ÉCHEC AU KAISER
31 3Iars 1909.
Le conflit austro-serbe est provisoirement terminé. Il comporte de nombreux et substantiels commentaires. Un d'abord, en passant.
Les Jilifs sont maîtres des journaux et maîtres des marcaés de valeurs ; ils tiennent tout ensemble l'industrie du renseignement et le commerce des choses qui se vendent ou s'achètent sur renseignement. Av«c cet outillage, rien n'est plus facile que de gagner de l'argent. Le mécanisme de la puissance juive consiste donc à se procurer, coûte que coûte, le renseigiiement vrai, et à accréditer le renseignement fau^, de manière à égarer les gens et à les dépouille]' à coup sûr.
Pendant les six mois que le manège inquiétant de l'Autrichd et de la Serbie s'est prolongé, communiquant à l'Europe une sorte d'anxiété intermittente, qu'avez -vous vu % Vous avez vu, chaque semaine, ou peu s'en faut, on pourrait dire presque chaque jour, les journaux juifs se jouer de l'opinion publique, annoncer que la guerre était inévitable, que les hostilités étaient même commencées et ils disaient à quel endroit. Puis, sur une note quel-
conque, émanée soi-disant de telle ou telle chaacellerie, où l'on coupait visiblement des cheveux en quatre, tout était susx)endu, détendu, rassér^'né, fini — pour recommencer le lendemain.
En langage de Bourse, cela voulait dire tout simplement que les Juifs, c'est-à-dire tels ou tels luifs chargés de mener le train, avaient telle positioa sur certaines valeurs plus spécialement travaillées.
Au fond, ce qu'on appelle le génie juif est là. Il est d'avoir compris que le mensonge est me force qui peut rapporter beaucoup, au milieu d'une civilisation chrétienne oii mentir est déshonorant. — Alors, l'honneur pour vous, imbéciles, di: le Juif, et l'argent pour moi.
Mais tandis que le Juif encaisse, fin courant, le plus clair de la partie de bridge diplomatique qui vient d'avoir lieu entre les deux triplices, nous ne saurions non plus négliger d'apercevoir quelquesunes des conséquences du réveil inopiné de l'Autriche.
M. de Bûlow s'en félicitait, hier, au Reichstag, comme d'un triomphe éclatant de la politique allemande. Je ne suis pas tout à fait de son avis et je prie qu'on me permette d'en donner quelques raisons.
Sans doute, l'Europe sort de l'imbroglio couverte de ridicule. On n'imagine pas une Europe hérissée de baïonnettes, bardée de canons et de soldats, se montrant si pusillanime, en présence du chantage de guerre que l'Autriche lui a si clairemeLt monté, au point de mobiliser 300.000 hommes.
Mais ce triomphe même de l'Autriche est-il d'un
si joyeux présage pour la politique allemande proprement dite ? C'est la question même que je voudrais indiquer.
L'Europe se consolera vite de sa déconvenue diplomatique, elle en a vii d'autres. Ce qui est d'une portée autrement sérieuse, quoique plus lointaine, dans cette résurrection subite de la puissance autrichienne, c'est précisément la renaissance d'un dualisme austro -prussien, dans les États de l'ancienne Confédération germanique.
Jusqu'ici, depuis 1866 et surtout depuis 1870, la Prusse a r^gné seule et sans partage, sur tous ces pays de sang germain et de langue allemande. Elle y a cueilli ou décroché une couronne impériale. Elle a assis et consolidé son hégémonie incontestée sur toute l'Europe centrale. Le Saint-Empire, c'était désormais la Prusse. Peu s'en faut même que le Saint-Siège, délaissé par la France et si instamment courtisé par Guillaume II, n'ait été sollicité d'y donner une sorte de consécration. On a pu voir Guillaume II, camouflé cette fois en chevalier des Croisades, prendre à Jérusalem figure de Protecteur de la Chrétienté, comme de l'Islam.
Jusqu'ici, les États catholiques de l'Allemagne du Sud ont supporté la Prusse plus qu'ils ne l'ont aimée. M. de Bismarck a eu beau leur dire, avec l'esprit endiablé qu'il savait y mettre, que « la » Prusse est comme la flanelle ; ça gratte un peu, » ajoutait-il, mais c'est chaud et ça tient bien au
)) corps )) ce langage d'hygiéniste ne les a jamais
persuadés. Ils ont subi la Prusse, pour cette raison majeure qu'ils se trouvaient dépourvus de point d'appui pour s'en affranchir.
Que l'Autriche renaisse des cendi'es de Sadowa et il n'est pas dit que le vieux dispositif germanique ne polarisera pas à Vienne au lieu de polariser à Berlin.
De sorte que l'affaiblissement de l'hégémonie prussienne, si ardemment poursuivi par l'Angleterre, de concert avec la France, de concert avec la Eussie, de concert avec la Jeune-Turquie, de concert même avec l'Italie, partie chancelante et peu sûre de la Triplice, se trouve en potentiel, comme disent les électriciens, inclus dans l'événement triomphal d'hier. C'est le ver dans la pomme.
Eien ne pouvait plus sûrement faire échec au Kaiser, sinon au comptant, du moins à terme, que le relèvement diplomatique et militaire de la monarchie autrichienne. Il n'y a pas en Allemagne place pour deux kaisers.
Or, depuis hier, il n'y a plus, en Em^ope, une puissance allemande, il y en a deux.
C'esfc un fait considérable. D'autant plus digne d'attention, que l'Europe et la France elle-même sont; désormais averties, par quarante années d'études historiques et d'observations documentaires, que le véritable équilibre de l'Europe nouvelle, obligée de se resserrer devant l'invasion économique du jS'ouveau Monde, doit être changé. Il n'est plus dans les alliances et coalitions en diagonale, telles qu'on les trouve à tout instant dans les conceptions diplomatiques des Bourbons et des Napoléons, ou contre eux. H est plus logiquement dans les vastes Syndicats ethniques et religieux des deux versants du partage des eaux.
On s'achemine à concevoir, comme résultant de la nature des clioses, un consortium des États méditerranéens, s'opposant à la marche vers le Sud des États du versant septentrional. L'Autriche y peut jouer un rôle important.
On ne saurait nier que le monde latin, appelons-le de son nom, le monde catholique, a subi le terrible contre-coup des victoires protestantes de 1866 et de 1870. L'Autriche catholique a perdu pied en Allemagne, et elle s'est trouvée de plus livrée au dualisme hongrois, c'est-à-dire magyare, qui est à la fois calviniste et allemand.
Presque au même moment, la France, vaincue à son tour, a été destituée de la mission historique qui faisait d'elle la tête et le bras du monde latin. Elle s'est vu infliger, par l'astuce de M. de Bismarck et l'empressement des réformés français, un gouvernement protestant. Sous couleur de Eépublique, ce n'est pas autre chose qu'un gouvernement protestant qu'on nous a imposé, fait de singeries anglaises et d'esprit allemand, flanqué d'un côté par les Juifs, comme courtiers d'affaires, et de l'autre côté par des Francs-Maçons, comme courtiers électoraux.
C'est avec cet équipage que la France a dégringolé, comme en démence, de son rang de première puissance latine au rang subalterne de colonie anglaise et de vassale allemande, incapable de ressaisir son rôle dans le monde, ou d'en accepter un qui ne fût pas subordonné aux vues de Londres ou de Berlin.
On comprend, dès lors, qu'un relèvement de l'Autriche ne soit pas pour nous déplaire, s'il marque un temps d'arrêt dans cette course vers le déclin. ,
Les hommes d'État prussiens se seraient donc trompés, en se flattant que l'avenir, suspendu aux jours précaires de François- Joseph, leur donnerait, comme complément de leur empire, les provinces allemandes de l'Autriche, si l'on prenait soin d'assurer à celle-ci des compensations convenaibles du côté des Balkans et de l'Adriatique, oii elle servirait d'entreposem- maritime aux produits allemands.
Par un retour de fortune, auquel les politiques prussiens n'ont pas pris garde, il se trouve que ces compensations, prises par avance, donnent lieu à une renaissance prémafcm'ée de l'ancienne monarchie autrichienne.
