‹ Souvenirs d'un proscritChapitre 4 sur 13 · II AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

II AVANT-PROPOS

avait vu toutes ses espérances ruinées, la Pologne encore une fois abattue. Il s'était vu lui-même proscrit, dépouillé de ses biens, voué à une mort ignominieuse, s'il remettait le pied sur le sol natal. Après avoir erré dans plusieurs contrées de l'Europe, il était venu, à la fin, cacher à Taris ses chagrins et son dénûment. Dans sa fière indépendance, fortifié par les épreuves, roidi contre le malheur-, il ne demandait aux autres hommes que de lui laisser son repos et son obscurité. De qui que ce fût il n'acceptait aucun secours; il refusait même le subside que le gouvernement français accordait aux réfugiés politiques. Au temps de ses prospérités, il avait aimé passionnément les arts; aux prises avec la misère, il ne voulut devoir qu'à son crayon et à son burin le pain de chaque jour. Pour vivre, il illustrait, moyennant un mince salaire, quelques publications qui avaient la vogue du moment.

La constitution de cet homme avait été robuste. Depuis quelques années, elle était minée profondément. L'indigence et les veilles achevaient chez kû l'œuvre de la destruction. Un matin, la femme qui venait faire son ménage le trouva les mains crispées sur la poitrine, affaissé sur sa table de travail et froid depuis plusieurs heures. La rupture d'un anévrisme l'avait tué comme eût fait un coup de foudre. L'habitant de la mansarde voisine, un ouvrier, pris de compassion, veilla la dernière nuit auprès de .son cercueil. Le matin venu, on lui fit les funérailles dit

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