. André de Trêmontels afBiine que I M. WaIdeck-Rou5BPau connaissait complètement L son dossier quand fut signé le décret qui t'élevait a première classe de son gi'ade. 11 vient ainsi Joindre son démenti à celui opposé par M. Deman- K^eut aux allégations minislérielles, et il y a de sa piart quelque crànerie à accuser son ancien cheE j Vavoir mis sur l'éehinc de la vérité un dégiii-i ' Sèment carnavalesque.
La lettre de M. André de Trémonlels contient , d'ailleurs d'utiles renaeignemeuta dont il importe ' de déduire les conséquences.
Si la Chambre n'était tout entière absorbée par
iapréoccu]ialiun de savoir à quel scrutin seront
Bcommodés les députés aux prochaines élec-
ins, c'est à la tribune du Palais-Bourbon qu'il
lût fallu porter les questions que soul&ve In
^ttre de M. André de Trémontels. C'est lii qu'il
iftl fallu placer M. Waldeck-Rousseau entre ses
ropres aEfirmalions et celles de son subordonné;
[ Mais les dépjités ne me pardonneraient pas de
1 arracher momentanément au soin de leur
inrenir législatif, pour les ramener à l'examen
tes responsabilités miuistériclleK.
Je me borne donc à présenter de simples ob-
D^prvalions du haut de ma petite tribune person-
uulle. Là, (lu moins, je ue suis exposé ni aux interruptions ni aux rappels k l'ordre.
Il me paraît établi que l'honorable luinîstre de l'intérieur traite avec quelque indilTéronce les queetiouB relatives à la probité de ses fonction* naires. Un de ses préfcls est accusé de conçus- ; 8Îon : le ministre n'hésite pas à lui prodiguer lea iL-moignagos do sa confiance.
Mais si ce même préfet cesse de servir les ran-. cunes, les convoitises, les intérêts électoraux ou autres dont le ministre a le dépôt sacré ; s'il s'avise de prendre au sérieux les appels pressants de la presse oflicieuse à l'union des républicains, l'infortuné fonctionnaire ne tarde pas à porter la peine de sa naïveté.
Les explications de H, André do Trémontels laissent peut-être beaucoup à désirer au point de vue de sa défense personnelle, mais elles éclairent d'une édifiante lumière le caractère des ministres de notre République parlemeptaire.
N'ajaul d'autre objectif que de conserver la confiance de leur majorité, considérant que toute la politique consiste k la maintenir groupée autour du cabinet et à la faire reviM-e dans un& . prochaine assemblée par la réélection de ses membres, tous les instruments comme tous les
moyens leur sont bons pour préparer à leur»
amis des succès électoraux.
Mais sitôt qu'apparait h Thorizou le grain menaçant d'une interpellation y les fonctionnaires compromis sont jetés à la mer; car la loi suprême de notre parlementarisme, c'est le salut du cabinet.
Le suicide du général Ney.
Tandis que Thonorable M. *** poursuivait Imstruction dont il a été parlé plus haut, la fin tragique du général Ney, duc d'Elchîngen, émut profondément Topinion publique, préparée depuis quelque temps par les récits de la presse à chercher Texplication de tous les événements parisiens dans les causes les plus contraires aux mœurs et à la nature.
Le lundi 21 février, dans la soirée, un landau s'arrêtait à la porte de M* Duvivier, officier d'or* donnance du général. Un inconnu montait chez M. Duvivier et lui disait que le général l'attendait en bas.
M. Duvivier trouva le général dans le landau,
en compagnie de deux messieurs : « Veuillez prévenir la duchesse, dit le général d un ton fébrile, que je ne rentrerai pas ce soir, ni peut-être demain. Je suis retenu à Versailles par mon service. »
Le landau s'éloigna rapidement, et M. Duvivier remonta chez lui, très frappé de Tair préoccupé et agité du duc d'Elchingen, et des allures suspectes de ses trois compagnons.
Le duc ne reparut pas.
Il fut activement recherché par la police, mais sans résultat.
Des lettres anonymes furent envoyées à la famille ; des mesures furent prises pour surprendre Fauteur de ces lettres au rendez-vous qu'il avait donné place du Château-d'Eau. Mais personne ne se présenta, k l'heure indiquée, pour recevoir la réponse que ces lettres exigeaient.
Les conjectures de la préfecture de police n'avaient pas fait fausse route, et, dès que la première lettre anonyme me fut connue, j'exprimai à la famille du duc d'Elchingen une opinion que les faits ne tardèrent pas à justifier.
