PRÉI'ET DE PO
les mêmes profits pour le pouvoir ni les mêmes dangers pour la liberLé.
Tandis que le chef du parti autoritaire chercbail, dans l'exclusion des minorités, le remède 3 cette variété d'anémie qu'on appelle le parlenieiilarismc , d'autres esprits, plus respectueux des libertés publiques, mais peut-être moins clairvoyants, cherchaient ramélioratiou de nos instiiulions dans la représentation proportionnelle lies minorités. Les divers moyens d'assurer cette représ enlalion ont donné lieu à d'intéressants mis, à la formation d'une société d'études et nième à des propositions dues à l'initiative des dépotés.
Je ne saurais ti'op approuver ces propositions, il je les considère au point de vue du système îûi a mes préférences. Le régime représentatif, 6n effet, s'accommode à merveille de la représentation de toutes les minorités ; il se prête à ce îtie toutes les opinions puissent se faire entendre iîtis l'Assemblée nationale. Celle-ci, en ell'et, Bayant plus à constituer ni à faire vivre un ministère issu de son sein, n'a pas besoin d'une Oajorité de gouvernement.
Mais le régime parlementaire est incompatible Ivec la représentation proportionnelle des minonlfis pour les mêmes raisons qui le rendent
inconciliable avec le suffrage universel. L'Angleterre Ta bien compris, et sur ce sol où ont pris naissance les plus ingénieux systèmes destinés à assurer aux minorités une équitable représentation, si on a réussi à en faire l'application à des comités administratifs, notamment aux comités des écoles, la Chambre des communes s'est bien gardée de se prêter à de semblables expériences. C'est assez pour elle d'avoir vu surgir, à côté des whigs et des tories, un parti radical et un parti irlandais qui menacent déjà les vieilles institutions. Le jour où elle s'ouvrirait à de nouvelles minorités, elle ne tarderait pas à fournir à ma thèse un décisif argument.
Conséquence inévitable de l'extrême division des partis dans le Parlement, l'instabilité ministérielle frappe de stérilité le régime qui s'y trouve condamné par la nature de ses institutions.
Quelle autorité peut avoir un ministre sur son personnel lorsque chaque jour qui s'écoule peut être la veille de sa chute? Quel respect, quelle obéissance obtiendra-t-il de ses subordonnés, nommés, pour la plupart, par des prédécesseurs dont il fut et dont il reste l'adversaire? N'est-il pas exposé aux pièges et à la trahison de ceux qui attendent leur avancement de la faveur d'un successeur dont l'arrivée est déjà prévue?
*|iprenant aux théoriciens comment I« parlemen- i tarisme peut Être le gouvernement du pays par 1 les minorités,
(ies résultats des élections se produisent rarement dans les pays de suffrage censitaire, parce , que la restriction du droit de vote a pour effet de limiter aux classes riches ou aristocratiques la possibilité de se faire représenter, et cette fraction 1 3e la nation, ayant à peu près les mêmes intérêts, /intarellcraent attachée à la forme du gouverne- ! qui lui assure la prépondérance, se di\ise ffi^â^x partis : des conser\'ateurs qui ne laissent jkud'èti'e des libéraux, et des libéraux qui ne lais- Wipasd'être des conservateurs. Ou réalise ainsi, "iffis trop de difficultés, les vraies conditions du ^nvememcnt parlementaire entre la majorité qui,« prend le pouvoir et <> l'opposition de la reiue » ^ ■qui attend son heure et s'eiforce do la rapprocher.
Avec le suffrage universel, toutes les opinions. Jionsles intérêts, tous les appétits, toutes les ran- 'cunes, toutes les couches de la stratification latioRale doivent être représentés dans le Parle- ''BieiiL De là l'émiettemenl des partis et l'impos- '•îbilité de constituer une majorité de gouvernemeat, surtout dans un pays ofi, indépendamment ^W divisions résultant de l'opposition des intérêts ot des croyances, il faut encore compter ave^
rapprochant les tronçons de deux groupes, une apparence de majorité gouvernementale.
Mais au prix de quels abandons cette majorité artificielle avait-elle été obtenue? Le souvenir, j'imagine, n'en est pas encore effacé.
