‹ Souvenirs d'un publiciste, 1908-1909. Les secrets du règneChapitre 11 sur 22 · L'ÈRE DES SÉDITIONS · texte numérisé non relu

L'ÈRE DES SÉDITIONS

11 Mars 1909.

Après les instituteurs^ les étudiants, les médecins, les électriciens, les inscrits maritimes, après les contribuables du Midi et peut-être d'ailleurs, les soldats du 17^, après tant d'autres rébellions, dont le dénombrement détaillé tiendrait plus que la colonne, voici les postiers et les télégraphistes en révolte.

C'est décidément l'ère des séditions.

Je n'irai pas jusqu'à prétendre qu'il nous soit bien agréable de ne pas recevoir nos lettres et de ne pas pouvoir expédier un télégramme, mais je sais beaucoup de Français, cependant hommes d'ordre et de bon sens, qui accepteraient volontiers de subir ce désagrément pendant quelques jours, s'il devait avoir pour conséquence de nous débarrasser de l'aimable oligarchie qui nous gouverne.

C'est dire assez clairement que beaucoup de Français deviennent aisément grabugistes, par haine de cette clique parasitaire de deux mille individus environ, qui constitue et représente le régime actuel.

Au surplus, si les agents des postes, en révolte depuis trois jours, ont quelques torts dans la forme,

ils paraissent avoir raison au fond et leur mutinerie n'est pas sans motifs explicables.

Le principal de ces motifs est celui qu'on rencontre aujourd'hui dans presque toutes les séditions de petits fonctionnaires. C'est toujours le même, c'est-à-dire l'irritation causée par le favoritisme, qui sévit depuis dix ou douze ans avec une intensité qu'on n'avait jamais vue.

Il faut avoir coudoyé si peu que ce soit notre monde officiel, pour savoir ce qu'il est et de se rendre compte que ce monde est devenu une véritable caste, superposée à tout un peuple.

Celui-ci jouit bien de l'accès nominal à toutes les fonctions, soi-disant par le concours (et quels concours !). Mais cela n'existe, en réalité, que jusqu'à un certain degré de la biérarcbie, qui ne va guère au delà de sous-clief . Passé ce degré, tout ou presque tout est plus ou moins attribué à la caste, par privilège politique et même par privilège de naissance. Car chacun case ainsi, le mieux et le plus vite qu'il peut, au nom de la politique nécessaire, ses progénitures légitimes et illégitimes, ses collatéraux, ses parents pauvres, ses maîtresses et les amis de ses maîtresses, ses créanciers, ses fournisseurs, ses agents, ses sportulaires, ses réclamants de tout poil susceptibles de devenir des gêneurs

Les dix ou douze ministres et sous-secrétaires d'État qui, à chaque changement, se succèdent au râtelier de l'écurie ministérielle, traînent à leur suite, comme attachés de cabinet, les fils de juifs et les fils de huguenots qui sont faufilés dans l'intimité des ministres, pour le service de renseignements

des papas. Ils absorbent ainsi, en chefs et cliefsadjoints, sous-chefs et sous-chefs-adjoints de leur cabinet et de leur secrétariat et des offices disponibles de leur département à la nomination du ministre, tout ce que les familles des sénateurs et des députés ont de jeunes gens à placer. Et il faut les placer avec le bouton, la plume de paon, le titre ou le rang qui convient à la situation du père, de l'oncle, du beau-père ou de « l'ayant droit ». Si bien qu'avant vingt -huit ou trente ans, tout ce monde parasitaire de petits carnassiers, nés et poussés à la ménagerie, est d'abord décoré (ce qui est la moindre des choses) mais nanti et pourvu d'une fonction rétribuée, sûre et de tout repos, permettant de parcourir à loisir, aux dépens du pauvre monde, une carrière exceptionnelle.

Telle est la vérité, même très atténuée.

