‹ Souvenirs d'un proscritChapitre 9 sur 13 · XLI · texte numérisé non relu

XLI

Toute cette première journée se passa pour Emilie à conférer avec notre commandant et à recevoir les visites des principaux çjiefs. Je n'avais fait encore que l'entrevoir. Enchaîné à mon poste, loin d'elle, les heures me paraissaient bien longues. Le soir, enfin, comme j'étais, quelques pas en avant du front de bandière, assis au piçd d'un arbre, sur une pente gazonnée, je l'aperçus qui venait à moi. Elle paraissait excédée de fatigue. Je l'engageai à partager mon siège rustique, et elle accepta de bonne grâce. Le camp occupait un plateau nu et élevé. De la crôte où nous étions assis, l'œil suivait au loin les inflexions d'une longue et gracieuse vallée, et, par-dessus les cimes des bois, il embrassait un immense horizon. Le soleil se couchait dans un ciel pur et la soirée était délicieuse.

Il était Vtenu , ce moment si longtemps ajourné et que j'avais acheté assez cher!... Il m'était donné enfin de revoir Emilie!... J'étais h ses côtés, comme aux plus beaux jours de ma vie, comme à Libau, comme au château de Luczyn ! . . . et les regards d'Emilie, sans aucune feinte, sans aucun voile, me disaient, mieux encore que des mots n'auraient pu faire, la joie qu'elle avait au fond de l'âme en retrouvant un compagnon'deson enfance, le confident de ses pensées,

un ami fidèle, aujourd'hui son frère d'armes au service de la cause sainte de la Pologne... Mon émotion était si vive, qu'elle comprimait les battements de mon cœur; et je pouvais à peine articuler une parole.

Emilie, d'un ton plein de naturel et d'aisance, fit les premiers frais de notre entretien. Elle me parla d'abord, avec le plus vif intérêt, de ma tante Bertbe et du bonheur presque effrayant qu'elle avait dû ressentir à mon retour, après m'avoir tant regretté et pleuré... Elle me rappela le souvenir de sa mère. . . "de sa mère, morte dans ses bras. « Et qui vous aimait bien,Witold, » ajouta-t-elle les yeux humides de larmes... Elle m'adressa ensuite quelques questions sur mes années d'exil, mes chagrins, mes distractions... Puis, s'interrompant tout à coup.: «Plus tard, plus tard, me dit-elle, quand nous "aurons des loisirs, nous reviendrons sur tout cela; aujourd'hui, allons au plus pressé. Luczynski, parlez-moi de la révolution de Pologne, de nos frères de Varsovie!... Parlez-moi de la France, de ce qu'elle sent et de ce qu'elle veut faire pour nous !... » Je m'empressai de lui retracer, en quelques paroles succinctes, tout ce. que j'avais vu et appris qui intéressât la cause polonaise ; mais, en ce moment, j'aurais trouvé cruel de ne pas effacer pour Emilie, autant que je le pouvais, les ombres du tableau. Ainsi, je lui montrai la partie vive et généreuse du peuple français s'exaltant à l'idée de la résurrection de la Pologne; je lui montrai la révolution, àVarsovie, tout occupée de racheter l'indécision et la faiblesse de ses premiers moments; je lui dis combien, en Gallicie et dans le grand-duché de Posen, était profond encore le sentiment de la nationalité polonaise ; je lui peignis des plus vives couleurs ce que j'avais vu, dans mon voyage à travers la Lithuanie, d'horreur pour l'oppfession étrangère, d'ardeur pour la délivrance. Enfin, j'essayai

de faire poindre à ses yeux le jour où nos frères, victorieux sur la Vistule et la Narew, franchiraient le Niémen et viendraient nous donner la main. « Ce jour-là, ajoutai-je, les Russes apprendront sur un aulre champ de bataille de Grochow, que leur règne détesté est fini, et toute terre polonaise sera libre & jamais I »

Emilie m'écoutait avidement. Au fond, son âme était triste; elle ne donnait à mes paroles tout illuminées d'espérance aucune marque d'approbation ; mais il était visible que des tableaux tels que ceux que je lui présentais répondaient trop bien à sa foi dans la cause polo-

, naise, à son amour de la patrie, pour qu'elle ne subît pas, du moins lorsqu'ils passaient sous ses yeux, une sorte de fascination du moment. Et moi, entraîné par mon propre élan : « Emilie, lui disais-je avec véhémence, le grand jour approche, le jour de la justice de Dieu et de la délivrance ! Tous les coeurs le sentent venir. Bientôt nous serons citoyens d'une patrie libre , nous serons heureux !... Emilie ! dans le bonheur commun, voudrez-vous que ce cœur, qui vous rapporte après tant d'épreuves un amour si fidèle, reste seul malheureux et accablé sous sa peine?... Ne lèverez-vous pas enfin l'interdit si dur qu'autrefois vous avez prononcé contre lui?... Tant de soumission à vos ordres, tant d'années d'exil, et un cœur toujours le môme, Emilie! n'est-ce donc rien à vos yeux?... »