Même l'acquisition de populations slaves dans le faisceau austro -hongrois n'est pas une bonne chose pour l'Allemagne prussienne. L'introduction en surcharge de ces éléments anti-aUemands n'est pas faite pom' augmenter les chances du pangermanisme. Plus il y aura de Slaves en Autriche, moins la Prusse et ses satellites y compteront de sympathies actives ou d'occultes connivences. Il existe moins d'affinités entre les Slaves orthodoxes et les luthériens qu'entre les Slaves orthodoxes et les catholiques.
C'est donc, tous comptes faits, un assez mauvais calcul qui a conduit le cabinet de Berlin à entourer de sollicitudes diplomatiques et militaires l'effort tout à fait intéressant que l'Autriche vient d'accomplir, pour sortir du tombeau où Sadowa l'avait étendue, dans une léthargie voisine de la mort.
François-Joseph peut disparaître, on pressent que sa succession n'est plus à l'encan. Il s'est rencontré un homme d'État pour y pourvoiï\ M. de Bûlow,
s'il avait le compliment moins facile, am-ait dû suivre à peu près ceci :
« L'effacement de l'Autriche ou sa dissolution, c'était le sceptre assuré pour longtemps aux Holienzollern sur l'univers germanique. La résurrection de l'Autriche par un triomphe, avec des extensions slaves, c'est une menace atermoyée, mais probable, contre les HohenzoUern. Tous ce qui restaure l'Autriche fait échec au Kaiser. »
Quant à nous, on nous dirait en manière de prédiction, que Guillaume II, Empereur et Eoi — LE. comme il signe, dans son paraphe fioriture de poète et d'imaginatif — finira roi de Prusse, comme devant, avec Anatole France installé à Postdam dans la chambre de Voltaire, que le pronostic n'aurait rien de particulièrement invraisemblable.
Depuis hier, cette chose est sortie du cycle de l'impossible.
Le Geste de Pie
22 Avril 1909.
A l'époque déjà loinfaine où M. Clemenceau n'était pas gâté par le vizirat et où l'on pouvait encore causer avec lui, comme avec un mortel accessible et inoccupé, il me disait :
« — Vous savez bien que les foules ne se déterminent pas par des raisons, mais par des sentiments. Si Jésus avait raisonné, il n'aurait converti personne. ))
J'imagine que cette réflexion d'ailleurs judicieuse quoique libertine, a dû lui revenir en mémoire, quand il a lu, lundi soir, dans les dépêches du Temps^ les quelques lignes émouvantes par lesquelles se trouve relaté le geste de Pie X à l'endroit du drapeau français, qui flottait dans Sainfc-Pierre de Eome en l'honneur de Jeanne d'Arc.
Ce baiser de l'auguste vieillard au drapeau de la Eévolution, cette larme peut-être qui tomba de ses yeux sur l'éfcamine aux trois couleurs, symbole survivant de tanfc de gloires périmées, en diront plus assurément, pour remuer les cœurs, que n'ont dit les encycliques les mieux conçues et les mandements les mieux ordonnés.
C'est plus qu'un geste, c'est un acte ; c'est mieux qu'un acte, c'est un sentiment d'une allure superbe,
dans cette mise en scène incomparable, qui tentera demain le pinceau des artistes.
Toute porte à croire que ce geste fut spontané, improvisé, inspiré par l'ambiance et par l'a-tmosphère, par la vibration intense du milieu, par cet impondérable fluide qui transporte et transfigure les hommes assemblés, par l'énorme pression sentimentale, à laquelle rien ne résiste, que développent en toute puissance certains états de l'âme humaine, juxtaposés en de certains lieux à de certaines circonstances.
Combien se marque ici la différence sensible des deux Pontifes que seront, dans le souvenir des catholiques, Léon XIII et Pie X.
Léon XIII, plus souple et plus avisé, a fait de la politique ; Pie X, plus rude et moins maniable, fait du sentiment. Si l'on en croit M. Clemenceau, c'est donc Pie X qui l'emportera.
Léon XIII, cependant, eût mérité de l'emporter ; car nul Pape jusqu'alors n'avait mùeux pénétré la faiblesse intime de ce qu'on appelle en France le « parti républicain ». Xul n'avait mieux saisi, avec une sagacité plus aiguisée, que cette minorité de huguenots et de Juifs, agissant sous le masque de la Maçonnerie, par des sélections soigneusement circonscrites, serait déconcertée, noyée et à vau-l'eau, si elle venait à être submergée par l'afflux torrentiel du ralliement catholique.
C'était, on peut le dire, un trait de génie, mais de génie italien, plus ouvert que le nôtre aux conceptions politiques.
- Le trouble, l'alerte, il n'est pas excessif de dire
l'anxiété du parti dit républicain fuirent positivement considérables, dès qu'il eufc mesuré le péril que lui faisaient courir les directions données par Léon XIII aux catholiques français. Il suffit de se rappeler avec quelle grimace de réfractaires, avec quelle humeur de révolte et d'anathème les conjurés mieux avertis accueillirent M. Spuller, quand ce lourdaud, né quelque part en Bade, s'avisa d'approuver ingénument à la tribune ce qu'il appelait « un esprit nouveau » Ce sont de ces minutes inoubliables, où un parti, même aussi fermé et aussi truqué que celui-là, livre tout son secret.
Inutile d'ajouter que, dans cette circonstance critique comme dans les autres, il ne fut pas tiré de cette alarme par son propre effort. De même qu'il avait été précédemment sauvé du boulangisme par les boulangistes, il fut pareillementi sauvé du ralliement catholique par les catholiques eux-mêmes. Dépourvus, pour la plupart, de ce qu'on appelle le sens politique, comme, hélas, de celui de connaître et de soutenu" leurs défenseurs, les chefs catholiques ne comprirent pas, comme il eût été désii^able, ce que le Pontife attendait d'eux. Ils s'y comportèrent en bons esprits, mais, pom^ tout dire, au plein soulagement de leurs ennemis.
Pie X est d'une autre complexion. Autant son prédécesseur semblait un patricien, racé de finesse et de diplomatie, autant celui-ci décèle, sous une écorce demeurée iDlébéienne, les énergies un peu frustes et le verbe radical d'un démocrate de tempérament.
S'il avait été un politicien d'expédients, au mo-
ment où M. Briand, rapporteur de la Séparation, faisait le joli cœur pour le compte des consistoires protestants, Pie X eût fait chômer tous les sanctuaires de France dévolus aux inventaires. Le parti républicain ne se fût-il pas empressé de jeter du lest, puisque, même sans cela, il a dû suspendre les inventaires à la veille des élections générales ?
Pie X a préféré laisser enlever au clergé français deux ou trois cents millions d'édifices diocésains, avec lesquels on se flattait de le séduire, plutôt que de laisser imposer à l'Église de France une organisation protestante, imaginée par les protestants dont M. Briand, clérical à sa manière, n'a été que l'insidieux factotum.
Il importe peu à Pie X qu'un Viviani de passage, ministre du travail, pour s'allonger sur des chaises longues, se prélasse en cette posture dans ce qui fut l'austère salon de l 'arche vêché de Paris, où passait la silhouette émaciée du cardinal Eichard, figure de primitif qui semblait descendue d'une des galeries du Louvre.
Pie X, en se refusant obstinément aux cultuelles a, d'ailleurs, sauvé certaines libertés françaises d'un inestimable prix. Que fût devenue la masse flottante des catholiques libres ou modérément pratiquants, si nombreux dans notre pays, s'ils avaient été pris et comme comprimés entre deux forces confessionnelles, c'est-à-dire la Maçonnerie judéo -protestante d'une part, et les associations cultuelles de l'autre ?
Non seulement les élections, la vie politique, la vie publique n'eussent plus été qu'un antagonisme violent et sans merci, entre ces deux ordres d'asso-
ciations religieuses, peu à peu confédérées sur toute l'étendue du territoire et s'étendant jusqu'au dernier village, mais la vie ordinaire elle-même, les relations, les carrières, les mariages, les amitiés, tout enfin, quoi qu'on en puisse dire, eût dépendu de ces deux organisations concurrentes, de leurs sollicitations, de leur influence, de leur pression, de leur contrainte sur ce domaine intime et privé de chacun.
Pie X nous a épargné ce régime étouffant : que sa résistance en soit remerciée, autant que maudite la pensée jacobine qui tendait à l'établir !
Mais si Pie X apparaît ainsi sous certains aspects, comme le rude paysan de la Sabine que fut Caton, il n'est pas dépourvu du don sacré de la juste émotion.