Il faut se rappeler le mécontentement populaire que provoquèrent, sous l'ancien régime, les faveurs accordées par la reine Marie-Antoinette à des amies personnelles, comme Mmes de Lamballe et de Polignac, sous forme de pensions ou de dignités honorifiques. Que l'on compare donc ces très petites choses au favoritisme illimité de maintenant, à cette indécente et insatiable ruée de la chienlit officielle sur un budget annuel de quatre milliards! On se sent saisi d'inquiétude, à la pensée du sort qui attend au dies irœ. Mes illa, la plupart des députés et des sénateurs du « Bloc », s'ils doivent en être châtiés comme le furent Mme de Lamballe et Marie-Antoinette elle-même.

Ce régime est d'autant plus sot et imprévoyant d'en agir ainsi avec ses fonctionnaires, qu'il sait,

à n'en pas douter, que, sans eux, il ne pourrait pas tenir.

Quand un gouvernement a pour soi les sympathies actives du pays, l'assentiment manifesté de la généralité des citoyens, le dévouement et la fidélité des forces publiques, le concours effectif de ce qu'on appelle les Intérêts, les fonctionnaires n'y ont pas sujet d'être exigeants, parce que le salaire privilégié qu'ils reçoivent est presque supérieur au service qu'on attend d'eux.

Mais quand un gouvernement a, comme celui-ci, perdu les sympathies nationales; que l'assentiment des électeurs ne lui est plus donné qu'au prix d'expédients et de fraudes; que les corps constitués se moquent de lui, que son armée, sa marine, sa police, livrées aux plus détestables exemples d'indiscipline et de démoralisation, n'obéissent plus qu'à grand'peine, méprisant en leur for intérieur la bombance et l'imposture qu'elles protègent; que les Intérêts sont eux-mêmes, alarmés comme à plaisir, par d'incroyables sottises financières ou fiscales, c'est autre chose. Les fonctionnaires ont bientôt fait de concevoir cette idée simple, qu'étant le seul point d'appui d'un tel gouvernement, ils peuvent de lui tout prétendre et tout exiger.

Les agents des postes ne vont même pas jusqu'à cet excès, jusqu'à ce chantage. Us disent qu'on leur a promis des garanties pour leur avancement régulier, et que ces garanties leur sont retirées, par des expédients de police tendant à restaurer contre eux le régime de la faveur. Us disent que les proportions d'ancienneté et de choix, qui devaient être leur

charte, ont été inappliquées ou méconnues, depuis deux ans déjà, et qu'on ne leur a donné, en échange, qu'un surcroît de travail. Bref, ils ont des sujets de plainte. Comme on ne veut rien écouter en haut lieu, pas plus ces plaintes-là que les autres ; qu'on y est grisé par une longue impunité et qu'on se fie à M. Lépine, seul, pour tout contenir et pour arranger à coups de poings tous les mécontentements, les agents des postes ont, sinon saboté, du moins lâché leur service

C'est bien fâcheux, assurément, mais, encore une fois, s'il est très ennuyeux d'avoir par hasard des lettres en retard et des télégrammes en souffrance, il est encore bien plus ennuyeux d'avoir sur le dos et à perpétuité un gouvernement comme celui-là. Il ne peut même plus se faire respecter ni obéir de ses fonctionnaires! De sorte qu'au lieu de révoquer les fonctionnaires, on se demande si vraiment il ne serait pas plus pratique, plus court et plus profitable de révoquer ce gouvernement.

Je dis cela, sans amertume ni arrière-pensée, car j'ai borné depuis longtemps mes vœux politiques à l'organisation rationnelle d'une république propre et habitable qui, nous délivrerait simplement — ce n'est pas beaucoup demander — des maniaques, des imbéciles et aussi de quelques canailles qui encombrent celle-ci.

Pourra -t- elle se maintenir, en face des servitudes effroyables qu'elle s'est créées et qui la débordent ?

Au lieu de s'appuyer logiquement, naturellement, sur la nation elle-même, elle a entrepris,

surtout depuis 1899, de s'imposer, bon gré mal gré, contre le gros de la nation, par le moyen d'organismes de combat, instituteurs, fonctionnaires, débitants, comités, délégués, syndicats, etc.

