CHAPITRE VI
« La chose qu'on appelle amour, écrivait une moraliste anglaise (i), est confinée à un très petit nombre d'années de la vie de l'homme, et même, dans cette fraction insignifiante du temps, il n'est qu'un des objets dont l'homme doit s'occuper parmi une foule d'autres objets infiniment plus importants. »
Néanmoins cet objet de peu d'importance est une cause très fréquente de crimes : il fait commettre les actes les plus efiroyables par les hommes les plus doux. Ne confon-
(i) Mme Carlyle.
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dons pas cependant les < crimes d'amour »
av«c une multitude d'affaires qu'on décore aujourd'hui du nom de crimes passionnels.
A lire les journaux de Paris, on croirait que l'amour y rencontre de grands obstacles, car des crimes passionnels sont narrés tous les jours ; il suffit que des relations plus ou moins affectueuses aient uni un homme à une femme pour qu'à la première discussion violente qui s'élève entre eux, on publie un fait passionnel. Dans les faux ménages qui envahissent de plus en plus la classe ouvrière, chacun se réserve le droit de se retirer si bon lui semble, mais ils entendent bien chacun des deux que l'autre restera constamment fidèle : le couteau, le revolver, le vitriol font justice des infidélités : en cas d'abandon, le déserteur est attendu au coin d'une rue, dans un passage, et le dialogue suivant s'engage : « Veuxtu revenir avec moi? — Jamais. — Pour-
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quoi ? — Tu m'as rendu trop malheureux 1 — Si tu ne veux pas que nous nous reufettions ensemble, voici pour toi... » Et un coup suit qui aurait pu être mortel, qui en général ne l'est pas, parce que l'arme est mauvaise et que la main tremble; mais comme les propos homicides sont constants, il en résulte une accusation de meurtre que l'avocat s'empresse de transformer devant la Cour d'assises en crime passionnel. Ces sortes d'affaires présentent la violation la plus flagrante de la liberté humaine, et ce n'est pas la peine de contracter des unions libres pour en sortir à coups de revolver ; mais la passion n'a rien à voir dans un dénouement provoqué par le dépit, l'amour-propre froissé, le regret d'une habitude perdue, ou même des calculs d'intérêt, si la victime était une bonne ménagère ou un bon travailleur, difficiles à remplacer..
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La seule cause vraiment passionnelle qui ait apparu dans ces douze dernières années, n'a pas été jugée à Paris : ce fut le crime de Chambige à Sidi-Mabrouck, dans la province de Constantine, jugé par la Cour d'assises de Constantine au mois de novembre 1888. En debors de cette affaire profondément douloureuse qui émut l'opinion, je n'en vois aucune pendant ce laps de temps qui puisse offrir matière à une étude un peu suivie sur les crimes d'amour.
Il ne s'agissait pas, en effet, dans ce qu'on a appelé le drame de Sidi-Mabrouck, d'une de ces actions violentes que l'amour inspire d'ordinaire pour venger une passion, l'homme amoureux qui tue la femme qui résiste, ou la femme amoureuse qui tue l'homme qui l'a quittée : ici rien de semblable, l'amour de l'un égale l'amour de l'autre ; une disposition des choses trop significative, hélas ! démontre l'adultère;
en dehors de ce sentiment et de ce constat, rien d'établi : cependant dans une villa solitaire on a trouvé une femme sur un lit, souriant à la mort qu'un revolver lui a donnée, et à côté de la femme, un homme par terre blessé, sanglant et hagard; mais que s'est-il passé entre eux? tous l'ignorent; ni témoin ni preuve : pour le procureur général, ainsi que pour M' Trarieux, avocat du mari de la victime qui s'est porté partie civile, l'homme a assassiné la femme pour la violer, ou s'il y a eu convention de suicide, ainsi que l'accusé le déclare, celui-ci est un lâche qui a manqué à sa foi : pour M' Durier, qui défend l'homme, c'est une tragédie d'amour dénouée par un double suicide où l'énervement du corps a empêché le survivant de réaliser jusqu'au bout sa propre destruction : dans tous les cas, c'est l'amour et l'inconnu, les deux éléments des grandes causes.
