‹ Souvenirs d'un publiciste, 1908-1909. Les secrets du règneChapitre 14 sur 22 · LE JUIF DUPONT · texte numérisé non relu

LE JUIF DUPONT

2 Juin 1909.

Comment) diable un Juif a-fc-il pu s'appeler Dupont ?

C'est la question que chacun se pose et c'est, en effet, l'une des notations curieuses de ce temps, cependant si fertile en curiosités que la copulation inattendue de ces mots qui jurent d'être accouplés.

Dupont est un vieux nom de paysan français comme Duval, Dupré, Dumont, Dubois, Dupuy, Durand, Dumoulin, Duchemin, etc., tous empruntés à des signes topograpliiques de nos villages, comme Ducbêne, Delorme, Dupin, Dufrène, etc., furent empruntés à des arbres du terroir, qui ne croissent pas en Palestine.

Tous ces noms-là, qui pullulent dans les Bottins et les annuaires de notre pays, sont des noms de toute petite bom^geoisie rurale, élevée peu à peu à la grande bourgeoisie urbaine. Tous ces noms-là ont été aux croisades, comme simples soldats. Certainement, parmi les gens qui, de Vaucouleurs à Chinon et de Chinon à Eeims, tinrent au passage l'étrier de Jeanne d'Arc, et encore que ce soit un Juif qui garde la maison de Domremy, il doit y avoir beau-

coup de Dupont et de Duval et de Dupin et de Buchêne

Par quelle étrange métamorpliose de linguistique, le nom d'une des douze tribus d'Israël qui dut originairement être celui du Juif de la Marine recruté par Thomson, a-t-il pu permuter avec celui de Dupont ?

La chanson de Mac-Î^ab, qui fut l'un des succès du Chat-ÎNToir, nous revient forcément à la mémoire :

Faut -il que son orgueil soye profonde

De s'être f...tu un nom comme ça !

Peut donc pas s'appeler comme tout le monde ?

La trouvaille du Juif Dupont serait ici d'avoir voulu s'appeler comme tous les Français et la question se pose de savoir s'il y faut voir un acte suspect d'astuce judaïque ou un acte louable d'assimilation.

La question s'est posée en Allemagne, au début du xix^ siècle. L'une des répercussions de la Eévolution française en Europe centrale fut d'y émouvoir les colonies juives, parquées jusqu'alors dans les ghettos des grandes cités allemandes.

Les Juifs demandèrent à participer à la vie commune et à bénéficier comme en France du Statut social de tous les citoyens.

Ce ne fut pas sans de grandes objections, d'ailleurs assez fondées, que cette aspiration fut accueillie. Un édit prussien de 1801 ou 1802 entre dans cette voie, mais impose aux Juifs pétitionnaires, comme premier gage de leur assimilation, l'obligation de changer leurs noms.

C'est même à cette législation bienveillante que beaucoup de Juifs allemands doivent les noms de

villes et les noms de bêtes dont ils sont aujourd'hui

titulaires.

Le Caillaux de l'époque mit un tarif gradué aux noms que les Juifs pourraient s'approprier. Les beaux noms composés, tels que Eosenthal (champ de roses), Blumenthal (champ de bluets), Eothschild (écu rouge), etc., furent taxés à mille thalers.

A cinq cents thalers, on fixa les noms de ville, tels queKatisbonne, Copenhague, Francfort, Kœnigsberg, Brunswick, Worms, Coblentz, Anvers, Cologne, Trêves, Mayence, Landau, etc., suivis des noms de villes de l'ancien continent, depuis Eeims, Lyon, Caen, Carcassonne, Toulouse, etc., jusqu'à Lisbonne.

Le législateur dut aussi se préoccuper, comme de juste, des Juifs qui étaient pauvres. Je veux dire ceux qui n'avaient pas encore eu le temps ni l'occasion de faire une colossale fortune et qui n'avaient pas le moyen de se payer un nom sélect, ni même un nom quelconque. A ceux-là, on donna toute licence de prendre à leur gré les noms de bêtes, tels que Wolf (loup), Hirsch (cerf). Béer (lièvre), etc., qui émaillent à présent l'armoriai du Tout-Paris et qui figurent en bonnes places aux galas politiques de l'Opéra, d'où les Français de France se voient désormais le plus souvent exclus.