Or, ce sont précisément ces organismes surajoutés de renforcement ou de soutien qui sont aujourd'hui, sinon en révolte, du moins en humeur de révolte. Ils ont pris conscience que, sans eux, tout serait par terre et ils se font payer ce qu'ils valent. C'est bien clair.

Toute l'oligarchie de pacotille qui constitue le régime actuel et qui se chiffre par quelques centaines d'individus, dont chacun se sait à la merci de ce que je viens de dire, est donc forcément destinée à s'aplatir et à abdiquer, devant les exigences croissantes de ceux-là mêmes qu'elle a érigés en arbitres de son pouvoir.

Est-n un esprit sensé, pour dire qu'une situation si anormale puisse durer 1 Elle est littéralement impossible et intenable pour un gouvernement, et je crois être fort modéré en disant : « S'il en est temps encore, faites-nous une république mieux ordonnée, ou sinon, personne, d'ici à peu, ne répondra plus de rien — pas même M. Lépine. »

2à Mars 1909.

Si quelque chose permet de saisir et de fixer le caractère des Français, comme le ferait un instantané photographique, c'est ce qui vient de se passer à propos des comptes de la Marine. La Cour des Comptes en examinant les budgets écoulés de ce ministère, y a découvert — non sans y épingier des remontrances — que le dernier ministre avait dépensé environ 1.900 francs de fleurs pour ses déjeuners et qu'il faisait blanchir aux frais de l'État le linge de sa maison !

Là-dessus, tous les journaux, interprètes et avant -coureurs d'une alerte de l'opinion, sont partis d'une subite et véhémente indignation, qui durerait encore, si la gTève des P. T. T. n'était à l'improviste venue les en distraire.

Or, voilà dix ans et plus, car le mal remonte loin, que notre marine de guerre est administrée par des saltimbanques autrement calamiteux et livrée à des déprédations certainement plus criminelles que ces dépenses de fleurs et ces frais de blanchissage, sans que l'opinion ni les journaux qui sont censés la traduire en aient exprimé autre chose que des doléances assez précautionnées.

Et c'est bien là que se marque d'un trait distinctif et positivement séculaire le tempérament des Français de France.

Ptemarquez-le déjà, dans cette insurrection inopinée des P. T. T., ce n'est pas, à proprement parler, le grief accumulé des revendications corporatives qui a fait déclanclier le mouvement. C'est un mot impoli de M. Simyan, à l'adresse des dames et demoiselles du téléphone, et le fait qu'il leur parlait sans égards, le chapeau sur la tête. Quelqu'un a crié : « Chapeau ! )> et la révolution a éclaté.

Je me rappelle, quand j'étais jeune journaliste en province, avoir combattu sans trêve ni repos un député de l'endroit. Il votait et pouvait voter à la Chambre les lois les plus funestes et les ordres du jour les plus irritants, sans que son crédit électoral en fût ébranlé ni amoindri d'une voix. J'avais beau diriger contre lui les critiques les plus acerbes et les plus raisonnables, ou que je croyais telles, rien n'y faisait. Il était toujours réélu, comme il voulait, comme dans un fauteuil. Un jour, cependant, ce député, qui était aussi conseiller général, s'avisa de déposer au conseil général, un petit vœu, un modeste petit vœu de rien, invitant l'administration à suspendre pendant un temps la pêche au brochet dite à l'amorce vive, c'est-à-dire avec un petit poisson vivant attaché à l'hameçon qui attire le vorace brochet et le fait s'y ferrer. Ah ! ce fut vite fini ! A xjartir de ce vœu, qui ne pouvait assurément causer à la société française ni à la France aucun des sensibles dommages que leur causaient

les lois et les ordres du jour de ce parlementaire inébranlable, sa fortune politique chancela et sa majorité avec eUe. H ne fut bientôt plus rien, qu'une épave roulée par le flot et qu'on plaignait de sa disgrâce, tant elle paraissait puérile et imméritée.