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Aussi le crime de Chambige a-t-il passé rapidement des chroniques judiciaires dans les romans et même sur le théâtre :
après qu'il en a été parlé tant de fois, en parler encore aujourd'hui parait plus que téméraire, et cependant n'y a-t-il pas encore quelque chose à en dire, et les cordes les plus sensibles du cœur humain ne vibrent-elles pas toujours à ce souvenir?
Lorsque, après la mort de M. Durier, M. Barbou prononça son éloge funèbre dans une réunion du Barreau, il reprit l'histoire de Chambige, la ciselant à l'antique comme une légende judiciaire gravée sur les contours d'un bronze funéraire (i),
« Durier fait à son tour l'histoire de ces singulières amours, u et par la clairvoyance avec laquelle les détails sont choisis « et disposés, par l'art merveilleux avec lequel il précipite u peu à peu le mouvement du style, de façon à rendre sen- ■I sible le grondement du gouffre vers lequel les malheureux a sont entraînés, il communique à son récit cette émotion M profonde qui fera vivre éternellement certaines nouvelles H de Diderot, de Balzac et de Prosper Mérimée, quelque « chose du frisson involontaire qu'éprouve l'âme la plus vut-
et bien que Durier eût plaidé certainement dans sa vie des causes plus importantes, cette réminiscence prima toutes les autres. Je voudrais, à un point de vue différent, présenter sur le même sujet des observations du métier, prises dans le fonds d'expérience des présidents d'assises, enjoignant à ces observations l'étude comparée des crimes de même flamme que nous trouvons dans les précédents judiciaires. Dans un tableau de la passion dont une histoire aussi connue que celle de Chambige formera le cadre, les lecteurs verront plus facilement, sije ne me trompe, ce que je voudrais principalement démontrer ici.
représentation A'Œdipe roi. Rien ne manque, la grandeur tragique des faits soutient et relËve tout, 00 voudrait pourtant trouver çà et là quelques touches plus vives, et guelgves-uns de ces éclairs qui, en déchirant l'écoTce du cœur, mettront à nu h travail souterrain de la passion. » (Notice lue le 14 décembre iSgi à l'assemblée générale annuelle des anciens secrétaires de la conférence des " ~ lien bâtonnier.)
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la marche ascendante de l'amour et l'évolution de l'amour vers le crime.
Les hasards de ma carrière me firent rencontrer en 1868 à Verdelet, dans un petit coin de Seine-et-Marne, un drame semblable à celui de Sidi-Mabrouck ; les décors étaient très humbles, mais le héros modeste, qui avait survécu comme Chambige, racontait son histoire devant la Cour d'assises de Melun de la même manière que celui-ci devait, vingt ans plus tard, raconter la sienne.
En 1835, devant la Cour d'assises de la Seine, Prosper Bancal, chirurgien de marine attaché au port de Rochefort, était accusé d'avoir assassiné à Paris, hôtel de l'Amirauté, rue Saint -Augustin, une femme mariée et mère de famille, Zélie Trousset, qu'il avait détournée de ses devoirs ; après avoir pratiqué inutilement deux saignées aux jambes, l'ouverture des artères d'un
bras et l'empoisonnement par l'acétate de morphine, il lui avait percé le cœur, comme elle le demandait, d'un coup de bistouri, et retournant le bistouri contre lui-même^ il s'était frappé trois fois sans mourir : ses impressions, qu'il révélait à la Cour d'assises avec le fanatisme de l'amour et le purisme du praticien, étaient les mêmes que celles de Chambige.
Parlerai-je de la catastrophe de l'archiduc Rodolphe, à Meyerling, dans cette maison forestière qui vient d'être convertie en un Carmel impénétrable, lieu de prière perpétuelle et de pénitence austère, en expiation d'une tragédie sanglante analogue à celle de Constantine?