Elle se taisait et tenait ses paupières baissées. Son visage était pâle et comme impassible; seulement, un mouvement nerveux très-léger se trahissait au coin de sa bouche, et une respiration précipitée soulevait plus vivement sa poitrine, v Emilie, continuai-je avec tout le

, feu de la passion, n'aurez-vous pas enfin pitié de moi?... Je vous ai aimée enfant; depuis, vous avez été mon seul rêve et toute l'Ame de ma vie» A Libau, vous m'avez

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commandé de vous taire mon amour, d'attendre et de souffrir. J'ai attendu et j'ai souffert en silence... mais rien, ni vos duretés, ni le temps, ni les distances, ni l'exil, ni toutes les séductions dont la France et l'Italie ne manquent pas, rien n'a seulement attiédi en mol votre souvenir, n'a seulement effleuré votre image au fond de mon cœur!,.. Emilie! à la fin ne serez-vous pas touchée d'un attachement si fidèle?... Que faut-il donc pour que vous rendiez amour pour amour?... Oh ! parlez!... répondez-moi, de grâce!... ce silence me tue !... »

A ces dernières paroles, Emilie releva la tête, et, attachant sur moi un regard d'une tristesse navrante : «c Witold, me dit-elle, vous voulez donc que je connaisse toutes les douleurs?... Craignez-vous qu'A ne me reste trop de forces pour accomplir ce que j'ai promis à la Pologne et juré devant Dieu?... Plus il est doux, cet amour dont vous me parlez, plus il éloigne du sacrifice, plus il rend la mort amère et cruelle!... N'est-ce pas vrai?... Voyez où nous sommes... Le glaive est tiré... l'ennemi est partout sur nos pas, et quel ennemi!... Demain, peut-être, il nous faudra donner pour la Pologne jusqu'à la dernière goutte de notre sang... Non, Witold! encore une fois, pas de ces tendres liens qu'il serait trop cruel de voir briser aussitôt!... Et quel bonheur pouvez-vous attendre de votre destinée unie à la mienne ?. . . Oh! si vous saviez l'état de mon âme depuis ces derniers jours!... J'ai affreusement souffert, Witold! (J e ne le dis qu'à vous) j'ai souffert à en devenir folle de douleur!... Dieu déclaré contre nous! le drapeau national, le signe de la délivrance, brisé dans ma main ! mes braves paysans, qui avaient tout quitté pour me suivre, tués ou mourants autour de moi !... La joie féroce des Russes, nos villages mis en cendres, et dans les bois,

unique refuge des femmes et des enfants, des scènes lamentables!... J'ai vu tout cela!... Witold! je n'ai pas cette trempe d'âme, je n'ai pas ce cœur d'airain que vous êtes toujours prêt à supposer chez moi!... Ohl vous, mon ami, ayez pitié... je ne suis qu'une faible % femme... épargnez-»moi... »

Disant cela, elle se tournait de mon côté et me regardait avec des yeux d'une suppliante éloquence. Tout à coup, sa parole s'arrête, ses traits deviennent rigides, sa vue demeure attachée sur un point de l'horizon avec une fixité effrayante... Le soleil était couché, et la nuit déjà étendait partout ses ombres. Cependant, à notre gauche, vers le nord, dans la direction que suivaient les yeux d'Emilie, une lueur rougeàtre embrasait l'horizon ; ses reflets sinistres à travers d'immenses volutes de fumée montaient à la voûte du ciel... A mon tour, je restai frappé de stupeur, et je n'avais pas la force d'articuler une parole. « Encore un village qui brûle ! me dit Emilie d'une voix sombre !... Pauvre Lithuanie ! ajouta-t-elle en laissant aller sa tête entre ses mains. Quelle guerre !... A quels barbares ennemis tu es livrée !... » — Après un instant de silence : « Witold ! reprit-elle en m'apostrophant avec une sorte d'égarement, voyez xes flammes !... voyez ce désespoir!... entendez ces cris!... De quoi me parliez-vous donc tout à l'heure?... Oh ! ce serait une impiété!... Tant qu'un soldat russe foulera le sol de mon malheureux pays, moi, j'écouterais des paroles d'amour?.. Non, Witold, jamais... Cette fois encore, je vous demande de m'obéir; mon amitié et mon estime même sont à ce prix ! » — Et, comme elle vit la violence de mon chagrin, se reprenant aussitôt, elle ajouta d'une voix pleine de douceur : « 11 vous en coûtera quelque chose, Witold. Eh bien, faites encore ce sacrifice à la Pologne. Cela est digne dé votre noble