M. Jules Ferry ne fut point un président du conseil au sens parlementaire de ce mot. Il n'avait pas un programme, une politique, de»
amis dont il fut le chef reconnu et incontesté. Ce n'était pas un parti qui le suivait. Il n'avait derrière lui qu'un syndicat d'intérêts.
C'est en abdiquant aux mains des députés toutes les attributions du pouvoir, c'est en leur livrant les faveurs administratives, c'est en leur donnant des assurances et des gages de réélection, c'est en se soumettant à toutes les exigences et en s'abaissant sous toutes les fourches caudines des hommes dont il était le prisonnier plutôt que le chef, que M. Jules Ferry put réussir à prolonger pendant deux années la durée de sa présidence.
Il eut Tapparence du pouvoir fort; mais, à vrai dire, il n'eut que l'apparence du pouvoir. Il dura deux années; mais, toujours menacé d'une fin prochaine, il prolongeait son existence sans réussir à faire croire à sa durée. Il parut diriger le Parlement, mais il subit les directions les moins avouables. Sa majorité semblait l'accueillir
D'UN PRÉFET DE POLICE !5i
par des manifestations spontanées; mais, à y regarder de près, les préposés à la direction des applaudissements étaient ses maîtres.
Il réalisa une parole souvent répétée : « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive, » et il prouva qu^il n'était pas loin de la vérité quand il prévoyait, au congrès de Lausanne, dans les termes que nous avons rappelés, la fin peu enviable des Républiques parlementaires.
Les observations qui précèdent ne s'appliquent pas seulement à TÉtat républicain, et je ne pense pas qu'une monarchie puisse beaucoup plus facilement qu'une République faire vivre côte à côte le suffrage universel et le régime de la responsabilité ministérielle.
L'expérience de la Grèce, où les crises se sont multipliées, donne raison à ma thèse ; encore faut-il faire remarquer que, par son étendue plus restreinte, sa moindre importance au point de vue des relations extérieures, les divisions moins profondes des diverses classes sociales, le royaimie hellénique échappe à quelques-unes des difficultés que nous avons reconnues.
A mesure que s'étend le droit de suffrage, l'équilibre du régime parlementaire est de plus en plus compromis, comme on peut s'en convaincre en étudiant l'histoire des diverses mo- *
t52 SOUVENIRS
narchiesconstitulionnelles. Cependant la royauté, qui est un des éléments historiques et rationnels du système, facilite cet équilibre, et le droit de dissolution est aux mains du roi comme un moyen de ramener au centre de gravité le Parlement qui s'en écarte.
La forme républicaine, le gouvernement de cabinet et le suffrage universel sont autant de garanties tour à tour introduites dans le droit constitutionnel des peuples pour protéger leurs libertés contre les abus possibles du pouvoir exécutif. Mais placer à la fois dans une même constitution le suffrage universel, la République et le parlementarisme, ce n'est plus prendre des garanties contre le pouvoir exécutif, c'est l'anéantir; ce n'est plus sauvegarder la liberté, c'est Tabandonner à Tanarchie. Gardons-nous de croire que l'exécutif soit nécessairement l'ennemi des libertés publiques; sa noble mission doit être d'en être le défenseur ; pour qu*il la puisse accomplir, il ne faut pas qu'une injuste et aveugle méfiance s'ingénie à lui créer des entraves et le réduise à l'impuissance.
Je crois avoir démontré qu'il faut opter entre le parlementarisme et le suffrage universel. Je sais que, pour bien des gens, môme parmi ceux qui ne croient pas utile de l'avouer présentement,
ri'CX IMtKPRT IIK IMILICE i'.<i
loplion serait bientôl faite, et je vois sur les Wcsdu centre plus d'un républicain qui sacrilierail le suffrage universel. Mais après avoir dit qn'il faut opter, je dois ajouter qu'il n'est plus tmps (leclioisir. Ce serait perdre son temps que s'allarder à discuter les mérites ou les inconvéiJientsdu suffrage universel; il existe, et c'est un it avec lequel toutes les formes de goufcerne-
u-ont désormais à compter.
Le suffraf^e universel est inséparable de l'Etat ifmocratique, et dans ce pays où la démocratie poussé de si profondes racines, il n'y a plus l'un problème à résoudre : ce n'est pas celui de foir s'il faut restreindre le suffrage, c'est celui Irouverla forme de gouvernement qui convit^nt mieux à la démocratie.
