JOURS DE CRISE
23 Juillet 1909.
Ce n'est pas dans le train de la vie ordinaire qu'il faut voir fonctionner le parti dit républicain. C'est lorsqu'il lui arrive un coup de Trafalgar, comme celui de mardi soir, qui renverse inopinément les marmites des escouades, qu'il est vraiment plus intéressant à observer.
Pour ce parti-là, la vie de tous les jours est assurée par les bureaux. La bureaucratie sauve tout. C'est elle qui permet à n'importe qui, échappé l'an dernier du café du Commerce ou de quelque ofQcine de province, d'être indifféremment bombardé à n'importe quel ministère. Sans la bureaucratie qui est derrière lui et qui, vu le service essentiel qu'elle rend, constitue la base du régime, il est bien évident que, malgré leur intelligence naturelle et même un petit stage à la commission du budget, sept ou huit ministres sur onze donneraient le spectacle du plus complet bafouillage.
Mais la vie ordinaire étant suspendue par la chute des ministres, le parti est alors livré à luimême et il évolue pour ainsi dire en liberté.
Aussi, a-t-il pris souci d'imprimer même à ce
dérèglement une sorte de règle, pour ne pas dire de cérémonial.
Toute crise ministérielle a son processus, son rite, ses sacrements, on pourrait dire sa liturgie, tant les formules qu'on y emploie sont consacrés.
La machine est réglée par journées, comme la mobilisation. C'est, d'ailleurs, à l'instar de la mobilisation même, le passage du pied de paix, qui est le pot-au-feu quotidien des deux Chambres, au pied de guerre, qui est pour six ou sept cents individus la curée ouverte et l'assiette au beurre posée sur le tapis.
Si le premier jour se passe en explosions de joie, de rage ou de surprise et appel des deux présidents, le deuxième jour se reconnaît et se signale à l'odeur de benzine, de camphre et de naphtaline, qui se répand dans les milieux parlementaires.
Cette odeur provient des redingotes, sorties dès le matin par les bonnes ménagères, pour être aussitôt revêtues par les députés et sénateurs qui s'attendent à être appelés à l'Elysée, ou chez celui d'entre eux que l'Elysée aura chargé de recruter une équipe.
Bans la vie ordinaire, le membre du parti dit républicain est en veston ou en jaquette. Ce parti ne goûta que fort médiocrement, encore qu'il fût hautement symbolique, le port de la blouse par Thivrier et le port du burnous par le musulman franc-comtois Grenier, qui, fidèle observateur du Coran, se lavait consciencieusement les pieds sur les berges de la Seine, avant d'entrer à la séance.
Par contre, ce bohème de Pelletan, à qui la marine est en partie redevable des maux qui l'ont ravagée, n'a connu sa première redingote que quel-
ques jours après son entrée en fonctions. Elle lui allait, d'ailleurs, presque aussi bien qu'à M. de Lanjuinais, qui ne quittait jamais la sienne.
Survienne une crise, les deux ou trois cents ministrables dont elle déchaîne aussitôt les nobles ambitions se mettent donc en tenue, dès le matin du deuxième jour, et courent chez les reporters de leur connaissance, pour les prier d'introduire leur nom dans les combinaisons.
C'est l'un des moments où les journalistes officieux font leur placement de père de famille pour la récolte des rubans. Il importe peu que ces excellents confrères soient plus ou moins familiers avec l'orthographe. H n'est pas nécessaire d'être docteur es belles-lettres pour fourrer dans un journal, sous la rubrique « La Crise » : On parle de M. Quincampoix pour les finances.
Le seul, à vrai dire, qui en ait parlé, est M. Quincampoix lui-même. Mais comme tout est possible, M. Quincampoix devra décorer son obligeant introducteur au plus prochain Quatorze Juillet, à moins qu'il ne soit le dernier des ingrats, ou que ses croix disponibles ne soient toutes absorbées par la demidouzaine de petits Juifs et de pasteurs huguenots dont il aura, par ordre ou par cécité, composé son cabinet.
Le troisième jour de la mobilisation républicaine est marqué par un autre rite que personne n'a jamais pu s'expliquer et qu'on n'expliquera probablement jamais.
C'est l'obligation pour le Président de la Eépublique de consulter M. Léon Bourgeois.
M. Léon Bourgeois a beau demeurer étranger aux discussions parlementaires, ne jamais paraître à la Chambre ni au Sénat, qu'il a préféré à la Chambre parce qu'on y est plus tranquille ; il a beau être en voyage aux extrémités de l'Europe ou être, dans quelque retraite, absorbé par l'âpre composition de quelque solennelle rengaine sur la solidarité, il n'est pas de crise ministérielle qui puisse se passer de la consultation de ce docteur inoccupé, qui fait l'effet d'une espèce de Cheik-ul -Islam in partibus, sans l'avis duquel aucun nouveau sultan ou pacha ministériel ne saurait être intronisé.