Il y a donc réellement pour toutes les conditions de la vie, encore qu'elles soient les plus hautes, à certains moments, et dans certaine occurrence, quelque chose de dévorant, une soif d'expansion et
d'extinction, tout ensemble, qui sort des entrailles mêmes de l'humanité; hyménée lugubre et presque incompréhensible (i), quand la passion est libre, de l'amour et de la mort : car enfin ni à Verdelot, comme nous le verrons tout à l'heure, ni à l'hôtel de l'Amirauté, ni à Meyerling, les amours n'étaient très gênés; ils subissaient tout
(l) Voici l'explication un pe par la philosophie allemande : »
une chaleur de vie qui conse dévore : aimer, ce n'est pas s nier. L'amour nous enfante et n vie et nous rate; il est du même c tu n'existes que quand tu aimes,
existes tout entier dans l'objet aimé ; sans lui, tu ne serais rien, et c'est ainsi que l'amour est à la fois la source de toutes les joies et de toutes les douleurs, le principe de ton être et le principe de ta mort... » Ce passage est d'un penseur bavarois, Feuerbach, dans un livre qui parut en 1830 à Nuremberg sans nom d'auteur avec ce titre : Pensées d'un penseur sur la mort et l'immorlaHfé, Après avoir cité le passage qui précède dans un article de la Renue des Deux Mondes du 1 1 septembre 1891, M. Valbert ajoute dans le même ordre d'idées: 11 Si;[ ans plus tard, un grand poÈte italien, Leopardi, devait chanter le même air :
> Le destin engendra la mort »vec l'amour;
nébuleuse qui
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au plus une légère contrainte qui assaisonne d'ordinaire la passion et l'aiguise.
La situation de Chambige était autre l'état de femme mariée, des enfants déjà âgés formaient devant lui un obstacle, et il est certain aujourd'hui qu'aucune défaillance de la femme n'avait précédé celle du dernier jour.
Le malheur fut l'animosité des deux familles, également honorables, dont l'honneur était versé au débat : la famille de la femme disait que l'accusé était un assassin, et celle de l'accusé, qu'il était une victime, la victime d'une femme de trente ans qui l'avait sacrifié après sa chute à son orgueil de puritaine; en réalité, Chambige n'était ni un assassin ni une victime, mais il avait vingt-quatre ans, et, comme beaucoup d'autres à son âge ou plus âgés, dans la ferveur de la passion, il avait préféré son amour à sa vie. Quand
l'amour est entré à un certain point dans la tête d'un homme, il ne lui laisse ni repos ni trêve, jusqu'à ce que cet homme ait obtenu la possession de ses désirs :
l'affection qui ronge le cœur y détruit tout ce qui pourrait le retenir : honneur, famille, talent, santé, patrie, devoirs, tout descend dans l'ombre à mesure que la flamme monte; les croyances religieuses elles-mêmes perdent leur force, la perspective des peines étemelles s'efface (i), l'âme afiàissée est sans ressort, les nerfs n'ont plus de maître, la fortune devient sans saveur : c Rien n'est plus et
(i) Chateaubriand, auquel il faut souvent revenir pour connattre le cœur humain, dans son roman d'Alala, où il montrait la religion aux prises avec les passions, ne craignait pas de faire dire par la » Vierge du désert 11 à Chactas, lorsqu'elle lui avoue son amour : u Quel songe n'est point sort) « de ce cœur si triste) Quelquefois, en attachant mes yeux 11 sur toi. j'allais jusqu'à former des désirs aussi insensés que ic coupables... Sentant une divinité qui m'arrêtait dans mes « horribles transports, j'aurais désiré que cette divinité se B fût anéantie, pourvu que, serrée entre tes bras, j'eusse u roulé d'abîme en abîme... « (Chateaubriand, Atala.)
plus n'est rien », comme disait la devise mélancolique et touchante des désespérés d'autrefois. Peu à peu un cercle inflexible se resserre, et le moment fatal arrive où, ne pouvant pas vivre avec sa passion, et ne voulant pas vivre sans elle, on préfère ne plus vivre du tout ; par une maladie bizarre de rimagination, la chose que la nature humaine hait le plus, la mort, devient la solution aimable d'une situation sans issue : suicide isolé et solitaire, si l'amour est méconnu ; suicide à deux, s'il est partagé, par la submersion ou l'asphyxie; deux corps qui flottent entrelacés sur le courant d'un fleuve, un réchaud qui s'allume au foyer banal d'une chambre d'hôtel, et plus fréquemment encore depuis ces dernières années, suicide simultané par le revolver.