De ce don si précieux, nous autres, pauvres commentateurs d'un jour, nous parlons à la légère, en boulevardiers ou en artistes ; mais M. Clemenceau, à moins qu'il n'ait changé d'avis, a raison de penser que la foule y est autrement sensible et qu'elle se détermine par les sentiments.
Si Pie X avait raisonné son geste, peut-être eût-il, de préférence, baisé l'étendard fleurdelysé, imité de celui de Jeanne d'Arc, qui se dressait à côté de son trône pontifical devant le maitre-autel de Saint-Pierre. En étreignant spontanément siu' son cœur le drapeau tricolore, qui nous dit qu'il n'a point senti retentir en lui quelque chose des aspirations d'une France nouvelle ? Spiritus fiai uhi vult.
GAMBETTÂ
28 Avril 1909,
De toTifc ce qui, ces jours-ci, a été dit de Gambetta, soit à Nice, par des orateurs officiels, soit dans les journaux, par des écrivains officieux ou indépendants, une moralité n'a point été déduite. Je voudrais la noter, avant que tout cela s'éloigne et soit recouvert par le flot.
Si, avec une claire vision des choses, Drumont a pu dessiner un Gambetta circonvenu et cliambré par les Juifs et par les huguenots, donnant ici l'essor à une Eépublique de corruption et de coups de Bourse, l'essor aussi à une Eépublique protestante, ayant pris son mot d'ordre à Berlin, sera-t-il sans intérêt d'épingler à ce dossier une observation de pure politique ?
Et la voici :
De tous les éloges posthumes dont Gambetta a été l'objet, de toutes les louanges éplorées dont on a accablé sa mémoire, une conclusion se dégage, qui est grave contre la Eépublique parlementaire.
C'est que cet homme, certainement supérieur à son parti, par son éloquence tribunitienne, par son esprit politique, par des services éminents rendus à la Eépublique et au parti républicain lui-
même, qu'il avait remorqué et tiré du néant de vagues brasseries, n'a cependant pas réussi à s'entendre avec notre espèce de Parlement, qui l'a renversé du pouvoir après quelques semaines de ministère.
Quoi de plus saisissant ?
C'esfc un fait capital, efc un fait qu'on ne saurait contester, car il est indéniable.
"Ne suffit -il pas à juger à la fois le régime et l'homme lui-même *?
Plus on décerne à Gambetta de qualités transcendantes et de vertus républicaines, plus on lui découvre de supériorités politiques, plus on s'efforce de grandir ses mérites d'homme d'Etat ou de lui en attribuer, moins le régime apparaît excusable d'avoir réduit un tel homme à l'impuissance et de n'avoir pas fait rendre à sa valeur le profit que la France était en droit d'en attendre.
Il n'est pas, que je sache, de procès plus accablant que celui-là, pour la manière de parlementarisme qu'on nous a fabriqué.
Le fait que Gambetta lui-même, malgré son ascendant personnel, malgré son talent, malgré ses vues politiques et l'entregent qu'il mettait à les soutenir, y est demeuré stérile et hors d'état de faire produire à cette pétaudière autre chose que des sottises, condamne le régime.
Ce ne sont pas là de frivoles propos. Gambetta en personne, on le sait, condamnait nos institutions, par les intentions non équivoques qu'il manifestait d'en améliorer la tenue et le recrutement.
N'est-ce pas de sa bouche qu'est tombé cet arrêt
qu'on ne pouvait rien faire de grand, ni même de bon, avec ces « Chambres de sous- vétérinaires »•?
Encore, de son temps, trouvait -on dans les Chambres des hommes de haute valeur morale et d'une parfaite probité. La poussée patriotique qui avait spontanément enfanté l'Assemblée Nationale n'était point épuisée. Il lui restait ce qu'on appelle en physique de la vitesse acquise. Les membres mêmes de cette Assemblée survivaient en assez grand nombre dans les Chambres de 1876, de 1877 et de 1881, comme survivaient au Sénat, dans leur maturité vivace, les membres inamovibles élus selon les premières lois organiques.
Qu'est-ce que Gambetta eût pensé des Chambres qui sont venues après sa mort, au sein desquelles, en même temps que le recrutement en est devenu plus pitoyable, la cupidité, la concussion, la vénalité, en un mot la pourriture d'assemblée s'est si honteusement étalée ?
C'est cependant pour avoir voulu prévenir ou réformer cela, en modinant le mode d'élection des députés, que Gambetta a vu déchoir son crédit et se retirer de lui la confiance des prétendus républicains.
Il est mort à temps, pour ne point voir l'innommable régime auquel il avait donné d'être, en lui prêtant une parure nationaliste qui séduisait la France, en lui imprimant aussi, par ses propres illusions communicatives, le caractère aimable d'une Eépublique ouverte aux Français de mérite et de bonne volonté.
Il n'est donc pas, contre la Eépublique actuelle,
de témoin plus à charge que Gambetta lui-même. Si je voulais recourir aux procédés de rhétorique familiers aux orateurs dont Gambetta s'inspirait, je ferais se lever du tombeau son ombre accusatrice, pour prononcer ici le plus décisif des réquisitoires contre ce régime sans nom, dont la malfaisance est sans limite, dont l'hypocrite hommage assurément doib lui être odieux.
Mais si le régime est ainsi jugé, l'homme à son tour ne l'est pas moins, par la concrète éphéméride que j'ai rappelée.
Tant de qualités que l'on consente à reconnaître à Gambetta, il ressort bien clairement de son œuvre personnelle, vue d'ensemble en reculement, qu'il n'était pas du bois dont on fait les chefs d'État et que sa fonction dans le monde fut surtout et seulement d'y parler.
Voilà un homme, en effet, qui, à trente ans, a eu cette fortune incomparable de pouvoir faire l'apprentissage du Gouvernement. Il a fait cet apprentissage dans les circonstances où pouvait le mieux se révéler le génie politique d'un chef. Toute latitude lui était conférée, par les événements euxmêmes et par la carence du pouvoir central prisonnier à Paris, de manifester les qualités maîtresses d'organisation et de commandement auxquelles se reconnaissent les conducteurs d'empires.
L'a-t-il fait, comme on le prétend ?
De tous les jugements portés sur cette période et sur l'homme qui la remplit de ses proclamations, le plus sûr n'est pas celui de ses collaborateurs ni de ses héritiers. Ils sont trop intéressés pour leur
propre compte à exalter des efforts dont l'issue a cruellement démontré l'incoliérente inanité. C'est au jugement de la France elle-même qu'il faut se référer.
Or, la France, c'est certain, a aimé Gambetta ; mais elle l'a aimé, en quoi elle a été juste, pour les intentions dont il a été animé, pour la mélopée héroïque dont ce boute-en-train méridional a bercé ses anxiétés et consolé ses accablements.
Elle ne pouvait pas, la pauvre France, aimer Gambetta pour autre chose. Les résultats positifs qui ont finalement soldé ses intentions et ses cantilènes se chiffrent par une province de plus que nous avons perdue, c'est-à-dire par la Lorraine ajoutée à l'Alsace, et par deux milliards de plus d'indemnité de guerre, c'est-à-dire par cinq milliards au lieu de trois — sans compter les vies humaines sacrifiées en pure perte et les énormes dépenses dont le fardeau nous reste.
Je ne réussis donc pas à voir en quoi l'activité de Gambetta nous a été profitable ni en quoi ce qu'on appelle l'honneur du pays fut mieux préservé, après la capitulation de Metz et de Paris, qu'après la capitulation de Sedan. Je tiens au contraire pour certain que le préjudice fut plus considérable à tous les points de vue.
Mais ce n'est pas mon avis qui importe.
La France a-t-elle été d'un autre avis ? C'est là l'essentiel.
Si la France avait jugé Gambetta différemment, nul doute, pour qui la connaît, qu'elle n'eût immédiatement élevé et promu ce héros aux pouvoirs
nécessaires, pour vaquer aussitôt aux réparations nationales. Elle ne l'a pas fait, elle a été fort loin de le faire. Il a fallu des années, pour que la France se reprenne à attendre quelque chose de Gambetta. Lorsque cette reprise de sympathie et d'espérance s'est produite, cette fois, dans les sécurités de la paix reconquise et d'un régime à peu près régulier, et qu'elle est arrivée à son point d'épanouissement le plus pratique et le plus effectif, c'est-à-dire à l'avènement attendu d'un Ministère Gambetta, que s'est-il passé ? En quelques semaines, l'avortement le plus lamentable s'en est de nouveau suivi, nous léguant des anomalies constitutionnelles demeurées sans palliatifs et une promotion de politiciens inédits, qui ont causé à ce pays plus de ravages que plusieurs guerres.