Le 23 février seulement, M. Duvivier se décida à faire connaître que le général avait loué une cave dans une maison située à Bagneux, et qu'il avait coutume de s'y exercer au tir du pistolet.
r PREFET DE PftLlCE
\ ce momenl, je ne doutais plus que rat ne se fût suicidé, et, pour accomplir sa funeste résolulion, il devait avoir choisi le lieu retiré ou étaient ses pistolets.
M. Diivivier se rendit à Ragneux, accompagné il« M, Macé.
Ils durent passer devant la slalue élevée au mftréchal Ney, prince de la Moskowa, près de l'Observatoire, à la place même où il fut fusillé lp 7 décembre 181-".
Arrivés à lîagneus, le chef de la si'ireté et l'officier d'ordonuance descendirent à la cave en s'pclairant d'une -bougie. La porte était fermée intérieurement; le doutp n'était plus possible; le duc d'Elchingcn était là.
La porte fut enfoncée; le courant d'air qui s'établit anssitôt éteig:nit la bougie au moment <fBème où M. Duvivier, qui faisait un pas en avant jdaas l'obscurité se heurta au corps ensani^ianté "fijjon général.
Cette circonstance que la porte de la cave se nuvait fermée avec la clef restée dans la ser- FL l'inférieur ue permettait pas de douter que ) duc ne se fût suicidé.
Mais quelle était la cause de cette résolution bxtrèmc que rien ne faisait prévoir?
Le duc d'EIchingen, il est vrai, avait laissa
percer depuis peu de temps quelque tristesse. Il avait été appelé à déposer récemment dans une affaire correctionnelle. Un mot d'esprit malheureux lui avait valu les railleries de la presse ; il en avait été affecté. D autre part, il avait été question d'un duel avec un journaliste ; on a dit que lo général avait, pour s'y préparer, discrètemont loué la cave de Bagneux, dont les orifices étaient soigneusement bouchés, de manière à étouffer le bruit ; de longs fils à plomb tombaient verticalement de la voûte et permettaient de s'exercer h trouver la ligne en levant le bras au commandement.
Mais les railleries do la presse et l'éventualité d'un duel ne sont heureusement pas une cause de suicide.
Aussi les journaux se livrèrent-ils aux conjectures les plus fantaisistes; ils allèrent jusqu'à rapprocher de l'affaire de la rue Duphot ce dramatique événement, sans autre motif que la coïn* cidence des dates.
Pour couper court à ces regrettables suppositions, il eût peut-être fallu livrer h l'opinion publique les faits tels qu'ils s'étaient passés. La mémoire du duc d'Elchingen n'avait rien à y perdre, et la police y eût gagné d'être délivrée dos sommations d'une presse indiscrète, qui
nUN l'IlKKET DE POLICE
prélendait que dans une démocratie les autorités n'ont pas le droit de rien cacher à la curiosité du public.
Mais la famille, qui est le meilleur JU; qui touche à la considération des siens, crut devoir se renfermer dans une exirème réserve. Il ne m'appartenait pas dès lors d'en sortir moi. même; aujourd'liui encore, je dois me borner à dire que tous les détails de ce drame m'ont été tonnus, qu'aucune affaire do mœurs n'y a été mêlée, et que, malgré de trompeuses appai'ences qni ont pu égarer l'opinion, les faits n'ont étô, aucun moment et à aucun point de vue, do nature h exiger l'intervention do la justice. y^e 23 février, au soir, lorsque M. Duvivier et Macé vinrent me faire connaître le résultat de lurs recherches h. Bagneux, je partais pour lo rlfere de la guerre, oii il y avait réception. Je au ministre de ce que je venais l'apprendre. La nouvelle s'en répandit bien ite dans les salons, et fui douloureusement ^cueillie dans ce milieu militaire, où le général ne comptait que des amis.
L'enquête sur les actes du général de Gissey.
La baronne de Kaulla.
Uti autre officier supérieur était depuis quelque temps en butte aux plus violentes attaques de la presse radicale.
Ancien ministre de la guerre, le général de Cissey, malgré Féclat de ses services, s'entendait accuser d'avoir dilapidé les derniers de TÉtat et * d'avoir livré à l'ennemi les secrets de la défense nationale.
Concussion et trahison, tels étaient les deux chefs de l'invraisemblable accusation que le patriotisme inquiet d'un député de l'extrême gauche consentit à porter devant la Chambre.
Une enquête fut ordonnée par la Chambre et de nombreux témoins furent entendus.
L'accusation reposait principalement sur les relations du général de Cissey avec la baronne de Kaulla, qu'on supposait être une espionne de l'Allemagne.