Les journaux américains ne racontaientils pas, il y a deux ans environ, qu'à New- York, dans une des streets les plus fréquen-
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tées de la ville, deux fenêtres s'étaient ouvertes en même temps l'une devant l'autre, dans deux maisons qui se faisaient face ; qu'un jeune homme avait paru à droite, une jeune fille à gauche, armés chacun d'un revolver, et que, à un signal convenu, chacun s'était donné la mort en regardant son vis-à-vis? Leurs parents n'avaient pas voulu consentir à leur mariage; ils n'avaient même pas pu se tuer l'un avec l'autre, mais ils s'étaient donné la satisfaction de mourir l'un devant l'autre (i).
(t) Ces suicides par amour ont inspiré une des légende) bretonnes les plus touchantes sur la baie des Trépassés. Il Selon la tradition chrétienne, encore vivante dans le peuple, « dit M. Baudrillart, la baie des Trépassés est le rendez-vous H des âmes des naufragés. Le jour des Morts, on les voit COU< « rir sur la lame comme une écume blanchâtre et fugitive, et 11 toute la baie se remplit de voix, d'appels et de chuchote- 11 ments. Une touchante tradition populaire fait se rencontrer Il ici les âmes de ceuï qui se soiit suicidés par amour, et, périt dus dans la mort, une fois par an, ils ont le droit de se « revoir : le flux les réunit. le flux les sépare, et ils s'amci chent l'un à l'autre par de longs gémissements, n — Bevu< des Deux Uandes du 15 octobre 1884.
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Quelquefois l'être plus faible craint le carnage : la femme a peur de se manquer si elle veut se tuer elle-même, et que, blessée, défigurée peut-fitre, elle ne traîne dans la solitude pour le reste de ses jours une existence souffreteuse et flétrie ; alors, par un raffinement d'amour auquel la coquetterie se mêle, elle veut que la mort lui soit donnée par celui qu'elle aime, avant lui et par lui. Ce pacte funèbre n'est pas rare dans les annales judiciaires; tel fut le cas de Prosper Bancal : on trouva près de Zélie Trousset morte et de Bancal évanoui un journal où le chirurgien de marine avait fait, pour ainsi dire, son journal de bord, depuis la première tentative de mort jusqu'au moment où l'épuisement de ses forces ne lui permit plus d'écrire, et il y relatait la convention synallaginatique de mourir ; la même convention signala dans les circonstances suivantes le précédent de la Cour
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d'assises de Seine-et-Marne, dont j'ai parlé plus haut.
Au mois de décembre 1868, dans les grands bois de la Princerie, du canton de Rebais près Coulommiers, on trouvait le cadavre d'une jeune fille la tête fracassée ; sa toilette était celle d'un jour de fête; au poignet droit était attaché un mouchoir blanc dont l'autre extrémité retenait par un nœud un fragment de mouchoir de couleur, et son sang, c[ui avait rougi la neige, lui avait fait une couche sanglante. C'était une petite paysanne de la commune de Verdelot, Alexandrine Rousselet, âgée de dix-sept ans ; elle aimait un garçon du pays, Edouard Deletain; Deletain l'aimait; mais les parents n'ayant pas consenti à un mariage, les deux jeunes gens avaient résolu de se tuer ensemble. Un soir de bal de noce, après avoir dansé ensemble une dernière polka, ils s'étaient rejoints à tra-
vers-des chemins diflFérents dans un dessous de futaie éclairé par la neige, et leurs mouchoirs les attachant l'un à l'autre, avec un vieux pistolet d'emprunt Deletain avait tiré sur la jeune fille et l'avait tuée ; il avait tiré ensuite un deuxième coup de pistolet sur lui-même, voulant se tuer et se blessant, mais ne se tuant pas : « M'étant manqué la première fois, disait sans périphrases à l'audience ce gros paysan qui ne se piquait pas d'être un Bayard, je n'ai pas eu le courage de recommencer, l'amour de la vie m'a repris, et j'ai préféré manquer à ma parole. » Alexandrine et Edouard n'avaient pas cependant de vernis romanesque, et peu d'entraves contrariaient leurs ébats : les bals publics, qui sont le fléau des mœurs dans les campagnes, leur offraient des rencontres faciles, et leurs amours plus ou moins devinées n'avaient eu pour témoins que les bois et
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les clairières qui n'en avaient pas révélé le secret ; mais l'obstacle opposé par leurs parents à la réalisation complète de leurs désirs avait suffi pour les déterminer à la mort.