Je crains que ce ne soit là un peu de la vérité de demain, si ce n'est déjà celle d'aujourd'hui.
Contrairement aux opinions reçues, il faut donc conclure que, malgré l'apprentissage qu'il avait fait du Gouvernement, pendant sa dictature improvisée de 1870, cette école, si coûteuse à la France mais si profitable à lui seul, n'avait pas suffi à communiquer à Gambetta le goût des hautes responsabilités ni les qualités spéciales qu'il faut posséder ici, pour y exercer un pouvoir utile et réparateur.
S'il avait d'incontestables dons, notamment celui du sens politique, des talents de nature à lui assurer un ascendant circonstanciel sur un pays où l'on aime la parole, Gambetta était cependant dépourvu du caractère et de la fermeté nécessaires à l'homme
d'État, pour se fixer un but et pour, au-delà des contingences, l'atteindre.
La preuve la plus évidente en est précisément dans le fait qui sert ici de leit motive. Gambetta était, au fond, un plébiscitaire ; il était convaincu que le parlementarisme, tel que nos constituants orléanistes l'avaient organisé, était, pour la Eépublique, une pernicieuse anomalie. Il lui appartenait donc, une fois investi des suprêmes crédits dont le pays l'avantageait, de s'atteler, avec une opiniâtreté d'homme d'État que rien ne décourage et ne déconcerte, à la revision même de ces lois organiques.
Plutôt que de s'y consacrer, il a abandonné la tâche ; il a été, lui aussi, un déserteur du pouvoir, un démissionnaire, disons le mot, un lâcheur. Ce faisant, il a compromis jusqu'à cette revanche militaire qu'il croyait préparer, dont le premier gage ne pouvait être recherché ailleurs que dans l'organisation rationnelle d'une gTande autorité dii'ectrice ayant derrière elle tout le pays.
Faute de cela, que Gambetta n'a pas su créer, on peut dire que l'Alsace-Lorraine a été perdue une seconde fois !
De sorte que, tant comme dictateur de salut public que comme dictateur civil, au sens le plus élevé du mot dictateur, Gambetta n'a rien produit. Son nom ne s'attache à aucun de ces bienfaits positifs auxquels est réservée la gratitude des peuples.
Et s'il faut ajouter quelque chose de plus, Gambetta est jugé par ses épitaphes.
Alors que, pour louer les héros de l'action, un
nom, une date suffisent aux marbres immortels, pour louer Gambetta, il a fallu que de fastidieux compilateurs retirent du fatras refroidi des verbalités éteintes des fragments désormais illisibles de ce qui fut la musique d'un instant.
Le Statut des Fonctionnaires
5 Mai 1909.
L'un des maux les plus lancinants des sociétés modernes s'appelle de son vrai nom l'incertitude du lendemain.
Des Français de toute condition, qui étaient sans fortune personnelle, avaient résolu le problème social de l'incertitude du lendemain, en se faisant fonctionnaires ou congréganistes.
Ce n'éfcait pas toujours la vocation ni la piété qui poussaient nombre de familles paysannes à faire de l'un de leurs enfants un « cher frère » ou une « chère sœur ». C'était Vanankè social de l'incertitude du lendemain.
Sans doute, la vie en communauté, assujettie à une règle de stricte observance, ne pouvait être que fort modeste, frugale, privée de certaines joies du monde ; mais encore était-on assuré d'y être nourri, logé, vêtu, et d'y subsister honnêtement, entre créatures du même esprit, généralement fort gaies, parce que le souci de l'existence sociale ne leur était plus de rien.
Ce genre de socialisme, de communisme inoffensif
ayant disparu, sous les coups illogiques des socialistes, il reste d'être fonctionnaire.
Efcre fonctionnaire, c'est également s'assurer contre les risques du lendemain. Si l'on n'y est pas nourri en commun, encore y esfc-on souventes fois vêtu, je veux dire revêtu d'un uniforme à flatter un orgueil ordinaire. Même y est-on fréquemment logé dans les nombreux édifices publics. Une forêt croissante de tuyaux de cheminées, sortant de la toiture des palais de nos rois, est là pour attester le nombre croissant de familles qui désormais y résident.
En tout cas, être fonctionnaire, c'est être assuré de toucber, à la fin de chaque mois, une somme d'argent libératoire, susceptible de pourvoir aux besoins primordiaux de la vie sociale, ce qui est à la fois énorme et essentiel.
Et, en plus de ces inestimables apaisements, comme pour couronner sans effort une vie paisiblement écoulée, une pension de retraite, insensiblement capitalisée, selon des règlements établis au profit du bénéficiaire, lui permet d'entrevoir l'arrivée de la vieillesse, avec moins de désespérance que le commun des hommes et presque avec quelque plaisir.
Comment s'étonner que la plupart des Français, du moins ceux d'entre eux qui sont des Celtes épargneurs, non piqués du génie d'entreprise et bornant leur ambition terrestre au petit lopin patrimonial avec 2.400 francs et la retraite, agrémentés d'un ruban honorifique, se soient précipités, eux et leurs
enfants, sur cette si commode solution, on peut dire élégante, du problème social.
Leur bon sens leur a indiqué cette voie comme la meilleure, et, dans leurs rapports politiques avec les huit ou neuf cents distributeurs de fonctions qui peuplent les Chambres, ils en ont fait, comme de juste, une condition sine qua non de leur suffrage politique.
Eésultat : un million de fonctionnaires, ou peu s'en faut (sans compter les soldats ni les marins), et quatre milliards de budget annuel, sans compter les budgets des départements ni des communes, qui s'ajoutent au budget de l'État.
Les fonctionnaires, néanmoins, se plaignent de leur sort.
D'abord, le renchérissement général de la vie matérielle et l'accroissement progressif des besoins de chacun font que la somme d'argent mensuelle destinée à y satisfaire est devenue insuffisante. Us réclament donc de l'augmentation.
Ensuite, ils se sont aperçus que les huit ou neuf cents chiens de chasse qui, sous les noms fallacieux de députés et de sénateurs, sont institués pour quêter et rapporter des fonctions, se sont mis à chasser pour eux-mêmes et pour leurs petits, accaparant sans vergogne les meilleurs morceaux et; ne laissant plus au pauvre monde que des épluchures. D'oii colères, efc colères justifiées contre le népotisme et le favoritisme.
En outre, ils ont eu à souffrir des détestables pratiques de nos maîtres, en matière de police. Ils se sont vus dénoncés, traqués, disgraciés, frappés
parfois cruellement, pour crime d'opinion, pour crime d'hérésie, comme au seizième siècle. On ne leur a pas dit : « La messe ou la morfc ! » mais exactement de même : « Pas de. messe ou pas d'avancement ! » On a ressuscité contre eux l'abus pharisaïque du billet de confession, mais de confession protestante ou maçonnique, ce qui est tout un. On les a plus ou moins molestés pour délits confessionnels.
Enfin, à ces Français demeurés munis du droit de vote, qu'on a retiré aux soldats, on a comme imposé une servitude électorale : celle de voter pour les candidats ministériels, sous ce prétexte que c'est le Gouvernement qui paie ces fonctionnaires, comme si le Gouvernement les payait avec son argent et non pas avec le nôtre.
Ces quatre griefs ainsi réunis, sans parler de ceux que j'oublie, constituent la contre-partie assombrie du métier des fonctionnaires ; c'est le revers de la médaille, dont je retraçais tout à l'heure les harmonieux contours.
On voudrait maintenant concilier cet assemblage un peu heurté de privilèges et d'obligations, de droits et de devoirs, dans une charte équilibrée qui s'appellerait le Statut des fonctionnaires.
Mais voici un autre achoppement, et celui-ci est bien fait pour retenir notre attention.