eœur. » En même temps, elle me tendait sa main que je serrai avec transport... Emilie me remercia d'un regard si reconnaissant, si expressif, qu'en ce moment je ne sentais plus ma douleur; et- j'acceptais avec respect toute loi qu'il lui plaisait de m'imposer... — J'étais d'ailleurs vivement préoccupé de l'état où je la voyais. Sa main était brûlante. Ses yeux avaient cet éclat que donne la fièvre. Tout son corps semblait brisé par la fatigue et l'émotion. 11 était bien temps qu'elle prit quelque repos. Je la conduisis moi-même vers la cabane de branchages préparée pour elle auprès du quartier général, et je la recommandai aux soins de son amie.

Le lendemain, 4 mai, notre colonne se mit en marche dans le but de s'opposer aux horribles ravages que les Russes exerçaient sur toute la contrée. Emilie avait pris rang parmi les chasseurs libres de Wilkomir, troupe d'élite qui avait tenu à grand honneur d'avoir la jeune héroïne sous son drapeau.

Malheureusement, Zaluski, cœur loyal et brave entre tous, manquait des qualités essentielles d'un chef. Cette fois, il négligea d'éclairer sa marche, et vint donner tête baissée, àPrystowiany, dans un corps russe composé des brigades Sulima et Malinowskoi. Exposés, sans pouvoir riposter, à la mousqueterie et à la mitraille, nos faucheurs bientôt se débandèrent. Nos chasseurs aussi essuyèrent d'abord de grandes pertes. Mais, défendant le terrain pied à pied, ils gagnèrent la lisière des bois voisins, où la vivacité et la justesse de leur feu arrêtèrent longtemps l'ennemi. Deux troupes surtout se distinguaient par la ténacité de leur résistance : une compagnie entièrement composée d'étudiants de Wilna qui, étant parvenus à s'échapper de cette ville, nous avaient rejoints à travers mille périls, et les chasseurs libres de Wilkomir. Emilie Plater était avec eux, et, au milieu de la fusillade, leur donnait l'exemple d'un admirable sangfroid et du mépris de la mort. N'ayant en main qu'une

baguette de coudrier, elle allait d'un groupe à l'autre, ranimait ceux qui étaient prêts à faiblir, entraînait en ^ayant ceux qui montraient le plus d'ardeur, recommandait à tous d'assurer leurs coups et de ménager leurs munitions. Exaltés par sa présence et par son exemple, les chasseurs de Wilkomir tenaient ferme et avaient jonché 4e cadavres russes les abords de leur position. La lutte, sur ce point, se poursuivait avec un acharnement égal de part et d'autre. Tout à coup une rumeur sinistre court de rang en rang : « Notre feu va s'éteindre!... Ife6 munitions manquent! Des cartouches! des cartouches I » s'écrient avec angoisse nos braves paysans... Et nous, leurs chefe, mornes et désespérés, nous n'avions rien à leur donner pour qu'ils pussent du moins vendre chèrement leur vie !..i Souffrance horrible, s'il en fut jamais ! Et que de fois nons l'avons ressentie dans le cours de cette campagne, oh ne manquaient pas les cœurs intrépides, mais où manquèrent trop souvent les armes pour les soldats, et le talent militaire, il faut bien le dire, ehes les généraux!...

11 fallut donner le signal tfe la retraité { et déjà elfe Se changeait en une affreuse déroute, torique nous entendîmes en arrière et sur la droite s'engager une vive fa* sillade. Nîws vîmes en même temps les Russes s'arrêter. Ils venaient d'être pris en flâne par les bandes dé Troki et de Kowno, qui, repoussées (a veille sur une ligne parallèle à celle que nous suivions nous-mêmes, étaient bravement revenues sur l'ennemi au brait du eanon. Cette diversion nous sauva. Déconcertés par une attaque aussi imprévue, tes Russes cessèrent toute poursuite, et Zaluski, arrivé avant la nuit aux bords de la Doubissa parvint à y rallier la plus grande partie de ses forces.