Toutefois, Dupont n'est ni un nom de ville, ni un nom de bêfce. De même que Jacques Bonhomme est le nom légendaire du labom^eur français, Dupont est le nom tout aussi symbolique du petit bourgeois français. Et, encore une fois, on n'aperçoit pas les lien historique ni occasionnel, qui ont pu transmuter

en Dupont le nom du Juif que M. Thomson avait choisi pour son chef de cabinet, de préférence à tant d'autres excellents sujets du plus pur sang de France, que les cadres de la Marine offraient au choix de ce ministre.

Je dirai même que le fait spécial d'être, de préférence à tous les autres Français, choisi par les ministres républicains, pour occuper un poste de choix est tellement caractéristique, qu'il dénonce le Juif ipso fado, même quand il est dissimulé sous les noms d'emprunt de notre vocabulaire patronymique.

C'est ainsi que, voulant rechercher, parmi les milliers de Durand de l'administration française, quels sont les porteurs de ces noms qui sont juifs, il nous a suffi de relever, dans leurs états de services respectifs, la mention signalétique de cJief de cabinet ou di" attaché au cabinet ou de secrétaire particulier de tel ministre, pour avoir de suite le signe particulier qui ne laisse aucune incertitude sur l'identité du personnage.

Par exemple : Il y a, en France, treize magistrats du nom de Durand. Mais il y en a un du prénom de Félix, né à Alger, le 18 juin 1854, qui se trouve avoir débuté dans la carrière par être secrétaire particulier du garde des sceaux et avoir ensuite été chef de cabinet du ministre de la Justice.

Il nous a suffi d'aller aux sources pour découvrir que ce magistrat, du nom de Durand, n'est autre que le descendant du Juif ben Zemach Drane, dont Abd-el-Kader n'eût certes point à se louer.

Je veux bien que ce Juif soit magistrat et qu'il

s'efforce d'être bon magistrat, s'il se peut. Mais les gardes des sceaux qui l'ont choisi spécialement comme secrétaire et comme chef de cabinet pourraient-ils nous dire, en vertu de quel pacte secret, en vertu de quel inexplicable privilège, ils ont choisi ce Durand-là, qui est Juif, de préférence aux douze autres Durand, qui ne sont pas sans doute moins dévoués à la France et ne sont pas Juifs ?

Certainement, c'est un des mystères les plus inquiétants de ce régime. On es!; conduit à se demander si notre personnel politique, qui ne se montre à nous qu'encadré de Juifs de cabinet et de huguenots de secrétariat, est à ce point aveugle ou à ce point prisonnier !

Un petit fait, qui n'a l'air de rien, m'a personnellement beaucoup et définitivement frappé.

On me proposa un jour de prendre pour mon secrétaire un jeune Juif, qui se contenterait, me disait-on, d'un fort modeste émolument, pour tenir ma correspondance et fake les petits travaux de recherches et de documentations qu'un journaliste ne peut pas toujours faire par lui-même. Je déclinai la proposition, non sans souhaiter au jeune postulant de trouver bientôt la position qu'il désirait

Quelle' ne fut pas ma surprise, très peu de temps après," d'apercevoir ce jeune Juif dans les couloirs de la Chambre oii il circulait comme un familier, et d'apprendre qu'il était devenu secrétaire particulier du ministre des Affaires étrangères ! ! ! '^■^: Encore. ^une fois, qui ou quoi avait pu déterminer ce ministre à choisir ce jeune Juif pour son secrétaire particulier, c'est-à-dire pour le confident inévi-

table et obligatoire de ses projets, de ses démarches, de ses négociations, des choses les plus secrètes de son département et de son travail politique et personnel ?

Ce ministre pourrait -il nous dire en vertu de quelle étrange sélection à rebours, au lieu de choisir pour son secrétaire particulier un des excellents sujets français de très bonnes familles françaises, qui sont dans les cadres de son personnel diplomatique, il a choisi de préférence ce petit Juif, qu'aucune distinction apparente ne paraissait désigner à son choix ?

Cet épisode n'est pas exceptionnel. Il est ordinaire. Dupont n'est que le dernier en date. A chaque ministère et à chaque ministre, vous le constaterez. Il fait partie du régime.

Partout oii un secret est à surprendre, le Juif est embusqué, comme il est embusqué partout oii, grâce à lui, l'opinion peut être fabriquée.

H est extravagant et à peine croyable qu'après les expériences mortifiantes, douloureuses, réitérées de Eeinach, de Cornélius Hertz, d'Arton, de Dreyfus (et de ses complices non poursuivis mais également Juifs), d'Ullmo, de Marix, de Dupont-Dreyfus, qui ne sont que des prologues, il se trouve encore des ministres républicains pour ne pas prendre les précautions élémentaires que la prudence commande à tous les gouvernements.

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