L'expérience de la RépiiLliqui' parlementaire ïté tentée en Espagne; ou sait comment elle lûunié, La raème expérience se poursuit a 18 dépens depuis dix années; nous voyons peu peu s'en aller tout ce qui fait la vie, la force, prestige d'une nation. Quand donc enli» com- 'prendrons-nnua que c'est le parlementarisme qui BOiislue?
L'esemple que l'histoire semble offrir h notre «nilation n'est pas celui d'une constitution lUilique, dont il faille chercher, dans la nuit des
m SOUVENIRS
temps, les traces effacées. Depuis un siècle, de l'autre côté de TOcéan, une grande République prospère et développe ses libertés. Elle a le suffrage universel ; mais elle ne connaît pas la responsabilité illusoire des ministres devant les Chambres. Son principe est celui de notre Révolution française : la séparation des pouvoirs. Son régime politique est celui que nous appelons le régime représentatif.
Je ne propose pas de transporter Washington àParis^ ni la Maison-Blanche au palais de rÉlysée. Je conviens que notre histoire, nos nuœurs, notre situation géographique ne permettent guère une exacte imitation des Etats-Unis d'Amérique. Je ne cite la Constitution de la grande République américaine qu'à Tappui des principes et des exemples que je trouve déjà dans notre propre histoire.
L'essentiel, c'est que le législatif et l'exécutif ne soient plus confondus; qu'à cet effet, nous ayons un chef du pouvoir exécutif responsable, échappant à la dépendance d'un Parlement par son origine comme par ses attributions, gouvernant avec des ministres qu'il couvre de sa propre responsabilité et qu'il a choisis en dehors des Chambres. Quand nous aurons remplacé le gouvernement de cabinet par le gouvernement du
président, le surplus sera secondaire, et l'espérienoe au besoin corrigera avec le temps les erreurs et les imperfections inhérentes à toute u^uvre humaine.
Les adversaires du système représentatif craignent de donner, dans ce pays centralisé, trop ie force à l'exécutif; ils entrevoient déjà les toups d'État et la République glissant dans le ciisarisrao.
J'avoue ne pas parlager ces appréhensions. Il but, suivant les temps, redresser les institutions côté opposé à celui où elles risquent de tomber, et je n'ai point à hésiter dans l'application de cette maxime d'orthopédie politique, si "'je considère qu'aujourd'hui ce n'est pas la proé- 'loiiience du pouvoir exécutif qui nuiL à la perfection de nos formes constitutionnelles,
me parait, d'ailleurs, qu'entre l'état d'anarchie où nous sommes et la diclature, il y a un milieu possible où la sagesse du législateur pourrait trouver notre repos et notre sécurité. Une magis- 'Iralure indépendante, une vie plus active donnée i la commune et au déparlement, seraient sans Soute des garanties pour rassurer les plus timorés.
Mais la meilleure des sauvegardes contre les BiUrpalions de l'exécutif, c'est celle qui résulte
de rattachement des citoyens aux institutions qu'ils se sont données. Au 2 décembre, la respohsabilité ministérielle n'empêcha pas le coup d'Ëlat. Par contre, après le 16 mai, en admettant que le coup d'Etat eût été dans les projets de l'exécutif, le courant irrésistible des sympathies populaires pour le régime républicain, tel qu'il apparaissait alors au pays, eût suffi à faire échouer toute tentative contraire aux lois.
Que les institutions assurent la prospérité du pays : elles seront à l'abri des coups d'État. Mais si la nation s'accoutume à confondre la République avec le parlementarisme, dont elle se désintéresse de plus en plus, le moment pourrait n'être pas éloigné où le sabre qui déchirerait les fictioDs de la responsabilité ministérielle n'arracherait même plus à leur indifférence les consciences endormies.
Dignitaires inutiles. — Pétition pour demander la suppression des chevaliers Kadoches.
Quoiqu'elle ait pour symbole le triangle égalitaire, la franc-maçonnerie reconnaît un grand
■ PRKFET UE l'dLICl';
imot-e de p;rades, à chacun desquels elle allais ies décorations et des signes particuliers,
^e plus élevé de tous est le ti-ente- troisième, flui tul, dit-on, attribué à Frédéric II Prusse, et qui appartient aujourd'hui à un grand nombre de FF.", moins illustres.