Mais cette nuit fut, pour moi particulièrement, pleine d'angoisses. Les deux tiers des ehasseurs de Wilkomir

avaient rejoint nos bivacs ; Emilie Plaler ne reparaissait pas !... Les uns disaient que, forcée de quitter le petit bois qu'elle avait si longtemps défendu, elle était restée prisonnière aux mains des Russes ; d'autres ne doutaient pas qu'elle ne se fût fait tuer avec les quelques hommes déterminés qu'on avait vus au dernier moment se serrer autour d'elle... Chaque heure qui s'écoulait aggravait et confirmait nos alarmes... Vers midi, des clameurs joyeuses s'élèvent aux avant-postes. J'y cours... C'était Emilie qui rentrait dans nos quartiers avec une quarantaine de chasseurs dont plusieurs étaient blessés !... J'appris bientôt à quels dangers elle venait d'échapper. Quand les munitions avaient manqué, sa troupe s'était débandée; il n'était plus resté auprès d'elle que cinq ou six chasseurs qui ne voulaient à aucun prix l'abandonner. Obligée dans sa fuite de traverser une plaine découverte, Emilie était ardemment poursuivie par des cavaliers russes. Elle entendait plus près d'elle, de moment en moment, leurs hourras furieux, le cliquetis de leurs armes; à la fin, elle sentait presque au-dessus de sa tête le souffle de leurs chevaux... Par bonheur, en cet instant, elle atteignait une bande de terrain marécageux où les cavaliers perdirent tous leurs avantages. Leurs montures s'enfonçaient dans la tourbe jusqu'aux jarrets. La poursuite se ralentit; Emilie et ses fidèles compagnons finirent par gagner un épais fourré où l'ennemi, inquiété alors, comme je l'ai dit, par les bandes de l'Ouest, ne songea pas à pénétrer. Elle tombait d'épuisement... et ce fut à peine si elle put se traîner à quatre ou cinq cents pas du champ de bataille, vers la chaumière d'un garde forestier où elle passa la nuit. Le cri des sentinelles russes arrivait distinctement à son oreille. — Le lendemain, au petit jour, elle était sur pied. Guidée par quelques braves

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bûcherons, elle s'enfonça dans les endroits les plus secrets de la forêt, rallia chemin faisant une partie de ses hommes débandés, recueillit quelques malheureux blessés, et finit par nous rejoindre sur la Douhifisa.

Cette malheureuse journée de Prystowiany avait jeté parmi nos insurgés un profond découragement. Un conseil de guerre, qui fut alors réuni, lit éclater la di* vision parmi Les chefs eux-qaémes ; il fut orageux, plein de récriminations, comme il n'arrive que trop souvent dans la mauvaise fortune, et Ton ne parvint à s'entendre sur aucun plan de conduite. Pour la plupart, nous fûmes forcés de déclarer qu'il nous était impossible de retenir spus le drapeau nos paysans, dont les ressources étaient épuisées et qui n'avaient plus qu'une pensée, celle de revoir leurs foyers et de défendre sur les lieux mêmes leurs femmes et leurs enfants contre les affreuses violences des Russes, violences que la renommée exagérait encore. On se sépara donc, après être convenu vaguement de quelques moyens pour se concerter et se réuni* de nouveau, en cas d'entreprises qui demanderaient la concentration de nos forces. A vrai dire, cet éparpillèrent, loin d'énerver l'insurrection» rendit à nos bandes le caractère qui leur convenait le mieux, celui de véritables guérillas. En cent endroits , elles inquiétèrent, harcelèrent l'ennemi, coupèrent sçs communications, et lui firent subir en détail des échecs très-sensibles, Malheur aux soldats russes qui restaient en arriére, à ceux qui s'égaraient ou qui s'aventuraient par petites troupes au milieu des bois! Les paysans, qu'exaspéraient la dévastation et l'incendie de leurs chaumières, tombaient sur eux avec furie et ne leur faisaient aucun quartier. Ahl si toutes les provinces polonaises avaient, comme 1? Samogitîe, allumé contre J$? Russes çitte guerre» où il

semble que ce soit le sol lui-même qui se soulève et s'entr'ouvre sous les pas des envahisseurs, le czar, malgré son orgueil, eût été le premier à offrir la paix à un peuple indomptable ! . . .

Après le combat de Prystowiany, la bande que je commandais voulut aussi se dissoudre. J'eus à lutter contre beaucoup de découragements. Si je paraissais dans les rangs, j'étais accueilli par des murmures. Je réunis alors ma troupe, bien diminuée par le feu de l'ennemi, et je lui exposai en quelques mots le vrai de notre situation particulière : « Il nous était impossible, sans tomber infailliblement aux mains de l'ennemi, de retourner défendre nos foyers. Le corps d'armée de Tolstoï, amené du fond de la Russie, occupait en ce moment une zone de plusieurs milles autour de Wilna. Nos villages regorgeaient de soldats ; mais ils devaient au voisinage même du quartier général d'être quelque peu ménagés. Quant aux positions fortifiées, telles que le château de Luczyn, les Russes ne s'amusaient pas à en faire le siège. Nous n'avions qu'un parti raisonnable à prendre : ne pas nous dissoudre, rester en force, et choisir le lieu et l'occasion où nous pourrions faire le plus de mal aux Russes. » Je fus compris de mes hommes ; ils me promirent résolument de me suivre partout où je jugerais bon de les mener; et, dans tout le reste de cette campagne, il y eut à peine, parmi ma troupe, quelques désertions.