C'est d'ailleurs à cet esprit aussi faux que séduisant que nous avons dû le calamiteux ministère Waldeck-Eousseau. On a fait revenir M. Léon Bourgeois de La Haye pour donner l'onction du sacre à cet effroyable cabinet de malfaiteurs publics.
Et voici qu'on attend de nouveau M. Léon Bourgeois pour dénouer la crise actuelle.
Cette fois, il était en Suède ou en Norvège, en Prusse ou en Hollande, fort éloigné des luttes de son parti, des convulsions de la Chambre au sujet des malversations de la marine, totalement désintéressé des affaires politiques, des combinaisons et des potins. Il n'importe !
On a dû chauffer des paquebots et des trains spéciaux pour ramener, bon gré mal gTé, cet indispensable pontife.
Il n'a cependant jamais donné, dans les hautes fonctions qu'il a successivement désertées, que la mesure d'un esprit didactique et pusillanime, enfilant avec un agréable timbre de voix toutes les billevesées du jargon maçonnique. Mais, que
voulez-vous ? Le rite est de ne rien faire sans M. Léon Bourgeois. Je n'apprécie pas, j'observe.
Si la crise ne se résout pas après la consultation des deux présidents et l'arrivée du train ou du bateau qui ramène M. Léon Bourgeois, c'est-à-dire invariablement le troisième ou quatrième jour, toutes les convoitises en éveil qui consentaient à attendre sont débridées. Alors xa te faire fiche, comme on dit chez nous, les impatiences et les goinfreries ne connaissent plus de frein. La crise peut durer trois semaines et même trois mois, car il n'y a plus de raison pour que Tartempion, qui n'a aucun titre, le cède à Quincampoix, qui n'en a pas d'avantage, et Quincampoix à Lustucru, qui serait bien en peine de définir les siens, sinon qu'il est « un vieux républicain » et que les jeunes ont le temps d'attendre.
C'est le moment oii les cochers de fiacre et les chauffeurs d'auto -taxis élèvent leur tarif, à cause des innombrables courses que les deux ou trois cents ministrables doivent faire du matin au soir et du soir au matin, pour tâcher de réunir onze participants qui consentent à ne pas s'entre-dévorer dans un cabinet dit homogène.
Le graphique des allées et venues nécessitées par les combinaisons ministérielles, calculé algébriquement sur la base de onze portefeuilles pour trois cents personnes ayant les mêmes droits, a été tenté par des ingénieurs et des mathématiciens distingués, sous la direction de l'Académie des Sciences et du Bureau des Longitudes : cela a donné une épure absolument inextricable et une équation au ^e degré radicalement insoluble.
Quelques membres de la Section des sciences politiques ont même dû intervenir, pour avertir leurs savants collègues que le régime républicain actuel n'ayant rien de commun avec le régime parlementaire et n'ayant même de nom dans aucune langue, il était plus sage à eux de renoncer à ces calculs.
LE COMPAGNON BRIÂND
28 Juillet 1909.
J'ai désiré avoir dans ma collection de choses vues la première du compagnon Briand, ses débuts comme Président du Conseil, comme chef du Gouvernement français.
C'est une fantaisie de collectionneur qui est heureusement peu coûteuse. Elle ne m'a coûté que de supporter, dans l'étroite tribune réservée aux malheureux journalistes, une compression de plusieurs atmosphères et une chaleur à faire éclore des œufs d'autruche.
A ce prix, qui était abordable, je sais maintenant ce qu'est notre premier ministre.
C'est un enfant que M. Eouvier a eu de M. Méline, un soir de Quatorze Juillet qu'on s'enivrait de boire à la République idéale.
A cause de la naissance irrégulière et clandestine de cet enfant, ses parents n'ont pu l'élever euxmêmes. Ils l'ont fait élever chez les anarchistes. Oh î une brave famille d'anarchistes, qui ne se doutaient point de la haute naissance de l'enfant
qui leur était confié, et à qui ils pourront toujours dire, comme à Joas, revêtu de la pourpre royale :
Vous souvenant, mon fils, que caché sous ce lin. Comme eux vous fûtes pauvre et comme eux orphelin.
Mais on a bien raison de soutenir que l'hérédité est une loi X30sitive, inéluctable, en ce que les caractères des ascendants se retrouvent tôt ou tard dans leurs rejetons.
M. Briand a exactement débuté comme l'aurait fait à sa place son auguste père. Il a parlé de luimême, de sa vie passée, des ronces qu'il traîne au talon, des difficultés que la démocratie rencontre aux entrées de carrière, des compromissions auxquelles la pauvreté oblige les plus beaux caractères C'était du Bouvier tout craché. Mais du
Bouvier amenuisé, édulcoré par l'influence maternelle de M. Méline, dont la coiiïe de vieille dévote se profilait dans la pénombre.