Depuis la guen^e de 1870, on a beaucoup abusé de l'accusation d'espionnage, et d'autres
D'UN PRÉPET DE POLICK
tenimes en ont été l'objet qu'une situation k fois plus indépendante et plus régulière semblaitl Jevoir protéger.
La baronne de Kaulla, qui avait épousé colooel Yuof;, vivait sépai'ée de son mari, da un élégant petit hôtel de l'avenue d'Iéna, oEi cll»^ s'entourait d'un luxe que l'amitié dn géni^ pouvait suffire à expliquer.
La commission d'enquête fit appeler comma^ témoÏDS trois préfets ou anciens préfets de police,, pour avoir sur la baronne l'opinion de la préfecture, et surtout pour savoir s'il était vrai, comme on l'avait affirmé, que des perquisitions eussent lété faites k son hôtel à l'effet d'y chercher la preuve de sa culpabilité,
M. Léon Renault, toujours correct, parut d'abord 'Vouloir se retrancher derrière le secret professionnel. Cependant il nia avoir jamais dit que M"° de Kaulla était " dangereuse pour le pays ». Interrogé sur les perquisitions qu'on disait avoir été faites, sans qu'on en eût précisé la date ; I Je déclare, répondit-il, que je n'ai jamais fait ipérer de perquisitions chez M'°° de Kaulla, |ue jamais la pensée n'en est même venue a préfecture de police, à l'époque où j'étais en onction. 11 -M. Voisin nia de son cAté avoirjamaîs ordonné
lé H
poi'eille visile domiciliaire et il ajouta : " Après avoir fait des recherches, je n'ai acquis en aucune façon la preuve que M"" de XauJIa tût un agent de l'étranger. II me paraît que c'est une femme cberchant à avoir un salon, àréunir autour d'elle des iiotahililés parisiennes. Je le répète, je n'ai ripn découvert qui permît de dire que M"" do RnuUa fiit un agent de l'étranger. »
Appelé à déposer à mon tour, j'avais fait faire les plus minutieuses recherches, etje dus affirmer qu'il n'cxislait, ni sur les registres de la préfeclure ni sur les répertoires des commissaires de police, aucune trace de perquisition opérée chez la baronne de KauUa ; que, d'autre part, je n'avais aucune raison d'ajouter foi à la rumeur qui l'accusait d'être au service de l'Allemagne.
Un incident fut soulevé par plusieurs membres de la commission, h l'occasion de mou témoignage. Ces honorables membres demandaieot que les dossiers de police concernant le géuéral de Cissey et M"'' de Kaulla fussent remis à la rommission.
J'expliquai k mes collègues ce que j'ai dit h mes lecteurs dans l'un des premiers chapitres de mes Souvenirs : que les dossiers de police n'étaienl pas faits pour les profanes, ceux-ci fussent-ils représentants du peuple; qu'ils contenaient non
moins d'avliculatîons inexactes ou douteuses qu4 d'iEfiiinalions conformes à la vérité; qu'ils pouJ valent être utiles pour aider l'ail mini s Ira tion dauM Bas recherciies, mais non pour éclairer la confl (cieace des juges.
La commission voulut bien ne pas insister. Un Jébal sur l'cuquéte s'ou\Tit devant la Chambre, ^t ne laissa rien subsister des diiïamalions qui ont «^ allriaté les dernières années du général de Cissaj
} laboratoire municipal. — A la fourrière.
Les journaux nous apprennent que les mar-
clisnda devin de Paris se sont réunis vendredi
* dernier, au nombre de trois ou quatre mille, au
Cirque d'hiver, sous la présidence de M. Tony
Bâvillon.
C'est même ce fâcheux meeting qui m'a privé duplaisirde me rencontrer ce jour-là avec l'honorable député do Bellevdle, Invité, ainsi que moi, dans une maison amie, mais empêché de boire IcB vins de noi re amphitryron par l'obligation supérieure de manifester en faveur du rnoititlage.
Ah! c'est que les marchands de vin ne sont pas une quantité électorale négligeable. Non seulement ils sont nombreux, mais encore ils sont influents.
Gambetta le savait bien, et, durant cette année 1881 consacrée par lui à la préparation des élections, après avoir réuni les voyageurs de commerce pour leur confier le soin d'évangéliser les départements, il vint, lui aussi, présider rassemblée des marchands de vin, leur promettant la liberté du mouillage, à défaut de la séparation de l'Église et de TEtat.
La liberté du mouillage, c'est cette liberté-là qui n'est pas une guitare !
Habile à trouver ces mots heureux qui résument une thèse et l'imposent aux esprits simples, M. Gambetta avait imaginé, à lusage des marchands de vin, la distinction entre la falsification et la « dénaturation ».