L'occasion que je cherchais ne se fit pas attendre.

Pendant que les chasseurs libres de Wilkomir se comportaient si vaillamment dans toutes les rencontres avec les Russes, leur malheureuse ville tombait au pouvoir de ce môme chef de nomadçs, Verzulin, voué à l'exécration de tous depuis le massacre d'Oszmiana. Une partie des habitants s'étaient réfugiés dans les bois; les autres restaient à la merci d'un ennemi féroce. Chaque jour, quelques-uns de ces derniers s'échappaient, et, le désespoir dans l'âme, venaient implorer du secours. Leurs frères, qui étaient l'élite de nos insurgés,, demandaient à grands cris qu'on se joignît à eux pour tomber sur les nomades. Émue plus que personne des supplications et de la détresse de ces braves gens, Emilie Plater mettait tout en œuvre pour retenir et entraîner dans une expédition contre Verzulin ceux des insurgés qui ne s'étaient pas encore dispersés. Quand elle vint me trouver, elle avait déjà la parole de César Plater et des frères Kolisko. Je n'hésitai pas un instant à entrer dans ses vues; Grotkowski et Bilewicz se joignirent à nous, et nous parvînmes à former une troupe d'environ quinze cents hommes. A la nuit tombante, on se mit en marche. Jamais je n'ai vu pareille ardeur; c'était une véritable soif de vengeance. Verzulin ne nous attendait pas et se gardait mal. A la pointe du jour, nous le surprenons dans Wilkomir. Ses Ryrghys sont taillés en pièces. Lui-môme ne s'échappe qu'à grand'peine ; il fuit, avec les débris de ses escadrons, sous une grêle de balles, et laisse au loin sa trace marquée par les cadavres de ses nomades. Nous n'avions perdu que quelques hommes, et les acclamations délirantes des malheureux que nous venions de sauver nous mettaient au cœur un bien vif sentiment de joie, compensation éphémère de tant de douleurs déjà éprouvées !...

Wilkomir, par sa situation au centre des populations

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les plus braves de la Lithuànie et sur la principale rouie de Saint-Pétersbourg au Niémen, était marquée comme uii des points d'où Ton pouvait le mieux raviver l'insurrection et gêner les Russes dans la marche de leurs troupes et de leurs convois. Nous nous y arrêtâmes quelque temps, dirigeant de là quelques petites expéditions, presque toujours heureuses, vers la Courlande ou vers le cercle de Wilna. Là aussi nous arrivaient quelques recrues, des malheureux qui avaient vu leurs villages saccagés et détruits par les Russes, et qui, plutôt que de se cacher dans les bois, venaient se joindre à nous pour utiliser leurs armes contre un barbare ennemi. Un jour, se présenta aux avant-postes un jeune cavalier qui, par sa tournure et sa tenue élégantes, se distinguait des autres fugitifs et éveilla aussitôt notre curiosité. La souplesse de sa taille, l'extrême délicatesse dfe ses traits, le timbre charmant de sa voix, donnaient un complet démenti à soîi vêtement masculin et aux allures militaires qu'il prenait avec une certaine affectation. Ce guerrier, en réalité, n'était autre qu'une jeune fille de vingt ans, d'une noble famille de la Samogitie , Marie Raszanowicz. D'une âme chevaleresque et enthousiaste , la belle Marie avait horreur de l'oppression moscovite, et elle n'avait pu se résigner à vivre à J'ombre des murailles d'un château fort, lorsque tout ce qui avait un cœur polonais se levait en armes pour la délivrance.

Emilie Plater et Marie Raszanowicz, dès leur première entrevue, se lièrent ensemble comme deux sœurs. Tout les rapprochait, leur sexe, l'étrangeté de leur position au milieu de bandes d'insurgés, une même dignité de caractère et d'habiludes, et surtout un même amour de la patrie.Rien n'était d'ailleurs plus différent que l'humeur, les goûts et le genre d'attrait particulier