Alors que Bouvier se carre et bourlingue à la tribune, avec des attitudes bourrues de pirate barbaresque, prêt à faire sauter la cambuse, M. Briand, qui est beaucoup plus menu et plus fluet, ne se frappe les pectoraux que des deux doigts chargés de bagnes avec lesquels il prend de l'eau bénite.
Il s'accuse néanmoins, comme Bouvier, ou plutôt il va au devant des accusations, préférant les formuler lui-même. Il s'offre aux expiations, il les sollicite, il les provoque, mais il y sous-entend cette menace qui est du Bouvier de derrière les fagots : « Que celui qui n'a jamais fauté ose m'administrer le premier bulletin bleu ! »
A mon avis, cet exorde attendrissant et inutûement obséquieux n'était pas nécessaire. M. Briand aurait donné une note plus originale et plus modemstyle, s'il avait dit :
« — J'ai débuté dans la vie politique comme vous y avez presque tous débuté et comme il est de règle d'y prendre son essor.
» C'est-à-dire que, pour me faire connaître et pour m'assui^er une notoriété de bon aloi, je me suis embarqué sur le plus rouge bateau, au milieu de l'équipage le plus truculent.
» Si j'avais débité des choses ayant le sens commun, personne ne saurait que j'existe et je crèverais de faim. Tandis qu'en dégoisant çà et là des extravagances outrancières, tout le monde, à commencer par vous-mêmes, a eu les yeux sur moi.
)) L'expérience m'ayant démontré que l'avenir politique en France n'est jamais au bon sens, mais à la déraison qui sait se ranger, jamais aux pompiers, mais aux incendiaires qui savent mettre un casque, j'ai fait ce que l'expérience elle-même commandait à ma précoce intelligence des drôleries de mon pays, où la politique ne ressemble à aucune autre.
» La règle, vous le savez, n'est pas de débuter par la Droite, qui ne mène à rien, vu qu'elle n'est pas une gare de départ, mais une gare terminus. Le jeune bomme qui prendrait son vol à Droite ferait l'effet d'un jeune écervelé qui solliciterait de s'engager volontaire aux Invalides.
» La règle est de débuter en braillard de réunions à la gauche la plus extrême, et de s'avancer ensuite, graduellement, jusqu'aux travées funéraires où l'on
peut s'asseoir sans regret à côté de M. le baron de Mackau.
)) Dans cette courbe fatidique de tout politicien français se rencontre mathématiquement le lieu géométrique des situations ministérielles. La seule chose peut-être qui pourrait ici vous offenser serait que j'aie mis à peine sept ans pour m'asseoir aujourd'hui, comme Président du Conseil, à côté du général Brun et de l'amiral de Lapeyrère, que je prétendais tout d'abord faire fusiller par les déserteurs de mon ami Hervé
» Mais ce sont là plaisanteries de jeune homme, une manière à nous de couper la queue de nos chiens. Maintenant, j'ai réfléchi et mon parti est pris de m'adapter à ma fonction : Je gouverne ! »
J'estime que si M. Briand nous avait dit cela, ou quelque chose d'approchant, au lieu de peloter partie avec des confessions à la Jean-Jacques, d'abord il aurait dit la vérité, ensuite il eût éclipsé du coup son prédécesseur Clemenceau, qui avait de ces fusées primesautièreS; pour nous distraire des balivernes politiques auxquelles il nous faut assister.
Je n'ai pas été moins frappé du passage du discours où M. Briand a essayé de dépeindre son état d'âme, au moment oii M. Fallières, au lieu de faire appeler M. Delcassé, l'a fait appeler, lui, Briand, renversé la veille par la Chambre :
« — C'était prématuré, dit-il, en étais-je bien digne ? »
Mais, une fois qu'après réflexion, il s'en est senti digne, Don Carlos devenant Charles -Quint par la
Diète germanique n'a pas fait au tombeau de Charlemagne une station plus méditative et plus fructueuse que le compagnon Briand dans son propre et personnel sanctuaire.
Charlemagne, on le sait par Victor Hugo qui était bien informé, avait dit à Don Carlos de commencer par la clémence.
Ce n'est pas le conseil que les égéries de M. Briand lui ont donné, et les postiers peuvent attendre.
Les égéries lui ont dit : « Voyons, Briand, pour avoir floué le pays sur la Séparation, tu passes pour un homme de réalisation, tu n'as qu'une chose à faire : gouverner. »
De sorte que, depuis hier, aux environs de quatre heures de relevée, nous avons enfin un gouvernant, et si c'était vrai, cela ne serait pas dommage.