« Sans doute, disent les fonctionnaires, un Statut qui garantirait tous nos droits, en échange des obligations spéciales que doivent accepter tous les employés de services publics, ne peut pas nous
déplaire. Mais qui garantira la garantie 1 Nous n'avons aucune confiance dans l'espèce d'hommes à qui nous avons affaire et qui nous goiivernent. Toute cette caste de sénateurs et de députés, grisés par la toute-puissance, ne nous inspire qu'une très médiocre sécurité. Nous les avons vus tant de fois manquer à leurs engagements, violer ou détruire les lois qui les gênaient, tenir pour lettres mortes les chartes et les constitutions! Notre Statut, une fois accepté par nous de la meilleure foi du monde, ne nous servirait probablement à rien — qu'à aller perdre notre temps au contentieux du Conseil d'État, pour voir indirectement maintenir, neuf fois sur dix, le pouvoir discrétionnaire. Alors, nous aimons mieux le droit commun, c'est-à-dire la possibilité plus efficace qu'il nous offre de nous défendre, au moyen de la coalition et de la gTève.
Que répondre à cela ? Peu de chose, sinon qu'il faudrait songer sérieusement à modifier le régime.
Il est bien certain que l'espèce d'hommes dont le parti gouvernant est composé, par suite de sa propre sélection et de son propre recrutement, donne beaucoup à réfléchir.
Il est non moins certain que ce parti a violé, avec un sans-gêne inouï, presque toutes les lois qui contrariaient dans l'instant ses intérêts ou ses vengeances.
Est-il un traité qui lui ait paru respectable, et dont on puisse dire qu'il l'a vraiment respecté, aussi bien dans l'ordre intérieur que dans l'ordre international ?
Les officiers français avaient une charte, un
Statut": est-ce qu'on l'a respecté ? On l'a violé pour favoriser les uns et porter préjudice aux autres.
Les religieux avaient un Statut : est-ce qu'on en a tenu compte ? On ne leur a même pas laissé de domicile ni de moyens d'existence !
Le Concordat était un traité synallagmatique, conclu entre deux parties également signataires et réciproquement engagées : est-ce que l'existence de ce traité a fait naître le moindre scrupule chez les maniaques qui nous gouvernent et arrêté leurs déprédations ?
Même les engagements de droit commun et d'ordre commercial n'ont pas été l'objet de plus de précautions.
On a vu un légL>tG, un avocat, u.n défenseur professionnels des intérêts civils et commerciaux, une fois à la tête du Gouvernement, perdre à ce point la notion du tien et du mien qu'il est allé jusqu'à confisquer des marques de fabrique !
Évidemment, M. Waldeck-Eousseau n'a pas confisqué la marque « Ménier », vu que ce fabriquant de cnocolat le promenait sur son yacht. Mais il a confisqué sans plus de droit la marque de « la Chartreuse )) ; en attendant que d'autres politiciens, qui se promèneront sur le yacht des Chartreux, confisquent à leur tour la marque « Ménier » et les marchandises en magasin, sans que celui-ci ait davantage à s'en formaliser.
On a vu le même légiste envahir et dépouiller, avec des forces de police considérables, des journaux comme la Croix^ qui sont des entreprises commerciales comme les autres, sous prétexte que ces jour-
naux n'étaient pas de son opinion ou de l'opinion de la majorité.
— Zuze un peu, dirait le Marseillais, s'il n'avait pas été un légiste, défenseur du droit de la veuve et de l'orphelin !
Mais que dis-je, uu légiste ? N'a-t-on pas vu la plus illustre Compagnie judiciaire, chargée par son institution même de veiller au maintien de la lettre des lois, dénaturer elle-même un texte qui la gênait? La Cour de cassation s'est-elle donc lavée du reproche d'avoir faussé, en faveur de Dreyfus, l'article 445 ?
Alors, quelle valeur voulez-vous donc que les fonctionnaires attachent à un Statut, qui leur est proposé par des législateurs aussi peu scrupuleux ?
Autant, dans un pays où tout se passe entre honnêtes gens, soucieux du respect de la loi, une charte de genre aurait du prix, parce qu'on serait sûr de la voir observée, autant dans ce pays, oti tout se passe entre conjurés de la plus hasardeuse provenance, s'étant assurés entre eux de l'imi^unité de leurs méfaits, il est inutile et presque dangereux de se lier, parce qu'on est seul lié.
Voilà, sans doute, pourquoi les fonctionnaires pensent du fameux Statut qu'il est, comme le sonnet d'Oronte, bon à mettre au cabinet.
Où les Ministres s'exjjliqiient
10 Mai 1909.
Un journal du matin vient de jouer un bien vilain tour au ministre des T. P. P. T. T., lisez des Travaux publics, postes, télégraphes et téléphones.
En 1904, alors qu'il n'était pas ou n'était plus ministre de rien, M. Bartliou a publié une consultation magistrale, sur l'application de la loi du 21 Mars 1884, dite des syndicats, aux fonctionnaires, aux employés et ouvriers des services publics.
Par cette consultation, M. Bartliou reconnaît- à ces derniers, je veux dire aux employés et ouvriers de l'État, des départements et des communes le droit de se syndiquer exactement comme tous les autres employés et ouvriers de l'industrie privée. Il lem* reconnaît donc implicitement le droit de défendre leurs intérêts par la coalition et la grève.
Mais voilà M. Bartbou devenu ou redevenu ministre, ce qui est d'ailleurs son occupation favorite et son sport de prédilection. Sous son ministère, les employés et ouvriers des services publics dont l'administration lui incombe se syndiquent et se mettent en gTève. Et le même M. B art hou, dans un discom^s affiché à nos frais (ci 40.000 francs), vitupère
avec véhémence les malheureux employés et ouvriers des postes, qui n'ont fait que suivre ses conseils ; il les menace de révocations en masse ; il les révoque ; si on ne le retient, il les fera fusiller. Conclusion : ce Kabagas des Basses-Pyrénées est donc un impudent farceur, qu'il faut s'empresser de jeter dehors du ministère, si l'on veut rétablir un peu d'ordre et de moralité dans les services publics ressortissant à son portefeuille.
M. Barthou, cependant, n'est pas sans pouvoir fournir une défense.
Il peut dire que son collègue, M. Briand, est exactement dans le même cas. M. Briand, en effet, a contribué pour une notable part au lancement et à la diffusion des ignominies antimilitaristes et antipatriotiques. Il a été l'avocat d'élection des détracteurs de l'armée et de la patrie. C'est lui qui, dans l'Yonne, avait plaidé pour l'apôtre du « drapeau dans le fumier ». Et il n'a pas plaidé comme un chien qu'on fouette, en avocat d'office, mais (c'est lui qui l'a dit) en a^vocat parfaitement solidaire de cœur et d'esprit avec l'inculpé, partageant ses idées, regrettant même de n'être pas de ce chef inculpé avec lui. M. Briand a même particulièrement invité les employés de l'État à joindre leur rébellion à celle des autres corporations ouvrières, leur faisant présager que la révolution sociale en serait plus
assurée, plus prompte, plus décisive Et M. Briand
est Garde des sceaux !
En cette qualité, c'est lui qui fait poursuivre, juger, condamner, incarcérer les infortunés disciples de ses propres doctrines. Mais il est juste d'ajouter
qu'avant d'être Garde des sceaux on avait trouvé excellent de lui confier l'instruction publique, la direction suprême de l'enseignement à donner aux jeunes Français !
En conséquence, M. Barthou peut dire : « (Comparez mon cas à celui de mon collègue M. Briand, vous apprécierez que je suis une rosière béarnaise, à côté de ce Eabagas bas-breton, qui est un bateleur encore plus sinistre que moi. »
Mais M. Briand lui-même serait -il sans défense ?
Ce serait mal connaître l'ingéniosité de sa faconde.
M. Briand vous dira qu'il a pour collègue à la Guerre, département autrement important en fait que celui de la Justice, un particulier qui s'est fait également connaître par les actes d'indiscipline militaire les plus caractérisés et les plus condamnables. Ils lui ont valu sa mise en réforme et sa radiation des cadres, — ce qui ne l'a point empêché de devenir ministre et de représenter, rue Saint - Dominique (Ouvrez le ban !) cette discipline nécessaire qui fait la force des armées et sans laquelle il n'y a pas de défense possible (Fermez le ban !)