Ce ne sont pas les théories subversives et d'ailleurs changeantes de M. Millerand, ni ses apostasies, ni ses solidarités oJBacieUes avec M. de Galliffet, fusilleur non repenti de ses vieux électeurs, qui lui ont dérobé la faveur publique : ce sont les spooms au vin de Samos.

M. Constant n'est pas tombé du pouvoir pour avoir présidé à l'hécatombe ouvrière de Fourmies, mais pour avoir manqué du sang-froid qu'on lui supposait, en frappant M. Francis Laur.

Lors de la capitulation de Sedan, demandée ou acceptée par ]S"apoléon III, pour épargner la vie d'une armée qui ne pouvait plus se défendre, entourée qu'elle était par une artillerie prête à la foudroyer, ce n'est pas tant le fait de cette capitulation sans précédent qui fit déborder à Paris la colère publique, que l'image de Badinguet prisonnier, qui s'en allait dans un landau en fumant son éternelle cigarette. La cigarette ici l'emportait sur le désastre, dans la vision spontanée que s'en représentaient les Français. Us ne prenaient pas le temps de réfléchir que même les condamnés à mort, deux minutes avant d'avoir le cou coupé, réclament la grâce de fumer une cigarette.

Aucune collectivité délibérante, depuis celle de la Convention, n'a commis plus de méfaits et excité plus de ressentiments que celle de nos députés et

de nos sénateurs. Le répertoire de leurs lois mauvaises ou mal faites, de leurs ordres du jour, de leurs résolutions irritantes ou vexât oir es formerait un volume du plus révoltant intérêt. Cependant, il a fallu cette bagatelle des six mille francs d'indemnité supplémentaire, ce vote des quinze mille francs pas tête, pour décider instantanément l'indignation et la colère, qui demeuraient hésitantes et comme suspendues.

H a fallu au vase comble cette goutte d'eau insignifiante pour le faire déborder.

ISTos Français avaient supporté des déprédations de plusieurs milliards, ils n'ont pu supporter les quinze mille francs l

A tout instant, dans notre histoire politique, vous pouvez retrouver la trace de ce leit motive, de cette aile de moineau qui tout à coup décroche les avalanches.

Le 18 Août 1572, se célébrait à I^otre-Dame le mariage d'Hemi de Navarre, futur Henri IV, avec Marguerite de Valois, prochaine reine Margot. Vous pouvez penser s'il y avait affluence et si les reporters d'alors auraient pu se passer de l'un à l'autre pour les journaux du soir les « reconnu dans l'assistance »

Naturellement, tout le gratin de Paris et des Provinces était là, avec des cartes et des coupe-files délivrés par le Lépine du moment, tandis que les forces de police contenaient la foule massée aux abords de la cathédrale.

Or, il arriva que, la cérémonie à peine commencée, tous les mirliflors huguenots de la suite du marié

affectèrent, comme le font nos Erancs-Maçons de maintenant, de refuser d'entrer à l'église, et de se tenir à l'écart, sur le parvis et sur la place, en ricanant, en se fichant du monde, en haussant les épaules au passage des retardataires, qui accouraient à la messe pour n'en rien perdre, enfin, une attitude déplorable, pour des gens de cour supposés bien élevés

Six jours après, le 24 Août, la population parisienne, qui avait vu leur tenue indécente et en avait été fort choquée, les massacra sans plus dans les rues de Paris. Et cependant, elle avait supporté jusque-là, presque sans résistance, trente ans de conjurations, de désordres, d'exactions, de pillages, d'assassinats, de trahisons, et de guerres civiles, de la part de ces messieurs, dreyfusards du xvi® siècle.

Devant leur impertinence, ajoutée à tant de maux, cette population n'avait pu en supporter davantage. Au surplus, cette fureur si soudainement éclatée, pour un futile motif, se communiquant, comme par commutateur électrique, aux populations des Provinces, celles-ci en agirent de même, tant elles en avaient également plus qu'assez de tout ce qu'elles avaient essuyé de mauvais traitements.

Les frais de blanchissage du ménage Thomson, faisant de même déborder la coupe des colères nationales, nous reporte ainsi aux siècles révolus et renoue la chaîne atavique des mentalités françaises qu'on croyait éteintes.