Mais cela aussi, je le crains, est du bavardage, comme le reste. C'est du joli bavardage, si vous voulez, car M. Briand est un de ces deux cent mille Français qui, depuis César, ont reçu le don de la parole et se font un enviable sort de joueur de flûte, par la séduction que leur instrument exerce sur les assemblées.
Mais de caractère, de cette chose si rare et si précieuse au Gouvernement qu'on appelle le caractère, je n'en ai pas trouvé trace chez M. Briand, pas plus que chez sa mère naturelle, M. Méline, qui naguère nous a jetés dans les plus lamentables complications, non pas faute de talent, certes, ni de crédit politique, mais faute de caractère.
Et l'on peut dire, d'ailleurs, que les plus grands maux dont la France a souffert, depuis nombre
d'années, lui sont venus précisément d'hommes dont l'incontestable talent faisait illusion et qui n'avaient pas l'ombre de caractère.
Ni activité, ni caractère, c'est le défaut commun de presque tous les ministres républicains ou soidisant tels. Ils arrivent facilement, par quelque discours bien placé ; mais ils arrivent avec une volonté en quelque sorte luxée, par le milieu abêtissant oti ils évoluent, ce milieu maçonnique et huguenot pour la politique, juif pour les affaires, où il n'est pas permis à un ministre d'être autre chose qu'un subalterne aux gages, pour ne pas dire un domestique.
M. Briand a donné d'avance toute sa mesure, quand U a ébauché son opinion sur la réforme électorale qui est le nœud légal de la situation générale.
Alors que le pays, encore entaché de légalité, avant de la jeter aux orties, réclame une charte électorale qui lui permette de faire peau neuve, c'est-à-dire de se défaire par les voies légales d'un personnel politique qu'elle a trop vu efc dont elle est excédée, M. Briand lui répond :
« Je suis partisan de la réforme électorale, à condition qu'elle ne touche pas à la majorité. »
Alors à quoi bon ? C'est un cercle vicieux !
n n'est pas possible d'avouer avec plus de cynisme que le Suffrage universel est organisé en jeu de bonneteau, pour faire tourner toujours la même carte pour nos larrons en foire et que si l'on y porte une réforme, il est entendu qu'elle ne devra servir rien qu'à duper ceux à qui on la promet.
M. Briand n'a donc pas eu la minute de caractère qu'il aurait fallu pour faire son premier acte de gouvernant, pour mettre la Chambre en demeure de lui accorder ou de lui refuser sa confiance sur ce point capital.
Tout en ayant l'air de mettre, sur sa personne, le marché à la main à la majorité, il a fait le bateleur, et de ce qu'il l'a fait avec adresse et ingéniosité, il ne s'ensuit pas qu'il ait évité cette première déchéance.
Décidément, il n'est pas vrai que Charlemagne consulté ait dit au compagnon Briand : « Gouverne ! »
Il lui a dit ce qu'il avait déjà dit à ses père et mère, Eouvier et Méline : « Obéis ! » — ce qui est le contraire de gouverner.
Ije Frère Marix
4 Août 1909.
Sur les bancs de la police correctionnelle où la sotte infamie des Waldeck et des Briand inspirés par les Juifs efc par les Huguenots a déjà fait s'asseoir tant de vierges au visage angélique, pour le crime social d'avoir soigné pro Deo des malades incurables ou enseigné le Décalogue aux enfants du peuple, comparaît aujourd'hui la congrégation juive et maçonnique des Enfants de Marix.
Si j'ose me permettre cet irrévérent jeu de mots, cette congrégation que je sacbe n'a soigné aucun malade, ni rien enseigné à ce peuple, que sa déchéance et l'abjection dans laquelle il est tombé.
Elle remplit, depuis avant -hier, le prétoire assez exigu de la neuvième Chambre, tristement illustré par les fortunes de tout repos que les dreyfusards y ont pu faire, en demandant à M. le Président Puget de leur allouer des dommages à valoir sur la caisse des journaux nationalistes.
La scène a bien changé, et voici le Conseil de guerre, réformé selon Dreyfus, poursuivi pour avoir vendu sa justice. Etranges revirements !
Mais aussi quelle obscurité officielle règne sur ces débats !
J'ai le regret de constater que tout s'y déroule en ergotages, au milieu desquels nos plus sagaces confrères du Palais ont peine à saisir le fil des incidents.
Les cinq ou six avocats préposés à la défense de ce gibier de ghetto semblent avoir établi leur système, non sur la clarté des débats, mais sur leur inextricable confusion. La Tour de Babel, d'hébraïque mémoire, n'eut pas d'ouvriers plus actifs ni plus déterminés que ces infortunés défenseurs d'une cause certainement méprisable et vile entre toutes.
Par surcroît, les débats sont présidés par un excellent magistrat du nom de Gibou, qui rappelle, en dépit qu'on en ait, l'invraisemblable cuisine de concierge imaginée par Henri Monnier.