Le trentième est celui de chevalier Kadoche, ^'autres érrivent Kadusch, par respect pour l'élytnologie, kadoche venant, assure-t-ou, de l'hé- }rea Kadmclt, qui veut dire .wc^'e.
Depuis mon jugement, c'est le grade (lievalier Kadoche qui me préoccupe le plus, car je me suis laissé dire que ces chevaliers-là soiit piarg^ spécialement d'appliquer aux maçons Bidiecrets les peines prévues par le serment.
J'ai ouvert le Calendrier maçomiique du tfand-Onent de France : j'y ai vu que le F.-. llanchon, propriétaire de bains, rue Pierreî*vÉe, 4, k Paris, est chevalier Kadoche.
Depuis lors, je me représente lo F.'. Blanchou, (snanl d'une main la pierre ponce et de l'autre "n grand sabre, et je demande aux gens bien '"formés où peut èli'e la rue Pierre-Levée, alin
iii'y pas passer.
Cependant, je fus condamné le 20 février; près
' deux mois se sont écoulés et la Parque Atro- 1*8, qui tranche le fildes destinées humaines, no
triS SOUVENIRS
s est encore présentée à moi sous Taspect d'aucun chevalier Kadoche. Le doute a envahi mon âme, et je me suis demandé s'il était utile de violer plus longtemps le principe d'égalité, et de méconnaître les enseignements du triangle pour maintenir des dignitaires qui, par leur inaction, démontrent leur inutilité. Je propose de signer une pétition à l'assemblée générale du Grand- Orient de France pour que, dans sa session de 5885, elle décide la suppression des chevaUers Kado(Aes.
Vous me direz qu'on aurait trop à faire s'il fallait supprimer tous les matamores qui enflent la voix pour lancer de loin la menace, et qui, dès qu'on s'approche, rentrent leur tête dans leur cuirasse.
Le journal Paris^ par exemple, dans son numéro du 2 avril, publiait la note suivante : «Nous adressons aujourd'hui même une demande en autorisation de poursuites contre M. Andrieùx, député du Rhône, à M. le président de la Chambre des députés. »
Le public des tribunes a vainement attendu que le président de la Chambre donnât connaissance de la demande en autorisation de poursuites annoncée par le Paris. Pour moi, je n'ai pas été surpris du silence présidentiel ; j'ai sim-
Il |T\ i'REFET DE PDLfCK
plemeut supposé que le rédacteur du Paiîs élait ■■hfvalier Kadoclie.
•Jiioiiju'un qui me veut du bien m'avait aviai qu un juge, mécontent d'uii cliapitre des Sawue- "î™, voulait me déférer à aes collègues. Le juge sest tenu coi : c'était sans doute un chevalier Kadoche.
■■^ous le précédeut ministère, tous les officieux affirmaient que le docteur Watelet avait essuyé pour moi les bancs de la police correctionnelle. J'ai vainement attendu l'efTet de ces menacet ■^i le temps ni la mauvaise volonté n'ont fait oétaiit au défunt cabinet pour rédiger gnation; mais tout cela c'élaient de? histoires de chevaliers Kadochos,
Le 17 décembre dernier, k la « fête solsticiaie u du suprême conseil, le F.'. Francolin a prononcé une allocution dont la Chaîne d'union «publié le texte. On v HL :
Une encyclique récente nous a accusés de frapper ; 'ïec le poignard les faux frères de notre Ordre. suffit de jeter autour de nous un regard sur le monde ' Profane pour recoonaUre que nous avons été plus I Mning et que les oublieux de leurs serments mapon- À ."'îfM sont encore en vin.
Si nous avons été indulgents,, c'est que nous s '«ani tout des paciGiincs, des tolérants et parfois o
le.
dédaigneux. Mais il ne faut pas abuser de nos vertus.
Ëhbien! non, T.-, C.-. F.*. Francolin, si « les oublieux de leurs sennents maçonniques sont encore en vie », ce n'est ni parce que vous êtes a indulgents », ni parce que vous êtes « dédaigneux ». Ce n'est même pas parce qu'il y a des juges et des gendannes à Paris. C'est parce que ,vous n'avez pas la foi, qui seule arme le bras des sectaires. Vous ne prenez au sérieux ni vos serments, ni vos mystères, ni vos signes, ni vos attouchements, ni l'emphase de vos discours.