« Que M. Bartbou soit un farceur, dira M. Briand, je le veux bien ; que je sois moi-même un autre farceur, je n'y ferai nulle objection ; mais convenez que M. Picquart, par un g, pour ne pas le confondre avec notre laborieux collègue de la marine, est un autre farceur d'une espèce encore plus dangereuse, puisque c'est lui qui est chargé de nous préserver des risques d'invasion.
» Les galéjades auxquelles M. Barthou et moi avons pu nous livrer, ajoutera M. Briand, si graves
qu'elles paraissent, sont d'ordre intérieur ; elles ne troublent que le ménage de la maison ; tandis que l'élévation au ministère de la Guerre d'un individu comme Picquart, officier révoqué pour indiscipline et faute contre l'honneur, passé subitement en quelques heures de la position de lieutenant -colonel en réforme au grade de divisionnaire, et de ce grade invraisemblable au commandement de toute l'armée est à la fois un tel défi et un tel exemple de démoralisation, qu'on ne peut mesurer les conséquences qu'il en faudra supporter, quand cette funeste semence lèvera dans l'armée comme elle a levé ailleurs. »
En conséquence, M. Brland peut conclure à son tour : « Comparez mon cas à celui de M. Picquart, vous apprécierez certainement que je suis dans l'espèce un bien petit criminel. Par surcroit, on peut m'accorder d'avoir quelque talent, par quoi je me fais pardonner. Tandis que je vous défie de trouver même circonstance atténuante à M. Picquart, par un q, qui, en dehors du seul coefficient d'indiscipline qui l'a porté au pouvoir, n'a aucune valeur militaire. »
Mais M. Picquart lui-même sera-t-il donc sans excuse %
M. Picquart vous dira, ce qui est vrai, qu'il n'était pas dans la politique et qu'il n'y connaissait rien. On ne peut donc pas lui reprocher d'avoir intrigué au Parlement, pour se faufiler, comme ]\IM. Barthou, Briand et nombre d'autres, dans une combinaison ministérielle.
« Eeprochez-moi, si vous voulez, dira-t-il, d'avoir
accepté une situation d'État disproportionnée avec mon mérite ; mais ne me reprochez pas de l'avoir demandée, ni voulue, ni recliercliée, car je n'y songeais pas.
)) Et d'ailleurs, depuis que j'y suis, voyez si je m'y montre modeste, effacé et comme inexistant ! Dans l'armée, nous ne pouvons pas avoir l'intraitable toupet qu'on étale dans le civil. J'ai beau être ministre, je ne me sens pas le chef de mes chefs, de ceux à qui j'ai obéi ou désobéi et qui m'ont connu sous la ï)eau.
» Un jour, en gare de Cliâlons-sur -Marne, j'ai rencontré le général Bailloud. Il descendait du train qui venait de Xancy, je descendais du train qui venait de Paris et j'allais, moi, comme divisionnaire intérimaire promu de la veille, aux manœuvres du camp de Cliâlons. Je me suis avancé vers Bailloud la main tendue. Il a arrêté mon elïusion par un « Bonjour, monsieur » qui m'a suffi. J'ai compris que je ne serais pas encaissé. Tout ce que j'ai pu faire, quand je suis devenu ministre, a été de retirer à Bailloud son commandement de Nancy, pour un discours patriotique trop effervescent, et de l'en- V03^cr à Montpellier, puis en Afiique. Voilà tout.
» En définitive, concluera M. Picquart, si mon élévation au ministère de la Guerre est, comme vous le croyez, un scandale, encore plus grand que celui de M. Briand, de M. Barthou, de M. Clemenceau lui-même, prenez-vous-en à M. Clemenceau qui m'a choisi, au président de la République qui m'a nommé. L'un et l'autre peuvent vous certifier que je n'ai fait aucune démarche pour cela, et que je suis même resté totalement étranger à l'article
du Temps qui, le soir de ma nomination, fnt chargé de vaseliner pour l'opinion cette couleuvre difficUe à avaler. »
Et M. Picquart a raison, comme M. Briand a raison, comme M. Barthou a raison.
S'ils sont là, eux et les autres, et s'ils y font tout le mal que Idor présence seule y occasionne, par la contradiction on peut dire immorale qui résulte de leui's antécédents et de leur situation, ce n'est pas entièrement de leur fait.
La responsabilité en incombe au ^ pitoyable signataire dos décrets qui réside à l'Elysée.
"c'est lui qui nomme ces ministres ; c'est lui qui ratifie ces choix tour à tour grotesques ou scandaleux ; c'est lui qui confère l'existence légale a ces aberrations, à ces monstruosités, dont se meurent à la fois la Eépublique et le pays î
C'est en vain qu'une fiction constitutionneUe n'imButera qu'une responsabilité fictive au président^de la Eépublique, so'os prétexte que ses décrets sont contresignés. H n'a qu'à ne pas signer les décrets, ils ne seront pas contresignés.
Il ne faut pas que M. Fallières s'y trompe, non plus que le retiré des affaires qu'est M. Loubet. La France, dans la crise inédite qu'elle commence à traverser, finira par écarter la précaire et fragile fiction, derrière laquelle s'abritent trop commodément les auteurs réels de tant de maux déjà essuyés et de tant de ravages encore possibles.
Le besoin d'incarner en quelqu'un les mécontentements et les colères, à force de s'égarer en pure perte sur deux ou trois cents ministres changeants
et insaisissables, qu'a égaillés le régime, finira par désigner, comme le coupable en chef, celui qui les nomma tous, celui dont cliaque signature de Ponce- Pilate représente un dommage pour ce pays.
A chaque jour suffit son Juif
19 Mai 1909.
A chaque jour suffit son Juif.
C'est ainsi qu'il faudra modifier, si cela continue, le judicieux proverbe qu'à chaque jour suffit sa peine.
n y a huit jours, n'avais-je pas à commenter le rôle plus que singulier du Juif Louis Dreyfus, député de Florac, dans la première grève des postiers ?
Une semaine ne s'est pas écoulée, qu'un nouveau scandale amène au pilori antisémite un autre Juif, du nom de Maris (??), officier d'artillerie, comme Alfred Dreyfus, ce qui est bien flatteur pour l'artillerie. Celui-ci est pareillement accusé d'avoir trafiqué pour argent de choses que notre civilisation chrétienne, évidemment arriérée et réactionnaire, n'a point entendu jeter dans le commerce.
Celui-ci n'a point vendu les mystères du 120 court, ni les secrets du frein hydropneumatique, pour la bonne raison que ces articles, un instant fort demandés, avaient déjà été vendus par l'un de ses plus illustres coreligionnaires.
Mais, le génie juif étant infatigable à inventer des
choses qui puissent s'acheter, celui-ci vendait des grâces ou des commutations de peine aux condamnés de droit commun, des sursis d'appel aux réservistes tire-au -flanc, des non-lieu aux déserteurs, des acquittements ou des évasions aux prévenus et condamnés militaires.
n était, d'ailleurs, admirablement situé pour pratiquer son commerce. La haute et clairvoyante confiance du ministre de la Guerre l'avait appelé, près du premier conseil de guerre de France, aux fonctions de capitaine-rapporteur, qu'il avait précédemment exercées, sans doute avec la même aisance, au conseil de guerre d'Amiens.
Entre temps, cet officier juif avait, à la demande et certainement à la satisfaction d'un autre ministre de la Guerre, rédigé des fiches dénonciatrices contre ses camarades du 2^ corps d'armée. Et, de cet acte de basse félonie, que notre morale assurément rétrograde persiste à taxer de déshonorant, lui Juif et lui officier français, quoique Juif, avait encore su tirer profit.
A cela il a dû d'obtenii^ la garnison de Paris et, à Paris même, un de ces postes de non-combattant, un de ces postes de tout repos, d'où l'on peut rendre au gouvernement des services de choix, qui rapportent d'autant plus qu'ils ne coûtent à leur estimable titulaire ni une goutte de sang, ni une minute de courage, ni même une ombre de capacité.
Au surplus, et ceci juge une institution, ce répugnant scélérat était, comme par hasard, membre du Cercle Mascuraud et grand dignitaire de la Maçonnerie.
Tel est le numéro inédit que, dans son loto de
portière, la chronique de ces derniers jours a extrait du sac de pourritures qui constitue la substance du régime actuel.
N'attendez point de notre didactique antisémitisme qu'il se répande en archaïques invectives contre cet autre Juif.