De sorte que ce sera miracle si le public arrive à se faire, de lui-même, une juste conception de cette affaire juive et à en tirer l'utile notation sociologique qu'elle comporte.
Pour mesurer le chemin parcouru, je devrais drre descendu, depuis vingt ans, il faut revivre par le souvenir les heures enfiévrées de l'affaire Wilson.
Il faut se rappeler la noble et touchante émotion de Paris, lorsqu'on lui révéla qu'il existait quelque part une agence qui vendait des croix d'honneur, qui trafiquait, elle aussi, de grâces et de faveurs, non pas même toujours pour de l'argent, mais aussi pour des souscriptions à un journal régional, qui devait s'appeler la Petite France.
Cela déjà était -il possible ? On voulait en douter encore. Les journaux avaient beau sortir, avec preuves à l'appui, les noms de la Limouzin et autres courtiers ; compromettre, dans ces louches marchés d'influences, un général, un sénateur, désigner par son nom le propre gendre du président de la Eépublique, la vieille honnêteté française, non encore entamée, comme elle l'est aujourd'hui, refusait de croire à tant de bassesse. Et sa révolte fut sincère, lorsqu'il lui fallut apprendre que cette agence, dont on ne dénonçait que les succursales, avait son principal siège à l'Elysée.
Les jeunes gens, à qui l'on n'enseigne plus rien de leur propre histoire, ne savent certainement pas qu'à cette époque il y avait un Parlement français, et même un Parlement républicain. Concevant autrement qu'aujourd'hui la dignité de la Eépublique, ce Parlement déclara siéger en permanence, jusqu'à ce que le Président de la Eépublique, atteint dans sa propre autorité par les fautes de l'un des siens, eût remis sa démission.
L'ébullition de Paris fut si grande, que l'Hôtel de Ville lui-même, quoique déjà considéré comme une kasbah maçonnique, menaçait de se proclamer en insurrection, si justice n'était pas faite.
Voilà ce qu'était encore la Eépublique, en Décembre 1887. Elle avait encore une âme, et une âme française. De grands soufSes populaires étaient encore capables d'enfler ses voiles et de secouer ses pavillons. La moralité publique n'y était point oblitérée. Le patriotisme commandait encore aux sentiments du pays. Patriote équivalait encore à républicain. Les ouvriers des faubourgs eussent
maimené dans les rues quiconque eût osé proférer contre le drapeau et contre ceux qui le portaient, ayant charge de le défendre, non pas même une injure, mais une moquerie ou un persiflage.
Et l'on vit un Deux Décembre nouvelle manière, réplique inopinée de celui qui s'était inversement gravé dans les rancunes républicaines, un vieillard jusque-là respecté, qui venait d'être réélu à la magistrature suprême, quitter lionteusement l'Elysée, sans escorte, dans une voiture de louage, pour aller ensevelir dans la retraite le crime commis à son insu par quelqu'un de sa maison.
Jeunes gens, voilà ce qu'était encore la probité des mœurs républicaines, il y a vingt -deux ans !
Mesurez à présent ce qu'elle est devenue!
Ah ! le ravage causé à ce pays comme à la Eépublique elle-même par vingt années de juiverie contagieuse et d'épidémie maçonnique est sensible et redoutable.
Le changement n'est pas niable. Il est patent et étalé. Ceux-là seuls le peuvent contredire, qui ont des yeux pour ne point voir ou que retient le puéril dépit de s'être trompés.
Sur cette honte primitive du Wilsonisme, première en date, qui fait l'effet d'une erreur de jeunesse du parti républicain, le grand collecteur du Tout à l'égout a déversé depuis, par apports successifs et périodiques, des mascarets d'immondices, qui ont lentement, irrémédiablement sali et déshonoré le parti républicain, inhumé dans sa propre fange — et le parti républicain tout entier, puisque
personne n'y proteste plus, que pour couvrir ses coupables.
Les parlementaires ne s'avisent plus de siéger en permanence, jusqu'à ce que la Eépublique soit vengée d'un affront. C'est au contraire à qui d'entre eux accablera les ministres de recommandations et d'apostilles, pour qu'un immonde Juif, qui déjà vendait la justice à Amiens et attelait son cheval d'officier français aux fiacres d'Abbeville pour en tirer location, puisse venir faire à Paris un commerce plus immoral et plus lucratif.
C'est un Juif, cela suffit pour que les ministres n'aient plus d'objections à opposer aux exigences pressantes et multipliées des députés et des sénateurs.
Non seulement il est Juif, mais H est Franc- Maçon, dignitaire de l'ordre, pour le moins « sublime gardien du royal secret » ou « prince souverain grand inspecteur ». Alors, à genoux ! valetaille de ministres, vautrée dans les fauteuils de Louis XIV et sur les tables du garde-meuble où travailla Colbert !