Parlons franc ! Qu'ont dit nos maritimes frivoles Français, quand les sinistres de tous genres se sont

multipliés, causant à nos escadres plus de ravages qu'une guerre ? Les malfaçons de chaudières, de tuyauterie, de blindage, d'artillerie, de poudres, de projectiles, etc., signalées et dénoncées comme le résultat de marchés fort suspects ou d'une inexcusable incurie, nous ont détruit plus de matériel et tué plus de monde qu'un combat naval : l'opinion s'en est-elle si profondément émue ? On a vu nos arsenaux, excités par la démagogie des ministres eux-mêmes, se déclarer en grève ou en mutinerie, tenir tête aux autorités, se refuser de concert au travail et à l'obéissance, laisser les profiteurs apostés de ces désordres intentionnels s'assurer de nos magasins et de leurs secrets. Les poudrières, explorées par des rôdeurs clandestins et d'ailleurs insaisissables, ont sauté derrière leurs corps de garde, derrière leurs sentinelles assaillies ou surprises. Les officiers des préfectures maritimes, des vaisseaux en rade, des divisions à la mer ont été dénoncés, bafoués, trahis par de mauvais sujets, introduits à dessein près d'eux et dans leurs équipages, pour cette surveillance oblique et répugnante, sans que ces officiers eux-mêmes aient solidairement concerté leur propre défense. Bien plus, ce qui ne s'était jamais vu, un traître s'est rencontré parmi nos officiers de vaisseau, un Juif, il est vrai, parent ou allié, nous dit -on, de l'autre officier juif également condamné pour trahison, ce qui semblait passer toute mesure. Est-ce que la révélation successive et le spectacle d'ensemble de ces faits, à la fois si criminels et si concomitants, ont secoué comme on l'aurait pu croire l'insouciance de nos Français ?

Et au bout du compte, lorsque la logique même d'un tel désordre a amené coup sur coup la destruction partielle de la flotte, les naufrages succédant aux explosions et les pertes d'équipages aux pertes de navires, est-ce que la révolte des Français a éclaté ? Est-ce que la foule s'est portée en armes au ministère de la Marine, ou à la Chambre, ou à l'Elysée, pour y réclamer justice et châtiment de tant de maux si étranges et si incompréhensibles ?

Sans doute, les Français ont supputé par la pensée les dommages de longtemps irréparables causés à nos escadres ; sans doute, ils ont suivi de coeur les funèbres cortèges allant ensevelir dans l'oubli les corps lamentablement déchirés de leurs pauvres matelots, assassinés à bord par des fournisseurs impunis ; sans doute aussi, ils n'ont pu se défendre de trouver tout cela fort triste et d'un assez mauvais son de cloche en cas de guerre. Mais la vérité est que rien de tout cela n'a fait éclater l'indignation publique, comme l'ont fait sur-le-champ les 1.900 francs de fleurs des déjeuners ministériels et les carottes de blanchissage des époux Thomson. Pour les centaines de millions et la force navale engloutis au fond des mers, on dit simplement :

« C'est dommage. »

Pour la capilotade affreuse et sans gloire des équipages, décimés par les canons défectueux, les poudres avariées et les obus maquillés des fournisseurs amis et maîtres des ministres, on dit : « Que

)) voulez -vous ? Ces pauvres gens sont bien à

» plaindre ! »

Pour la déchéance de la France an cinquième rang des puissances navales, alors qu'elle occupait le second, on ne dit rien, ces considérations n'étant l'objet que de vagues doléances, exprimées çà et là par d'ennuyeux spécialistes.

Mais, pour les 1.900 francs de fleurs de Thomson et la lessive de ses draps de lit, portés indûment au carnet de la Princesse, ah ! pour cela, non, cela ne se passera pas ainsi, on ne peut pas supporter cela ! Aux armes, citoyens !

Voilà le caractère des Français. Il est tel depuis bien longtemps. On ne le changera pas. Peut-être vaut -il mieux, après tout, qu'on ne le change pas.

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