11 n'y a falsification, suivant l'éminent homme
d'Etat, que si le marchand introduit dans le vin des substances chimiques colorantes dont l'effet peut être nuisible à la santé.
Quant au mouillage, qui consiste simplement on une addition d'eau, M. Gambetta n'y voyait qu'un acte de « dénaturation » absolument licite et moral.
st point ^^1 ul doive ^^Ê
Melti-e de l'eau dans son vin, (aire un mélange que l'opportunisme seul encourager. Mais le mouillage va plus loin ; ii unsiste k moUre de l'eau dans le vin d'aiilrui et i, Iromper le public sur la nature de la marchandise vendue.
\'ar.ceptant pas le distiiigifo de M. Gambetla, je crus devoir donner aux consommateurs de noQvelles garanties, non seulement contre les fraudes des débitants de vin, mais encore contre calles de tous les marchâmes.
L'Angleterre, l'Allemagne, la Belgique s'étaient occupées longtemps avant nous des questions telalivea à l'hygiène publique et à l'alimentation. Jeitie fis adresser dfs rapports relatifs aux mesures employées à l'étranger, et l'étude qui en fnttftile sous ma direction, avec le concours do M. Cambon et de M. Girard, me permit d'in- . ïlitler, h peu de frais, dans les hAlîments de la JTÉfeclurG de police, le « laboratoire municipal», 1 lui donnant cette dénomination, j'avais Bûins pour but d'affirmer mes sympathies quedo mettre sur le nouvel établissement une sorte de 'ParatonneiTe, en intéressant ù sa conservation et i ta prospérité l'amour-propre des parrains que ,]«lQi donnais.
J'estime que le laboratoire a rendu les plu
utiles services à la santé publique. Maîfe les révélations de l'analyse chimique ont soulevé plus de colères contre le préfet qu'eHes ne lui ont valu de sympathies.
Je m'occupais en même temps de répondre à; un vœu émis par le conseil municipal, en faisant construire des voitures pour le transport des personnes atteintes de maladies épidémiques.
L'étoffe des voitures ordinaires garde facilement le germe de la maladie et le transmet ensuite aux voyageurs qui succèdent au malade. C'est là une des causes par lesquelles les épidémies se répandent. .
Pour y obvier, les villes de Londres et de Bruxelles employaient depuis [longtemps des véhicules spéciaux, faciles à laver et à désinfecter. Je n'eus qu'à suivre les exemples que'je rencontrais chez nos voisins.
Une autre innovation à signaler fut la réforme du procédé barbare employé ù la fourrière pour la destruction des chiens.
Parmi les êtres nuisibles dont la société est forcé de requérir le trépas, dans un intérêt de sécurité publique, il n'en est pas de plus dignes de compassion que les chiens errants. Sauf de rares exceptions, ce sont les parias de l'espèce canine : laids, étiques, boueux, personne ne
Dge à les recueillir. Sans maitre, sans abri, il font, sous la bise et la pluie, cherchant de car«»1 liefour en carrefour quelque informe dt^'trîtus. pour soulonir leur vio austère, jusqu'à ce que fj'adoiinistration les lire de leur détresse en les plongeant dans l'inSni.
Est-ce leur faute, ù ces déclassés, si la nature leur refusa les avantages de la forme ou si la destinée négligea de les pourvoir d'un gîte légal et d'un protecteur responsable?
Telles sont les réflexions que je retrouve, non signÈoB, dans un journal aujourd'hui disparu, et" je me les approprie; car elles traduisent, sans exagération, le sentimentalisme qui m'amena à remplacer la pendaison des chiens par l'anestbéaie.
Livrée à son cours naturrd, l'agonie des chiens pendus se fût prolongée quelquefois au delà de trente minutes, tant la cohésion de leurs verttbres supérieures est rebelle à la rupture ; c'est pourquoi les bourreaux de ces malheureuses victimes des règlements municipaux s'efforçaient, PW do vigoureux coups de marteau appliqués lur le crâne, d'y déterminer au plus vite une congestion.
Ce fut M. le docteur l'oggiale, membre du Mnseil d'hygiène, qui proposa im procédé nou-
L'enquête sur les actes du général de Gissey.
La baronne de KauUa.
Un autre officier supérieur était depuis quelque temps en butte aux plus violentes attaques de la. presse radicale.
Ancien ministre de la guerre, le général de Cissey, malgré l'éclat de ses services, s'entendait accuser d'avoir dilapidé les derniers de l'État et d'avoir livré à l'ennemi les secrets de la défense nationale.
Concussion et trahison, tels étaient les deux chefs de l'invraisemblable accusation que le patriotisme inquiet d'un député de l'extrême gauche consentit à porter devant la Chambre. •
Une enquête fut ordonnée par la Chambre et de nombreux témoins furent entendus.
