‹ Souvenirs d'un proscritChapitre 5 sur 13 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

pauvre. Informés à temps, quelques compatriotes, ses compagnons d'exil, suivirent sa dépouille jusqu'au cimetière du Mont-Parnasse. Une collecte faite entre eux le sauva de l'ignominie de la fosse commune.

Cependant, sur la terre étrangère, cet infortuné avait un ami... Un Français, qui par hasard l'avait connu, avait autant de sympathie que d'admiration pour cette belle âme. Mais il habitait au loin; il ne résidait k Paris que lorsque ses devoirs publics l'y appelaient. Il n'y était pas au moment où la mort avait terminé les souffrances du malheureux proscrit...

Quand on leva les scellés apposés d'abord sur le chétif mobilier du Lithuanien, dans un des tiroirs on trouva un paquet cacheté. Il était h l'adresse de cet ami absent. — Si malheureuse qu'ait été sa destinée, si ferme que soit son courage, l'homme ne se fait pas facilement à l'idée de mourir tout entier, de ne rien laisser de lui sur cette terre dans une mémoire et dans une âme humaines. Tant que sa lutte ne fut pas achevée, le Lithuanien, comme tous les hommes forts, avait toujours eu une invincible répugnance à parler de ses malheurs. Un cœur noble et qui saigne de ses blessures craint de n'ôtre qu'un spectacle pour un monde léger et indifférent. Mais, peu de temps avant sa mort, quand déjà sans doute il la sentait venir, il traçait quelques lignes d'adieux touchants pour celui dont il avait apprécié la sympathie vraie et profonde ; il lui léguait, avec le soin do les mettre en

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