A genoux, devant le maître que l'étranger vous a donné et qui vous tient sous le fouet, pour le compte de l'Angleterre et de l'Allemagne.
C'est, en quelques mots, le véritable fond des choses françaises d'à présent et le plus dégradant des secrets du règne.
Et il faut voir ce que c'est que ce Juif, dignitaire de la Maçonnerie.
Son physique pue la bassesse et la félonie. Du premier coup d'œil, sur sa figure d'Assuérus de bas étage, on découvre l'être amoral qui vend des
condamnations ou des acquittements, comme il vendrait des images obscènes sur les quais de Smyrne, ou des adresses galantes dans les ruelles de Naples.
On ne s'explique même pas qu'un type aussi caractérisé d'entremetteur interlope ait pu frayer au milieu d'ofOiciers d'artillerie, au milieu d'officiers français, sans exciter le dégoût irraisonné et instinctif, l'éloignement, le demi-tour silencieux de camarades spontanément circonspects.
Le Mnistre qui l'a choisi et nommé au poste de rapporteur du premier Conseil de Guerre fera bien de ne pas se donner dans le monde pour un physionomiste. On lui rirait au nez. Car il n'est pas possible d'avoir plus que ce Juif-là le physique de l'emploi aux plus viles besognes. Il est même rare de rencontrer une figure qui trompe si peu sur sa destination.
Hégésippe Moreau, qui n'était jamais allé à la Cour d'assises, eut la curiosité d'y entrer, un jour qu'on jugeait une bande de dévaliseurs. Ignorant le dispositif de la Cour d'assises, le douloureux poète feignit de confondre le banc des jurés avec celui des accusés et, en rentrant chez lui, il composa, avec son amertume coutumière, la pièce de vers où il raconte sa visite, en terminant chaque strophe par cette affirmation péremptoire :
Lavater, sur leur plat visage, lirait déjà qu'ils ont volé.
Point n'est besoin d'être ici Lavater, pour apercevoir dans le Juif Marix le courtier mercenaire, prédestiné aux commerces qu'ils avait entrepris. :
Au train nouveau de la moralité républicaine, on
ne saurait afi&rmer que ce bas trafiquant sera condamné, pour les méfaits qu'il a commis, encore moins affirmer que, condamné ou non, il ne sera pas député, son ami Mascuraud étant déjà sénateur.
Ce serait presque à souhaiter, pour le juste châtiment de ce Parlement. Puisque le Parlement a tant recommandé cet intéressant candidat, la moindre des choses est qu'il lui fasse bon accueil, car, de celui-là il peut dire :
Dignus, dignus est intrare In nostro dodo corpore. ^
hR F-".-|W-'- ^H ESPflGflE
6 Août 1909.
A force de contradictions et d'impostures, la Maçonnerie, qui se dit universelle, finira par faire tourner en bourrique l'Univers en personne.
H n'est plu5 douteux qu'elle a suscité les émeutes de Ca^talogne, qui ont causé la ruine d'une cinquantaine d'immeubles et la mort d'un miQier d'ouvriers, toujours prêts à mourir, comme dit Eenan, pour des choses qu'ils ne comprennent pas très bien.
Au premier moment, on avait donné pour cause à ces séditions, aussi violentes que soudaines, l'opposition du peuple espagnol à l'expédition du Maroc.
C'était un mensonge, comme toujours, et déjà ce mensonge dégageait une odeur de Maçonnerie.
H se pouvait que le peuple espagnol ne vît pas d'un œn favorable les complications de tous genres dont le Maroc est et sera la source. Le peuple français, lui non plus, n'avait pas caché que le Maroc ne lui disait rien de bon.
Du moment que l'expédition n'avait pas pour objet d'accroître le patrimoine méditerranéen de la France, mais de faire au Maroc de sales affaires juives, moyennant des commissions non moins
sales, allouées à quelques parlementaires, le peuple français, cela se comprend, manquait d'enthousiasme.
Cependant, a-t-il marchandé son assentiment aux renforts envoyés, pour soutenir au Maroc celles de nos troupes qui s'y trouvaient engagées ? Assurément non, et c'est méconnaître de même la fierté et le bon sens de la nation espagnole que de la supposer capable d'abandonner sans secours, sur les champs de bataille de MeliUa, ceux de ses enfants qui y ont combattu par ordre avec une périlleuse infériorité.
Il était donc plus que suspect de croire que le départ des renforts envoyés à Melilla fût la cause des désordres de Barcelone. Passe pour le prétexte, non pour la cause.