L'accusation reposait principalement sur le$ relations du général de Cissey avec la baronne de KauUa, qu'on supposait être une espionne de l'Allemagne.
Depuis la guerre de 1870, on a beaucoup abusé de l'accusation d'espionnage, et d'autres
ÛE POLICE
fmmes en ont été l'objet qu'une silnalion à lai fois plus indépendanle et plus régulière semblait 'I devoir protéger.
La baronne de Kaulla, qui avait épousé \ folonel Yun», vivait séparée de son mari, dan^l un élégant petit hôtel de l'avenue d'Iéna, où elle j s'entourait d'un luxe que l'amitié du généra] pouvait sufrire à expliquer.
La commission d'enquèle fit appeler comme^ témoins trois préfets ou anciens préfets de pelicen pour avoir sur la baronne l'opinion de la préfec- ] liire, et surtout pour savoir s'il était vrai, comme , On l'avait affirmé, que des perquisitions eussent été faites à son hùlel à l'effet d'y chercher la preuve de sa culpabilité.
M. Léon Renault, toujours correct , pai'ut d'abord Touloir se retrancher tlerrière le secret professionnel. Cependant il nia avoir jamais dit que de Kaulla était « dangereuse pour le pays ».
Interrogé sur les perquisitions qu'on disait avoir étâ faites, sans qu'on en eût précisé la date : K Je déclare, répondit-il, que je n'ai jamais fait Opérer de perquisitions chez M™" de Kaulla, et [ae jamais la pensée n'en est même venue à préfecture de police, à l'époque où j'étais en mclicin. »
M. Voisin nia de son côté avoirjamais ordonné
Je Sais combien les illusions généreuses eontribuent au bonheur de la vie, et j'hésite à effeuiller celles qui font cortège au cabinet de rhonorable M. Jules Ferry.
Je voudrais surtout ne pas immoler aux néoes»sités de ma démonstration une sympathique victime .
Cependant les allégations vagues ne sauraient suffire ; il faut apporter des faits à Tappui des affirmations ; rapproche des luttes électorales, le devoir patriotique de ne rien épargner pour écarter du nouveau Parlement les complices d'une politique néfaste, m'obligent à me départir des lîésitations qui m'ont arrêté jusqu'ici dans Paccomplissement d'un sacrifice nécessaire.
Ces hésitations, elles seront excusées par les plus sévères censeurs, lorsqu'ils sauront que, pour faire ma preuve, je suis obligé de mettre en cause un homme dont le caractère et le talent font autant d'honneur au Parlement qu'à l'Université.
D'ailleurs, je suis heureux de penser que mes révélations, sans atteindre sa sympathique personnalité, iront droit au but que je vise et frapperont dans la cible de la candidature officielle et des fonds secrets.
JiB demande pardon au lecteur qui s'impatiente de toutes ces précautions et j'arrive à mon fait.
[ PHÉFET nv. POLICK
C'ÉUil il ïa veille des élections do 1861.
M. Gambella, qui n'a pas toujours été aussi heurem dans bqs choix, avait jel6 les yeux sur émmenl professeur pour qui la philosophie r vaitpaado spcrets, cl il l'avait désigne comme étant son candidat préféré pour l'arrondissement de Rodez.
te préfet de l'Aveyron re(;ut de la bouche même du président de la Chambre des instructions nécessaires au succès de cette candidature. M, Aûdré de Trémontels, car c'était lui qui administrait alors co pittoresque département, fut ila hauteur de la tâche qui lui avait été confiée. *llaPucelle d'Orléans put compter à la Chamhre un ami sûr et lïdèle.
On a peut-èlre deviné que l'heureux randidal •Uit l'honorable M. Joseph Fabrp. auteur d'une fort remarquable étude sur Jeaune d'Arc et d'un projet patriotique de fête nationale.
M. Joseph Fabre reçut sur les fonds secrets, parlas mains du préfet de l'Aveyron, la somme nécessaire pour payer les frais de son élection, o'est-à-dire un peu plus de trois mille francs.
Je no saurais dire combien je suis fikhé d'être obligé de prononcer ici le nom de mon honorable collègue, mais il sera le premier à comprendre ^ne ma polémique contre Tahus des fonds secrets
SOltVENIUS ^^^^^^
perdrait une grande partie de son efficacité si elle était purement doctrinale et impersonnelle. Je m'empresse, d'ailleurs, d'ajouter que l'honorahlo M. Joseph Fabre u'est pas le seul membre de la majorité qui ait élé indemnisé de ses dépenses sur les fonds afTecIcs à la police secrfete, et ce n'est point h ces honorables collègues que j'entends faire remonter la responsabilité du r61e passif qui leur a été imposé par des désignations supérieures. C'est aux gouvernements, c'est aux institutions que je m'en prends. C'est aux électem's que je fais appel, en m'efforçant d'ouvrir les yeux aux braves gens qui s'imaginent vivre sous un régime de probité et qui croient qu'on disserte sur l'histoire des Mérovingiens quand on leur parle de la candidature officielle.