On se trompe, quand on s'imagine que nous voulons aux Juifs mal de mort, pour le seul fait de leur malfaisance intrinsèque. Ils sont comme cela. C'est leur fonction de vendre ce qui ne se vend pas dans les sociétés civilisées. C'est leur valeur propre et essentielle de commercialiser des choses qui, dans la conceptior aryenne, ne sauraient avoir de l'argent comme contie-partie.
Us vendent la patrie ou les secrets utiles à sa défense ; ils trafiquent de la justice ou des décisions qu'elle a rendues, exactement comme s'il s'agissait de diamants sur papier ou de guanos sur territoires antarctiques.
Tout leur est marchandise. La dignité, le devoir, la conviction, l'intégrité des hommes, la vertu, l'honnerT, la pudeur des femmes, la souffrance du prolétaire et son aspiration vers la justice, la conscience du juge, la discipline du soldat, la fidélité du prêtre, l'indépendance de l'écrivain, la sûreté du dépositaire, la résistance des individus ayant qualité ou des corps constitués ayant pouvoir, tout cela, au regard du Juif, a une cote certaine et inéluctable, un cours variable et quotidien, à l'instar du Eio, de la De Beers ou de la Eente espagnole.
Ce Juif du Cherche-Midi, qui tenait boutique de
grâces et de sursis au Cercle Mascuraud et sur les sommets vénérés du Grand-Orient, n'est au total qu'un misérable petit Juif. H ne vendait que des pacotilles de bazar, pour des prix infimes de 500 à 5.000 francs. Pour connaître et apprécier le Juif dans sa beauté souveraine, il faut viser plus haut, au delà des cercles Mascuraud, au delà du Grand- Orient, au delà des lamentables Parlements pour rire et des grotesques chefs d'État poiir pleurer. Il faut embrasser ces régions encore inexplorées où plane le Juif de la grande espèce, qai vend des patries entières, des millions d'hommes pour des milliards de francs, qui affame tout un continent pour lui fournir à 20 francs plus cher le blé qa'U a accaparé, qui révolutionne tout un empire pour lui placer un emprunt, qui déchaînera demain la guerre universelle, pour y écouler des stocks monopolisés de vivres, de cuirs, de vêtements, d'armes ou de métaux.
Vous comprenez que ces Juifs -là, cosmopolites par essence, ne s'amusent pas à vendre des grâces de prison à des troupiers en goguette. La moindre de leurs opérations est d'égorger un pays selon le rite Icashery aux fins de recueillir dans leurs caisses un peu de For vermeil qui coule de la blessure
Quand M. de Eothschild fut mandé à Ferrières, pour y discuter avec M. de Bismarck à quel chiffre serait fixée l'indemnité de guerre et qu'à vue de pays on se décida pour cinq milliards, comme M. de Eothschild discutait en mauvais français, en français tudesque de Francfort :
— « Allons, Monsieur le baron, lui dit brusque-
ment M. de Bismarck, assez de façons, parlons allemand ! »
A cause de cette anecdote qui se trouve relatée, dans les mémoires laissées par Frédéric III, ce livre est devenu introuvable.
Le capitaine juif des cercles Mascuraud, qui, par surcroît d'honneur, préside avec majesté aux destinées de la Maçonnerie, n'en est pas encore à discuter avec M. de Bûlow quelle saignée on pourra pratiquer sur les 38 millions de Français que M. Picquart, également du Cîierclie-Midi et ami de Dreyfus, aura exposés à payer une nouvelle rançon.
Ce capitaine s'est borné, somme toute, aux petits métiers de sa tribu. Il a fait commerce de ce qui était à sa portée, à sa disposition, ou à la disposition de gens, qui n'avaient rien à lui refuser, puisque, comme dignitaire du Grand-Orient, il commande aux fonctionnaires du régime. Il a fait ce que son instinct de Juif lui a suggéré.
Le Juif vend tout, il est créé et mis au monde pour cela. Il ne faut donc pas l'introduire là où il y a des choses sacrées, ou secrètes, ou précieuses qu'on ne veut pas vendre. C'est le bon sens même qui l'ordonne.
Pourquoi, encore maintenant, dans aucune armée européenne, hormis l'armée française, a-t-on refusé d'admettre les officiers juifs, ou du moins ne les a-t-on admis qu'avec d'infinies précautions et, en tout cas, jamais à l'état-major général ? Parce que l'Europe n'est pas descendue à ce degré de crétinisme qui distingue nos gouvernants, de vouloir que, par la seule vertu de la déclaration des Droits
de l'Homme, le Juif ne soit pas le Juif, c'est-à-dire un type d'humanité hors d'état de s'incorporer à nos sociétés, sans les corrompre et les dissoudre.
A l'exposition qui se tient actuellemenc aux Champs-Elysées des souvenirs de la Eévolution et du Premier Empire, on pouvait voir sous une vitrine un registre des comptes personnels de Mapoléon, entièrement de sa main, ce qui était assez visible aux difficultés de l'écriture. J'y ai relevé, entre autres détails, et par trois fois sur les deux pages qui y étaient étalées, ces mentions : « Au Juif un tel, pour renseignements, 2.000 francs. » Si on avait tourné les pages suivantes, on aurait trouvé sans doute bien d'autres traces de cet emploi judicieux des fonds secrets.
IsTapoléon avait cependant beaucoup fait pour les Juifs, pour leur statut social et la liberté de leur culte, introduit dans son Concordat sur un pied d'égalité. Cela ne l'aveuglait pas au point de ne pas prendre le Juif pour ce qu'il est.
Bismarck non plus ne s'aveugle pas. Quand on lui propose d'expédier des espions en Pologne, il répond avec sa netteté coutumière : « Je n'en ai pas besoin, j'ai mes Juifs ! ))
Il faut, je le répète, que la France soit tombée aux mains de la bande de crétins qui nous gouverne, pour voir autour de chaque ministre, et même de chaque haut fonctionnaire, l'escouade de petits Juifs qui y est apostée, pour savoir à point nommé tout ce qui est profitable, et l'escouade de petits huguenots qui y est de relève, de son côté, pour y faire les affaires du parti protestant.
De sorte que ce n'es+ même pas aux Juifs qu'il faut légitimement en vouloir d'être le fléau social qu'ils sont ; c'est aux imbéciles de gouvernants qui ne nous en défendent pas. Et s'ils ne sont pas des imbéciles inconscients, ils sont alors d'abominables complices des ruines atermoyées qui menacent la société et la Patrie.
En définitive, ce capitaine Marix (??), frère d'armes du Kapitaine Dreyfus et du lieutenant Ullmo, ne s'est pas nommé lui-même rapporteur du conseil de Guerre de Paris, pas plus qu'il ne s'est nommé lui-même au 33^ grade de la Maçonnerie.
Quelqu'un l'a choisi, et l'a choisi pourquoi ? sinon parce que Juif efc, comme Juif, ennem^i-né de nos choses françaises et de nos qualités nationales.
Celui ou ceux qui l'ont choisi ont donc fait envers nous et contre nous, envers le pays et contre le pays, envers les choses respectables que ce Juif a vendues et à leur préjudice, une œuvre d'ennemi et non pas de gouvernant.
Et, comme, depuis vingt-cinq ans, le parti dit républicain ne fait que cette œuvre-là ou qu'il la tolère ; qu'il en a fait une politique de défi et de provocation, il ne devra pas s'étonner, si la colère du pays, désabusée de cette œuvre infâme de dénationalisation systématique, s'abat sans pitié sur tous ceux qui en auront été responsables.
Et ce sera justice, comme disent les huissiers.
Travail de Police
21 Mai 1909.
La manière du Gouvernement, à l'endroit des séditions de fonctionnaires, a fini par se préciser.
Ce n'est ni la « manière forte » ni la « manière douce », c'est la manière accoutumée, à laquelle ce déplorable régime a invariablement recours, c'està-dire la manière policière, qui est le véritable ressort de ce règne de Société secrète.
Il faut entendre cette manière un peu différemment que ne le fait le public, qui en est encore sur ce point aux conceptions les plus enfantines et pour qui le vulgaire « mouchard » résume toute la police.
Instruisons la démocratie.