D'autant plus que ces étranges désordres, si promptement tournés à l'insurrection, ont pris pour premier objectif de leur fureur, non pas les troupes qui partaient, mais les moines qui ne partaient pas ; non pas les arsenaux, oti l'on prépare la guerre, mais les couvents oti l'on prie chaque jour, au Gloria in excelsis, pour la paix entre les hommes.
C'est donc une bien singulière déviation du sens commun que de démolir et d'incendier des monastères catholiques en Catalogne, pour s'opposer à une affaire juive en Afrique.
Et cette contradiction, qui défie le sens commun, comme tout ce qui est combiné dans les Loges, exhalait à son tour une puanteur de Maçonnerie.
La logique exigeait que les insurgés catalans se précipitassent, d'un premier et irrésistible élan, sur
les officines juives de Barcelone, pour les punir des désastres essuyés par les troupes espagnoles. Le sang espagnol injustement versé, aux seules ''fins d'afîranchir les Juifs du Maroc, des lois indigènes et d'offrir au Juifs d'Espagne des occasions de gagner de l'argent, criait vengeance contre les Juifs solidaires.
Tout le monde aurait, je ne dis pas approuvé, mais compris ce châtiment, cette impulsion conséquente d'une légitime colère.
Même on se serait dit : le peuple espagnol n'est pas si bête que le peuple français ; il va droit au but. Pour s'opposer à une expédition juive, il s'en prend aux Juifs ; pour se venger d'une expédition juive qui tourne mal, il saccage les boutiques juives d'usuriers et de changeurs juifs, les banques juives, les bourses juives. Si cela n'est pas courtois ni civilisé, ce dont on demeure d'accord, du moins cela vous a un accent de justice primitive et de robuste bon sens, non déformé par les fictions modernes.
Mais incendier des établissements catholiques, molester des prêtres, outrager de saintes filles, livrer les uns et les autres aux fureurs et aux lubricités de la populace, pour châtier les Juifs de leur cupidité et des entreprises qu'ils organisent pour la satisfaire, en vérité, cela n'est ni juste ni raisonnable en aucun temps. Et à cause de cela on pouvait parier à coup sûr que la Maçonnerie était derrière, avec l'illogisme invétéré auquel la condamne l'imposture fondamentale sur laquelle elle repose.
Aussi bien, dès que des informations plus sérieuses ont pu franchir les défenses et les censures espa-
gnôles, elles ont signalé la part très active prise par la Maçonnerie à ces dévastations de couvents et aux émeutes par lesquelles on a tenté de mettre en échec la monarchie espagnole elle-même.
Je ne sais si le Grand Maître de la Maçonnerie espagnole est toujours le F.-. Morayta y Sagrario, député aux Cortès. Mais je crois savoir que ce pontife prit déjà une part considérable aux directions anarchistes et séparatistes imprimées à la Catalogne. H serait bien extraordinaire qu'il fût étranger aux soulèvements actuels, qui ressemblent à s'y méprendre à ceux de 1899.
Alors, comme aujourd'hui, des émeutes éclatèrent sur divers points du territoire espagnol. Les établissements catholiques furent, comme aujourd'hui, l'objet de leurs déprédations. Une fois l'ordre rétabli, quand on voulut pousser l'enquête, on découvrit aisément que les fauteurs de troubles, non pas ceux qui s'y font sottement tuer, mais ceux qui sont derrière, pendant que les naïfs se font casser la figure, étaient presque tous francs-maçons.
Mêmes constatations ont suivi l'enquête sur l'attentat commis en 1906 contre le couple royal d'Espagne, le jour même des noces. S'y est trouvé impliqué, comme ayant mystérieusement donné asile à Morales, le lanceur de bombes, le F.*. Ferrer, qui dirige, à Barcelone, sous la dénomination « d'École Moderne », une officine maçonnique, succursale laïque de la Loge Constaneia, principale Loge de Catalogne.
Le F.-. Ferrer, qui avait à la Banque de Barcelone un compte créditeur d'un demi-million, n'a jamais pu expliquer d'oii il tenait cette fortune, assez
insolite, en effet, pour un modeste professeur de langues vivantes, à qui la Maçonnerie française a procuré quelques cachets, en lui confiant des leçons à Paris et, notamment, au Cours commercial du Grand-Orient.
La vérité est que, sous prétexte de donner des leçons à Paris, le F.*. Ferrer y était en délégation, pour comploter on ne sait quelles alliances secrètes des Loges de Catalogne avec le Grand-Orient parisien.
I^iTous apprendrions demain que le Grouvernement espagnol aurait dénoncé l'ingérence des Francs- Maçons français dans les désordres de Barcelone, qu'il n'y aurait pas sujet de s'en étonner. Déjà quelques journaux espagnols ont fait allusion à un grief de ce genre, et l'on parle par ailleurs d'une sorte de pacte qui aurait été conclu, en Février 1900, par lequel le Grand-Orient de France se serait réservé la direction dogmatique des Loges de Catalogne.