Je m'adresse à ces actionnaires de la politique qu'on nomme des contribuables, et au moment j,^ où les directeurs de la Société anonyme propo- L^ sent de nouveaux appels de fonds, je demande |fc', ■ aiL^dits actionnaires de ne pas envoyer siéger au J- conseil d'administration des hommes que les plus ' élémentaires obligations de la gratitude rendront
incapables de (out contrôle.
Le scrutin du 9 janvier et le nouveau conseil municipal.
Le 9 janvier 1881 avaient lieu les élections oiUDicipalcs. Les électeurs puriâieus avaient à choisir quatre-vingts conseillers parmi les deux cent dix; candidats qui briguaient leurs sull'rages. Pour l'acquit do ma conscience de préfet de police, j'avais suscité quelques candidatures lenlriques, destinées h enlever quelques suffrages â mes adversaires du groupe autonomiste, Jssavais que, àdéfaat d'autrt^s résultats, ces pro- Oiiiiés électoraux seraient goûtés dans les régions ipÉrieul'es où s'inspiraient les ministres.
J'en fus pour mes fi'ais d'affiches, de bulletins *t de subventions h. la presse.
Personnellement, je me considérais comme fofl désintéressé dans le scrutin.
Les autODomistea étaient franchement contre 3Boi; mais, pour y mettre d'autres formes, les Opportunistes ne me témoignaient guère moins i'iiostilité ; d'ailleurs, leur souci de popularité ne
" leur permettait pas une autre attitude. Il n'y avait au conseil municipal qu'un groupe qui fût toujours avec le préfet de police dans toutes les questions où les intérêts de son administration étaient sérieusement engagés : c'était le petit groupe des conservateurs, royalistes ou impérialistes.
Ce n'était donc pas d'un changement dans la composition du conseil que je pouvais attendre l'aplanissement des difficultés contre lesquelles je luttais depuis deux ans.
J'attendis avec quelque indifférence, dans mon cabinet, les résultats du scrutin que le télégraphe m'apportait des divers quartiers de Paris, puîir je me rendis à la place Beauvau pour en conférer avec le ministre de l'intérieur.
Quand j'arrivai, M. Gambetta, largement assis et fumant son cigare dans le salon du ministi'e, se félicitait avec M. Constans des résultats de la joiKuée, tandis que M. Adrien Hébrard égayait la conversation par ses saillies, et dépensait en prodigue l'esprit qu'on ne lui connaît pas, parce qu'il le cache aux yeux du public sous les lourdes draperies du Temps .
On était tout à la joie. La protestation conservatrice n'avait gagné que trois sièges, ce qui portait à sept le nombre de ses représentants*
D'UN PRÉfET DE POLICE
Suj quaLro-viiigl& consfîillurs manicipaiix, c'êlail BU résullal insignifiaut.
Le collectivisme révolutioiinairc avait écrasé partout où il avait teoté les chauces du senilin. Pas un candidat ouvrier n'avait recueilli "1 nombre respectable de suffrages. Pai-ini les Mcieng membres de la Commune qui s'étaient présentés, aucun n'avait été élu.
Le plus modéré d'entre eux, M. Amouroux, wiilâit en ballottage, ainsi que M. Trinquet tui- Même, à qui sa précédente élection et sou retour triomphal de Nouméa semblaient assurer le
|, La majorité de l'ancien conseil, épurée de '^oelques nullités, rentrait dans le nouveau, avec l'sdjonclion de plusieurs capacités dont le présiiem de la Chambre paraissait faire grand cas.
— Allons, disait M. Gambelta, Paris n'a nulle fiiivie de refaire la Commune. Le préfet du poHce peut dormir tranquillp.
— Vous êtes silencieux, me dit M. Ilébrard.
Vuua n'avez pas l'air content.
Je fis timidement observer que les conseillers municipaux qui avaient voté le projet d'autono^ mie communale avaient presque tous été réêlusj lu'ils se trouvaient renforcés de plusieurs nouveaux adhérents, et que les conseillers oppor*
100 •. jSOUVENIRS
tunist^s, dans la plupart des quartiers, avaient accepté des programmes et pris des engagements^* qui ne pouvaient me faire prévoir des jours heureux ni des rapports faciles.