de chacune d'elles. Emilie, malgré ses formes de frôle jeune fille, et la douceur de ses traits, avait empreints sur son front, dans ses yeux, le sérieux des grandes pensées, l'énergie, et parfois môme, quand il le fallait, la sévérité du commandement. Marie, brillante de santé et de fraîcheur, avait l'humeur enjouée, expansive, et, pour ainsi dire, le besoin instinctif de prendre gaiement toute chose. Associée, comme son héroïque amie, à nos travaux et à nos périls pendant le reste de cette ' rude campagne, elle ne se démentit pas un seul jour. Nourriture grossière, fatigue des marches, perpétuelles alertes, bivacs sur la terre humide, rien n'était audessus de ses forces ni capable d'altérer sa bonne humeur. Nos Soldats éîaientenchantés, quand ils la voyaient paraître dans leurs rangs; par la sérénité, l'épanouissement de son joli visage et par ses vives saillies, elle leur faisait oublier leurs privations ou leur lassitude ; et les plus abattus, à son aspect, faisaient trêve à leurs idées tristes. C'était, en outre, un tableau d'un intérêt touchant, que celui de ces deux jeunes filles, riches, nobles et belles, qui, pour leur pays, # avaient tout quitté, avaient tout mis en jeu, ce qui fait la douceur et le charme de la vie, et leur vie elle-même, et qui, chaque jour soumises à de nouvelles épreuves, acceptaient, l'une avec tant de calme, l'autre avec tant d'insouciante gaieté, leur part de dangers et de souffrances !

Nous touchions à la. fin de mai ; il y avait déjà deux mois que l'insurrection lithuanienne se soutenait, réduite à ses propres forces et menacée à chaque instant d'être écrasée par les corps d'armée incessamment appelés du fond de la Russie. Si nous avions fait du mal aux Russes, nous-mêmes nous nous étions affaiblis par les combats, les maladies et la désertion. Plusieurs de nos détachements comptaient à peine une centaine d'hommes sous le drapeau, et, pour comble, nos munitions ne se renouvelaient que très-difficilement; tout compte fait, il ne nous restait pas plus de dix cartouches pour chaque fusil. 11 était bien temps que du royaume de Pologne on vint à notre aide, ou que quelque grand coup, frappé aux bords de la Vistule, rompît le cercle de fer qui nous entourait, et permît aux victorieux d'envoyer en Lithuanie un général expérimenté avec de bons cadres d'officiers et de sous-officiers, et surtout des armes et des munitions.

Un moment, nous crûmes que le ciel enfin se mettait avec nous !... Nous fûmes pris d'un délire de joie, comme des gens tirés par une main providentielle du fond de l'abîme. Un bruit merveilleux, un cri de victoire avait passé sur nos compagnes ! « C'en était fait de l'armée* de Diebitsch ! Skrszvnecki avait écrasé les

Russes à Ostrolenka ! )) Et, presque en même temps, volait de village en village celte annonce de salut : « Un général polonais, à la tête d'une troupe d'élite arrive parmi nousl C'est le brave Chlapowski !... Par une marche audacieuse, il a pris à revers les divisions russes, culbuté les détachements qui lui barraient la route. Il accourt jusqu'en Samogitie prêter main forte à l'insurrection ! »

Ai-je besoin de dire aujourd'hui que , d'un côté du moins, la renommée se jouait de nous!... Sans doute, à Oslrolenka, l'armée polonaise avait glorieusement combattu; elle avait tué aux Russes dix mille hommes, et elle avait couché sur le champ de bataille. Mais, à part ce lugubre honneur des armes, la journée d'Ostrolenka devait être inscrite parmi nos jours néfastes. Les pertes des Polonais balançaient presque celles des Russes, et elles étaient bien moins réparables. C'était là une de ces batailles qui ne rachètent par aucun résultat positif les flots de sang qu'elles ont coûté, batailles désastreuses pour les peuples qui revendiquent leur liberté, car ceux-là ont plus besoin de vaincre que de détruire. Heureusement, l'autre nouvelle, celle de l'arrivée du général Chlapowski à la tête d'une vaillante troupe de soldats polonais, n'était pas une illusion. 11 me serait bien impossible de rendre les transports de joie de nos Lithuaniens, lorsqu'un cavalier, sur un cheval tout blanc d'écume, vint à traverser nos cantonnements en jetant sur son passage cette nouvelle. Arrivé au quartier général, il se Ht reconnaître. C'était un loyal gentilhomme, lithuanien, Constantin Zaleski. Il annonçait que le général. Chlapowski avait fait halte auprès de Lida, cl qu'il appelait à lui tous les contingents d'insurgés des districts voisins.