Certes, T.-. C*. F.-. Francolin, je n'ai nulle envie « d'abuser de votre vertu », et je vous verrais, comme dit Dorine^ « du haut jusques en bas », que je persisterais dans la réserve que vous m'inspirez. Mais avouez donc franchement qu'il est un peu ridicule de parler de votre vertu, de votre tolérance et de votre dédain.
C'est ce manque de naturel et de sincérité, ce sont ces allm^es de Croquemitaine, qui soulèvent contre vous, en outre de vos ennemis naturels, tant d'esprits sceptiques qui n'aiment pas qu'on leur en impose.
Il y a de braves gens qui s'imaginent que la société française est divisée en deux parts : les
REVET UE POLIf:i;
cléricaux et les francs -maçons. C'est dans cette seconde catégorie qu'ils rang;eiil tous les républicains.
Leur erreur est grande ; cai' si presque tous les francs-maçons sont républicains, il s'en faut de ■ beaucoup que tous les républicains soient francsnia(,:Qn9.
C'est même du côlé des républicains que me sont venues les plus chaudes adhésions, lorsque j'ai entrepris de dépouiller la franc-maçonnerie lioa oripeaux emblématiques dont elle aime à couvrir.
J'ai sous les yeux des alexandrins, dignes Némésis, qui, sous ce titre : Dm irœ! me furent idressés par un républicain libre-penseur, contondant dans une même malédiction les francs- Kiaçoas et leurs iiTéconciliables adversaires.
J'en détache la première strophe :
Deui morislres elïrayanla, tortueux, ridicules, Se sont pris corps à corps et se sont enlacés, Cherchant à s'écraser entre leurs tentaciilea. Puis les poulpes soudai» ne se sont qu'embrassés, Et tendant leurs milliers de bras inextricables. Comme pour échanger des baisers araicuus Out tout broyé dans leurs étieiules implacables : l'es fraiics-magona se sont unis aux cléricaux.
fuis mon i ''^Pt- ei il ajoute :
iiTespondant laisse Pégase s'em-
Uuand donc un ouragan révolutionnaire Vous emportera-t-il au vent par millions?
Quand donc retentira le grand coup de tonnerre Qui sonne dans les temps les réveils de lions ? monde, souviens-toi qu'en ce jour de colère, Si Voltaire vivait, il te conseillerait, Puisque leur symbole a forme triangulaire, De changer le triangle en vaste couperet.
Mon correspondant me permettra de lui dire qu'il connaît mal Voltaire, et que le sceptique de Ferney, qui, à la porte de son château, dédiait un temple à Dieu, n'était point homme à guillotiner ceux qui ne pensaient pas comme lui.
Mais, pour reprendre ma conversation avec le F.'. Francolin, je lui dirai :
Quand on veut s'associer pour fadre le bien, point n'est besoin d'épreuves, ni d'attouchements, ni de huis clos. Ouvrez vos temples ; vendez au profit des pauvres les ornements singuliers qui les décorent, parlez comme tout le monde, soyez simples et non grimés ; surtout n'ayez pas lïmpertinente prétention d'empêcher qu'on rie un peu de la franc-maçonnerie, dans ce siècle qui ne croit à rien.
Son Altesse M. Courjon, maharajab de Ghandernagor.
Ayant eu, dana un chapitre précédent, l'impmdcnce de parlei'de quelque s projets d'inlerpeilaliOD que le dernier cabinet avait écrasés dans sa chute, j'ai reçu de plusieurs lecteurs des let- ; Ires m'invilant à donuer place dans mes Sonve-A '«'"ïaux faits qu'il u'ost plus opportun de porter ti la tribune.
C'est ainsi que je suis amené à parler de Son blesse M. Courjon, maharajah de Ghandernagor,
Déjà, la presse s'est emparée de la décision ""nistérielle par laquelle M. Courjon a été élevé 'la haute dignité de maharajah, cl divers jouriiaus en ont exploité le côté divertissant.