M. Gambetta répondit qu'il ne fallait pas juger les élus sur les engagements électoraux ; que si quelques-uns des membres de l'ancienne majorité semblaient avoir accentué leurs programmes, d'autre part plusieurs autonomistes avaient fait des réserves sur des points importants, et que le résultat général des élections n'était pas de nature à les encourager à suivre jusqu'au bout la fraction la plus pure de leur groupe.
— Quelle attitude avez-vous à prendre? me dit le président de la Chambre. Quelle ligne de conduite allez-vous adopter pour résister aux attaques du groupe que dirige M. Sigismond Lacroix ? Votre tâche sera facile ; vous n'aurez qu'à vous appuyer sur le groupe opposé.
M. Gambetta se trompait. Il n'y avait pas dans le nouveau conseil une majorité disposée à soutenir un préfet de police ayant le sentiment de ses devoirs envers l'Etat et de son indépendance envers la Commune.
On en put juger bientôt lorsqu'il s'agit dç nommer le président du conseil municipal. Ce
) fat M, Sigismond Lacroix, le leader du groupe
;^ autonomiste, qui fut élu.
\ Les conflits ne tardèrent pas à prendre un
caractère d'acuité dont, seul, mon successeur
peut se faire une juste idée.
L'affaire Eyben.
Dans les premiers jours d'avril, l'arrestation de M"*' Eyben appela de nouveau l'attention sur la police des mœurs et suscita pour le préfet les plus graves difficultés.
Donnons d'abord la parole h cette dame.
Voici la lettre qu'elle adressa h un journal du matin :
Au rédacteur du Mot d'Ordre :
Monsieur le rédacteur,
Penn«ttez-moi de venir vous faire le récit exact de tout ce qui s'est passé lors de l'arrestation tout arbitre dont j'ai été la victime.
Depuis cinq mois mes deux petites tilles suivent un cours rue de Valois, et comme leur institutrice ne
Il c
peut pas les garder près d'elle passé quatre heures et demie, il fut convenu entre elle et moi que j'irais les prendre tous les jours passage des Panoramas.
Je me rendais donc mardi dernier audit passage pour y joindre mes enfants, et comme j'étais un peu en retard, je marchais très vite, quand tout à coup trois hommes se sont jetés sur moi de la façon la plus brutale en disant : « Arrêtons cette belle enfant : allez, suivez-nous au poste. » Je crus avoir à faire à de mauvais plaisants, et je les priai de me laisser. Malgré ma résistance, ils m'emmenèrent au poste de la rue Villedo. Je leur dis de me laisser au moins entrer dans le passage pour voir mes enfants; qu'ils auraient ainsi la preuve que j'étais là pour remplir mes devoirs de mère de famille; j'appelai même mes pauvres petites à mon scours ; rien n'y fit, et force me fut de les suivre.
Je restai donc rue Villedo jusqu'à huit heures et demie ; de là, je fus transférée au poste de la rue Richelieu, où je fus interrogée par un secrétaire et non par un commissaire; puis, à un autre poste de la même rue, où la voiture cellulaire vint me prendre pour me déposer à la préfecture, où je restai enfermée jusqu'à vendredi. Je n'essayerai pas de vous dépeindre, monsieur le rédacteur, toutes les humiliations que j'ai dû subir, toutes mes torturesj en songeant à mes pauvres enfants, dont je n'eus aucune nouvelle jusqu'au jeudi soir.
Je laisse cela à l'appréciation des mères de famille qui liront cette lettre et qui pourraient se trouver dans mon cas. Il est vrai que j'ai une sœur qui habite avec moi, mais la malheureuse est atteinte d'une ma-
ladiede cœur et la moindre émotion la jette dans des crises qui Tempêchent de se traîner; je me représentais son inquiétude en ne me voyant pas rentrer. C'était donc pour moi une douleur de plus ajoutée à toutes les autres.
Qu'ai-je fait, monsieur, pour mériter tout cela? Je puis affirmer devant tous que je suis bonne mère; je vis seule avec ma sœur et mes deux enfants de la façon la plus discrète, et je ne crains nulle investigation dans ma vie privée.
Je viens donc, monsieur, par la voie de votre esti- ' . mable journal, protester contre les procédés plus ' qu'inhumains dont je suis la victime, puisque c'est comme femme la seule arme dont je puisse user. J'espère que vous voudrez bien faire bon accueil à mes justes plaintes, et, pour terminer ce triste récit, qu'il me soit permis d'adresser un mot de reconnaissance au juge qui s'est chargé de l'instruction de cette triste affaire. C'est h lui que je dois d'ôtre rendue à ma famille.
