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CHAPITRE VII

L'amour n'est pas la seule passion qui se dénoue à la Cour d'assises : à côté des « troubles du cœur », comme on disait au commencement de ce siècle dans le langage mesuré et distingué du temps (i), il y a les troubles de l'esprit, et ce qui est la pire source des actions criminelles, les troubles des sens. Le désir des jouissances que la fortune procure, le goût de l'argent, l'ambition, l'orgueil, la vengeance qui n'est le plus souvent que la revanche de l'orgueil, la

(i) Chateaubriand, Aiala.

LES CRIMES DE MŒURS. 8i

jalousie que Bossuet appelait, à propos du crime de Gain, « la mère des meurtres ( i ) *, exaltent l'esprit et rendent l'homme capable de faits barbares. Le docteur la Poraraeraye qui empoisonna deux femmes, et Tropmann qui fit disparaître toute une famille, ont été dans ces temps derniers les exemples les plus fameux de ce que la soif de l'argent peut inspirer. Je ne parle pas des voleurs de profession, qui méritent d'être étudiés à part, comme nous le ferons dans la dernière partie de cet ouvrage, au point de vue de l'exercice technique de leur métier.

Les troubles des sens sont indépendants de l'amour : l'amour n'existe guère sans eux, ils existent souvent sans lui ; néanmoins ils s'abritent derrière son nom, et ce jeu, toujours inquiet de sensations et

8i SOUVENIRS D'UN PRÉSIDENT D'ASSISES.

de sentiments, est le plus difficile à régir. L'homme subit la loi des sens aussi forte et plus forte pour un grand nombre que la loi pénale qui est faite pour les régler. Le langage judiciaire a même sur ce point une énergie singulière : quand on parle des autres passions, on désigne toujours leur objet, la passion de l'argent, la passion des honneurs; mais quand il. s'agit de la satisfaction des sens, on écrit la passion tout court, et nul ne se méprend sur la signification du mot isolé.

Les attentats à la pudeur, les détournements de mineur, la bigamie sont les crimes de mœurs proprement dits; les avortements , les infanticides ont pour objet d'efîacer les suites des désordres de mœurs ; l'excitation des mineurs à la débauche, les outrages publics à la pudeur, l'abus des passions et des besoins des mineurs sont des délits de mœurs justiciables

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des txibuDaux correctionnels, mais jugés très souvent par la Cour d'assises comme délits connexes à des crimes dont le jury est saisi ; enfin, dans la plupart des crimes de droit commun, tels que l'empoisonnement, l'assassinat, le meurtre, les coups prémédités ayant occasionné la mort ou une infirmité grave, il y a presque toujours comme ressort caché le désir des sens à satisfaire ou leur vengeance à exercer.

L'explorateur qui jette la sonde dans les bas-fonds de l'humanité ne manquera pas d'y trouver la cause secrète des agitations tumultueuses qui l'ont surpris au dehors; cherchez la femme dans les crimes de l'homme, cherchez l'homme dans les crimes de la femme, vous vous tromperez rarement ; dans les crimes d'immoralité sur les enfants, cherchez le vieillard. Les enfants sont exposés, de la part des étrangers, à certaines obsessions lubriques dont par

nature ils ne se défendent pas; ils sont quelquefois dans leur famille, de la part de leurs ascendants, suivant le terme expressif de la loi pour désigner ceux auxquels nous remontons dans la lignée directe de la vie, les victimes innocentes et silencieuses de passions dénaturées. C'est ainsi, du moins, que l'homme et la femme, les enfants et les ascendants ressortissant aux débats de la Cour d'assises en matière de crimes de mœurs. Nous essayerons de le montrer avec l'exactitude des souvenirs :

la psychologie la plus attristante peut-être, mais la plus vraie, est celle de l'audience.

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