Un événement aussi inattendu fait nattre d'abord

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quelque défiance dans l'esprit de plusieurs chefs; ils redoutent un piège; ils hésitent h quitter leurs positions; mais les plus ombrageux sont bientôt forcés de céder à l'entraînement général. Nos soldats, en un clin d'œih, sans attendre ni ordre ni direction, se sont précipités comme une avalanche sur la route de Lida. Nous sommes obligés de les suivre ; mais nous essayons vainement de rétablir quelque ordre dans ce mouvement; quatre milles sont franchis, pour ainsi dire, au pas de course... Tout à coup, pendant que la colonne gravissait une côte assez rapide, des premiers rangs partent des cris confus, des cris d'une joie frénétique, mêlés d'applaudissements. J'étais à côté d'Emilie Plater ; je ne l'avais pas quittée pendant toute cette course désordonnée. Ensemble, nous pressons nos chevaux, et nous gagnons en un instant le sommet de la colline. De là , nous découvrons en face de nous, sur la pente d'un coteau dont un vallon étroit nous sépare ,1a vieille église et les chaumières du village de Gabrielow ; un peu audessous, nous voyons des tentes alignées, des chevaux au piquet, une miniature de camp ; ici, des canons à la gueule noircie par la poudre; là, des fusils en faisceaux, des lances polonaises ornées de leurs brillantes banderoles, enfin, le drapeau des Sobieski et des Rosciuszko, le drapeau de la Pologne, l'aigle blanc déployant encore une fois ses ailes dans les champs de la Lithuanie!... Spectable indescriptible î moment sublime!... Non, ce que je ressentis alors ne s'exprime pas par des mots !... Emilie Plater contemplait comme moi toute cette scène, immobile et efi silence ; de grosses larmes coulaient le long de ses joues... Bientôt les deux troupes se joignent et se confondent; soldats polonais, insurgés Lithuaniens, se jettent dans les bras les uns des autres, comme des frères qui se retrouvent et qui brûlent de venger en-

semble une injure et un malheur communs. Ces canons qui ont foudroyé les Russes ^ Stoiczck et à Grochow sont pour nos paysans l'objet d'une profonde vénération et d'une sorte de cuite. Us les entourent, ils les embrassent, ils les adjurent avec une ferveur naïve, comme s'ils étaient des dieux tutélaires, et ils entonnent, en leur honneur, tout ce qu'ils savent de chants guerriers!. . . D'autres n'ont pas tardé à découvrir les amas de fusils russes dont la petite troupe de Chlapowski a fait ample provision sur sa route; ils jettent là leurs faux, et ils se saisissent de ces autres armes plus sûres avec une joie bruyante.

Combien sont-ils cependant ces braves venus de la Pologne, et qui représentent aux yeux de nos Lithuaniens un symbole de victoire, un gage de salut?... Tout au plus mille ou douze cents. Mais ils sont les envoyés de la mère patrie, mais leur chef nous est connu, comme un homme de guerre résolu, intrépide et formé à la grande école française, à l'école des vainqueurs de l'Europe ! Eux-mêmes, pour la plupart, sont de vieux soldats éprouvés par vingt batailles; et tout récemment encore les Russes ont plié devant eux !... En tête de leur colonne marche, comme un bataillon sacré, un groupe d'officiers et de sous-officiers de toutes armes, destinés à devenir pour nous de précieux instructeurs.

En quarante-huit heures, Chlapowski avait rallié à lui de nombreux détachements d'insurgés qui mettaient sous son commandement un rassemblement d'environ cinq mille hommes. Sans perdre un instant, il s'occupa de les armer et de leur donner, autant que possible, une organisation militaire. Soldat de métier bien plus que citoyen, au fond il appréciait peu le généreux mobile qui avait fait sortir de leurs chaumières, de leurs huttes dans les bois, tous ces braves paysans; il dissimulait mal son dédain pour leur masse confuse, pour Tétrangeté de leurs allures et de leur équipement, pour les armes grossières que chacun d'eux avait saisies au moment suprême. Il n'eut rien de plus pressé que de rompre ces bandes, de remplir avec leurs débris les cadres de régiments nouveaux, de transformer, en un mot, nos guérillas en troupes de ligne, propres à faire la guerre méthodique.

D'après cette nouvelle organisation, je fus fait lieutenant dans un régiment de lanciers, composé en partie de nobles Lithuaniens, et placé sous les ordres de Matuszewicz. Emilie Plater, fidèle à sa résolution de servir son pays avec un dévouement sans bornes, mais dans une position obscure, ne voulait accepter aucun commandement. Mais les chasseurs de Wilkomir ne consen-

tirent pas à ce qu'elle fût séparée d'eux. Comme ils formaient une compagnie d'élite dans un régiment de création nouvelle, le 25 e de ligne, ils la demandèrent avec instance pour capitaine, et elle finit par se rendre à leurs vœux. Dès ce moment, elle n'eut plus qu'une pensée et qu'une sollicitude, celle de faire de sa compagnie une troupe modèle, et de se rendre "elle-même digne, à tous les points de vue, de la commander. Avec sa forcé de volonté que rien ne rebutait, elle se mit à apprendre non seulement les manœuvres militaires, mais encore les détails les plus arides de la discipline et de l'administration. L'activité, l'esprit de suite et le complet oubli de soi-même qu'elle montra dans ces labeurs si étrangers aux goûts et aux habitudes de son sexe, frappaient d'admiration môme les vieux et excellents officiers dont elle ne se faisait pas faute de réclamer les conseils.

