LA PASSION
Quand une affaire criminelle a longtemps occupé l'attention publique, l'intérêt de l'affaire n'est plus dans le crime, il est à côté ; tous les détails sont connus d'avance, et comme il arrive d'ordinaire pour ce qui est vivement attendu, la réalité froidement exposée par des hommes du métier ne répond pas aux prévisions ardentes des imaginations populaires. Mais quels sont les dessous de ces surfaces sanglantes ? quels ressorts secrets ont agi ? quelle est l'idée de ce roman qui a été malheureusement une histoire ? Voici l'objet des études du président d'assises.
« Je rassemble, dit Sainte-Beuve, sur le personnage que je veux peindre, le plus d'anecdotes possible. C'est en effet dans un trait, dans une démarche, dans une parole, dans un simple geste, qu'on découvre tout à coup le caractère d'un homme. » Celui qui veut approfondir une cause criminelle ne doit pas procéder autrement; il trouvera dans une circonstance insignifiante pour un autre, dans un défaut moral, peut-être dans une difformité physique, l'explication de l'accusé : c'est une analyse sut generts du cœur humain.
Le plus difficile d'ordinaire est de découvrir la soudure qui existe entre deux tronçons très divers d'une même vie, car il est à remarquer que les grands criminels et surtout les grandes pécheresses jugés au tribunal des hommes n'avaient pas d'antécédents judiciaires : dans Phldre de Racine, Hippolyte dit à Thésée pour se