Sans doute, la police, on peut en être certain, a glissé de l'argent et faufilé nombre de ses agents dans tous les compartiments du mouvement syndical. Spécialement, dans les corporations et fédérations les plus disposées à l'agitation et les plus portées aux voies de fait, soyez -en sûrs, la police a du monde.
Il faudrait être destitué de tout sens commun, pour supposer, par exemple, qu'après la première grève des P. T. T., si fortement démonstrative, si
grosse de motifs à réflexion, en ce qu'elle a surpris tout à coup et sans vert le Gouvernement et la police elle-même, celle-ci n'a pas complété aussitôt les mesures qui lui sont familières, aux fins d'être mieux renseignée, sur les résolutions ou dispositions des divers groupes d'employés, et aux fins aussi d'agir sur leurs délibérations secrètes, par des agents ad hoc. C'est Va h c du métier de la police.
Au-dessus de cette besogne élémentaire, qui consiste à introduire « le mouchard », le vulgaire et classique « mouchard », il y a des opérations plus relevées et plus importantes.
La police a besoin, non seulement de se faire renseigner, mais aussi de pratiquer des sélections d'hommes. Elle est tenue de distinguer, dans le personnel déterminé sur lequel elle opère, les individus qui valent quelque chose de ceux qui ne valent rien ; les individus qui sont achetables de ceux qui ne le sont point ; et parmi les achetables, de distinguer encore si c'est par la flatterie, par l'argent, par l'ambition, par la réclame, par les honneurs, par les femmes, le jeu ou les autres passions qu'on peut les acquérir ; et parmi les nonachetables, ceux qui peuvent avoir un passé à faille oublier, des antécédents regrettables, des tares personnelles ou des secrets de famille, au moyen desquels fl serait possible d'exercer sur eux une contrainte, un chantage, une pression décisive, susceptible de les neutraliser, d'abattre leur énergie ou leur ascendant.
Tout cela n'est encore qu'exploration préalable et simple renseignement.
L'œuvre de la police va maintenant consister à faire placer en tête des mouvements ou des associations qui sont à surveiller et à vaincre, non pas les individus de véritable valeur, mais les autres ; non pas les non-aclietables, mais les autres ; non pas les réfléchis, mais les bavards ; non pas les concentrés, mais les violents, ceux qui parlent à tort et à travers, en semant les énormités qui effrayent et les utopies qui découragent ceux qu'elles n'enivrent pas.
Et cela, qui est déjà de l'ouvrage fort avancé, n'est encore que peu de chose.
Maintenant, il faut que la police divise pour que le Gouvernement règne. H faut qu'elle divise la masse en groupes concurrents, et les individus euxmêmes en personnalités rivales et défiantes.
L'œuvre du policier avisé consiste donc à briser, à fractionner l'unité de pensée, l'unité de but, l'unité d'action, pour affaiblir l'ensemble du mouvement ou de l'association, et à exciter les unes contre les autres les individualités qui seraient l'une ou l'autre capables de les ressaisir.
Pour cette besogne, cette fois infâme et dégradante, de médisance et de calomnie, que de collaborateurs involontaires et inconscients la police ne rencontre-t-elle pas ! D'autant plus actifs et d'autant plus précieux qu'ils ne se rendent nul compte du mal qu'ils font ni du préjudice qu'ils propagent ! Et naturellement, quelle est, pour le policier, l'arme la plus à portée de sa main, la plus tentante, la plus facile à manier, celle qui porte à la fois les coups les moins évitables et les pins empoisonnés ? C'est
précisément de désigner, comme étant de la police, l'homme qui n'en est pas, tandis que lui, qui en est, se soustrait ainsi aux investigations et garde sa liberté de manœuvre.
n se peut toutefois que, nonobstant ces trames et ces manigances, le danger redoutable subsiste ; que le mouvement à refouler ne soit ni atteint ni déconcerté : la police n'est pas pour cela au bout de ses moyens.
Il lui resfce les moyens de force, c'est-à-dire les diverses variétés de coups d'État, par lesquels, en tournant ou violant les lois ordinaires, on s'aufcorise soi-même à appréhender au corps les groupes ou les individus pour les réduire à l'impuissance, par
la mort, la captivité, l'exil, le bannissement ou
la misère.
L'argent, les séductions, les calomnies n'ayant pas réussi ou totalement réussi à abattre une opposition gênante, il n'y a plus qu'à la prendre au collet, dans la personne de ceux qui exercent sur elle un ascendant, qui lui communiquent la vibration, la pensée, la direction, la cohésion, le mouve- ^ ment, la vie.
Cependant, direz-vous, si ces meneurs, ces chefs et leurs acolytes ne sont point dans le cas d'avoir enfreint une loi pénale quelconque, comment les frapper ?
Qu'à cela ne tienne, la police va encore y pourvoir. C'est elle qui va forger le prétexte. De là, dans ce domaine si vague de la siireté de l'État, les complots postiches et les séditions artificielles, les émeutes pour rire et, puisque notre sujet même
nous invite à le dire, les grèves en simili, du genre de celles que nous avons sous les yeux.
Celles-ci, j'en répondrais, n'ont été inventées que pour y trouver le prétexte de purger l'administration des postes de tous les éléments militants.
En abattant les cadres, par des révocations en masse, on se flatte que le troupeau des résignés se remettra sur ses mangeoires et se laissera docilement passer au cou le licol du Statut des fonctionnaires.
Tel est, en résumé et en raccom-ci, le système de Gouvernement de ce qu'on appelle le parti républicain.
On ne voit pas très bien en quoi il se distingue des autres régimes de police, ni en quoi, par exemple, les Commissions mixtes lui étaient inférieures, sinon qu'il ajoute à leur conception un accent d'abominable hypocrisie, qui ne laisse pas d'être encore plus répugnant.
Peut-on sérieusement contester que la seconde grève des P. T. T., ou du moins la tentative qui en a été ébauchée, revête un caractère des plus suspects?
Depuis l'apaisement de la première grève, le Gouvernement était son propre prisonnier, prisonnier des paroles publiquement échangées, de la lausse bonhomie qu'il avait affectée, pour se tirer d'une affaire imprévue, qu'il ne savait et ne pouvait résoudre que par une capitulation.
Il semble donc que, renseigné par ses préfets et par ses députés, sur la très fâcheuse impression causée à la province par ses temporisations de la
première heure, le Gouvernement ait eu à cœur de reconquérir son crédit sur l'opinion, en organisant de ses propres mains le scénario d'un coup d'autorité.
Se venger de son premier écLcc Cu en prévenir le retour, par un coup de police, qui fournirait un prétexte d'épurer le personnel des P, T. T., est l'explication la plus vraisemblable et; sans doufce la plus fondée de ce qui s'est passé.
Aussi, a-t-on vu les plus sourdes et les plus lancinantes excitations provenir du Gouvernement luimême, à l'adresse des agents des postes, cependant rentrés dans le devoir sur la foi des traités.
Et ces provocations se sont produites, on l'a vu, avec une insistance graduelle et progressive, à mesm'e qu'on approchait de la rentrée des Chambres.
Le Gouvernement, qui tenait tout préparés ses Conseils de discipline, s'est dit qu'avec quelques décharges rapides et vite oubliées, jetant par terre trois ou quatre cents agents des plus énergiques, on materait du coup les forces syndicales, chargées de
figurer cette grande démocratie qui que
dont enfin quoi f la grande démocratie des
résignés, comme devant !
Tout cela est, disons-le, profondément injuste et profondément dégoûtant.
Mais cela achève de démontrer que le prétendu parti républicain est hors d'état de vivre honnêtement avec les forces démocratiques, dès qu'elles gardent leur sève et usent de leurs droits.
Il ne peut cohabiter avec elles qu'en les desséchant de leur sève la plus vivace et la plus pré-
cieuse, par des expédients de police, en truquant leurs libertés et en les privant de leurs droits, par d'autres expédients non moins pitoyables, non moins dignes de mépris.
C'est en vain que ce parti voudrait nous faire accroire qu'il est l'ordre contre la révolution, et qu'à ce titre on doit le soutenir.
Il n'y a qu'une objection à cela et elle est grave : c'est qu'il n'est pas l'ordre.
Voilà, au contraire, trente ans qu'il est le désordre, en même temps qu'n est la bonté et la déchéance de ce pays.
C'est lui qui est la révolution, mais la révolution dans la boue, sous la protection de l'étranger.
C'est tout différent.