Mais ce que le public u'apas connu, et cequ'il i *"t été intéressant de faire savoir à la Chambre, ''^stque la qualité de maharajah n'était point un* ^*in titre, un hochet destiné à l'amusement de \ ^■Courjon; que des droits importants y étaient ^'■tachéH; qu'enfin, un projet liuaucier, hcureti-
sèment resté à l'état de projet, avait du permettre au maharajah de se constituer une sorte de liste civile. C'est le côté de la question qui mérite quelques éclaircissements.
Lorsque, après les traités de i814 et de 1815, les Anglais nous restituèrent nos établissements de rinde, réduits toutefois aux limites restreintes que leur avait précédemment assignées la paix de 1783, quelques territoires, connus sous le nom de logesy et dont le plus important n'excède guère la superficie de la place de la Concorde, restèrent en litige aux mains de l'Angleterre.
M. Jules Ferry, dont la politique extérieure consista principalement à susciter des difficultés entre la France et l'Angleterre, avait pensé que le moment était heureusement choisi pour sou^ lever la question des loges, et il avait envoyé dans rinde française un fonctionnaire, M. Has, avec la mission d'en préparer la solution.
M. Has avait connu, à Chandernagor, un Français nommé Courjon, et avait reçu l'hospitalité dans le palais de celui-ci, splendide épave d'une fortune naufragée.
M. Has et M. Courjon étaient de retour à Paris. M. Courjon habitait un modeste appartement rue de Chateaubriand. Il promenait aux Champs- Elysées, dans une redingote et sous un chapeau
avait rien d'oriental, sa personne plébéienne A i;l son nom roturier, lorsque fut conçu, au minis- ! e la marine, le projet de lui donner, avec h de maharajah, la ferme générale desl loges.
On commença par le titre ; cai- le projet d'affer- Diîge des loges comporlaît l'approbation du misisliTC des airaires élrangi?re9. La décision nommanl M. Courjon maharajah de Chandernagor soumise à l'honorable amiral Peyron, qui, peu surpris, en donnant sa signature, se borna k cette réflexion : « Tiens, je fais des mahanjahs, niainlenant! >'
Qu'esl-ce donc qu'un maharajah? 11 est fort ' [possible que l'honorable sou s- secrétaire d'État | *Us colonies ne s'en soit pas rendu un compte ''xact; il aura cru que c'était quelque chose 'Oinme uii officier d'académie.
Or, le titre de maharajah, ni'jij>uis rex, vsl le plus élevé que connaisse la loi de Manon,
Jemprunte au livre Vil de la loi quelques-una à^sslokas ou versets qui out trait aux devoirs des «jahs :
^- — Je vais déclarer les devoirs des rajahs, la "•"duile qu'ils doivent tenir, quelle est leur origine et "*>rient ils peuvent obtenir la récompense Buprëme. 3. — Ce monde, privé de rajahs, étant de tnua (
côtés bouleversé par la crainte, pour la conservation de tous les êtres, le Seigneur créa un rajah.
5. — Et c'est parce qu'un rajah a été formé de particules urées de lessence des principaux dieux qu'il surpasse en éclat tous les mortels.
6. — De même que le soleil, il brûle les yeux et les cœurs, et personne sur la terre ne peut le regarder en face.
7. — Il est le feu, le vent, le soleil, le génie qui préside à la lune, le roi de la justice, le dieu des eaux, et le souverain du firmament par sa puissance.
20. — Si le rajah ne châtiait pas sans relâche ceux qui méritent d'être châtiés, les plus forts retiraient les plus faibles, comme des poissons sur une broche.
21. — La corneille viendrait becqueter l'offrande de riz, le chien lécherait le beurre clarifié ; il n'existerait plus de droit de propriété; l'homme du rang le plus bas prendrait la place de l'homme de la classe la plus élevée.
44. — Qu'il fasse, nuit et jour, tous ses efforts pour dompter ses organes; car celui qui les maîtrise est seul capable de soumettre les peuples à son auto-, rite.
106. — Gomme le héron, qu'il réfléchisse sur les avantages qu'il peut obtenir; comme le lion, qu'il déploie sa valeur; comme le loup, qu'il attaque à rimproviste ; comme le lièvre, qu'il opère sa retraite avec prudence.
128. — Après mûr examen, le rajah doit lever les impôts dans ses États...