S'n en est ainsi, il est à craindre que nous ne conservions pas longtemps les sympathies du peuple espagnol. H nous a prouvé, au début du dix-neuvième siècle, et Napoléon l'a appris à ses dépens, qu'il n'aimait point qu'on intervînt dans ses affaires. Il y a donc lieu de se demander si le complot maçonnique, tout en exerçant ses ravages sur les établissements catholiques, n'a pas un autre but. Celui de réaliser le projet, déjà caressé par M. de Bismarck, d'une alliance hispano -allemande, achevant de prendre la France à revers, c'est-à-dire de la faire
fusiller dans le dos par les Espagnols et les Italiens, pendant qu'elle se débattrait sur les Vosges.
Ce n*est pas pour rien que le roi Alphonse XII, père du jeune roi actuel, avait été nommé colonel du régiment de uhlans, en garnison à Strasbourg, ce qui occasionna l'échauffourée de la rue Laf ayette, lorsque ce colonel allemand voulut traverser Paris.
Alphonse XIII a trop de raisons d'aimer notre pays pour entrer dans de pareilles vues. A cause de cela, il doit se tenir pour très menacé par la Maçonnerie. Car je ne suis pas de ceux qui chercbent midi à quatorze heures, pour découvrir ce que c'est que la Maçonnerie. Les choses simples me suffisent. Je ne perds pas mon temps à rechercher le cadavre d'Hiram, sous les ruines du temple de Salomon, et l'acacia symbolique ne me cache point les choses pratiques auxquelles la Maçonnerie est chargée de pourvoir, à coup de mensonges et de révolutions intérieures.
La Maçonnerie, c'est le protestantisme (1), avec
(1) En produisant cette affirmation, l'auteur n'entend point prendre ici parti pour ou contre les historiens de la Maçonnerie qui lui attribuent une origine et une direction juives. Il a entendu formuler une affirmation sur laquelle tout le monde est d'accord : à savoir que depuis son apparition jusqu'à nos jours, la Maçonnerie, qu'elle soit juive ou non, a manifestement profité aux puissances protestantes. Dire de la Maçonnerie qu'elle est le protestantisme ce n'est donc nullement contester que les Juifs ont pu en concevoir l'idée ni l'usage qu'ils en pensent faire ni les fins dernières qu'ils peuvent lui assigner : c'est percevoir et enregiatrer comme vrai im fait actuellement acquis.
En admettant que la Maçonnerie ne soit le protestantisme que par mesure de transition ; qu'elle soit destinée à évoluer plus tard contre le protestantisme lui-même, quand le catholicisme aura été détruit, il n'en demeure pas moins que le caractère protestant de la Maçonnerie est une vérité de l'heure présente. C'est l'interprétation qu'il faut attacher aux assertions de l'auteur. G. T.
le Juif pour inspirateur et vraisemblablement pour bailleur de fonds. - -
La Maçonnerie, c'est l'Angleterre et la Prusse. C'est l'agence anglaise et l'agence prussienne, installées de compte à demi avec la puissance juive dans les pays latins, pour, en les frappant dans l'esprit religieux et l'esprit militaire, les dissoudre ou les désagréger, au profit des puissances protestantes.
Toute entreprise de la Maçonnerie, on peut en être certain, est faite pour le compte de l'Angleterre ou de la Prusse. Quand ce n'est pas pour l'une et l'autre, c'est pour l'une ou l'autre, et la seule incertitude qui trouble les poblèmes maçonniques d'à présent provient de l'état d'antagonisme survenu entre l'Angleterre et l'Allemagne.
A cause de cet antagonisme, on peut prendre le change sur les opérations maçonniques. On peut hésiter sur la question de savoir si c'est Londres qui travaille, ou si c'est Berlin.
C'est ainsi qu'en Espagne on peut se demander si les troubles actuels sont à l'instigation anglaise contre la politique de Guillaume II au Maroc, ou à l'instigation allemande contre la monarchie réfractaire à la Triplice.
A y regarder de très près, on trouve cette double hypothèse. H faudrait être dans l'affaire pour pouvoir prendre parti.
Et si vous voulez mon opinion tout entière, je crois que les Maçons français, ou soi-disant tels, sont eux-mêmes très divisés sur la question de savoir s'ils sont anglais ou allemands.
Cependant, le Couvent maçonnique qui s'est tenu
à Paris, en Octobre 1908, a voté par 284 voix contre 43 l'abandon de l'Alsace-Lorraine et il s'en est suivi, le mois dernier, coïncidant avec le jubilé de Calvin à Genève, un rapatriement des Loges allemandes et des Loges dites françaises.
Voilà qui nous mène, pendant que M. Briand croit qu'il va gouverner.
Pauvre garçon *