A. Eyben, 81, rue Rochechouart.
Qu'y avait-il de vrai dans ce récit?
Loyales explications entre M. Joseph Fabre et l'auteur des « Souvenirs » ^
Je reçois de M. Joseph Fabre, député de Rodez^ la lettre suivante :
Paris, le mercredi 25 mars 1885.
Monsieur le directeur,
Étant mis en cause ce matin dans votre journal, je vous prie de vouloir bien insérer ces deux mots :
J'ai été trois fois mêlé aux luttes électorales, sans jamais avoir eu à me reprocher la moindre abdication de mon indépendance — d'ailleurs assez justifiée par mes votes.
Dans une de ces luttes, en 1881, j*ai accepté un concours, où les fonds secrets n'étaient pour rien, qui m'avait été personnellement offert par M. Gambetta, alors président de la Chambre, et qui, au surplus, était plus modeste que ne l'indique M. Andrieux.
Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de ma considération la plus distinguée.
Joseph Fabre.
1. La nécessité de répondre au député de Rodez m'obligea ajourner la suite du chapitre consacré à l'affaire Eyben,
rJ'UN PRÉFET DK POLICE
J'ai dil Jéjii que je n'ai aucune inleulion déso- 1 %eante pour mon honorable collègue del'Aveyroa. Je le tiens pour un galant homme, et je n'admets pas que sa parolo puisse être mise en iloiite lin instant quand il affirme qu'on recevant un certain concoursd'argenlpourses frais d'élection en 1881 il n'a cru accepter que l'olTre personnelle de M. Gambetta.
k pense que celle déclaration est snflisanle jour dégager la personne de M. Joseph Fabre,
Mais, à côti5 de l'honnêle homme dont je con- Mis l'intégrité el l'indépendance, il y a des faits ionl il ne saurait être responsable, puisqu'il les *mat connus; il y a la candidature officielle, itintil a été la première victime, puisqu'elle s'est '■ prnduite malgré lui et à son préjudice moral 'I Wenplus qu'fi son profit; il y a un système onliii 'iirlequel il importe qu'on s'explique au moment ^ les plus graves intérêts de ce pays vont être de nouveau engagés dans la bataille éleclorale. Les faits, les voici :
Lorsque M. Joseph Fabre arriva dans son lïTondissement au début do la période éleclo- M. André de Trémontcls reçut du miaîslircde l'intérieur une lettre chargée, contenant billets de mille francs, et il les remit à Joseph Fahre.
Plus lard, M. André de Trémontels reçut sur sa demande, toujours du ministère de l'intérieur, une seconde lettre chargée, contenant de douze à quinze cents francs, pour faire face à des frais d'élection"qui n'avaient pas été soldés.
Une partie de cette somme fut employée à payer des livres qui avaient été distribués par le préfet aux enfants des écoles, dans la circonscription de M. Joseph Fabre, h l'approche de la période électorale.
. Ce qui restait fut envoyé par lettre chargée à M. Joseph Fabre après son retour à Paris.
Je m'explique ainsi comment mon honorable collègue peut contester que la somme par lui reçue se soit élevée à plus de trois mille francs. Je reconnais qu'il y a lieu de déduire le coût des livres distribués, dans l'intérêt de l'élection, aux élèves des écoles.
L'honorable M. Joseph Fabre croit avoir reçu un don personnel de M. Gambetta. Sa conviction résulte de cette circonstance que c'est le président de la Chambre qui lui a offert son aide, et que c'est au président de la Chambre qu'il a adressé ses remerciements.
Ce dont M. Joseph Fabre ne s'est pas rendu compte, c'est qu'au mois d'octobre 1881 M. Gambetta s'identifiait avec l'État et. que les ministres
n'étaient plu» que le»' intendants du Palais- Bourbon.
Dans èette discussion, où nous apportons l'un et Tautre une égale bonne foi, mon loyal contradicteur ne contestera pas avoir reçu, en deux fois, du préfet de- rAveyron, la somme qu'il a employée à payer une partie de ses dépenses d'élection.
Quant au préfet lui-même, si les fonds lui sont venus d'une source différente de celle que j'indique, c'est son devoir de le déclarer, c'est aussi son intérêt. Mais il se taira, ou s'il intervient, ce sera pour confirmer mon récit par son témoignage *.
Je ne parle pas de l'ancien ministre, n'ayant pas la nîQveté de croire qu'il veuille initier le public à l'emploi de ses fonds secrets.
Le lecteur se demandera comment il se fait qu'un don personnel de M. Gambetta, au lieu daller directement du Palais-Bourbon h Tinté-