L'époque dont je m'occupe en ce moment (à peu près tout le mois de juin 1831) fut, au milieu des jours si sombres qui marquèrent l'insurrection lithuanienne, comme une magnifique éclaircie. Nous étions encore dans la joie dont nous avait enivrés l'arrivée au milieu de nous du général Ghlapowski, quand, tout à coup, nous recevons l'annonce certaine que toute une division polonaise, forte de plus de 8,000 hommes, après la vus tot'red'Ostrolenka(onappelaitencore, en Lithuanie, cette sanglante journée une victoire), s'est détachée de la gauche de l'armée nationale, a traversé tout le palatinat d'Augustow, passé le Niémen près de Kowno, et vient à marches forcées à notre secours. En effet, le général Gielgud, après Ostrolenka, séparé par des massés ennemies du gros de l'armée polonaise, qui se repliait sur Praga, avait reçu l'ordre du généralissime, de manœuvres pour se porter sur les derrières de l'armée russe et

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sejeterenLithuanie.Gielgud,admirablementsecondépar son lieutenant, l'intrépide Dembinski, avait bien rempli ces instructions. Cerné par les divisions du général Sacken, au pont de Raygrod il leur avait passé sur le corps, après un glorieux combat, et, tenant ensuite à distance tout ce qui essnyait de l'arrêter, il venait d'entrer, avec sa colonne victorieuse, sur le territoire lithuanien ; il n'était plus qu'à quelques milles de nous, à Riedeny... Oh! alors, l'exaltation, parmi notre petite armée, fut au comble! Les espérances n'avaient plus de limites; on aurait accusé d'être un mauvais citoyen celui qui, dès ce jour, n'aurait pas vu la Lithuanie et la Pologne se donnant la main pour effacer quarante années d'oppression, et rejeter le Moscovite dans ses glaces du Nord!... Le sort, il faut en convenir, a quelquefois de cruelles dérisions! En ce moment-là môme, nous étions conduits à notre perte par ces chefs de qui nous attendions notre salut!... Pour nous accabler, nous, malheureux Lithuaniens, à tant de causes de destruction qui nous menaçaient, venaient se joindre encore les plus misérables des passions humaines ! Gielgud, général divisionnaire, était hiérarchiquement le supérieur de Chlapowski. En lui notifiant son arrivée, il lui donna l'ordre de se rallier à lui avec toutes les forces dont il disposait. Chlapowski obéit en soldat, esclave de la lettre des règlements militaires ; mais la blessure de son orgueil fut profonde; et l'orgueil malheureusement était à peu près l'unique ressort de cette âme, ambitieuse sans grandeur. L'autorité solitaire, absolue, qui eût flatté sa passion d'être au premier plan, en vue à tous les regards, maître de sa volonté et de celle des autres, eût rendu ce général capable de s'élever à la hauteur des plus difficiles entreprises. Rejeté au second rang, il n'apportait plus qu'un cœur fermé à l'amour du pays et au senti-

ment de la vraie gloire ; il ne savait pas se défendre des douleurs et des mauvaises pensées de la jalousie ; il se réservait le détestable plaisir de voir son chef plier sous le fardeau et tomber de faute en faute !...GieIgud, de son côté, était homme à donner de telles satisfactions à celui qu'offusquait sa position supérieure. Naguère encore favori de Constantin, sans talents militaires, il avait eu cet avancement que les cours ne refusent jamais à l'intrigue obséquieuse. Esprit vain, étroit, préoccupé avant toute chose de la crainte que son autorité ne fût par quelque point méconnue ou amoindrie, Gielgud n'avait par lui-môme aucune vue, aucune initiative, et entrait aussitôt en défiance de toute idée mise en avant par un de ses inférieurs. Cependant nous spmmes tous restés convaincus qu'un esprit ferme, noblement inspiré, appuyant par l'abnégation de sa conduite la valeur de ses conseils, l'aurait dominé sans beaucoup de peine. Chlapowski ne comprit pas la dignité de ce rôle. N'écoutant qu'un égoïsme coupable, il aima meux se renfermer dans une indifférence et une nullité calculées ; il aima mieux laisser Gielgud se perdre, et avec lui sa petite armée et la cause lithuanienne!...

loi, mon cœur se serre et la plume s'échappe de mes doigts... Au point où j'en suis arrivé, mes souvenirs no m'offrent plus qu'une série accablante de fautes, de crimes devrais-je dire, et de désastres irréparables.., Je laisso à ceux qui plus tard écriront, dans le calme de leur pensée et de leur cœur, l'histoire de mon infortuné pays, je laisse à ceux-là le soin de retracer un à un ces sombres tableaux. Je n'en esquisserai ici que ce qui sera nécessaire pour achever de faire connaître les péripéties de ma destinée.

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