‹ Souvenirs d'un président d'AssisesChapitre 15 sur 28 · LA FEMME · texte numérisé non relu

LA FEMME

La femme est la compagne de débauche de l'homme, elle l'incite et l'assiste; il vole pour lui donner des parures et tue pour satisfaire sa vengeance; au premier danger elle se dérobe, se réservant de le trahir.

En face des Arianes abandonnées dont le jury acquitte les vengeances, il y a l'Ariane qui abandonne pour se faire la part meilleure au jour du jugement. Un peu plus tôt ou un peu plus tard, la femme qui a trempé ses mains dans le sang répandu par son amant, livrera celui-ci à la justice.

Telle femme se joint à son amant pour

LA FEMME. gS

préparer traîtreusement à son mari un guet-apens où il trouvera la mort; telle autre, surprise par son mari au cours de ses infidélités, se joindra à lui pour frapper et torturer au besoin l'homme qu'elle accablait de tendresses tout à l'heure. Une femme du monde à laquelle un magistrat rappelait une passion très réelle qu'elle avait eue quelques années auparavant pour un homme profondément malheureux, répondait : « De la passion, oh ! non, monsieur le juge, dîtes de la compassion... »

La violence, pour ne pas dire la brutalité dans l'homme; la faiblesse, pour ne pas dire la lâcheté dans la femme, marchent de pair à la Cour d'assises.

A quarante ans, la femme criminelle change ; rachetant le chiffre de ses années, qu'elle dissimule d'ordinaire (i), par la vi-

(l) Les femmes ont toujours vingt-neuf ans, trente-neol ans, quarante-neuf aos ou cinquante-neuf ans devant la Cour

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gueur de son tempérament, elle est dans le feu des passions actives ; les ressentiments, une jalousie impitoyable, la soif du plaisir arment son bras; elle met à satisfaire ses passions le sang -froid qu'on apporte aux choses qui vont finir et des ardeurs qui ne veulent rien perdre de leurs restes. Le nombre des femmes de cet âge qui sont accusées est peu considérable, et dans les maisons centrales, si elles y subissent une peine, elles deviennent des modèles de repentir et quelquefois de sainteté ; mais devant le jury où elles espèrent toujours

d'assises ; elles se rajeunissant généralement de dix ans ; mais, n'osant pas rester trop au-dessous de leur 3ge réel, elles prennent dans la dizaine précédente le chiffre qui se rapproche Je plus de leur âge véritable; avant vingt cinq ans et après soiïante-cinq, elles disent leur âge tel qu'il est. Le contrôle est facile, car devant le juge d'instruction elles ont dit leur âge réel ou se sont rajeunies d'une manière différente, mais à quoi bon P L'élément du faux est le préjudice, et ici il n'y en a pas. Les Allemands sont plus sévères, car leurs journaux annonçaient récemment qu'une femme était poursuivie pour s'être attribué l'&ge de vingt-cinq ans dans un témoignage, tandis qu'elle avait trente-cinq ans.

un succès, elles ne capitulent pas, c'est leur dernier combat.

Après cinquante ans, le chi&e des femmes criminelles diminue encore, et le type des accusées se modifie de nouveau :

ce sont celles qui, ne pouvant plus servir leurs passions, servent les passions des autres : elles viennent répondre devant la Cour d'assises du crime d'avortement ou du délit d'excitation habituelle de mineurs à la débauche, connexe à des crimes.

A part quelques grandes affaires comme celle qui fut jugée par la Cour d'assises de la Seine dans une session extraordinaire du mois de décembre 1891, et dans laquelle figuraient quarante-cinq accusées, la physionomie des audiences ne varie pas beaucoup quand les accusations d'avortement sont déférées au jury : une sagefemme ou soi-disant telle s'assoit la première sur le banc des accusés : on la voit

gS SOUVENIRS D'UN PRÉSIDENT D'ASSISES.

dure et raide, ou plutôt on ne la voit pas, tant elle s'enveloppe et parait toujours occupée à cacher quelque chose; mais de larges lunettes, une taille épaissie, des vêtements amples et sombres dénotent le métier; à côté d'elle, une jeune fille plus ou moins ingénue, qui, par une particularité de la loi pénale en matière d'avortements, est poursuivie comme complice des manœuvres abortives qu'elle a fait pratiquer sur sa personne ; plus loin, une amie déjà mûre, qui, moyennant un courtage, a mis en relation les deux premières.

La sage -femme nie ou invoque son secret professionnel : en tout cas, dit-ellé, je n'ai employé que des remèdes innocents ; la jeune fille avoue et pleure; séduite et abandonnée, elle a fait disparaître le fruit de sa honte, pour ne pas entacher rhonneur de sa famille ; l'amie n'a cherché qu'une chose, qui était de rendre service ;

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