Mettez les mêmes passions dans un monde qui brille davantage, sous un soleil d'Orient, dans une colonie européenne qui lit et qui rêve, au milieu des influences dissolvantes que la lumière du ciel et les parfums de la terre, les arbres et les fleurs exercent aux derniers jours de l'hiver sous le climat attiédi du Midi sur les volontés les plus éprouvées (i) ; qu'une femme soit trop faible pour résister, trop fière pour entrer le front levé dans une vie de dissi-
(1) Je trouve dans un travail de Mme Alphonse Daudet sur les poésies de Mme Ackerman, qui lit des poésies tristes k Nice, oti elle habitait une villa pleine de lumière et de gaieté, cette observation qui me parait juste, que 11 ta mélancolie ■1 des pays de soleil s'accentue pour les esprits septentrionaux « et les porte à une clarté triste des choses dépouillées du ■i vague charmeur des ciels c<
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mulation et de mensoDge; qu'elle arrive peu à peu, au travers des luttes et des larmes, à un sophisme de l'esprit comme il s'en glisse presque toujours sur la voie du crime pour amener les capitulations du cœur; qu'elle s'estime moins coupable si elle se punit elle-même, si sa première faute est la dernière, si la mort est le rachat de l'amour; que l'alternative de s'éloigner pour toujours, ou de se donner à la condition qu'ils mourront l'un avec l'autre, soit posée par une femme du monde à un collégien jusqu'alors éconduit, vous aurez l'idée vraie du drame de Sidi-Mabrouck ; le procureur général requerra justement une peine sévère, parce qu'on ne doit jamais donner la mort, même à qui l'implore (i); les mo-
(i) L'acte d'accusation de l'afFaire Bancal s'expliquait ainsi devant la Cour d'assises de la Seine, sur l'allégation de Bancal qu'il n'avait donné la mort â Zélie Trousset que sur l'instante prière de cette femme : u Dire que le meurtre fut commandé par un désir cent fois exprimé et par les ardentes prières de la victime, ce serait lui reconnaître le
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ralistes s'élèveront avec raison contre les longs sommeils de la conscience qui préparent une chute éclatante, le jury acquittera ou condamnera, et la Cour prononcera une peine plus ou moins forte (i), mais la part du crime et de la passion aura été faite comme elle doit l'être : la passion qui explique le crime ne l'absout pas ; le crime qui condamne la passion ne la supprime
pouvoir \égii de déléguer à un autre le droit de vie et de mort sur elle-même : droit immoral, exorbitant, en dehors de toutes les conventions civiles, et dont aucun prétexte ne saurait légitimer l'eiercice. 11 L'avocat générai Plougoulm développait la mÈrae pensée dans son réiiuisitoire. u II y a eu u consentement dira-t-on, mais ce consentement est un acte u de délire, ce n'est pas un consentement raisonné, et quelle «puissance pourrait forcer à s'y rendre? L'entraînement - H d'une voionté plus forte que soi, non : l'homme a sa liberté « pour se défendre, sa raison pour distinguer le bien et le
(!) Bancal fut acquitté, Deletain fut condamné à vingt ani de travaux forcés, et Chambige à sept ans de réclusion.
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